Chafouin. Maigre, de petite taille. Les chats font volontiers leurs petits dans le foin ; de-là, peut-être, dit Le Duchat, on a appelé Chafouin un enfant mal-propre, comme un petit chat que sa mère n’a pas encore léché. Cette étymologie ne paraît pas heureuse. — J.C.F. Tuet, Matinées sénonoises, ou proverbes françois, &c. Paris, 1789.
Une récente étude – publiée en ligne ce mois-ci par les Archives of General Psychiatry – révèle la très étrange influence d’un parasite (répondant au doux nom de Toxoplasma gondii, ou T. gondii pour ses familiers) autant sur l’animal que sur l’homme. Le seul milieu où il puisse se reproduire étant le système digestif du chat, il a développé une stratégie redoutablement efficace de migration vers son lieu de prédilection : lorsqu’il se trouve infecter un cerveau de rat ou de souris, il fait perdre à son hôte involontaire sa peur atavique du chat et développer une attirance sexuelle pour son urine : de là à ce que le minou n’en fasse qu’une bouchée et que T. se retrouve transporté dans son paradis il n’y plus qu’un coup de griffe.
Si cette histoire s’arrêtait là, ce ne serait qu’une curiosité de plus pour chercheurs ou une méthode originale pour se débarrasser plus facilement de ces rongeurs. Or il s’avère que ce parasite se retrouve ensuite le plus naturellement dans les déjections et dans la litière de notre mammifère domestique favori, et passe ainsi à l’homme (c’est aussi le cas lors de la consommation de viande – pas forcément de rat ou de souris – insuffisamment cuite). L’étude a trouvé une surprenante forte corrélation entre le taux d’infection de femmes au Danemark (et suppose que c’est aussi le cas pour les hommes, ces chiffres ne concernant que des femmes) par ce parasite et leurs tentatives de suicide, même chez celles qui n’ont aucun antécédent psychiatrique.
Les chercheurs qui ont mené cette étude n’ont pas encore trouvé de relation de cause à effet qui expliquerait ce constat (ils évoquent même une possibilité théorique inverse, où ce serait une tendance suicidaire qui faciliterait l’infection). Ils aimeraient pouvoir le faire, ce qui offrirait une nouvelle méthode de détection des personnes à risque (parce qu’infectées) et de leur proposer un traitement préventif.
N’allez pas en conclure qu’il vous faut vous débarrasser de votre félin favori. Selon le chercheur principal de l’étude, les animaux domestiques fournissent un soutien émotionnel qui peut réduire les risques de suicide chez leurs propriétaires…
Le téléthon bat son plein. Les dons doivent permettre de faire en sorte que des miracles tels que celui de la survie de mon ami Guy jusqu’après son soixantième anniversaire malgré une myopathie de Duchenne ne soient plus des miracles, mais une banalité commune, disponible pour tous.
Item la vue surmonte les autres sens en ce qu’elle s’étend plus loin. Et de fait par plusieurs histoires & exemples que Pline raconte, on peut voir aisément que la vue s’étend plus loin sans comparaison, que les autres sens, sans toutefois se lasser, comme les autres font. Car le goût se fâche de trop manger, l’ouïe se sent importunée de trop caqueter, le fleurement est travaillé de continuations d’odeurs : mais la vue seule n’a aucune peine en son opération, aussi ne se lasse-elle jamais, tellement qu’on ne vit onc fermer les yeux de lassitude, pour être saoul de voir.
En somme l’excellence de la vue est si grande, qu’on attribue ce nom de voir à tous les autres sens & leurs opérations. Car on dit ordinairement, voyez un peu l’excellence de cette odeur, ou la douceur de cette musique, ou le bon goût de ce fruit.
Même ce nom de vue s’étend jusques aux opérations de l’entendement : car on dit ordinairement, regardez comme ce dessein devait aller. Il est dit aussi en l’Évangile, que notre Seigneur voyait, c’est-à-dire connaissait les pensées des Scribes & Pharisiens. Et de fait entre les miracles & œuvres que notre Seigneur faisait en ce bas territoire, on tenait pour œuvre singulière ce qu’il rendait la vue aux aveugles : aussi n’y a-il chose où les médecins prennent plus de peine qu’à conserver et accroître la vue aux hommes.
Sannazar se trouvant en une consultation que plusieurs médecins faisaient en la présence de Frédéric roi de Naples, sur l’entretien de la vue de l’homme, dit, quand son rang de parler vint, qu’il n’y avait chose meilleure à conforter la vue que envie, parce qu’elle fait paraître le bien d’autrui toujours plus grand qu’il n’est. C’est ce que dit Ovide, qu’envie trouve toujours le blé de son voisin plus beau que le sien.
