Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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18 octobre 2007

¿Vida privada, vida pública?

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 18:26

Auprès d’un humble feu et d’une lumière vacillante, certain de n’être point entendu, on s’attendrit sur les maux imaginaires des Clarisse, des Clémentine, des Héloïse, des Cécilia.
— Chateaubriand, « Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, avec les notes inédites d’un exemplaire confidentiel »

Après plusieurs années de mariage (ce n’était pas son premier), le Président a annoncé sa « séparation » de sa femme, la belle Cecilia : des photos l’avaient montrée prenant un bain de soleil seins nus en compagnie d’un ami italien. Ils restent bons amis, et gardent en commun leur fils.

Votre histoire se passait où?
Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
Ou dans la cabane bambou ?
À Moscou ? Ou à Tombouctou ?
En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou  ou chez les Mandchous ?
 
Hou ! Hou !
Pas du tout, c’était chez les fous.

 
— Robert Desnos, « Les Hiboux »

13 octobre 2007

« Pollution, pollution… »

Classé dans : Actualité, Environnement, Nature, Politique, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 22:51

See the halibuts and the sturgeons
Being wiped out by detergents.
Fish gotta swim and birds gotta fly,
But they don’t last long if they try. (…)
Pollution, pollution,
Wear a gas mask and a veil.
Then you can breathe, long as you don’t inhale.

— Tom Lehrer, Pollution (ca.1965)

’Cause when love is gone,
there is always justice,
And when justice is gone,
there is always force
When force is gone,
there is always Mom.
So hold me Mom
in your long arms
Your petrochemical arms
Your military arms
In your electronic arms…

— Laurie Anderson, O Superman (1981)

Si la terre perdait son repos, elle s’écroulerait.
— Lao Tseu, Tao Te King, ch. 39.

L’américain qui aurait dû recevoir le prix Nobel pour avoir mis le doigt sur les maux de la planète bien avant Al Gore est Tom Lehrer malgré son opinion sur cette distinction.1 Ce génie – qui a décroché son diplôme en mathématiques de Harvard avec grande distinction à l’âge de 18 ans – est surtout connu comme chansonnier, ce qui est encore plus méritoire aux US, pays qui en a eu bien moins que de vice-présidents : satire politique et sociale subtile et grinçante, fine, décapante et pince-sans-rire sur une musique pastorale ou joyeuse contrastant violemment avec la gravité de la cible : pollution, racisme, course à l’armement…

Quelque peu prémonitoire aussi est O Superman de Laurie Anderson. Écrite en 1981, cette chanson post-moderne à la mélodie minimaliste et cool et au rythme lancinant atteint le statut de tube malgré ses paroles à références2. Elle – et, plus généralement Big Science, l’album dont elle fait partie, ainsi que d’autres œuvres d’Anderson – évoque hypertechnologie et course à l’armement culminant en l’arrivée d’avions d’attaque made in America. Smoking or non-smoking ? poursuit-elle ironiquement.

L’accumulation de la pollution résulte de la saturation de la capacité de la nature et de l’homme à éliminer ou à recycler les déchets dus à une surproduction industrielle destinée à satisfaire une consommation toujours en croissance ; elle menace de nous étouffer. La pollution existe aussi dans le virtuel : les pourriels (ou spams) engorgent les réseaux et les boîtes à lettres électroniques, occasionnent une perte croissant du temps requis pour trier la multiplicité des messages, rendent de plus en plus difficile l’identification et la consultation des messages pertinents et transforment ce qui était au départ un outil de communication efficace en un immense dépotoir.

L’une comme l’autre de ces pollutions provient principalement des pays industrialisés ou en voie d’industrialisation. Les statistiques mondiales varient selon la période et le secteur analysé. Sophos plaçait, pour le second trimestre 2006, les Etats-Unis en tête de la source des spams, suivi par la Chine (presque à égalité) et la Corée, puis par la France, la Pologne et l’Espagne, le Brésil, le Japon, le Royaume Uni et Taiwan. À l’échelle continentale, ce serait l’Asie le principal pollueur électronique, suivi par l’Europe et par l’Amérique du Nord. Ce palmarès est globalement confirmé par Spamhaus. Lorsque l’on consulte les chiffres récents de Spamcop, on constate toutefois que les premières sources de pourriel sont asiatiques : les deux Chines, la Corée, la Thaïlande, le Japon et l’Inde ; puis (curieu­sement) les Pays-Bas, (moins curieu­sement) la Russie et l’Ukraine, les États-Unis et le Mexique.

