Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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13 mai 2010

Life in Hell : c’est au tour de Jeff de râler

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 22:28

La sœur de Jeff vient lui rendre visite. Akbar propose de dîner dans un certain restaurant de tartes flam­bées alsa­ciennes à volonté. Jeff s’installe dans le fauteuil « parce que c’est plus confortable » (il a raison, constate Akbar).

Franchette consulte la carte et aimerait bien goûter à la tarte flambée aux champignons. Jeff, lui, a envie de celle du jour. Ils demandent donc à la petite souris une moitié de chaque. Elle leur répond que ce n’est pas possible, tous les convives doivent partager la même, c’est le principe. Mon œil, se dit Akbar, toutes les fois où j’y viens avec Jeff, on ne prend jamais la même chose, et on n’a aucun problème, elle ne doit pas aimer les femmes, celle-là.

Faute de pouvoir avoir les deux, Jeff, fâché, décide qu’ils prendront celle du jour. Franchette est très accommodante, non seulement elle acquiesce, mais quand finalement la tarte arrive, elle trouve que c’est un bon choix, elle est bonne. Repas faisant, une touche d’aïoli dans l’assent, elle raconte aux deux compères avec faconde ses voyages fabuleux en campingue car aux States, la nuit où un ours est venu humer la tente dans laquelle sa moitié se préparait à dormir, la vue magnifique du grand canionne (le nord, parce que l’autre bout, c’est une arnaque des Indiens, 70$ pour deux kilomètres en bus !)…

Il est temps de commander la tarte flambée suivante. Franchette aimerait toujours bien goûter à la tarte flambée aux champignons. Jeff, lui, a encore envie de celle du jour. Faute de pouvoir avoir les deux, Jeff décide qu’ils prendront celle du jour. Franchette est très accommodante, non seulement elle acquiesce, mais quand finalement la tarte arrive, elle trouve que c’est un bon choix, elle est bonne. Cette fois-ci, elle raconte ses mésaventures avec un commercial auquel elle demandait un devis pour refaire les fenêtres de sa maison, et qui s’entêtait à vouloir parler avec un homme, parce que les femmes ça ne comprend pas. Il ne doit pas aimer les femmes, celui-là. Franchette n’est pas née de la dernière pluie, elle a déjà construit trois maisons, et sait en sus reconnaître un goujat et un arnaqueur. Elle indique la porte à ce deux-en-un qui sort en l’insultant. Ah ces mecs !

Ce n’est finalement qu’à la troisième tarte flambée, puis à la quatrième, qu’elle peut enfin satisfaire sa discrète envie. Ah, ces mecs…

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

7 avril 2010

Life in Hell: Akbar adore le bon pain, mais…

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 0:16

À l’instar d’Épicure, Akbar a le cœur saturé de plaisir quand il a du pain et de l’eau (à défaut de vin, mais cela ne saurait durer). Une baguette suffit pour le rendre heureux : l’arôme qu’elle dégage encore quand, à peine tiède, elle s’offre à lui, la croûte dorée, de cette couleur bai clair qu’on voit sur certains beaux chevaux blonds de race, délicatement croustillante pour se fondre ensuite sous la langue, la mie élastique sans pour autant servir de bouche trou à des caries, ni trop dense ni trop aérienne, à peine salée pour en rehausser discrètement le goût… Un délice dont il a du mal à se passer trop longtemps.

Le pain, ça paraît si simple à faire : de la farine, de l’eau, du levain… et voilà, le tour est joué. Eh non ! s’écrie Akbar qui s’est appris à se faire son pain quotidien à la sueur de son front. C’était du temps où il vivait dans un pays qui, malgré (ou à cause de) ses avancées technologiques, ne produisait que du pain industriel : sa forme ? toujours parfaite et identique d’une pièce à l’autre ; sa couleur ? toujours idéale, sans variante ; sa texture moelleuse à souhait et sa mie plaisante pour tous donc sans goût ; ce pain qui a le mérite de rester frais plusieurs semaines puis de tourner subitement au vert, couleur qui indique, contrairement à celles des feux de circulation, qu’on doit s’arrêter (de le consommer).

Quelles farines ? Quels levains ? Et l’eau, alors ? pas celle qui s’écoule hygiéniquement javélisée de son robinet, pour sûr. Et puis le tour de main, la température ambiante et celle du four, l’humidité, la durée de la cuisson… Akbar en découvre les subtilités au fil du temps.

Rentré en France, Akbar fréquente assidûment la boulangerie de son quartier : le pain (et les croissants au beurre, précise-t-il) y est tellement savoureux qu’il n’a plus besoin de se faire les biceps en pétrissant le sien. Mais voilà : le boulanger n’aime pas les étrangers et confond trop souvent le pain et Le Pen. Akbar le quitte. L’autre boulangerie du coin ne soutient pas la comparaison, même les moineaux s’en détournent. Akbar aussi, sans pour autant suivre la recommandation de feue Marie-Antoinette de passer à la brioche, afin d’éviter que la sienne… Glissez, mortels, n’appuyez pas.

Jeff, lui, est un panivore acharné, Akbar reprend goût à ce mets. L’épicerie bio de la rue Trousse-Nonnain vend des baguettes aux céréales, aux graines de courge et de tournesol qui se laissent agréablement manger, juste le temps de rentrer chez lui avec ses autres emplettes, mais ce pain-là est est tout de même un peu lourd.

Akbar poursuit ses recherches. Il semble avoir enfin trouvé son bonheur plus bas, dans la boulangerie de la rue du Regnard-qui-pêche : le goût rêvé, le fantasme devenu réalité. Jusqu’au jour où il s’aperçoit un jour que la vendeuse se saisit du pain à mains nues, mains avec lesquelles elle prend l’argent et rend la monnaie et dont elle vient de lécher l’index pour décoller plus facilement le sachet dans lequel elle glisse son achat.

Il se demande alors dans quelles conditions sont préparés leurs sandwiches et les autres plats tous prêts sous plastic que ses collègues achètent en guise de repas (ah ! s’ils fréquentaient à la place Lord Sandwich… !). Il leur pose la question et s’entend répondre par Palomita : « J’ai déjà vu des cafards se balader parmi les sandwiches, et une fois j’ai trouvé dans un plat chaud une moitié de punaise rouillée… ».

Punaise ! se dit Akbar, ça donne le cafard.

Il se remet au pétrissage.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

5 janvier 2010

Life in Hell: Colissimo perduto, perdutissimo

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 20:55

Akbar n’a toujours pas reçu le café qu’il a commandé il y a bientôt deux semaines, et qui lui a été expédié par Colissimo. ColiPoste, l’opérateur chargé de le livrer, s’au­to­pro­clame « N° 1 français de la livraison rapide aux particuliers » : 48 heures. Vu le délai actuel, il doit s’agir d’heures de 420 minutes chacune, se dit Akbar.

Samedi après midi. Akbar reçoit de leur service clients une réponse électronique à la réclamation qu’il avait déposée sur leur site : ce service clients l’invite « à contacter leur service clients dès à présent » (impossible, vu l’heure et le jour) par téléphone. Ne peuvent-ils s’appeler eux-mêmes, se demande Akbar interloqué ? Il en comprend vite la raison : le prix de la communication est de 0,15 €/min.

Lundi matin. Akbar s’arme de références et de patience, et appelle ledit numéro. Au bout de trois appels et de 12 minutes d’attente (1,80 €), il entre finalement en contact avec une personne qui lui demande ces références : numéro de colis, adresse de livraison… et enfin son numéro de téléphone pour l’informer aussitôt que possible de l’état de la livraison.

Le site, lui, indique imperturbablement que le « colis est arrivé sur son site de distribution » le 26 décembre.

Mardi midi. N’ayant reçu aucun appel depuis plus de 24 heures (de 60 minutes), Akbar rappelle ledit numéro. Après une attente de 12 minutes (total : 3,60 €), il entre finalement en contact avec une personne qui lui demande ses références. Après avoir vérifié, elle lui annonce que « le colis est égaré ». Akbar demande :

— Depuis quand le savez-vous ?

— Depuis hier.

— Pourquoi n’avez-vous pas appelé pour me le dire ?

— Nous avons 48 heures pour le faire, on vous appellera.

— Et maintenant, je fais quoi ?

— C’est à l’expéditeur d’aller à son bureau de poste pour y déposer une réclamation.

Énervé, Akbar claque le téléphone. Il envoie un mail à son fournisseur, qui lui répond du tac au tac : « Nous avons recontacté le service clients qui n’a toujours pas de nouvelle pour ce colis, suite à votre mail et pour ne pas vous laisser sans café, nous venons de procéder à l’envoi d’un nouveau colis ce jour. » Akbar avait bien dit que ce fournisseur était parfait…

Quant au site de Colissimo, il indique imperturbablement que ce « colis est arrivé sur son site de distribution » le 26 décembre.

Jeudi midi. ColiPoste appelle Akbar et l’informe que des recherches sur le site n’ayant rien donné, le colis est déclaré perdu. Il devra se retourner vers son fournisseur et lui dire de déposer une réclamation à la Poste pour être remboursé. Akbar se demande pourquoi ColiPoste, qui connaît l’expéditeur, ne peut le faire directement, c’est sans doute dû à la séparation des PTT en P et TT, suppute-t-il.

Le site, lui, indique imperturbablement que le « colis est arrivé sur son site de distribution » le 26 décembre, tandis que le second colis, expédié mardi par le fournisseur, vient d’être livré.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

3 janvier 2010

Life in Hell: l’arc-en-ciel

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 9:53

Akbar est d’humeur noire : un saumon qu’il a mangé tout cru (c’est son plat préféré) devait être avarié, il en est devenu jaune comme un citron, lui d’ordinaire brun cara­mel. Rouge de colère, il jure de manger dorénavant uniquement du poisson passé préalablement au lance-flammes, à la cajun. Il est épuisé, il grelotte, il est bleu de froid. Jeff, vert de jalousie à la multiplicité des couleurs par lesquelles passe son compère, le trouve maintenant blanc comme un drap. Il lui suggère de voir la vie en rose (saumon) : une fois sorti de cette galère, il pourra tout manger impu­nément. Stoïque mais nullement résigné, Akbar s’arme de patience et de mots croisés. No pasaran!

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

31 décembre 2009

Life in Hell: Colissimo lentissimo

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 13:30

« Les Turcs, généralement parlant, ne se contentent pas de boire du Café en particulier dans leurs maisons : il y a encore dans les endroits les plus considérables des villes, quantité de boutiques publiques, qu’ils appellent Cahuminé, ou Mai­sons à boire du Café (ainsi que je l’ai déjà dit). Ils s’y rendent presque à toutes heures, pour y en prendre, sans dis­tinc­tion de qualité à la réserve des Grands : & ils y pas­sent en diffé­rents temps une partie de la journée, à se divertir dans des entre­tiens vagues, qui sans s’attacher à rien, ne laissent pas de se prendre à tout. » — Philippe Syl­ves­tre Dufour, Traitez nouveaux & curieux du café, du thé et du cho­co­late. Ouvrage éga­lement néces­saire aux Méde­cins, & à tous ceux qui aiment leur santé. La Haye, 1693.

« Comme je le [Jean-Jacques Rousseau] reconduisis à travers les Tuileries, il sentit l’odeur du café. « Voici, me dit-il, un parfum que j’aime beaucoup : quand on en brûle dans mon escalier, j’ai des voisins qui ferment leur porte, et moi j’ouvre la mienne. » Vous prenez donc du café, lui dis-je, puisque vous en aimez l’odeur ? « Oui, me répondit-il, c’est presque tout ce que j’aime des choses de luxe ; les glaces et le café. » — Bernardin de Saint-Pierre, « Essai sur J.-J. Rousseau », in Œuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, t. 12. Paris, 1826.

À l’instar de l’auteur de l’Émile, Akbar et Jeff sont des consommateurs avertis de café, surtout depuis leurs récents séjours en Italie : c’est Illy tostatura scura ou rien. Eh bien il semble que cette fois ce sera rien.

Avant de l’avoir découvert, ils sirotaient le leur comme des Turcs, dans des cahuminés parisiens ; mais que ce soit dans un café branché ou dans un caboulot de quartier, la déception est souvent au rendez-vous : pâle, tiède, sans goût ni odeur, pire qu’une tisane délavée ou qu’une potion pour enfant malade. En guise de punition, son prix et la qualité du service. Tout l’inverse de ce qu’ils avaient eu le plaisir, non, le bonheur, de déguster en Sicile (sans parler de la glace à la réglisse, précise Jeff) et plus tard dans la ville aux sept collines. Et une fois à Barcelone, dans un infâme boui-boui.

Après des recherches acharnées, Akbar trouve finalement le parfait fournisseur de ce suprême nectar, « noir comme le diable, chaud comme l’enfer, pur comme un ange, doux comme l’amour »1. Le service est rapide et efficace, le personnel très aimable et disponible. Ses prix défient toute concurrence : les belles boîtes étincelantes d’Illy qui conservent parfaitement l’arôme enivrant coûtent jusqu’à moitié moins cher que chez les autres, et on peut se faire sept à huit tasses excellentes pour le prix d’une mauvaise dans un bistrot parisien. Depuis ce temps-là, il s’y fournit régulièrement, douze boîtes pour lui, douze pour Jeff.

Mais voilà que le stock arrive à sa fin. Akbar passe commande et apprend que le colis est parti en colissimo il y a huit jours. Mais il n’est toujours pas livré. Inquiet, il consulte le site de la Poste. Tout d’abord, il y lit (sans jeu de mots) que le paquet a été expédié à la date ????? au site de traitement ?????. Ça lui rappelle quelque chose… Il change de navigateur, et voici ce qu’il voit, stupéfait :

L’objet de leur désir est arrivé à la Poste de Paris il y a cinq jours ! Et puis plus rien, il y est resté, à cette allure il y passera le réveillon. C’est bien la preuve que les colissimos de la Poste sont plus lents que la tortue de la fable. Impossible de contacter la Poste autrement que par formulaire (qui d’ailleurs ne fonctionne pas bien).

Akbar se demande qui, en cette époque de privatisations, voudrait racheter cette vieille dame indigne et décrépie… Pour tenter de surmonter les affres du manque, il se plonge, à défaut d’une tasse fumante, dans le Traitez nouveaux & curieux du café, puis dans les Dissertations sur l’utilité, et les bons et mauvais effets du tabac, du café, du cacao et du thé.


Attribué à Talleyrand.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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