Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

6 octobre 2013

Au menu hier soir (extraits)

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 15:59

Egg nog
Source : Mapie de Toulouse-Lautrec, La cuisine de Mapie. Le Livre de poche.

Pour vingt personnes

6 œufs
250 gr. de sucre en poudre
½ l. de cognac ou de whisky
1dl. de rhum
1 l. de lait
¾ l. de crème fraîche
cannelle (zut, j’avais oublié d’en rajouter, mais c’est sa faute, elle n’en parle pas dans la recette).

Séparer les blancs des jaunes d’œufs.

Battre les jaunes d’œufs jusqu’à ce qu’ils deviennent très légers et mousseux.

Rajouter le sucre et continuer à battre.

Ajouter les alcools en mélangeant bien.

Laisser reposer 1-2 heures au frigo en mélangeant de temps en temps.

Ajouter le lait.

Fouetter la crème et la rajouter en mélangeant bien pour éviter les « grumeaux ».

Battre les blancs d’œuf en neige et rajouter en mélangeant déli­ca­tement mais soigneusement.

Laisser reposer plusieurs heures au frigo.

Ah, oui ! Et la cannelle, ne pas l’oublier.

Mousse de harengs à la russe
Source : Cuisine russe, C.I.L. vie pratique/cuisine.

300 gr de filets de harengs (la recette parle de harengs fumés, plus communs ; je préfère le matjes que je trouve bien plus délicat et qu’on trouve chez Naouri)

25 cl. de crème fraîche épaisse (je prends de la Bridélice, qui est plus légère)

3 cuil. à soupe de jus de citron

6 cuil. à soupe d’huile

poivre.

Pour la décoration et le service

citron, persil, blinis

Réduire les filets de hareng en crème au mixeur.

Rajouter graduellement, comme pour une mayonnaise, l’huile et la crème fraîche en alternant, puis le jus de citron.

Saler, poivrer, puis mettre à rafraîchir.

Décorer avec des brins de persil et des rondelles de citron.

Servir avec des blinis.

Crème à l’aubergine et pâte de sésame
Source : Ruth Sirkis, From the kitchen with love (publié en hébreu).

700 gr (ou 2-3) de belles aubergines

2-3 cuil. à soupe de jus de citron.

1 gousse d’ail écrasée

1 verre de tahini (ou tehina : pâte faite de sésame écrasée, on en trouve dans les magasins bios, par exemple)

1/4 cuil. poivre noir

1 cuil. d’aneth haché (je crois bien l’avoir oublié hier… !)

2 échalotes hachées.

1 cuil. soupe huile d’olive.

Percer les aubergines avec une four­chette en deux ou trois endroits pour éviter qu’elles ne s’ouvrent lors de la cuisson. Les cuire à sec (par ex. au four sous le gril pendant 45 min. ; ma mère le faisait dans une casse­role, à sec), en retournant 1-2 fois, jusqu’à ce que l’intérieur soit tendre.

Les éplucher, puis écraser la chair à la fourchette ou cuiller en bois.

Rajouter le jus de citron, l’ail, la tahini.

Sel, poivre, aneth, échalotes, huile d’olive.

Rafraîchir.

Knishes (ou pirojki) au saumon
Source : Alain Taubes, Cuisine yiddish. L’Archipel.

Pour la pâte brisée

300 gr. de farine
150 gr. de beurre demi-sel
un peu d’eau
1 jaune d’œuf pour dorer.

Pour la farce

200 gr. de chutes de saumon fumé
100 gr. d’épinards cuits.
1 cuil. à soupe d’huile
1 cuil. à soupe de crème
un peu de raifort, éven­tuellement
(on en trouve chez Naouri ; du jus de citron devrait aussi faire l’affaire, je pense)
sel, poivre.

Pétrir légèrement farine, beurre et eau jusqu’à l’obtention d’une boule souple qui ne colle pas.

L’envelopper de film cellophane et laisser reposer 1-2 h voire une nuit hors du frigo.

Mélanger les ingrédients de la farce.

Étaler la pâte et y découper des rondelles (de 6 à 8 mm, il y a des appareils pour ce faire).

Y déposer 1 c. à dessert de farce, humecter les bords et recoller.