Or selon le Blacksmith Institute, les sites les plus pollués au monde se trouvent en ex-URSS (Russie, Azerbaïdjan, Ukraine), en Chine, en Inde, au Pérou et en Zambie. Quant aux responsables des émissions de gaz à effet de serre, ce sont, au premier chef, le Canada, les États-Unis, la Russie et l’Australie, selon la base de données d’indicateurs climatiques de l’institut des ressources de la planète. On retrouve ici les principaux pollueurs électroniques.

Quoi qu’il en soit, Al Gore a contribué à la médiatisation et à un début de prise de conscience, à un niveau individuel et politique, de ce processus qui nous menace tous. Il n’aura pas été le premier (James Lovelock, qui a l’âge de Doris Lessing, aurait pu en être récompensé), mais il arrive peut-être au bon moment. On ne peut que le souhaiter.


1 « Political satire became obsolete when Henry Kissinger was awarded the Nobel Peace Prize. »
2 « O Superman, O Judge, O Mom and Dad » fait écho à l’aria de Chimène « Ô souverain, ô juge, ô père » dans le Cid de Massenet, et la phrase en exergue de cet article rappelle ce passage du trente-huitième chapitre du Tao Te King de Lao Tseu : « Une fois perdue la voie, reste la vertu ; perdue la vertu, reste l’humanité ; perdue l’humanité, reste la justice ; perdue la justice, reste le rite. Le rite n’est que l’écorce de la droiture et de la sincérité, c’est la source du désordre. »

10 octobre 2007

Plus ça change…

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 22:42

« 9 Ce qui a été, sera, et ce qui a été fait, sera fait, et n’y a rien de nouveau sous le soleil. 10 Il y a telle chose qu’on montre comme nouvelle, laquelle toutefois a déjà été au temps passé, qui a été devant nous. 11 Il n’est mémoire des passés ; et même de ceux qui sont à venir, il n’en sera mémoire vers ceux qui seront après. » Ecclésiaste, ch. I (trad. Sébastien Castellion)

« Tout tourne, tourne, tourne… » Jacques Offenbach, La vie parisienne

Force est de constater certains invariants : le globe terrestre possède deux pôles magnétiques, ceux du nord et du sud qui, même s’ils se déplacent régulièrement, restent situés dans les mêmes zones géographiques ; la géopolitique en reconnaît trois – la Chine, les États-Unis et la Russie dont la super­puissance et la capacité respective d’attraction et de répulsion varient au cours de l’histoire moderne – ce qui correspond assez bien à la description que faisait Orwell dans 1984 d’un monde divisé en trois puissances – Oceania, Eurasia, Eastasia – qui s’allient et se désallient au fil du temps et autour desquelles gravitent les autres états, attirés ou repoussés par leur puissance.

La recomposition de l’Europe depuis l’entre-deux-guerres correspond bien à ce schéma, qui rappelle1 un principe géométrique simple : trois points forment toujours un plan, et en conséquence un trépied est toujours stable quel que soit la longueur de ses pieds, tandis qu’il est plus difficile d’équilibrer une table à quatre (ou plus) de pieds, et impossible de laisser une bicyclette se tenir toute seule immobile à la verticale.

Depuis Napoléon, les relations franco-russes ont subi des hauts et des bas aussi vertigineux que les montagnes de ce dernier pays : de la campagne de Russie à l’amitié franco-russe décidée par le tsar Alexandre III et le président Carnot, puis à l’alternance dans le monde bipolaire2 de l’après-guerre suivi de la velléité de non-alignement de la France gaullienne, on aura presque tout vu. À l’occasion de la visite de Nicolas Sarkozy en Russie où il a « parlé franc » à l’inverse de son prédécesseur qui ménageait les relations avec l’ours (post-)soviétique, les commentateurs soulignent un rappro­chement graduel de la France des États-Unis ; là aussi, depuis La Fayette, on a eu droit à des yoyos3 d’une certaine amplitude. Le comble de l’amour-haine aura été la chaleur avec laquelle les soldats américains ont été reçus à la Libération par les populations, et l’épaule froide (cold shoulder, chez eux) que le politique leur a montré plus tard. Maintenant que la Chine s’est bien réveillée de son long enfer­mement maoïste – elle le fait déjà depuis une trentaine d’années, mais on ne veut le voir que maintenant, quand elle est arrivée à étendre son influence politique et commerciale à d’autres continents, tels l’Afrique – on se demande ce qu’y fera la France, à part tenter d’ouvrir une antenne du Centre Pompidou à Shanghaï. Ce qui n’a pas l’air d’enthousiasmer l’Empire du Milieu dont les priorités doivent être bien plus bassement matérialistes. « Money makes the world go around, go around… »4


