Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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15 août 2010

Attention au baby

Classé dans : Photographie, Santé, Société, Éducation — Miklos @ 7:40

Où l’on voit que le Dr Spock n’avait pas inventé le fil à couper le beurre.

Dans une récente édition populaire de ses excellentes Notes sur l’hygiène des classes laborieuses et sur les soins à donner aux malades, miss Nightingale a compris un chapitre nouveau consacré aux Babys*. Elle y a mis, à la portée des plus humbles mères de famille, des nourrices, des jeunes sœurs à qui sont dévolues, dans les pauvres ménages de la ville et de la campagne, les délicates fonctions de bonne d’enfant, des instructions claires, précises, d’une utilité toute pratique. Nous pensons que riches et pauvres en pourront faire leur profit, et que les nourrissons de toutes classes en seront mieux soignés, mieux portants, plus heureux.

Baby n’est pas le premier venu. Son arrivée dans le monde est un grand événement, attendu, désiré de toute la maison. Ce petit enfant, c’est Dieu qui nous l’envoie, afin que notre cœur s’élargisse en l’aimant, afin que nous exercions en sa faveur nos facultés d’observation, d’adresse, de jugement. Il ne parle pas, et déjà il enseigne. Il nous apprend à être doux, patients, attentifs ; il combat nos penchants égoïstes, car il a sans cesse besoin des autres ; et qui ne s’oublierait pour penser à ce pauvre cher Baby, qui ne peut rien pour lui-même et qui mourrait sans nous. Vous le voyez, Baby est une bénédiction : il est chargé de nous rendre meilleurs ; il faut que nous nous formions à son école, afin de pouvoir, à mesure qu’il grandit, lui donner l’exemple de tout ce qui est bien. Voilà de grands titres à notre protection ; mais il ne suffit pas de vouloir soigner Baby, il faut savoir comment s’y prendre, et j’essayerai de vous dire ce que j’en sais.

Si les grandes personnes souffrent du mauvais air, à plus forte raison l’enfant. Soyez sûr que dans une chambre fermée, chaude, quelquefois encombrée de meubles, où l’air est épais, corrompu par la respiration de plusieurs personnes, le petit sera mal à l’aise, s’agitera, criera pour sortir ; on, ce qui est pis, il languira, s’étiolera, sans avoir la force de protester. Ayez bien soin de renouveler l’air dans la pièce où couche l’enfant. Il sent de la difficulté à respirer là où vous n’en éprouvez aucune. S’il dort quelques heures, à plus forte raison plusieurs nuits de suite dans un air malsain, l’enfant deviendra infailliblement chétif, maladif ; il aura la rougeole, la scarlatine, et il ne s’en tirera pas bien.

Baby est beaucoup plus sensible au manque d’air frais que vous ; c’est pourquoi il faut lui en donner le plus possible, en le sortant souvent, en aérant la chambre pendant qu’on le promène. Baby sent le froid, le chaud, bien avant que vous le sentiez, et, par-dessus tout, il souffre de la malpropreté. Voyez comme il est content dans son bain d’eau tiède ! il rit, il étend ses bras, ses jambes ; il frappe de ses petites mains l’eau qui lui rejaillit au visage, et il rit encore plus fort. Baby a besoin qu’on le change de langes, de robe, qu’on mette sa paillasse à l’air, qu’on en lave la toile, qu’on en renouvelle la paille, dès qu’il y a la moindre mauvaise odeur. Il faut à Baby des draps blancs plus souvent qu’à vous. Si la maison est sale, Baby en souffrira plus que vous. Il lui faut son petit berceau à lui tout seul, où il ne doit être ni trop couvert, ni trop peu : de même quand on le lève, si la mère est occupée, c’est à vous, petite sœur, à voir que Baby soit chaudement et légèrement vêtu, assez, pas trop.

Prenez bien garde de ne pas effrayer Baby par des bruits forts et soudains. Surtout ne l’éveillez pas de cette façon. Des bruits qui ne vous font pas peur font peur au petit. Il tressaille, et cela ne lui vaut rien. Les nourrices ont la mauvaise habitude de frapper dans leurs mains, de parler haut. Elles ne savent pas que des enfants malades sont morts par suite de ces surprises, qui donnent à des organes délicats un ébranlement plus fort que vous n’en ressentez, vous, d’un coup ou d’une chute. La nourriture de Baby réclame toute votre attention. Soyez exacte à la minute à lui donner sa soupe ; ne lui en donnez pas trop à la fois. S’il refuse, n’insistez pas ; il sait mieux que vous ce qu’il lui faut. S’il crie, s’il souffre, c’est que vous avez surchargé son petit estomac ; il ne faut pas non plus le trop peu nourrir. Un point important, c’est que la nourriture soit saine, légère, facile à digérer. Ne lui donnez surtout rien qui le pousse à dormir, à moins que ce ni soit par ordonnance du médecin.

Vous ne sauriez croire combien j’ai vu d’enfants bien portants languir et mourir, parce qu’on leur avait fait boire quelque chose pour les faire dormir ou « les faire tenir tranquilles. » Ils ne mouraient pas la première fois, ni la seconde, ni peut-être la dixième fois, mais toujours à la longue.

Je pourrais vous conter bien des histoires de malheurs arrivés, à ma connaissance personnelle, à de pauvres Babys, par suite de là négligence ou de l’ignorance des nourrices et des bonnes d’enfants.

Je vous en dirai quelques-unes.

D’abord, Baby, quand il est sevré, doit avoir à manger souvent, régulièrement, et pas trop à la fois.

J’ai connu une mère dont l’enfant, pris un jour de convulsions, fut en danger de mort. Il avait environ un an. La mère, ayant à sortir et craignant d’être longtemps absente, lui fit faire ses trois repas en un. Qu’y a-t-il d’étonnant, après cela, que le pauvre petit ait failli étouffer ?

J’ai vu, en Écosse, une petite fille de cinq à six ans à qui sa mère, forcée d’aller vendre son lait et ses légumes très-loin de chez elle, confiait le petit frère, qui avait un peu moins d’un an. La petite fille se montrait attentive et faisait ce que sa mère lui avait recommandé. Cependant une étrangère, étant un jour entrée dans la chaumière (car c’était une pauvre demeure), dit à l’enfant : « Prenez garde, vous allez brûler la bouche de Baby. — Oh ! non, répliqua la petite fille, je brûle toujours la mienne avant. »

Quand je dis d’avoir soin de Baby, je ne prétends pas que vous l’ayez sans cesse sur les bras. S’il est assez âgé, assez fort, et que le temps soit assez chaud pour qu’il ait en lui quelque chaleur, il vaut beaucoup mieux le laisser s’allonger, se détirer sur une couverture étendue à terre. Il lui est beaucoup plus sain de s’amuser tout seul que d’être excité par du bruit, des rires, des paroles. Mais, dira-t-on, il s’ennuie par terre ; il veut qu’on le prenne. C’est que vous lui avez déjà donné de mauvaises habitudes, fatigantes pour vous, malsaines pour lui.

Le Baby le plus beau, le mieux portant, le plus vif, le plus heureux que j’aie jamais vu, était l’enfant unique d’une blanchisseuse très-occupée. Elle lavait tout le jour dans une arrière-pièce dont la porte ouverte donnait sur une grande chambre où elle mettait le petit. Il était assis ou bien roulait à quatre pattes sur le plancher, sans autre compagnon de jeu qu’un petit chat qui le divertissait bien mieux qu’une bonne, et sans faire de bruit. La mère tenait l’enfant admirablement propre, et le nourrissait avec une régularité parfaite. Jamais rien ne l’avait effrayé ni fait tressaillir. Si quelqu’un entrait, il en avertissait sa mère, non par un cri, mais par un joyeux petit chant d’oiseau. J’ai habité plusieurs mois tout proche, et je n’ai jamais entendu l’enfant pleurer, ni le jour, ni la nuit.

Je crois qu’on s’occupe beaucoup trop maintenant d’amuser les enfants au lieu de les laisser s’amuser tout seuls. Plus d’un père, plus d’une mère, riches ou pauvres, cèdent à l’envie de faire de Baby un jouet, de s’en amuser eux-mêmes, et ils ne réfléchissent pas que c’est aux dépens de l’enfant, et que chaque excitation lui ôte des forces en développant trop sa sensibilité nerveuse.

Gardez-vous de chercher à faire rire Baby aux éclats. Ne le faites pas grimacer, ni répéter le jeu de votre physionomie ; l’attention qu’il prête à toute cette mimique impose à son cerveau un effort beaucoup trop grand. Ne l’excitez pas ; il rira bien de lui-même à son heure, quand la nature le voudra, et alors ce sera un épanouissement, non une fatigue.

Ne détournez jamais l’attention de l’enfant. S’il regarde une chose, ne lui en montrez pas une autre. Laissez-le faire tranquillement ses petites expériences. D’un autre côté, l’engourdissement et surtout le manque de lumière lui font encore plus de mal qu’à vous. Un enfant dont on voulait cacher l’existence fut élevé tout à fait seul dans une chambre obscure ; il ne voyait que la personne qui le nourrissait ; on en prenait grand soin ; il était traité avec beaucoup de douceur : il grandit, et on s’aperçut qu’il était idiot,

Beaucoup de lumière, le grand air, le grand jour, et particulièrement la clarté du soleil, sont indispensables pour rendre l’enfant actif, gai, intelligent. N’allez pas cependant, par un excès contraire, lui brider la cervelle un exposant sa tête aux rayons du soleil quand il sort, surtout dans sa petite voiture roulante, par une chaude journée d’été.

Ne laissez jamais l’enfant éveillé dans l’obscurité ; que la chambre qu’il habite soit toujours claire, que le soleil y entre et l’assainisse. Ne fermez les rideaux des fenêtres que sur l’ordre du médecin, qui, pour certaines maladies, peut juger nécessaire de tempérer le jour.

La moitié des bonnes d’enfants se recrutent parmi les jeunes filles de dix à vingt ans ; de plus jeunes encore, dans les ménages’ d’ouvriers, sont appelées à remplacer la maman, à soigner le nourrisson : de sorte qu’il est clair que, dans neuf cas sur dix, la santé du petit pendant toute sa vie dépendra du soin de la jeune bonne.

Une charmante personne a langui et souffert jusqu’à sa mort par suite de l’étourderie de sa sœur de lait, à qui la nourrice l’avait confiée. On ne lui soutenait pas les reins en la portant. L’enfant se rejeta en arrière, et quelque chose se brisa ou se déplaça dans l’épine du dos. Elle en faillit mourir, et resta boiteuse et maladive. Vous voyez, jeunes filles, quelle grave responsabilité pèse sur vous ! Je suis convaincue que toutes, ou presque toutes, vous aimez le cher Baby, vous désirez le voir grandir, robuste et heureux ; que faut-il donc faire pour cela 

Je vous l’ai dit et vous le redis. Il faut toujours à Baby de l’air frais et pur ; c’est son plus grand, son principal besoin. Vous pouvez rendre l’enfant malade en tenant la chambre où il couche hermétiquement fermée, même pendant quelques heures.

Vous pouvez tuer l’enfant, quand il est malade, en le tenant dans une pièce chaude où il y a plusieurs personnes, et dont les portes et les fenêtres sont fermées.

Ce n’est pas moi qui parle ainsi, c’est un médecin célèbre et expérimenté.

Le danger est grand surtout quand le mal s’attaque aux poumons, et qu’il y a difficulté à respirer.

J’ai trouvé une fois un pauvre enfant mourant dans une petite chambre bien fermée, où étaient réunies autour de lui quatre ou cinq personnes qui le regardaient mourir. Sa respiration était courte et précipitée. Il ne pouvait pas tousser ni rejeter ce qui embarrassait ses poumons et sa gorge ; le mucus (comme on l’appelle) le suffoquait. Un médecin habile et savant entra, laissa la porte ouverte, fit sortir tout le monde, sauf la nourrice, ouvrit ensuite la fenêtre, et resta deux heures, veillant à ce que l’air fût complètement renouvelé, la chambre rendue claire et fraîche. Il ne donna point de drogues à l’enfant, qui guérit par la seule influence de l’air pur et frais.

En quelques heures un entant peut être tué ou sauvé là ou une grande personne résistera des jours, peut-être des mois.

Un autre médecin trouva un enfant à l’agonie (celui-là était riche) dans une chambre somptueusement meublée, bien close. Le pauvre petit étouffait d’un mal de gorge. Le docteur alla droit à la fenêtre et l’ouvrit toute grande. « Quand on ne peut respirer que très-peu d’air, dit-il, il faut que ce peu d’air soit pur. » La mère se récria, dit qu’il allait tuer l’enfant ! Tout au contraire, l’enfant se rétablit.

Mais prenez garde que le petit n’attrape un coup d’air, surtout s’il est malade. Ne le placez jamais entre une porte et une fenêtre ; les portes sont faites pour être fermées, les fenêtres pour être ouvertes. Cette vérité si simple est rarement comprise des bonnes.

Peut-être me direz-vous : « Je ne sais ce que vous voulez que je fasse. J’en ai l’esprit troublé. Vous me recommandez de ne pas trop nourrir le Baby, et de ne pas le nourrir trop peu ; d’ouvrir la chambre, et d’éviter les courants d’air ; de ne pas laisser le petit s’ennuyer, et de ne pas l’amuser trop. » Chères petites sœurs du Baby qu’on vous donne à garder, honnêtes nourrices, et vous, jeunes filles qui vous destinez à être bonnes d’enfants, et qui avez à cœur de bien remplir vos devoirs, il faut que vous appreniez à gouverner Baby. J’ai éprouvé moi-même toutes ces difficultés, et je ne prétends pas vous enseigner ici tout ce qu’il faut faire pour le bien-être de Baby. Je veux seulement appeler votre attention sur quelques points importants ; le reste viendra tout seul si vous êtes soigneuses, attentives, surtout si vous aimez le petit.

Mais revenons aux coups d’air. Ne croyez ni les vieilles gardes, ni les vieilles nourrices, qui disent qu’on ne peut donner de l’air frais à un enfant sans l’enrhumer. Croyez ce qui est vrai, c’est qu’on peut l’enrhumer et le rendre gravement malade en l’exposant â un courant d’air quand il vient d’être lavé, par exemple, et en laissant refroidir son petit corps, ne fût-ce qu’un moment. Ce n’est pas lui donner de l’air que de le mettre dans le courant glacial d’une porte et d’une fenêtre. Soyez persuadée que plus vous donnerez d’air frais à ses poumons, plus vous donnerez d’eau à sa peau, moins il sera sujet aux rhumes et aux refroidissements. Si vous pouvez, sans refroidir l’enfant, lui faire respirer un air frais au dedans et au dehors, alors vous serez une excellente bonne.

Souvent un enfant malade a la peau froide, même quand la chambre est très-chaude. Il faut alors aérer la pièce, mettre des flanelles chaudes ou des bouteilles d’eau chaude (pas trop chaude) aux pieds de l’enfant, auprès de son corps, et lui donner sa nourriture chaude. J’ai souvent vu des gardes faire précisément le contraire, c’est-à-dire tout fermer et entasser sur le petit malade une masse de couvertures qui le refroidissaient, d’autant plus qu’il n’avait pas de chaleur naturelle.

Un médecin qui a une juste et grande renommée dit qu’un enfant malade meurt plus souvent d’accident que de maladie. Des soins mal entendus peuvent être mortels. Il dit que les causes déterminantes de morts subites chez les enfants malades sont : de grands bruits soudains, le refroidissement du corps, de brusques réveils, une nourriture donnée en trop grande quantité ou trop vite, les changements rapides de position, des secousses rudes, des ébranlements, des sursauts, toutes choses auxquelles il faut ajouter, comme la pire influence, un air vicié, surtout quand il dort, surtout la nuit, ne le respire-t-il que quelques heures, et alors que vous-même ne le sentez pas et n’en souffrez pas ; c’est là ce qui tue le plus d’enfants.

La respiration de ces petits est si délicate, si facilement altérée ! Quelquefois vous voyez un enfant malade respirer péniblement, avec effort ; ne le dérangez pas, ne le troublez pas dans cette importante fonction, sinon c’est fait de lui.

Rappelez-vous que Baby doit être tenu propre. Il a été un temps où d’ignorantes mères se vantaient de n’avoir jamais trempé les pieds de leurs enfants dans l’eau, ni lavé d’autre partie de leur corps que leur figure et leurs mains. La voisine avait lavé les pieds à son petit, et de ce moment le nourrisson avait dépéri.

Nous sommes, Dieu merci, plus éclairées aujourd’hui. Il n’y a pas si pauvre mère qui ne sache que le corps d’un enfant doit être tenu propre de la tête aux pieds ; qu’aucun pore de sa peau fine ne doit être fermé par la saleté ou par la transpiration ; que le vrai moyen de rendre Baby heureux et robuste est de le bien laver.

Cela donne de la peine, j’en conviens ; mais un enfant malade donne bien plus de peine, sans compter le chagrin.

Le mieux est de baigner l’enfant une fois par jour, et de le laver chaque fois qu’il est mouillé : sa peau s’échauffe si aisément ! Il peut y avoir danger à ne laver que les pieds et les jambes d’un enfant ; il n’y en a jamais à lui laver tout le corps. Ses vêtements doivent être changés plus souvent que les vôtres, parce qu’il transpire davantage ; il ne doit jamais être serré, mais légèrement, largement et chaudement vêtu. S’il n’est pas suffisamment couvert, il se ressentira plus que vous des changements de température.

Avez-vous bien présent à l’esprit tout ce qu’il faut à Baby ?

1° De l’air frais ; 2° une chaleur égale, ni trop, ni trop peu ; 3° de la propreté pour son petit corps, ses vêtements, son lit, sa chambre et la maison ; 4° une nourriture saine et légère, régulièrement donnée ; 5° éviter les secousses, les excitations, les tressaillements donnés à son petit corps, à ses faibles nerfs ; 6° beaucoup de lumière, beaucoup de grand air, beaucoup de gaieté ; 7° un petit lit bien tenu, bien aéré ; et l’ordre, l’attention, qui président à tout.

Je n’ajouterai qu’un mot. Il est aussi facile d’éteindre la vie d’un enfant que de souffler une bougie. Dix minutes de retard à lui donner sa nourriture, à renouveler un air vicié, font quelquefois toute la différence.

Édouard Charton (éd.), Le Magasin pittoresque, trentième année, p. 110-112. 1862.

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* Ce nom, que l’on donne en Angleterre aux petits enfants, a été introduit par les gouvernantes et les institutrices de ce pays dans beaucoup de familles françaises. C’est notre mot Bébé.

12 août 2010

« Quand je mange des glaces, cela me fait réfléchir. » — Louis Auguste Commerson.

Classé dans : Environnement, Photographie — Miklos @ 8:03

19 juin 2010

(Dé)structures, ou, un geste architectural à la mode

Classé dans : Architecture, Nature, Photographie — Miklos @ 9:55


Raie manta.

C’est à peine si elle dérange
De son vol gracieux et silencieux,
Les espèces d’écailleux, tous plus étranges
Les uns que les autres. Curieux,
Ils suivent la fantômatique sirène,
À la drole de dégaine.
 — Florent Lucéa, « La raie manta », in
Poèmes animalins,
Publibooks, Paris, 2009.


Centre Pompidou-Metz.

« …le visiteur découvrira un édifice aux tons clairs et lumineux, puissant et léger à la fois, invitant à s’abriter sous son toit protecteur. » — Site web du Centre Pompidou-Metz.


Centre Pompidou-Metz – structure intérieure.

« Trois galeries, en forme de tubes parallélépipédiques, se superposent et se croisent sous cette grande couverture. Leurs extrémités, semblables à de larges baies vitrées dépassant de la couverture, sont orientées sur différents points clés de la ville… » — Site web du Centre Pompidou-Metz.


VitraHaus, Weil am Rhein (Herzog & de Meuron).

« En clair, ils ont redessiné la maison de notre enfance avec pignon et toit à deux pentes en l’étirant comme une grange. Clou du spectacle, ils ont posé l’une sur l’autre ces maisons de Monopoly, dressant vers le ciel un mikado géant. Hissées, elles se chevauchent, se croisent, s’interpénètrent au niveau des planchers, des plafonds. Même avec la maquette devant les yeux, on s’y perd. » — Philippe Trétiak, « Un lieu, des architectes », in Air France Magazine n° 158, juin 2010.

18 juin 2010

Les dangers de l’alcool

Classé dans : Nature, Photographie — Miklos @ 20:54


Los Angeles, le 20/8/2004. — Un ours a été découvert ivre mort dans un camping de Baker Lake, à quelque 130 km au nord-ouest de Seattle (État de Washington). Des campeurs avaient oublié des glacières, que l’ours a réussi à ouvrir, puis il s’est mis à boire canette après canette en les ouvrant avec ses griffes. Ce qui est étrange, c’est qu’il a semblé apprécier seulement la bière locale. Il a goûté une canette d’une autre marque, sans la finir. (Source)

9 juin 2010

Life in Hell: To Russia with love

Classé dans : Cinéma, vidéo, Lieux, Littérature, Photographie — Miklos @ 23:39

« Pendant la guerre de 1939-1972, il y avait à Montmartre, à la porte d’une épicerie de la rue Caulaincourt, une queue de quatorze personnes. » — Marcel Aymé, « En attendant », in Le Passe-muraille.

Akbar se prépare à partir à Moscou. Ce n’est pas la première fois : Jeff et lui avaient rendu visite (malgré eux) aux cendres de Lénine, mais cette fois-ci il y va pour parler musique devant un parterre international. Il ne suffit pas de se préparer la gorge (un bon Гоголь-могольlait de poule alcoolisé, pour ceux qui n’auraient lu Guerre et Paix dans le texte – au lever ou au coucher, voire aux deux, dans le mois qui précède le voyage, peut y contribuer), il lui faut amasser une quantité imposante de documents afin de se faire délivrer un visa :

le formulaire de demande, qu’il télécharge du site du consulat en question, et qu’il doit remplir sans coup férir et au bic noir (avant, c’était le rouge) ;

une photo récente, où il est impératif de ne pas sourire (difficile : c’est contraire à la nature d’Akbar) ni d’ouvrir la bouche, de regarder le photographe droit dans les yeux après avoir ôté ses lunettes de soleil (Jaruzelski faisait comment ?) et toute autre prothèse faciale (et, par prudence, ailleurs dans le corps), la photo devant être collée (et non agrafée ou scotchée) dans le cadre précis réservé à cette intention dans le formulaire de demande ;

une photocopie de son passeport, certifiée par un tribunal de grande instance ou, à défaut, par un notaire russe blanc, et accompagnée de l’original ;

une attestation d’une compagnie d’assurance ayant un contrat de réassurance avec un partenaire russe, qui mentionne un numéro de contrat (au minimum de dix-huit chiffres et lettres, comme chez Julien Lepers) et qui certifie qu’elle rapatriera à ses propres frais le corps du détenteur de la police, au cas où il tomberait dans une embuscade tchétchène ou bas-karabaghoise ;

une lettre d’invitation en bonne et due forme d’un Ministère ou d’un orrrrrrganisme rrrrrrusse, qui indique, entre autres, le nom d’Akbar (Akbar), sa date de naissance (il ne fait pas son âge), son sexe (avec un tel nom, la question ne devrait pas se poser), sa nationalité (il ne s’en cache pas), son poids (pour l’avion), la liste de ses diplômes depuis l’école maternelle (les bons points ne comptent pas), son salaire (pour être sûr qu’il pourra se débrouiller seul), le nom et l’adresse de sa salle de sport (il ne pourra pas y aller pendant son voyage, alors pourquoi ?), et d’autres petits détails destinés à permettre aux autorités de le profiler.

S’armant de courage, de patience et des papiers en question (à l’exception de la lettre d’invitation, envoyée directement au consulat), Akbar arrive à 8h15 devant l’officine de la Loubianka à Paris, et se place dans la file d’attente qui compte déjà 30 personnes. À 9h, les grilles s’entrouvrent et laissent entrer, au compte-gouttes, 60 personnes qui se trouvent maintenant devant Akbar : les 30 arrivées en ordre, et 30 autres munies d’un coupe-file vert. Maigre consolation : derrière lui, il y a bien 60 personnes aussi.

C’est vers 9h45 qu’il franchira le seuil, mais pas avant qu’un préposé, grand blond genre espion soviétique dans un film de 007 ne connaissant qu’un mot de français (« marge ») ait enjoint à tous ceux qui avait rempli le formulaire de demande de visa fourni par le site de le refaire, parce que la marge (c’est le mot en question) n’est pas bonne. Les habitués du fait sont équipés d’un stylo (noir) et d’un tube de colle (pour la photo).

À l’intérieur, ce n’est pas une seule file d’attente, mais trois, dont une se subdivise en trois sous-queues, qui se présentent au regard. Il faut choisir la bonne. À 10h15, Akbar atteint un guichet. Ludmila (appelons-la ainsi), une jeune et blonde préposée, suit les préconisations pour la prise de photos d’identité : elle ne sourit pas, fixe Akbar d’un regard perçant, et laisse filtrer d’entre ses lèvres le minimum de mots suffisant à rejeter sa demande : la photo d’Akbar ne lui plaît pas, bien qu’il ait veillé à garder ses lèvres scellées à l’horizontale et à fixer l’objectif sans ciller : la longueur actuelle de ses cheveux n’est pas identique à celle sur l’instantané. Il s’excuse de n’avoir pu synchroniser coiffeur, photographe et consulat, mais cela n’amadoue pas Ludmila ; pire, elle ne trouve pas l’invitation dans son ordinateur, ne voulant la chercher que par la date de naissance d’Akbar, et surtout pas par son nom. Rrrrrrrrevenez avec invitation, susurre-t-elle, puis fixe son regard froid sur la personne suivante.

Akbar s’en retourne chez lui. Il écrit à l’orrrrrrganisme qui lui envoie le lendemain une copie de l’invitation. Il la rajoute à la pile, met son réveil aux aurores, et se pointe à 7h15, le jour suivant, devant les grilles. Il n’y a que six personnes qui l’y ont précédé. Une pluie fine ne cesse de tomber et de s’infiltrer dans les os malgré les parapluies déployés. On se serre les coudes devant l’adversité et l’on partage son expérience, à l’instar des quatorze personnages de la belle et triste nouvelle de Marcel Aymé. Akbar n’est pas le seul à revenir : sa voisine, habituée du lieu – elle a son chéri à Moscou – doit, tous les deux mois, se soumettre à ce rituel sans être assurée d’un résultat positif du premier coup. Elle les hait et préconise la révolution.

Est-ce cet arrosage qui fait croître rapidement la file d’attente ? quoi qu’il en soit, elle ne cesse de doubler de longueur et compte bien plus d’une centaine de personnes à l’ouverture. Il n’y a que quatorze coupes-file qui se présentent avant Akbar, et il arrive à franchir le rideau de fer à 9h15, et à atteindre un guichet – il évite celui de Ludmila – à 9h30. Le préposé, un jeune homme blond (ils le sont tous) et souriant (il n’a pas dû lire les instructions) l’accueille poliment, et examine la pile. Il scrute longuement l’invitation, puis lance : « c’est lettrrrre de grrrrand-mère de la campagne ». Interloqué, Akbar dit « Pardon ? » et Ivan (appelons-le Ivan) lui explique en souriant que lettrrrre pas d’entête, pas d’adrrrresse, pas numérrrro fax, pas de tampon, pas date naissance Akbarrrr. Ivan va devoir demander à son supérieur. Il pose le dossier de côté et Akbar attend.

À 10h, Ivan lui fait signe en souriant. Akbar revient, et s’entend expliquer que lettrrrre pas valable, et que, d’ailleurs, dans le formulaire de demande de visa, l’objet du voyage qu’il faut préciser n’est pas « conférence » mais « liens culturels », et qu’en conséquence le motif de demande de visa qui doit être mentionné est « humanitaire » (allo ? Kouchner ?), parce que c’est de la musique (si Ivan savait de laquelle il s’agit, il réviserait peut-être son opinion…) ; qu’il ne faut pas mettre le nom de l’organisme qui invite, parce qu’on ne sait pas qui sera le signataire de l’invitation. Et qu’en clair, conclut-il en souriant – Akbar comprend maintenant ce que « sourire maléfique » veut dire, et que sa regrettée mère avait raison quand elle lui disait, enfant, qu’il ne faut pas faire confiance à un monsieur qui sourit – il lui faudra rrrrevenir.

Akbar décide sur le champ qu’il ne reviendrrrra pas. Heaven can wait.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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