Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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1 mars 2013

Eh, Facebook, « Cible ratée : attention dérive imminente »

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques, Économie — Miklos @ 0:12

Cette interpellation (la partie entre guil­le­mets), fort joliment illustrée par l’image ci-contre, est le sous-titre d’un billet intitulé Gestion de projets en com­mu­ni­cation qui pose une question fort pertinente : « Mais a-t-on pensé à tous les éléments ? Qu’en est-il du public cible ? »

Avant que de montrer pourquoi Facebook devrait en prendre de la graine, on signalera à l’auteure de ce texte qu’il y a justement un élément auquel elle n’a pas pensé : l’orthographe de son texte… Voilà où le bât blesse : elle écrit « Voilà souvent où le bas blesse » (et on serait étonné d’apprendre que son bas en nylon, même filé, la blesse).

Venons-en à Facebook. Les deux copies d’écran ci-dessous montrent, à gauche, trois publicités juxtaposées vantant d’un côté de gros et juteux sandwiches à la viande de… bon, impossible de le déterminer au pif et de l’autre comment perdre du poids, et, à droite, trois publicités elles aussi juxtaposées apparaissant quotidiennement sur la page d’un abonné gay de moins de 40 ans. L’un comme l’autre de ces abonnés rapportent qu’il ne leur sert à rien d’indiquer leur manque d’intérêt pour ces publicités, elles reviennent à l’identique à haute fréquence, genre, lavage de cerveau. Quant à la cible, peu importe : dans la masse, il y aura toujours suffisamment qui mordront à l’hameçon.

2 février 2013

Gaudeamus igitur

Classé dans : Actualité, Musique, Religion, Société — Miklos @ 14:31

On vient d’apprendre que huit nouvelles cloches et un bourdon ont été inaugurés aujourd’hui à Notre Dame de Paris.

Nul doute qu’ils se soient mis à sonner le glas à l’instigation du Primat des Gaules (ce qui ne manquera de résonner dans tout Paris) à la nouvelle que « L’Assemblée nationale a adopté samedi, par 249 voix contre 97, le premier article du projet de loi sur le mariage homosexuel, le plus important, celui qui ouvre le mariage aux personnes de même sexe. ».

On aurait préféré qu’ils jouent à cette occasion le Gaudeamus igitur – même si la réforme (celle de Vatican II, pas l’autre) a éliminé le latin des églises – en insistant particulièrement sur le Vivat et res publica et qui illam regit. Quand au glas, l’Église a bien des circonstances plus appropriées pour le sonner.

27 janvier 2013

La paille et la poutre, ou, modeste proposition pour les opposés au mariage pour tous

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 15:48

“No member of the Roman Catholic hierarchy fought longer and more energetically than Cardinal Roger Mahony of Los Angeles to conceal the decades-long scandal involving the rape and intimidation of children by rogue priests. For years, the cardinal withheld seamy church records from parents, victims and the public, brandishing endless litigation and fatuous claims of confidentiality.” (Source : New York Times, 28/1/2013.)On n’évoquera pas ici – horresco refe­rens – les dangers fantas­ma­tiques du mariage pour tous qu’un dignitaire de l’Église – le cardinal Barbarin – a sorti des convolutions de son esprit (« Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. »), si ce n’est pour affirmer que la polygamie et l’inceste ne sont pas l’apanage de « ceux-là » en rappelant par exemple que le pape et saint Grégoire était né de relations inces­tu­euses entre un frère et une sœur (ce qui n’aurait pu arriver si cette relation avait eu lieu entre deux hommes, nul doute que ç’aurait été une perte pour l’Église) et s’était marié avec sa mère (qui était donc aussi la sœur de son père, vous suivez ?). On ne manquera aussi de remarquer qu’un autre prince de l’Église s’était battu pendant des années pour protéger les prêtres pédophiles de sa circonscription (cf. encadré).