1 Osons le dire, même si une telle comparaison ne manquerait pas d’attirer les foudres des Sokal-et-Bricmont en puissance.
2 La Chine n’existait pas à cette époque révolue. Et même si à Yalta on parlait de trois « grands », il n’y en avait réellement que deux.
3 Qui, comme on le sait, est une invention asiatique qui remonte à la nuit des temps, à l’origine objet de chasse avec lequel cette région du monde a commencé sa conquête technologique du monde et à nous embobiner tous : aujourd’hui, presque tout est fabriqué en Extrême Orient.
4 Comme le chante Joel Gray dans Cabaret.

9 mai 2007

« Un site national et religieux »

Classé dans : Politique, Religion — Miklos @ 2:22


Vue aérienne d’Hérodion, site du tombeau d’Hérode.
Photo © Israeli Government Press Office. Publiée avec leur autorisation.

« Puis, les élections de mai 1977 amenaient pour la première fois dans l’histoire du mouvement sioniste, puis de l’État, une majorité de droite, leur offrant ainsi l’assise parlementaire dont ils avaient besoin. L’essoufflement idéologique du sionisme, vidé de sa substance par son succès même et réduit à un appareil bureaucratique sans âme et à une rhétorique creuse, leur offrait un boulevard (…). Les laïcs parlaient, eux faisaient. Les laïcs s’embourgeoisaient, en sacrifiant à la société de consommation et en écumant les sentiers hallucinogènes de l’Extrême-Orient, eux peuplaient la terre de l’héritage. » – Élie Barnavi : Les religions meurtrières

La découverte récente du tombeau présumé du roi Hérode Ier le Grand – nommé roi des Juifs en Judée par les Romains vers 40 avant J.-C. et mort en 4 avant J.-C (à ne pas confondre avec son fils Hérode Antipas ni avec Hérode Agrippa) – n’a malheureusement pas qu’un intérêt purement historique : elle suscite déjà des appétits nationalistes-religieux : selon la presse, « Shaoul Goldstein, responsable du conseil municipal de Gush Etzion, un groupe de colonies situées près de Bethléem (…), a appelé le gouvernement israélien à faire du site d’Hérodion, où a été trouvé le tombeau, “un site national et religieux” ». De son côté, la ministre palestinienne du tourisme, Khoulud Hdeib Douaibess, réservait son commentaire.

Cette exigence illustre ce que l’historien et le politologue Élie Barnavi, dans son passionnant ouvrage – qu’il qualifie lui-même de « pamphlet politique » – mentionné dans l’exergue (la citation fait écho aussi à une certaine actualité française), appelle le « fondamentalisme révolutionnaire juif ». Ce phénomène (qu’il ne faut pas confondre avec le nationalisme juif essentiellement laïc) vise à imposer en Israël un « système total », où la religion n’est pas « un domaine distinct des autres formes d’activité sociale » et politique (comme elle l’est dans le monde occidental) : « ici, pas d’État qui précède la “religion”, comme dans le christianisme, mais une “religion” qui invente l’État pour en faire sa chose, et qui se confond avec lui. » C’est cette confusion que l’on retrouve dans l’expression « national et religieux ». On ne peut qu’espérer qu’aucun groupuscule ne passera du souhait à l’action (comme on en a tragiquement vu des exemples dans un passé récent), lorsque le gouvernement – aussi affaibli soit-il – résistera à cette demande.

Selon Barnavi, cette tendance se retrouve dans le judaïsme comme dans l’islam, toutes deux religions sans autorité centrale, et orthopraxies – religions dont l’essence est un codex de lois qui règlent tous les domaines de la vie sans distinction, à l’opposé du christianisme, orthodoxie qui codifie ce qu’il faut croire. Or l’État d’Israël est essentiellement laïc1 et donne entière liberté d’expression aux militants pour une séparation complète de la religion et de l’état (parmi lesquels se trouvait le très grand savant – et Juif pratiquant – Yeshayahu Leibowitz) ; et surtout, le judaïsme n’a jamais eu de velléité prosélytique, bien au contraire2.