Toutefois selon l’opinion commune d’un chacun, les lunettes servent de beaucoup à maintenir la vue, & certes ce fut une fort bonne invention, encore que le premier inventeur ne se sache. Même j’ai ouï faire récit d’un grand seigneur de ce royaume, qui avait accoutumé de manger des cerises avec lunettes, afin de lui sembler plus grosses et mieux nourries : toutefois cette gourmandise est par trop exorbitante. Un autre gentilhomme brocardé du roi Philippe, de ce qu’il mangeait ordinairement avec lunettes, répondit au roi, Sire, vous ne trouvez étrange que je prenne mes lunettes pour lire une lettre, où il n’y a point de danger : pourquoi donc me donnerez vous ces atteintes de ce que je mange le poisson, ayant mes lunettes, vu qu’il y a une infinité d’arêtes, dont la moindre pourrait m’étrangler, lesquelles je ne saurais voir sans lunettes ?
Les lunettes donc servent de beaucoup.
Les diverses leçons de Pierre Messie, gentilhomme de Séville. Trad. en français par Claude Gruget. Lyon, 1580.
La notion d’autosuggestion est associée au nom d’Émile Coué, et c’est souvent avec une dédaigneuse dérision qu’est considérée sa méthode. Émile Coué était pharmacien ; l’exercice de cette profession développa chez lui le sens du contact et la pratique de la suggestion. Sa bienveillance le portait à donner les conseils appropriés à la prescription pour en améliorer l’efficacité. Ces conseils, qui avaient vertu d’encouragement à la guérison, s’avéraient de véritables suggestions de soulagement, compte tenu de la qualité thérapeutique des remèdes de l’époque. Un langage simple et direct associé à des pilules, qui souvent en étaient le simple support, ne tarda pas à attirer une bonne renommée à sa pharmacie.
(…) Sa théorie prend pour fondement la prévalence de l’imagination sur la volonté en une loi dite de l’« effort converti » : « Chaque fois qu’il y a conflit entre l’imagination et la volonté, c’est toujours l’imagination qui l’emporte et, dans ce cas, non seulement nous ne faisons pas ce que nous voulons, mais nous faisons précisément le contraire de ce que nous voulons et plus nous faisons d’efforts volontaires, plus nous faisons le contraire de ce que nous voulons. » Il estime que l’imagination agit sur le subconscient et que la suggestion est le moyen le plus adéquat pour le diriger. Coué est le continuateur de Bernheim qui affirmait : « L’hypnose c’est la suggestion ! » La différence, c’est que Coué enseigne à ses patients à se suggestionner par eux-mêmes. Cette méthode n’est pas à ses yeux concurrente de la médecine, mais complémentaire. Sa simplicité s’exprime en ces termes : « Tous les jours à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. » Formule qui prendrait toute son efficacité, selon Coué, lorsqu’on s’installe confortablement dans un fauteuil pour la réciter à mi-voix, les yeux fermés, une vingtaine de fois matin et soir.
Coué avait voué son existence au soulagement de ses semblables et parcourait le monde pour dispenser ce simple message : la foi en la capacité de l’inconscient à agir, guidée par l’autosuggestion et l’attention soutenue. Sa brochure la plus célèbre qui s’intitulait La Maîtrise de soi-même, traduite en de multiples langues, popularisera son auteur dans le monde entier. Cependant, Coué ne perçut pas que sa méthode pouvait être détournée vers d’autres buts en utilisant son principe fondamental, la répétition. La sobriété de la méthode d’Émile Coué peut faire sourire, mais c’est celle qu’utilisent certaines sectes pour conditionner leurs adeptes ou plus ordinairement des parents en mal d’identité qui assènent des jugements négatifs et répétés à leurs propres enfants. C’est une perversion de la méthode de Coué qui insistait sur l’autosuggestion par la répétition et non une suggestion imposée par une personne extérieure. (…)
L’attention et le respect accordés à la parole sont des forces essentielles de notre vie et Coué a incarné tout au long de son existence ces principes fondamentaux. Actuellement, la force de la parole est évaluée partiellement dans les études d’efficacité d’un médicament en double aveugle, qui mesurent l’effet pharmacologique par rapport à l’effet placebo. Le médecin prescripteur ignore la nature chimique véritable du comprimé qu’il ordonne. Ces travaux pharmacologiques permettent d’affirmer que dans une certaine mesure la présence de la parole soignante est curative. Ces études sont aussi les héritières des travaux de monsieur Coué. Émile Coué n’a pas fondé d’école de psychothérapie, mais le soutien et la collaboration de Charles Baudouin et la filiation intellectuelle de Robert Desoille, créateur du « rêve éveillé dirigé » ont autorisé certains à nommer cette association « deuxième école de Nancy ».
Ainsi l’habitude la plus salutaire est certainement de se lever et de se coucher avec le soleil. D’où il suit que dans nos climats l’homme et tous les animaux ont en général besoin de dormir plus longtemps l’hiver que l’été. Mais la vie civile n’est pas assez simple, assez naturelle, assez exempte de révolutions, d’accidents, pour qu’on doive accoutumer l’homme à une uniformité, au point de la lui rendre nécessaire. Sans doute il faut s’assujettir aux règles ; mais la première est de pouvoir les enfreindre sans risque, quand la nécessité le veut.
Jean-Jacques Rousseau, Émile, ou de l’éducation. Londres, 1774.