On parlera du danger qu’ils évoquent pour les enfants, nés de père et de mère (malgré les progrès techniques, on ne connaît pas encore d’autre méthode pour ce faire depuis l’immaculée conception) et qui pourraient se retrouver privés du milieu papa-maman au cours de leur enfance et leur adolescence (ce qui, forcément, les homo­se­xua­liserait, car, comme on le sait, aucun enfant qui a grandi dans un couple normal ne devient homo). Cette crainte devrait amener ces personnes concernées par le bien de tous non pas à s’opposer au mariage pour tous mais à prôner les mesures conservatrices suivantes, destinées spécifiquement à protéger l’enfance :

1. Interdire la séparation de corps et a fortiori le divorce civil (l’Église l’interdit mais l’autorise parfois, curieux, hein ?). Comme ça, papa-maman continueront à s’occuper de leurs enfants à deux quel que soit la situation du couple. Leurs rejetons auront ainsi devant leurs naïfs yeux l’exemple du couple soudé donc idéal, quelle que soit la situation du couple et quels que soient les traitements – bons, évidemment – qu’ils feront subir à leurs enfants.

2. Dans le cas où l’un des deux parents décède, obliger l’autre à se remarier avec une personne du sexe opposée dans un délai inférieur à trois mois, sous peine de se voir ses enfants retirés et placés dans une famille d’accueil (composée de papa-maman et éventuellement de rejetons, donc pas de Joséphine Baker ou choses de ce genre).

3. Fermer sine die les orphelinats gérés par des religieux ou religieuses d’un seul sexe et placer les enfants dans des familles d’accueil (cf. §2 ci-dessus).

4. Imposer la parité homme-femme dans les monastères, mettre fin au célibat des prêtres et leur imposer le mariage avec la prise de vœux (quelle belle manifestation du mariage pour tous !) : nul doute que la suppression de ces milieux homogènes (= géniteurs d’homosexualité) et de pédophilie seront bien plus efficaces que l’interdiction du mariage à ceux qui souhaiteraient le faire par amour.

Le mariage pour tous, ou, il y a sept ans, sur une autre planète…

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 14:25

21 janvier 2013

De l’androïde et de ses congénères, ou, du futur antérieur de l’Homme

On avait longtemps prédit que l’espèce qui règnera sur la Terre après la disparition de l’homme sera le cafard (on pourra lire ici d’autres hypothèses tout aussi réjouissantes). Que nenni, ne cafardez plus, ce sera le robot : on en voit naître en nombre croissant, et bientôt leur taux de reproduction dépassera celui de l’espèce humaine. Ils s’insinuent discrètement dans notre quotidien, remplacent systé­ma­ti­quement les esclaves de jadis et les assistants d’aujourd’hui, se rendent inéluctablement indispensables. De là à ce que nous devenions « leurs » serviteurs, il n’y a plus qu’un petit pas, comme aurait dit Mao, le grand bond en avant ayant pris place quelque part durant le Moyen Âge.

Le mot « robot » est né, lui, il y a bientôt un siècle : on le trouve dans le célèbre roman R.U.R. de Karel Capek, où il est dérivé du mot tchèque (et slave en général) désignant un travail (souvent pénible). Mais le concept même d’un « truc » humanoïde créé par l’homme à partir de la matière inerte – ce n’est pas (encore ?) un être vivant, ce n’est plus une machine purement automatique et prévisible – pour l’aider dans ses corvées est bien plus ancien : comme on l’a signalé ailleurs, le Golem de la mystique juive, dont la plus célèbre manifestation est celui créé par le Rabin Loeb dans la Prague moyenâgeuse, remonte aux premiers siècles.