À l’inverse, la quasi-totalité des pays musulmans ne sont pas laïcs (à l’exception notable de la Turquie actuellement, et, pendant un temps, de l’Iran) : « En islam (…), la séparation des appareils relève de l’illusion d’optique ; ce qui a toujours été en cause, c’est l’autonomie de la politique entendue comme activité légitime, autrement dit sa capacité à dire la loi (…) En Occident, le roi donne la loi ; en terre d’islam, il est censé exécuter une Loi qui le précède et le dépasse. » Barnavi distingue, dans l’islamisme, « la différence entre fondamentalisme et intégrisme d’une part, fondamentalisme révolutionnaire de l’autre : les premiers veulent appliquer la charia et ramener les individus [parmi les leurs] vers l’islam(…), le second cherche à instaurer un ordre islamique mondial [appliqué à tous]. » C’est contre ce dernier qu’il appelle à une prise de conscience de l’Occident, dans cet ouvrage qui brosse comme cadre l’histoire des religions3 et des nations – et donc du pouvoir, ou plutôt des pouvoirs – à grands traits et qui analyse les raisons de la montée de ces tendances qui menacent, selon lui, le monde démocratique et laïc. Pour défendre « la liberté de choix, c’est-à-dire la liberté tout court ».


1 Le droit israélien est basé essentiellement sur la common law et la législation britannique (la Palestine était une colonie britannique avant l’établissement de l’État d’Israël), à l’exception du droit familial, basé sur « une conception ethnico-religieuse » de ses citoyens et soumis à leurs instances religieuses respectives (fait peu connu : la loi religieuse juive reconnaît le concubinage, et lui donne force de mariage si les deux personnes auraient légalement eu le droit de se marier religieusement). Ainsi, il n’existe pas de mariage civil en Israël ; par contre, la Cour Suprême, institution éminemment civile et défenseur vigilant des droits de la personne, peut reconnaître des mariages contractés légalement à l’étranger (cette instance a même reconnu le droit à la pension de reversion pour un des deux partenaires d’un couple homosexuel après le décès de son compagnon).

2 Non pas pour préserver une prétendue « pureté » raciale, comme ne manquent pas de l’affirmer ses ennemis : la religion permet la conversion, et, selon le Talmud, une phrase suffit : l’affirmation sincère du désir désintéressé se convertir. Ce n’est que bien plus tard – et surtout au Moyen Âge, que les rabbins ont décrété des périodes plus ou moins longues d’apprentissage, destinées à prouver la sincérité de ce désir, après que certains convertis, ayant ultérieurement apostasié et étant revenus à leur religion d’origine, soient devenus parmi les pires ennemis du judaïsme.

3 Et qui n’est pas sans rappeler, à certains égards, celui de Jacques Ellul, écrit vers 1991, même si ce dernier oppose, théologiquement, la conception de la religion de l’islam à celles du judaïsme et du christianisme. Barnavi réfute, d’ailleurs, la thèse selon laquelle certaines religions seraient essentiellement pacisfistes : « En effet, même les religions considérées comme éminemment iréniques – l’hindouisme, le bouddhisme zen, et bien entendu, le christianisme, la religion du Sermon sur la montagne, du martyre et de la joue tendue – ont versé ou versent dans la violence. » C’est, bien entendu, aussi une affaire de période, certaines religions ayant fait leur aggiornamento au cours d’un long processus qui aura duré des siècles : le christianisme d’aujourd’hui n’est pas celui de la Renaissance. Malgré tout, on serait tenté de dire – bien avant la lecture du livre de Barnavi – que la plupart des conflits sur terre sont finalement des avatars de guerres de religion. C’est pourquoi on ne peut que se réjouir quand on apprend que l’un d’eux semble s’apaiser et formuler l’espoir que ce soit durable.

5 mai 2007

Demain sera un autre jour

Classé dans : Politique — Miklos @ 17:30

Mesures

• Transformer la Fête du travail du 1er mai, chômée et payée, en Faîtes du travail le 1er mai, journée de travail civique de 35 heures non payée.
• Donner aux salariés la possibilité d’obéir légalement à l’ordre de travailler les dimanches.

Grammaire : comment passer de l’infinitif à l’actif

•  « Travailler plus pour gagner plus » : le salarié travaille plus, le patron gagne plus.

Réduction du chômage

• Supprimer l’assistanat financier aux anciens présidents et ministres avec obligation de ne pas refuser plus de deux fois le métier qu’on leur proposera.

Économies

• Remplacer les services publics par les sévices publics.
• Remplacer l’action par l’actionnariat.

Références

• Bertold Brecht : La résistible ascension d’Arturo Ui
• Et aussi : Mouvements

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