Il y a, en outre, des couche-tôt-lève-tard et des couche-tard-lève-tôt dont les rythmes – notamment dans les couples – ont tant de mal à s’harmoniser. Une certaine variété d’hommes d’action, dont Bonaparte est le représentant le plus connu, est réputée pour « faire des nuits » très courtes mais être sujette, à différents moments de la journée, à des accès de sommeil aussi intenses que brefs.
Maurice Pergnier, Le sommeil et les signes. Essai. Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne, 2004.
Je suis connu pour être un mortel (…) plus familier avec la fesse de la nuit qu’avec le front de l’aurore.
Prince Emmanuel Galitzin, « Quelques notions sur la Chine », in Musée des familles : lectures du soir, 6e vol., année 1838-1839. Paris.
Paresse, est aussi un vice moral, une nonchalance, une fainéantise, une délicatesse qui empêche de faire son devoir, ou de vaquer à ses affaires. La paresse est le vice des honnêtes gens, ou plutôt des voluptueux. La paresse fait qu’il ne se lève qu’à dix heures comme une Demoiselle. (…).
Paresseux, euse. adj. Qui a le vice de la paresse. On le dit proprement de ceux qui se lèvent tard. J’ai été paresseux aujourd’hui, mais c’est que je me suis couché tard.
Antoine Furetière, Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots français tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts. La Haye, 1690.
Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait (…)
Marcel Proust, « Du côté de chez Swann », À la recherche du temps perdu. Grasset, Paris, 1913.
Un homme qui a coutume de se lever à cinq heures du matin, et qui ne veut pas dormir davantage, dira à ses gens : « Ne manquez pas de m’éveiller à cinq heures ». Au contraire, une personne qui attend quelques nouvelles avec impatience, dira en se couchant : « S’il vient des lettres cette nuit, qu’on ne manque pas de me réveiller ».
Encyclopédie méthodique, Paris, 1784.
Moi, c’est mon usage… je me couche tard… je me lève tôt ; et pendant mes courtes nuits, je ne dors jamais que d’un œil… le gauche… comme ça.
Dumanoir et Cogniard frères, Une Saint-Barthélémy, ou les Huguenots de Touraine, vaudeville non historique en un acte, 1836.
Il est défendu dans les armées prussiennes de donner à souper, sous peine de 6000 livres d’amende au profit de la caisse des Invalides ; il n’est pas défendu de souper, mais il l’est d’en donner. Cette ordonnance est très sage ; la guerre est un état d’activité, or il n’est pas possible, lorsqu’on a bien soupé et que l’on s’est couché tard, d’être debout de grand matin. Tout officier général & particulier doit être levé à la pointe du jour ; s’il donne à souper, il ne peut que se coucher très tard : souvent la compagnie entraîne à jouer, et on ne se couche que lorsque le soleil se lève ; c’est la vie d’un sybarite, et non d’un militaire appliqué à ses devoirs.
Turpin de Crissé, Commentaires sur les mémoires de Montecuculi. Paris, 1769.
Et quoiqu’il semble que ce soit la même chose de se coucher de bonne heure ou tard, pourvu que dans les deux cas on reste au lit le même espace de temps ; comme si, par exemple, on s’était couché à neuf heures, et qu’on se lève à cinq, ou qu’on se soit couché à onze, et qu’on se lève à sept : cela n’est pourtant pas indifférent ; et la raison que j’en imagine, c’est que pendant le jour les esprits sont dissipés par les exercices du corps ou de l’esprit, qui sont faibles l’un et l’autre dans les valétudinaires ; raison pour laquelle ils ont besoin de repos le soir de bonne heure. Ajoutez, que comme l’approche de la nuit occasionne une espèce de relâchement dans toute l’économie animale, dont elle était garantie le jour par la chaleur du soleil ; la chaleur du lit devient nécessaire le soir pour suppléer à celle du soleil, surtout en hiver. Les esprits étant donc rafraîchis et corroborés le matin par le repos de la nuit précédente, la chaleur du lit, jointe à celle du jour qui commence, fortifiant de plus en plus le ton des parties ; il en coûte moins au corps de se lever de bonne heure le matin, qu’à se coucher tard le soir.
Robert J. James, Dictionnaire universel de médecine, de chirurgie, de chimie, de botanique, d’anatomie, de pharmacie, d’histoire naturelle, etc. Trad. de l’anglais par MM. Diderot, Eidous et Toussaint. Revu, corrigé et augmenté par Julien Busson. Paris, 1746.
Parce que si l’on se couche tard, on ne pourra se lever que tard ; or quand la journée commence tard, on ne trouve pas le temps de faire une suite d’exercices qui conviennent à une Vierge. Que si le coucher étant réglé, le lever ne l’est pas, c’est un autre inconvénient : lorsqu’on reste au lit plus que le besoin ne le demande, on donne à la sensualité et à la mollesse les premiers moments de la journée ; et ainsi c’est une journée mal commencée (…).
Jérôme Besoigne, Principes de la perfection chrétienne et religieuse. Paris, 1748.