L’Église a eu aussi son Golem, qu’on a appelé « androïde » dès le xviie siècle (peut-être même auparavant, on n’en a pas trouvé trace). Il s’agit d’une créature d’Albert le Grand (xiiie siècle), que son non moins illustre élève, Thomas d’Aquin, fracassera pour une raison surprenante, comme on peut le lire dans la réfutation qu’en donne Gabriel Naudé en 1653 dans son Apologie pour tous les grands personnages qui ont été faussement soupçonnés de magie et où apparaît ce mot d’« androïde » :

Il ne reste donc maintenant qu’à réfuter l’erreur de ceux qui se sont persuadés que l’on pouvait forger des têtes d’airain sous certaines constellations, lesquelles rendaient par après des réponses, et servaient à ceux qui les possédaient de guide et de conduite en toutes leurs affaires, comme un certain Yepes dit que Henry de Villeine en avait fait une à Madrid qui fut brisée par le commandement de Jean II roi de Castille : ce que Barthelemy Sibille et l’auteur de L’Image du monde assurent pareillement de Virgile, Guillaume de Malmesbery de Sylvestre, Jean Gouverus de Robert de Lincolne, la populace d’Angleterre de Rober Bacon, et Tostat évêque d’Avila, George Venitien, Delrio, Sibille, Raguseus, Delancre et plusieurs autres qu’il serait ennuyeux de spécifier, d’Albert le Grand, lequel comme le plus expert avait composé un homme entier de cette sorte, ayant travaillé trente ans sans discontinuation à le forger sous divers aspects et constellations, les yeux par exemple, au récit du susdit Tostat en ses Commentaires sur l’Exode, lorsque le Soleil était au signe du zodiaque correspondant à une telle partie, lesquels il fondait de métaux mélangés ensemble et marqués des caractères des mêmes signes et planètes et de leurs aspects divers et nécessaires ; et ainsi la tête, le col, les épaules, les cuisses et les jambes façonnés en divers temps et montés et reliés ensemble en forme d’homme, avaient cette industrie de révéler audit Albert la solution de toutes ses principales difficultés. À quoi, pour ne rien oublier de ce qui appartient à l’histoire de cette statue, l’on ajoute qu’elle fut brisée et mise en pièces par S. Thomas, qui ne put supporter avec patience son trop grand babil et caquet. Or pour juger plus sainement ce que l’on doit croire de cette androïde d’Albert et de toutes ces têtes merveilleuses, j’estime que l’on ne peut manquer de déduire l’origine de cette fable du Teraph des Hébreux […]

Quelques années plus tard (en 1685), Charles Le Maire donnera une version quelque peu différente de la fin de cet androïde, dans son ouvrage Paris ancien et nouveau, sous-titré Ouvrage très curieux (ce qu’on confirme), et dans lequel il parle d’Albert le Grand qui a donné son nom à la place Maubert :

La merveilleuse connaissance qu’il avait des secrets de la nature, lui a fait inventer des machines très ingénieuses : cependant quelques auteurs l’ont accusé de magie, d’avoir su le secret de la pierre philosophale, d’avoir inventé la poudre à canon et d’avoir formé une androïde, c’est-à-dire une tête d’airain forgée sous de certaines constellations qui répondait à ses demandes : on dit qu’il la posa au milieu de sa bibliothèque, et que Saint Thomas d’Aquin son disciple, y étant allé pour prendre un livre, et que cette tête lui ayant dit Que demandes-tu, que cherches-tu ?, la brisa à force de coups qu’il lui donna avec un bâton, croyant que ce fut le démon qui parlait en elle, c’est ainsi qu’il détruisit en un moment le travail de vingt années du plus grand génie qui fut jamais. L’on parlera encore d’Albert le Grand, à l’occasion de la place Maubert, à qui il a donné son nom, comme qui dirait la place de Maître Aubert.

Vous voilà prévenus : toutes ces histoires de robot se finissent mal. Et même si vous objecterez en invoquant la statue de Galatée qui s’est animée pour se marier avec son sculpteur, Pygmalion, à la suite de quoi ils vécurent heureux et eurent deux enfants, on rétorquera que ce n’était pas lui qui l’avait animée, contrairement aux créateurs dont nous venons de parler, mais Aphrodite. Un deus ex machina qui ne compte donc pas, d’autant plus qu’il ne s’agissait pas d’un androïde mais d’une gynéide.

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