Badigeonner avec l’œuf (éven­tuellement légèrement rallongé avec une larme d’eau) et mettre au four préa­la­blement chauffé à 200° sur papier sulfurisé pendant 15-20 min.

Pâté de thon à l’aoïli
Source : Christian Delu, Pâtes, tourtes et terrines, éd. Solorama.

Pour l’appareil

600 gr. de thon au naturel égoutté

80 gr. de farine

8 œufs

100 gr. de crème fraîche épaisse.

Pour l’aïoli

1 jaune d’œuf

3 gousses d’ail écrasé

huile de tournesol

sel, poivre

éventuellement : jus de citron.

Égoutter le thon, l’émietter et le bien mélanger à la farine.

Rajouter les œufs et la crème et bien mélanger (pour ma part, je bats au fouet les œufs et la crème, puis je les incorpore).

Saler, poivrer.

Mettre dans un moule beurré et cuire environ une heure dans le four préalablement chauffé à 150°.

Pour l’aïoli, faire comme pour une mayonnaise. Saler, poivrer voire rajouter un filet de jus de citron.

Tarte à la fourme d’Ambert

Pour la pâte brisée

250 gr. de farine
125 gr. de beurre demi-sel
un peu d’eau
1 jaune d’œuf pour dorer.

Pour l’appareil

Trois tranches de fourme d’Ambert (env. 750 gr.)

500 gr. de crème fraîche épaisse
4 œufs

50-100 gr. cacahuètes grillées
sel, poivre.

Préparer la pâte brisée (cf. ci-dessus).

Passer au mixer le fromage, la crème fraîche, les œufs.

Concasser les cacahuètes. Les mélanger à l’appareil.

Chemiser un moule à tarte, y disposer la pâte en fronçant le bord et en le badigeonnant avec le jaune d’œuf.

Mettre au four préalablement chauffé à 180° pendant 30 minutes environ ou jusqu’à ce qu’elle soit bien dorée.

Salade de carottes

un bon kg. de carottes
1-2 pomelos
50-100 gr. de raisins secs ou de canneberges
1-2 cuil. d’huile
jus de citron (au goût)
cumin, sel, poivre.

Mettre les raisins secs dans une casserole, les couvrir d’eau, porter à ébullition pendant quelques minutes. Les sortir de l’eau et laisser un peu refroidir (ce qui a pour effet de les réhydrater et les rendre plus agréables à manger).

Râper les carottes.

Rajouter la chair des pomelos et les raisins secs, puis le jus de citron.

Assaisonner.

Carrot Cake
Source : Constance Borde et Sheila Malovany-Chevallier, 300 recettes de cuisine américaine. Éd. Jacques Grancher.

Cf. la recette dans mon blog… Au lieu d’en faire un grand gâteau, j’ai mis l’appareil dans des moules individuels.

28 septembre 2013

Ballade d’une Dame du temps jadis

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 22:54

Dis moi où, n’en quel restaurant,
Est Muriel maîtresse de céans ?
Où est passé, zieuteur, Salim,
Qui les trouvait toutes sublimes ?

Semblablement, où est Emma,
Ombre fidèle de Mamma,
Qui louvoyait en bord d’étang,
Toute en rires tonitruants ?

Damien qui dansait mieux qu’un faune,
Mais n’avait rien d’une amazone,
Lucas, Guillaume et puis Thomas
Qui veillaient à notre estomac ?

Mais où est partie ma cantine ?
Où sont-ils tous, Dame Tartine ?
Et ce refrain vais répétant :
Mais où sont les neiges d’antan ?
 

18 septembre 2013

Life in Hell: My Tailor Is Rich

Classé dans : Actualité, Cuisine, Langue, Musique — Miklos @ 21:01


Cliquer pour agrandir.

Spirou, qui – comme on le voit – s’habille avec une élégance unmistakably British, a décidé d’accorder une égale attention au développement de ses talents oratoires dans la langue de Chaucer et de Marlowe. Akbar, qui – comme on le sait – est plutôt conversant dans celle des descendants des Pères pèlerins, lui propose donc de ne plus converser qu’en anglais tout en tâchant d’éviter la controverse purement linguistique qu’évoquent ci-dessous Ginger Rogers (dont le prénom ne manque d’évoquer la couleur des cheveux de Spirou) et Fred Astaire (qu’Akbar se garde bien d’imiter pour ne pas se casser la g…..). Dorénavant : pas d’exceptions.

Ah ! quelle chance ! c’est aujourd’hui dimanche. Ils vont déjeuner au restaurant de la mamma aux manières accortes. En entrant, Akbar demande la carte en anglais pour Spirou, « parce qu’il ne parle pas un mot de français ». Spirou almost falls back from surprise et regarde Akbar avec des yeux mi-écarquillés mi admiratifs (sans loucher pour autant). How dares he? pense-t-il in peto.

Ils s’asseyent à la meilleure table, d’où l’on voit le joli paysage – le lac, les canards quand il y en a ailleurs qu’au menu, les enfants qui s’égayent dans le bassin à l’eau croupie parmi les immobiles mobiles musicaux, les touristes qui contemplent les alentours au travers de l’image que leur renvoie leur tablette tenue à bout de bras et les nuées de voleurs à la tire – sans avoir à grelotter du froid qu’il fait dehors en cette journée d’été pourtant radieuse. Quelle météo pourrie !, se dit Akbar en pensant à Madame de Sévigné.

Le cowboy mexicain s’approche, et, dans un anglais dont la qualité ne manque de surprendre Akbar, prend aisément la commande de Spirou, qui est malgré tout dans ses petits souliers : dès qu’elle (le cowboy) s’éloigne, il demande anxieusement à Akbar : But what if she finds out that I speak French? Puis c’est au tour de la danseuse de s’approcher. Là aussi, ébahissement pour Akbar, il (la danseuse) maîtrise quasiment aussi bien l’anglais que sa collègue (le cowboy, vous suivez ?). Quant au grand-père, il n’est pas de reste, et s’étonne seulement de voir Akbar en ce jour de repos dominical.

Quelques jours plus tard, Spirou délivre devant sa classe émerveillée la vraie recette du pain perdu en un anglais plus que parfait, tout en se gardant bien de lui donner sa dénomination fort vulgaire de French Toast, ils ne sont tout de même pas chez MacDo (pour cette fois).

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

8 septembre 2013

Life in Hell : Paradoxes mathématiques alsaciens, ou, Quand 4=2 et 2+4=7.

Classé dans : Actualité, Cuisine, Musique — Miklos @ 2:47


Cliquer pour agrandir.

Afin d’aider Spirou à découvrir les mystères de Paris où il vient de débarquer, Akbar décide de jouer le tout pour le tout : il se risque à l’emmener manger des tartes flambées alsaciennes à volonté. Spirou ne sait où ils se rendent. Tout ce qu’Akbar est disposé à lui révéler malgré son insistance, c’est qu’il s’agit d’une spécialité régionale, à quoi Spirou demande, « De Paris ? ». Tel la Joconde, Akbar sourit silencieusement en guise de réponse.

Les terrasses sont pleines, mais le restaurant est vide. Tant mieux, l’efficace SeffoderdeseladegaServeuse faisant fonction de responsable de salle
en l’absence de Gaël (acronyme).
qui les accueille avec un beau sourire leur donne la table favorite de Jeff et d’Akbar.

Spirou se glisse contre le mur tandis qu’Akbar s’écroule sous la table : le fauteuil était subrepticement bancal. Il se ramasse et l’échange contre un siège voisin sous lequel il trouve un vieux couteau sale, ce qui le rassure : ce fauteuil-là n’a pas dû être autant utilisé que le sien, et doit donc être plus solide. Ça commence bien, se dit-il in peto.

Sitôt installés, tous les serveurs et serveuses présents ce soir-là se succèdent à une vitesse déconcertante, non pas pour se présenter comme le faisait le personnel à Versailles devant le roy, mais pour prendre la commande. On sent bien qu’ils sont pressés de le faire avant le coup de feu, sussure Akbar.

Puis il explique à Spirou le principe de la carte et le laisse faire tranquillement son choix. La commande est finalement passée au grand soulagement de la cuisine. Les entrées arrivent à toute berzingue, et avant même qu’elles soient entièrement englouties, le premier round de tartes flambées alsaciennes à volonté est déposé sur la table. Tandis que le Tatoué parcourt d’un air important et à petits pas rapides la salle et que le Stagiaire y erre perdu avec un air éperdu, Spirou savoure sa fameuse chèvre au miel (qui était aussi la favorite d’Enak) et Akbar sa saumon (qu’il n’avait pu obtenir la fois précédente faute de saumon).

La suite ne se fait pas attendre non plus. En fait, elle n’a même pas attendu la commande de nos deux compères, la cuisine ayant décidé d’office (si l’on peut dire) de leur envoyer la même chose. Or Spirou voudrait maintenant goûter à la saumon (qu’on vient de rapporter pour Akbar, vous suivez ?), tandis que ce dernier ne peut prendre celle de Spirou parsemée de lardons, et de toute façon il s’indigne qu’on ne leur ait pas demandé leur avis. On donne donc à Spirou la portion qui était destinée à Akbar – c’est sa seconde de la soirée –, et on prend la commande de la moitié manquante d’Akbar.

Long intermède qui permet aux deux convives de finir leurs parts, de les digérer et de discuter d’un grand nombre de sujets fondamentaux. Finalement on vient leur demander s’ils ont passé commande, à quoi Akbar répond quelque peu acidement par l’affirmative et qu’il n’a toujours pas reçu ce qu’il avait commandé. On reprend sa commande, et on en profite pour demander à Spirou ce qu’il voudrait maintenant manger.

Second long intermède, qui leur permet de prendre connaissance du drame qui se joue à la table voisine : un couple et leurs enfants attendent depuis 45 minutes le digestif de la mère. Celle-ci, exaspérée, interpelle la Seffoderdeseladega qui essaie de lui faire comprendre italiquement et par tous les arguments possibles et i(ni)maginables que c’est normal, vu qu’ils sont obligés de former du personnel plutôt que de servir la clientèle ou quelque chose dans le genre (vu le brouhaha Akbar n’est pas sûr d’avoir entendu toutes les subtilités de son discours).

Puis arrive le Stagiaire Éperdu avec la part de Spirou, annonçant qu’il avait fait tomber celle d’Akbar mais, ajoute-t-il en faisant semblant de croire très fort à ce qu’il dit, qu’on allait lui en refaire une très rapidement. Mon œil, se dit Akbar in peto. C’était le bon : bien longtemps après que Spirou ait fini sa troisième moitié, voici qu’on vient leur rereprendre commande.

[…]

Akbar reçoit finalement sa végé­ta­rienne moitié, tandis que Spirou savoure sa quatrième, une indienne. Une fois celles-ci respectivement finies, les deux compagnons de table décident de lever le camp afin de ne pas attendre jusqu’au petit déjeuner une éventuelle suite.

Ceux de nos lecteurs qui auront suivi jusqu’ici les péripéties de nos héros auront sans doute conclu que 2+4 = 6, mais l’addition, elle, indiquait 7 moitiés. Un vrai mystère (de Paris) ! Après plusieurs corrections approximatives – Akbar se lasse d’indiquer qu’elles ne sont pas entièrement correctes – la Seffoderdeseladega lui dit, un peu lasse elle aussi, « Ce n’est pas facile de gérer toute une salle ». Akbar lui répond télépathiquement qu’à chacun son métier et les vaches seront bien gardées. Spirou, ravi de la soirée, déclare en recevant sa carte de fidélité qu’elle lui sera bien utile et qu’il reviendra avec ses amis pour de nouvelles aventures.

La soirée déconcertante se termine par le concert suivant :

– Paul Robeson, Let My People Go.

– Mama Cass, Dream A Little Dream Of Me (1968).

– Joe Cocker, With A Little Help From My Friends (1969).

– Joan Baez, The Night They Drove Old Dixie Down.

– Tom Waits, Waltzing Matilda (1977).

– Arlo Guthrie, Alice’s Restaurant (2005).

– Mozart, Adagio for Glass Armonica in C major, K. 617a (2008).

– Debussy, Clair de Lune (Lydia Kavina, theremin) (2009).

– Sound of Noise, Music for One Apartment and Six Drummers.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

14 juillet 2013

De l’interdiction de nourrir les pigeons à Paris

Classé dans : Cuisine, Histoire, Santé, Société — Miklos @ 18:29


L’homme aux pigeons (devant le Centre Pompidou, 2008)

Le Traité de la police de Nicolas Delamare (ou de La Mare), publié en quatre volumes au début du XVIIIe siècle, bien qu’inachevé, comprend une somme considérable d’informations de grand intérêt sur « l’histoire administrative, le passé économique, les mœurs et cou­tu­mes d’autrefois, l’évolution de l’agglomération pari­sienne ». (P.M. Bondois, 1935)

Nous citerons d’abord un extrait du livre quatrième (« De la santé »), titre II (« Que la salubrité de l’air contribue à la santé »), chapitre III (« Qu’il ne faut élever dans les villes aucuns des bestiaux qui causent de l’infection ») qui montre bien que la plaie des pigeons – sans doute la onzième de celles d’Égypte – n’est pas récente et préoccupait la maréchaussée autant alors qu’aujourd’hui. En passant, nous apprendrons l’étymologie du nom de la rue aux ours et verrons que les lois de salubrité n’avaient rien d’absolu, et étaient en fait modulables selon le statut social des habitants des divers quartiers (comme quoi, on nettoie mieux le 16e arrondissement que le 18e).

De tous les animaux domestiques, il n’y en a point dont l’infection des excréments soit plus capable de corrompre l’air que les porcs, les pigeons, les lapins, les oies et les canes. La Coutume d’Étampes article 185 y comprend les bêtes à laine : elle porte, qu’il n’est loisible à personne faisant sa demeure en cette ville, d’y tenir bêtes à laine, porcs, oies ou canes ;à peine de confiscation et d’amende arbitraire. Et l’article 192 défend d’y nourrir des pigeons privés, à peine de cent sols parisis d’amende. La Coutume de Nivernois chapitre dix, article dix-huit, fait défendre de nourrir dans la ville de Nevers aucuns pourceaux, truies, boucs, chèvres, cochons, chevreaux, et autres bêtes semblables, et ordonne que ces défenses auront pareillement lieu dans les autres villes de la province.

Saint Louis par une ordonnance du vendredi d’après la Toussaints 1291 défendit de nourrir aucuns porcs au-dedans des murs de la Ville de Paris.

Le Prévôt de Paris par une ordonnance du samedi d’après la Chandeleur 1348 et une autre ordonnance du trente janvier 1350 fit défenses de nourrir dans la ville aucuns pourceaux, à peine de soixante sous d’amende : enjoignit aux sergents de les tuer où ils les trouveraient ; ordonna qu’ils en auraient la tête pour leur salaire, et que le reste du corps serait porté à l’Hôtel-Dieu, à la charge d’en payer le port.

Charles V, par des lettres patentes du vingt-neuvième Août 1368 défendit expressément à toutes personnes de nourrir des pigeons dans la ville, faubourgs et banlieue de Paris.

Une ordonnance du Prévot de Paris du 4 Avril 1502 sur le réquisitoire des avocats et procureur du Roi, fait défenses à toutes personnes de nourrir des pigeons, des oisons, des lapins, ni des porcs dans la ville et faubourgs de Paris, à peine de confiscation et d’amende arbitraire, dont le dénonciateur aura le tiers.

Les oies étaient en ce temps d’un si grand usage à Paris, que les rôtisseurs ne faisaient presque point alors d’autre débit ; c’est de-là qu’ils se trouvent nommés dans les anciennes ordonnances oyers, et non pas rôtisseurs, et que le quartier où ils demeuraient en plus grand nombre prit le nom de rue aux oyers, que l’on nomme aujourd’hui par corruption rue aux ours. Plusieurs pauvres gens des faubourgs ou des extrémités de la ville élevaient de ces volailles, et en faisaient commerce sous le titre de poulaillers. Ils donnèrent leur requête au Prévôt de Paris, pour avoir la liberté de continuer leur commerce dans ces lieux exposés au grand air : ce magistrat commit un commissaire pour y faire une descente en la présence du Procureur du Roi, et sur le rapport de cet officier il rendit la sentence que voici :

« À tous ceux qui ces présentes lettres verront, Gabriel baron et seigneur d’Allègre, Saint-Just, Meillau, Torzet, Saint Dyer et de Pussol, conseiller, chambellan du Roi notre Sire, et garde de la prévôté de Paris, salut, savoir faisons ; que vue la requête à nous faite et présentée par les Maîtres poullaillers de la ville de Paris, par laquelle ils auraient requis leur être permis de pouvoir faire nourrir des oisons ès rues du Verbois en cette dite ville de Paris, rue des Fontaines, et autres lieux de ladite Ville les plus convenables, ainsi que d’ancienneté, et mêmement depuis neuf ans auraient eu congé et pouvoir de ce faire. Sur laquelle eussions ordonné dès le trentième jour de Mai dernier passé, que les lieux seraient visités par le premier Examinateur de par le Roi notredit Seigneur audit Châtelet de Paris, qui en ferait son procès verbal, pour ce fait en être ordonné comme de raison : vu aussi le procès verbal fait en vertu de ladite requête par notre aimé Maître Etienne Migot, Examinateur audit Châtelet ; par lequel Nous est apparu ledit Examinateur, en la présence du Procureur du Roi notredit Seigneur audit Châtelet, avoir visité, et soi être transporté en ladite rue du Verbois, outre les églises du Temple et de saint Martin des champs à Paris, et trouvé icelle rue être détournée de gens, et à l’écart, à laquelle n’habite que menues et simples gens, comme poullaillers, vignerons et non gens d’état ; ne maisons d’apparence, où il y a grands jardins et lieux vagues, et qui aboutit sur les murs et anciens égouts de cettedite Ville de Paris, et comme lieu champêtre. Vu aussi certain congé donné de nous le mercredi second jour de Mai mil cinq cent et quinze, auxdits poulaillers, de faire les nourritures dont il est question : nous pour considération de ce que dit est auxdits Maîtres poulaillers, avons permis et permettons, oy sur ce ledit Procureur du Roi audit Châtelet, de pouvoir nourrir telle quantité d’oisons que bon leur semblera ; pourvu que sous ombre de ce, ne soit fait chose préjudiciable, et de pouvoir révoquer cette présente permission, où il serait trouvé ci-après être au préjudice d’aucuns et de la chose publique. En témoin de ce nous avons fait mettre à ces présentes le scel de ladite Prévôté de Paris. Ce fut fait le jeudi dix-huitième jour de Juin l’an mil cinq cent vingt-trois. Ainsi signé, A. Lormier. »

Ceux qui avaient obtenu cette permission en abusèrent, d’autres se joignirent à eux, la Ville se trouva remplie de volaille ; leur infection jointe à celle des immondices dont le nettoyement avait été beaucoup négligé, causèrent plusieurs maladies. François I y pourvut par un édit du mois de Novembre 1539. […]

Il faut probablement pondérer l’option de Delamare, selon laquelle les rôtisseurs ne faisaient commerce quasiment que d’oies : dans ses Règlemens sur les arts et métiers de Paris rédigés au XIIIe siècle, et connus sous le nom du livre des métiers d’Étienne Boileau (1837), Georges Bernard Depping écrit, à propos de « l’ordenance du mestier des oyers de la ville de Paris » :

Quoiqu’ils fussent appelés alors oyers, et que la rue aux Oues eût été nommée d’après les oyers qui l’habitaient, ce qui ferait supposer qu’ils rôtissaient principalement des volailles, on voit par les articles du statut qu’ils apprêtaient toutes les viandes, et même la charcuterie.

Pour conclure et revenir à nos moutons pigeons, on ne sait si les oyers proposaient les mets dont on voit ci-dessous des recettes tirées du Cuisinier royal et bourgeois, qui apprend à ordonner toute sorte de repas, et la meilleure manière des ragoûts les plus à la mode et les plus exquis, ouvrage très utile dans les familles, et singulièrement nécessaire à tous Maîtres d’Hôtels, et Écuyers de Cuisine, publié à Paris en 1693. Si chaque parisien mettait la main au plat, peut-être pourrait-on finalement éradiquer la plaie en question ?

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos