Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

10 janvier 2010

Le tragique destin de l’immigré

Classé dans : Actualité, Politique, Société, antisémitisme, racisme — Miklos @ 12:05

Qu’on soit, à l’origine, pauvre ou riche, on émigre pour échapper à des discriminations et à des persécutions de tous ordres, à des conditions de vie ou à un sort que l’on estime insupportable (on ne parle pas ici de certaines célébrités s’exilant dans des pays limitrophes pour échapper aux impôts français) et pour trouver un havre que l’on espère accueillant. Parfois, on est même sollicité par le pays de destination, à la recherche de main d’œuvre étrangère.

On part seul ou accompagné, sans rien ou en abandonnant tout. Ma mère, adolescente expédiée seule de Russie après la Révolution qui avait ruiné sa famille vers la France où vivait son oncle parti plus tôt, ne prit avec elle qu’une petite cuiller, gravée à l’initiale de sa famille, et que son père lui avait offert. Elle ne fut pas accueillie les bras ouverts, mais elle échappa ainsi au sort terrible de sa mère, violée, torturée et tuée en Ukraine pendant la guerre. Mon père avait quitté jeune homme le shtetl de Galicie sans rien : sorti d’un milieu très modeste qui tentait de survivre entre restrictions économiques et pogroms hebdomadaires, il était parti vers un désert pour y participer à la construction d’une ville, Tel Aviv. Il s’y fit une autre vie, mais ses parents furent raflés en 1942, et sa première femme, qu’il avait épousée en Pologne, s’y trouva coincée quand l’Allemagne envahit le pays, et disparut dans la tourmente. Il n’y a malheureusement là rien d’exceptionnel : ainsi va le monde.

L’homme a toujours migré. La France a connu des vagues russes, italiennes, polonaises ou portugaises, chinoises, juives ou arméniennes. Et de bien d’autres pays et de continents, notamment d’Afrique du nord et d’Afrique noire. Les nouveaux arrivants, que ce soit en France ou dans tout autre pays, même identifié comme pays d’immigration (à l’instar des Étas-Unis ou d’Israël), sont immanquablement rejetés : perçus ou imaginés, voire fantasmés, comme « différents » (nom, faciès, couleur de peau, langue, religion, coutumes vestimentaires et culinaires, culture, et « si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur… »), même lorsque rien ne les distingue de leur environnement ; comme un corps étranger, lorsqu’ils se regroupent par affinités, comme une menace sourde – économique, culturelle voire sexuelle – à l’encontre d’une utopique identité parfaite, historiquement pure. Or cette identité est un fruit riche de tous les apports dont elle a bénéficié au fil des millénaires.

Le rejet des immigrés est viscéral, animal, et même lorsqu’il est habillé de considérations intellectuelles ou politiques, de débats publics et d’analyses subtiles. Rien n’y fait : si un Chirac peut ainsi s’exprimer, en précisant que « ce n’est pas être raciste que de dire cela », tout le monde peut le faire. Ce rejet s’exprime dans tous les domaines et tous les âges, allant des blagues douteuses d’« humoristes » à la discri­mination à l’embauche ou au logement, et parfois à des phénomènes de meutes humaines lancées à la chasse à l’homme, celle de l’étranger : c’est ce qui se passe actuellement dans l’Italie de Berlusconi.

Moins spectaculaire mais symptomatique d’un traitement inhumain de l’étranger – du fait, cette fois, de l’Administration d’un État qui se targue d’être la plus grande démocratie au monde – est le sort que réserve le Département de sécurité intérieure américain (Department of Homeland Security) aux immigrés qu’il arrête (plus de 400 000 par an) et emprisonne dans un réseau mal coordonné de centres de détention. Le New York Times soulève de façon fracassante le voile pudique qui recouvre les décès dans ces prisons (plus d’une centaine de morts depuis 2003) : maltraités, mal soignés ou pas soignés du tout, mourants, morts, pendant que les responsables de ces organismes discutent des moyens pour éviter le regard de la presse ou d’avoir à payer des soins qu’ils trouvent trop chers, falsifient des documents pour prouver que des médicaments ont bien été dispensés (mais oubliant de maquiller la date de leur administration, ultérieure au décès de la victime)… Une de ces victimes, décédée en prison en 2008, avait été arrêtée en 2006, 33 ans après son arrivée aux USA, où il vivait légalement en tant que résident permanent ; la raison ? Une condamnation en 1979 pour vol dans une épicerie… Les Américains ont vite oublié qu’ils étaient tous des immigrés, il y a à peine deux siècles.

20 décembre 2009

Réchauffement (régional) à Copenhague

Classé dans : Actualité, Environnement, Politique — Miklos @ 13:49

On n’a pas encore pris la mesure des conséquences à court et long terme des résultats des débats qui se sont tenus à Copenhague, dans un contexte très contrasté d’attente de prises de décision universelles destinées à influencer radicalement notre mode de vie d’une part, et de contestation du bien-fondé des prémices même de la démarche, l’influence de l’activité humaine sur l’évolution du climat d’autre part.

La presse internationale n’a donc pas encore remarqué un réchauffement qui s’est tenu dans les coulisses de Copenhague, lieux discrets où les grands de ce monde peuvent se retrouver hors de l’œil inquisiteur de leurs collègues, des caméras et du public, et donc de la nécessité de prises de position officielles et autres effets de manche.

Il n’y donc que la presse israélienne (et un hebdomadaire franco-turc, Zaman France) qui rapporte la rencontre entre les présidents turc et israélien, Abdullah Gül et Shimon Peres. Les deux chefs d’État ont annoncé leur intention de renormaliser les relations entre les deux pays. Gül a affirmé vouloir aider à faire progresser le processus de paix dans la région, et a répondu favorablement à l’invitation de Peres de visiter Israël. Encore faut-il que les premiers ministres de ces deux pays, Recep Tayyip Erdogan, très critique à l’égard d’Israël, et Benjamin Netanyahu, dont on connaît les opinions nationales, voire nationalistes, prennent acte de ces déclarations, afin qu’elles ne restent pas lettre morte.

11 mars 2009

Tibet : une question de titres

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 13:53

Le Quotidien du Peuple, relayant une information de l’agence de presse Xinhua, écrit aujourd’hui :

Le vice-président du groupe UMP au Conseil de Paris, Alain Destrem, a dénoncé mardi un vœu adopté par le conseil d’hisser [sic] le drapeau tibétain devant l’Hôtel de ville, le qualifiant d’acte « sans fondement » qui rendrait plus délicates les relations sino-françaises.

Il rajoute que M. Destrem s’est félicité en apprenant que « deux personnes d’origine chinoise sont arrivées devant l’Hôtel de ville et fait tomber le drapeau tibétain » (version édulcorée du « tore down » de l’original en anglais de Xinhua), et que le conseiller « qui avait l’intention de faire la même chose [ce que ne dit pas Xinhua], s’est réjoui de la disparition du drapeau. » On croirait voir Jeanne Hachette se saisissant de l’étendard des soldats ennemis, ceux de Charles le Téméraire, et rendant ainsi courage aux Beauvaisiens assiégés, ma parole ! C’est d’ailleurs bien la Chine qui avait été victime de l’agression tibétaine en 1959, comme le précise la brève de l’agence Xinhua.

Ce qu’aucun de ces deux organes de presse chinois (qui sont les seuls à reporter cet acte de bravoure) ne mentionne, c’est que M. Destrem est « président du Club “Europe-Chine Coopération” », selon les termes du même Quotidien du Peuple dans un article sur un événement bien moins sujet à controverse, l’exposition de photos en commémoration du 45ème anniversaire des relations diplomatiques sino-françaises au centre culturel de Chine à Paris.

Comme quoi, tout est dans le contexte.

1 mars 2009

Leçon de français pour anglophones d’hier destinée aux Français d’aujourd’hui

Classé dans : Langue, Littérature, Politique — Miklos @ 21:30

Il semble, dit Fontenelle, que la nature ne nous ait montré que des échantillons de grands hommes, pour nous persuader seulement qu’elle en aurait su faire si elle l’avait voulu, et qu’ensuite elle ait fait tout le reste avec assez de négligence.
Pronouncing Reading Book
of the
French Language,
particularly calculated to render the
speaking of French
easy to the American student,
and grounded on
a new system
of Comparative French and English Pronounciation:
with synoptical tables,
illustrating the whole kingdom of French sounds,
compared with English sounds, including consonants;
in which
vowels and diphthongs are divided into natural families, each under its respective
standard,or father sound,
generally an English and French element.
 
by
E[mile] Arnould,
Graduate of the Université de Paris, and instructor in the
French Language in Harvard University, Cambridge.
 
“C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.” – Montaigne.
 
Boston:
Hickling, Swan and Brewer.
1857.

26 janvier 2009

Grammaire ou sémantique ?

Classé dans : Actualité, Langue, Politique — Miklos @ 1:34

Extrait d’une brève de l’AP :

“Israeli, Palestinian and international human rights groups have said they are seeking to build a case that Israel violated the laws of war. The groups are focusing on suspicions that Israel used disproportionate force and failed to protect civilians. They also have criticized Hamas for using civilians as human shields and firing rockets at civilian targets in Israel.” — Josef Federman, Associated Press, 26/1/2009.

Traduction :

Des organisations de droits de l’homme israéliennes, palestiniennes et internationales ont déclaré chercher à monter un dossier [en justice] prouvant qu’Israël a violé le droit de la guerre en faisant un usage disproportionné de la force et en manquant à l’obligation de protéger des civils. Ils ont aussi critiqué le Hamas pour avoir utilisé des civils comme boucliers humains et pour avoir tiré des roquettes sur des cibles civiles en Israël.

Synthèse : le manquement par Israël à son obligation de protéger les civils est condamnable, l’utilisation par le Hamas de boucliers humains est critiquable. Deux poids, deux mesures ?

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos