Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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31 mai 2012

Il faut écouter l’UMP…

Classé dans : Actualité, Peinture, dessin, Photographie, Politique — Miklos @ 9:09

Elle n’a eu de cesse de répéter à chaque élection législative :

« Il faut une majorité au Président de la République et au gouvernement qui a été nommé. Pour moi, c’est une démarche spontanée, naturelle. Je ne peux concevoir que l’on reparte sur une cohabitation. C’est du concubinage, du rapport de forces. Cela ne va pas dans l’intérêt de nos concitoyens. » — Josette Cazes, candidate UMP, 2002.

Lors d’une « réunion républicaine » de l’UMP, organisée mardi 29 mai au Havre dans le cadre des élections législatives, le président de la République Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois promis d’incarner la « rupture », demandant au Français de lui « donner une majorité » à l’Assemblée nationale afin de mener à bien ses réformes. Devant les 8 000 personnes – selon les organisateurs – rassemblées dans les anciens docks du port du Havre, le président de la République a mis en garde contre « une cohabitation avec son cortège de conflits larvés et de paralysie ». — Le Monde, 29 mai 2007.

Il faut suivre leur conseil et donner maintenant une majorité au nouveau Président de la République.

« Les jeux des enfants ne sont pas jeux ; et il les faut juger en eux comme leurs plus sérieuses actions. » (Montaigne)

Classé dans : Photographie, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 1:19

La mare aux canards stagnante du village global. La mare aux canards stagnante de Marshall McLuhan. Qui sont les canards dans la mare stagnante ? Dans tous les cas de figure, j’en fais partie. C’est moi que vous trouverez plongé dans les magazines à deux sous, les bandes dessinées à glacer le sang et les romans populaires pleins d’exploits imaginaires. Demain, vous me trouverez – moi ou mes successeurs – plongé dans les magazines électroniques à deux sous. Dans les fanzines électroniques, la sous-littérature informatisée, l’underground numérique. Dans tous les médias, quels qu’ils soient, qui font vraiment chier Grover Cleveland. Il ne sait pas trop si je ne suis qu’une raclure de caniveau ou si j’appartiens à l’« élite culturelle » – mais dans les deux cas, il ne m’aime pas. Il n’aime pas les cyberpunks. Le fait qu’il n’aime pas les cyberpunks ne vous surprendra pas beaucoup, j’en suis sûr. Mais il ne va pas aimer non plus les bibliothécaires cyberpunks. J’espère que vous ne vous faites pas trop d’illusions à ce sujet.
— Bruce Sterling, Libre comme l’eau, l’air, le savoir (traduction de Free as Air, Free as Water, Free as Knowledge, discours prononcé en juin 1992 devant LITA).

 

S’il est impossible d’empêcher les pneumatiques de fuir, peut-être est-il possible de les empêcher de se dégonfler, ce qui revient pratiquement au même. C’est ce que s’est dit ou a dû se dire un inventeur allemand, M. Bernhard Kraus, de Mayence, avant d’inventer le dispositif original que nous allons présenter à nos lecteurs. Cet inventeur dispose dans l’enveloppe de la roue un pneumatique en forme de saucisse repliée sous forme d’une circonférence, mais dont les extrémités ne se rejoignent pas. Dans le vide ainsi ménagé, il dispose un fort ballon de caoutchouc fonctionnant à la façon d’un soufflet, et communiquant, par des soupapes convenablement combinées, alternativement avec l’air extérieur ou l’intérieur du pneumatique. Chaque fois que, par la rotation de la roue, le ballon est amené à la partie inférieure, le poids du cycliste comprime le ballon et refoule un peu d’air dans le pneu. Lorsque le ballon n’appuie plus sur le sol, il reprend sa forme, aspire de l’air extérieur qui sera refoulé au tour suivant et ainsi de suite jusqu’à ce que la pression à l’intérieur du tubepneumatique soit assez élevée pour que l’air ne puisse
Nature, volume 25. Dunod, Paris, 1896.

29 mai 2012

Life in Hell : coucher sur le papier

Classé dans : Langue, Peinture, dessin — Miklos @ 11:43

Pour oublier ce quotidien, il s’était mis à coucher sur le papier un monde meilleur. — Frédéric Gaillard, « Un sang d’encre », in Nocturnes, les charmes de l’effroi – encre et ténèbres, n° 1. Printemps 2011.

S’il y en a qui se réfugient des déceptions et des turpitudes de ce monde dans le sommeil pour y rêver d’un meilleur, Akbar préfère rêver éveillé, prendre la plume et laisser cours à son sens aigu de l’observation – que certains qualifient fort injustement de râlerie et qu’un sien lointain cousin à la fine moustache appelait paranoïa critique – qui, combiné à une curieuse mémoire sélective mais qui remonte dans le temps bien en deçà de sa propre vie, lui permet de replier le temps et l’espace, de faire des rapprochements incongrus ou de remarquer d’étranges coïncidences, le tout mâtiné d’une imagination incontrôlée parce qu’incontrôlable et dont il ne connaît les ressorts. Mais il n’en a cure : sa curiosité inextinguible s’applique surtout au monde extérieur tel qu’il est ou tel qu’il se le reconstruit.

Ce n’est pas l’inspiration qui lui manque. Les idées arrivent sans aucune régularité et donc imprévisibles et à l’improviste, seules ou accompagnées. C’est un air qui lui revient en mémoire, une image impossible, un mot désuet ou inexistant, une phrase qui ne semble pas faire sens ou une citation célèbre, une expression curieuse. Ce peut être un détail quasi invisible ou un ensemble complexe qui suggère une forme particulière. Une combinaison de sonorités. Une peinture de rue qu’il remarque ou un jeu d’ombres. Un raisonnement imparable basé sur des hypothèses farfelues, ou, à l’inverse, une logique étrange et pourtant convaincante.

Il lui faut d’abord la cerner, s’en saisir, la fixer puis la dégrossir toutes affaires cessantes, sinon elle s’estompe ou disparaît aussi soudainement qu’elle est apparue, telle un nuage fantasque qui n’a de cesse de se transformer avant de s’effacer tel le Chat de Cheshire, ou une bulle de savon ondoyante aux couleurs chatoyantes qu’un enfant poursuit tandis qu’elle glisse dans les airs et qui fait pouf ! au moment où il pensait l’attraper.

Il la prend, l’observe, l’étire, la creuse, la renverse, la noue ou la délie. Il en trouve parfois une autre qui lui fait curieusement écho, et c’est alors cet écho dont il cherche à se saisir.

Jusque là, tout se passe dans sa tête. C’est le passage à l’acte – d’écriture – qui est aussi imprévisible que l’apparition de l’idée. Voire impossible. Mais parfois, sa main se met à écrire toute seule, les phrases s’alignent, des images se présentent pour les illustrer. Ou alors, c’est une image qui se compose et les mots arrivent après.

C’est ainsi que se tisse un bout de tapisserie qui s’empile avec les autres et qu’il retrouve parfois bien plus tard, étonné d’avoir produit cet objet si étranger et si familier à la fois.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

21 mai 2012

« Le mai, le joli mai… » (Guillaume Appolinaire)

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 12:12

“The day the music died.” — Don McLean, American Pie.

Ce mois de mai n’est pas si joli que ça : il est en fait pourri, on se croirait en mars ou en avril, et c’est plutôt « ne te découvre pas d’un fil » que « fais ce qui te plaît ».

C’est aussi un mois particulièrement tragique pour la musique qui voit disparaître nombre de musiciens, tous domaines confondus, pour certains mondialement connus, voire uniques en leur genre.

C’est avant tout le décès de Dietrich Fischer Dieskau (le 18, à 86 ans), que j’avais eu la grande chance et le bonheur d’entendre live lors un récital de lieder avec le non moins légendaire Gerald Moore qu’ils avaient donné dans les années 1970. Je ne suis pas le seul à m’en souvenir : c’était inoubliable : ce concert s’était tenu dans un grand auditorium, mais j’avais eu le sentiment de me trouver tout près d’eux, dans un salon de musique par exemple, voire à l’intérieur même de l’œuvre, du fait de leur extraordinaire capacité de projection et de création d’une atmosphère intimiste, et du respect « total » de la musique et du texte là où souvent l’un prend le pas sur l’autre. Interprétation idéale ? c’est un qualificatif que je n’utilise pas, il nie toute alternative passée, présente ou future (et pour ma part, j’apprécie aussi – mais autrement – celle de Hans Hotter dans le Winterreise de Schubert). Il y a, fort heureusement, les nombreux enregistrements qu’il a laissés (voire même un coffret de 25 disques compacts qu’évoque Leo Carey dans un bel article en hommage au disparu), qui restitue son grand art, ainsi que le timbre si particulier de sa voix, comme l’était – différemment, évidemment – celui de Maria Callas : il suffit d’en entendre une syllabe pour la reconnaître.

Mais la musique classique a aussi perdu (le 17, à 79 ans) la pianiste France Clidat – connue sous le qualificatif de « Madame Lizst » (que l’on devrait au critique Bernard Gavoty) – ainsi que les violonistes et pédagogues Roman Totenberg (le 8, à 101 ans), qui avait créé des œuvres de Milhaud, Szymanowksi, Hindemith ou Honegger, et Zvi Zeitlin (le 2, à 90 ans), interprète apprécié de Schoenberg et qui a joué sous la direction de grands chefs à l’instar de Rafael Kubelik, Pierre Boulez ou Antal Dorati.

Il n’y a pas que la musique classique qui a été endeuillée en mai. On a ainsi appris les disparitions de Robin Gibb (le 20, à 62 ans) des Bee Gees ; de « la reine du disco » Donna Summer (le 21, à 63 ans) ; du « parrain du go-go » Chuck Brown (le 16, à 75 ans) ; de Donald « Duck » Dunn (le 13, à 70 ans), bassiste de blues, r&b et gospel et membre de Booker T. & the M.G.’s et des Blues Brothers ; du rappeur Adam Yauch (le 4, à 47 ans), membre fondateur des Beastie Boys et aussi connu sous ses noms de scène MCA ou Nathanial Hörnblowér ; d’Everett Lilly (le 8, à 87 ans), membre du duo bluegrass The Lilly Brothers avec son frère Bea ; du batteur Peter Jones (le 18, à 45 ans), membre des Crowded House ; de Doug Dillard (le 16, à 75 ans), banjoiste des Dillards (groupe aussi connu sous le nom de Darlings) ; du guitariste de r&b Charles “Skip” Pitts (le 1er, à 65 ans), roi de la pédale wah-wah et du thème de Shaft ; du jazzman Mort Lindsey (le 4, à 89 ans), qui avait travaillé pour Merv Griffin et Judy Garland ; de Doc Waston (le 29, à 89 ans), grand folkloriste américain (voix, guitare, seul ou en groupe) à la technique imparable, aveugle quasiment depuis sa naissance, et qui a influencé plus d’une génération de musiciens américains…

Pour ceux qui s’étonneraient du rapprochement Dietrich Fischer Dieskau – Don McLean, on signalera l’élocution parfaite de ce dernier jusqu’aux moindres détails : écoutez donc Vincent (connue aussi sous le titre de Starry, Starry Night), chanson consacrée à La Nuit étoilée de Vincent Van Gogh, et dont les paroles, fort poétiques (et, avouons-le, alternant sublime et cucu la praline), intègrent des procédés littéraires particulièrement intéressants sur le plan sonore, tels les allitérations de flaming flowers that brightly blaze, avec une mélodie et un accompagnement particulièrement épurés (et notamment pour l’époque où plus la musique était tonitruante, plus elle avait de succès, comme il le dit lui-même dans un récent entretien). On écoutera avec profit aussi le très beau And I Love You So (autant pour le texte que la mélodie de la première partie), ou encore la très évocatrice Empty chairs (au texte riche en allitérations et anaphores) où il parle, d’une façon apparemment très détachée, du départ de la femme aimée.

C’était aussi l’époque de Cat Stevens (My Lady d’Arbanville) ou de Simon et Garfunkel (Scarborough Fair), une génération de « troubadours américains » soft qui a succédé à celle des très grands chanteurs de folk : Pete Seeger (seul dans Where Have All The Flowers Gone? ou avec sa formation des Weavers dans The Erie Canal) que j’ai eu aussi la chance d’entendre en récital live au début des années 1980, Woody Guthrie (John Henry), Joan Baez (House of The Rising Sun), Johnny Cash (The Man Who Couldn’t Cry), Peter Paul and Mary (Blowin’ in the wind), le Kingston Trio (Tom Dooley) et tant d’autres dont on a précédemment parlé.

Tout doit sur Terre mourir un jour, mais la musique vivra toujours.

19 mai 2012

« Ces murs mêmes, Seigneur, peuvent avoir des yeux. » (Racine, Britannicus, II.6)

Classé dans : Littérature, Livre, Peinture, dessin, Photographie, Société — Miklos @ 17:18


« Comment la fausse vieille trahit sa maîtresse et comment elle fît un pertuis en la paroi de la chambre afin que le comte de Forest vît l’enseigne qu’avait la belle Euriant sur sa dextre mamelle. »
Le Maître de Wavrin, enlumineur, Lille (vers 1450-1460).
Bibliothèque nationale de France, exposition
Miniatures flamandes.

 


« Les murs ont des yeux ; que Dieu conserve la police !
les gens de police sont d’honnêtes gens. »
(Alfred de Musset, La quenouille de Barberine)

 


« Les murs ont des yeux, des oreilles et une bouche dans la grande ville de Paris. »
F. V. Raspail, Rev. compl. des sc., « Constitution, infirmités et maladies de Voltaire », 1856-1857.

 


Photo par Banksy(?)

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