Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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21 février 2010

De quelques rues de Paris aux noms originaux et de l’origine de leurs noms

Classé dans : Lieux, Littérature, Théâtre — Miklos @ 0:21

Voici l’étymologie de quelques-unes des rues de Paris au XVIIe siècle (voir aussi les rues du Paris coquin un siècle plus tôt), selon un extrait du Supplément du Théâtre italien, ou recueil des scènes françaises qui ont été présentées sur le Théâtre italien de l’Hôtel de Bourgogne, lesquelles n’ont point encore été imprimées (1697), où on a rajouté quelques notes pour en faci­liter la lecture. La plupart ont été supprimées.

 

Le vieillard.

Mon ami que vends-tu là ?

Arlequin, vendeur d’Almanachs.

Toute sorte de bons Livres : Pierre de Provence, la Belle Maguelone, Robert le Diable, Richard sans Peur, Roland le Furieux, Tiel l’Espiègle, les quatre fils Aimon, les Rues de Paris en Vers Burlesque et leur étymologie.

Le vieillard.

Voyons, je te prie, ce livre des rues de Paris ?

Arlequin.

Tenez, Monsieur, les voilà. Écoutez :

Rue d’Hablon.

Rue des Coquilles.

Rue des deux Portes.

Rue des Poupées…

Le vieillard.

Dis-moi un peu, d’où vient que ces rues-là se nomment comme cela : me le diras-tu bien ?

Arlequin.

Oui-da, Monsieur, je vous le dirai, avec plaisir.

Le vieillard.

Pourquoi la rue d’Hablon1 ?

Arlequin.

C’est la rue de Paris la plus passante, et comme il y passe beaucoup de Hâbleurs, on la nommée rue d’Hablon.

Le vieillard.

Pourquoi rue des Coquilles2 ?

Arlequin.

C’est une Rue où logeaient beaucoup de menteurs, et lorsqu’ils faisaient leurs mensonges on leur disait ; à qui vendez-vous vos coquilles3. C’est de là qu’est venu ce nom.

Le vieillard.

Rue des deux Portes4 ?

Arlequin.

Cette Rue est où demeurent tous les méchants Payeurs, lesquels ont chacun deux Portes à leurs maisons, et quand on leur vient demander de l’argent par une porte, ils sortent par l’autre, pour éviter leurs créanciers.

Le vieillard.

Et que veut dire celle-ci, Rue Poupée5 ?

Arlequin.

C’est où demeure une partie des Précieuses6 de Paris.

Le vieillard.

Rue Jean Pain-mollet7 : Celle-ci est drôle, vraiment ?

Arlequin.

C’est où demeurait un Garçon Boulanger lequel s’appelait Jean, et ne faisait que du pain mollet ; c’est pourquoi cette rue portait son nom.

Le vieillard.

Rue Princesse8, que veut dire celle-ci ?

Arlequin.

C’est une Rue où demeurait la Maîtresse de Jean Pain-mollet, et Jean Pain-mollet l’appelait toujours, en lui faisant l’amour, ma Princesse ; et ce nom est demeuré à la rue.

Le vieillard.

Oh ! par ma foi, en voici une drôle, je ne sais ce que tu pourrais dire pour son étymologie : Rue Jean Tison9 ?

Arlequin.

Dans cette Rue il y demeurait un garçon qui s’appelait Jean, et portait tous les matins à la Princesse un tison pour allumer son feu, et cette rue fut nommée la Rue Jean Tison.

Le vieillard.

Rue des Andouilles10 : Oh ! oh ! voilà une drôle de Rue ?

Arlequin.

C’est où furent achetées les Andouilles pour donner à la Princesse le jour de la Fête, par Jean Pain-mollet.

Le vieillard.

Rue du Pied de Bœuf11 ?

Arlequin.

C’est où fut acheté le Pied de Bœuf, que jean Tison donna à la Princesse pour sa Fête.

Le vieillard.

Rue Tireboudin12 : Oh ! voilà une plaisante rue ?

Arlequin.

C’est où la Princesse leur donna un bon morceau de bon Boudin pour payer sa Fête, l’un le tira par un bout, l’autre par l’autre : c’est pourquoi cette rue porte le nom de Tireboudin.

Le vieillard.

Rue du Sabot13, que veut dire celle-ci ?

Arlequin.

C’est où Jean Pain-mollet jeta son Sabot à la tête de Jean Tison.

Le vieillard.

Rue des Orties14 : et celle-là que veut-elle dire ?

Arlequin.

C’est que la Princesse passant dans un jardin elle tomba sur des Orties, qui lui piquèrent les fesses.

Le vieillard.

La Rue de la Moignon15 : oh ! en voilà une drôle ?

Arlequin.

C’est où Jean Pain-mollet prit le couperet d’un Boucher dont il coupa le poing à Jean Tison, et ne lui resta que le moignon : c’est pourquoi on la nomme la Rue de la Moignon.

Le vieillard.

Rue du Pet au Diable16 : oh ! foi d’homme d’honneur en voilà une qui est drôle ?

Arlequin.

C’est que la Princesse en courant, cria arrête de par tous les Diables ; en criant elle s’efforça et fit un pet : c’est pourquoi on la nomme la Rue du Pet au Diable.

Le vieillard.

La Rue de la Femme sans Tête17 : oh ! oh ! voilà une drôle de rue ?

Arlequin.

C’est comme Jean Pain-mollet étant aveuglé de colère ne prît pas garde où il frappait, et coupa la tête à la Princesse.

 

1 Il s’agit de la rue d’Ablon (l’auteur a rajouté un h pour justifier l’étymologie fantai­siste qu’il en donne), actuellement rue Saint-Médard. Son nom provient « du territoire d’Ablun, sur lequel il y avait des vignes appar­tenantes à l’Abbaye Sainte Gene­viè­ve » (Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, 1779).

2 Actuellement partie de la rue du Temple. Source : nomenclature officielle des voies publiques et privées, Ville de Paris (NOVP)

3 « On dit proverbialement à un homme qui en veut tromper un autre aussi fin que lui, ou lui débiter quelque chose dont il ne fait pas grand cas, ou lui en faire accroire en des choses qu’il sait mieux que ceux qui lui en parlent. À qui vendez-vous vos coquilles ? portez vos coquilles à d’autres, portez vos coquilles ailleurs. C’est vendre des coquilles à ceux qui viennent de saint Michel. On dit prov. qu’Un homme vend bien ses coquilles, fait bien valoir ses coquilles, pour dire, qu’Il fait bien valoir ses denrées et son travail. Ce Marchand là vend bien ses coquilles. » (Dictionnaire de l’Académie Française, 1694)

4 Actuellement partie de la rue des Archives, entre les rues de Rivoli et de la Verrerie. Dès la fin du XIIIe siècle, on l’appelait rue Entre Deux Portes et rue des Deux Portes, ou aussi rue Percée ; au XVIIe siècle, on la désignait sous le nom de rue de la Galiace. (NOVP)

5 Supprimée par l’ouverture du boulevard Saint-Michel. Elle commençait rue de la Harpe et finissait rue Hautefeuille. Elle avait porté anciennement le nom de Laas ou de Lias. En 1200, on la nommait Popée. En 1300, Poupée. On a aussi écrit Poinpée et Pompée. (NOVP)

6 « Précieuse, est aussi une épithète qu’on a donné ci devant à des filles de grand mérite et de grande vertu, qui savaient bien le monde et la langue : mais parce que d’autres ont affecté et outré leurs manières, cela a décrié le mot, et on les a appelées fausses précieuses, ou précieuses ridicules ; dont Molière a fait une Comédie, et de Pures un roman. » (Antoine Furetière, Dictionnaire universel, 1690)

7 Supprimée par l’ouverture de la rue de Rivoli. Elle commençait rue de la Coutellerie (supprimée) et finissait rue des Arcis (rue Saint-Martin). Avant sa suppression elle avait été réunie à la rue des Ecrivains. Sauval prétend qu’elle s’est appelée rue du Croc. Sur le plan de la Tapisserie on lui donne le nom de la Radrerie. (NOVP)

8 Ouverte en 1630. Doit son nom à une princesse de la maison de Guise. (NOVP)

9 Doit son nom à Jean Tison, bourgeois du XIIIe siècle. Cette voie existait en 1205. Une partie de cette voie, comprise entre la rue de Rivoli et la rue des Fossés Saint-Germain l’Auxerrois (actuellement rue Perrault), a été supprimée pour le dégagement du Louvre et des Tuileries (1854). (NOVP)

10 Il doit s’agir de la rue pavée d’Andouilles, ou Pavée. Actuellement rue Séguier. (NOVP)

11 Supprimée en 1813 pour la formation de la place du Châtelet. Elle commençait rue de la Tuerie (sup.) et finissait rue de la Joaillerie (sup.). Elle se continuait autrefois jusqu’à la rivière et a été souvent confondue avec la rue de la Triperie. (NOVP)

12 Actuellement rue Marie Stuart. (NOVP)

13 Nom tenant son origine d’une enseigne. C’était au XVIe siècle, la rue Copieuse ; rue de l’Arpenteur en 1595 et déjà rue du Sabot sous Louis XIII. En 1723, rue aux Vaches. Elle aurait aussi porté le nom de rue Saunet le Breton. (NOVP)

14 Ou Orties Saint-Honoré. Supprimée par l’ouverture de l’avenue de l’Opéra. Elle commençait rue d’Argenteuil et finissait rue Sainte-Anne. (NOVP)

15 Ou Lamoignon. Supprimée par une ordonnance royale de 1840. Elle était située dans le Palais de Justice. (NOVP)

16 Supprimée par l’agrandissement de l’Hôtel de Ville. Elle commençait rue du Martroi (sup.) et finissait rue de la Tixeranderie (sup.). Elle a porté les noms de rue du Chevet Saint-Jean, du Cloître Saint-Jean, du Sanhédrin. En 1815, elle prit le nom de rue du Tourniquet. (NOVP)

17 Actuellement partie de la rue Le Regrattier (4e arrondt.). (NOVP)

15 février 2010

Le ghetto de Paris

Classé dans : Judaïsme, Langue, Lieux, Littérature, Médias — Miklos @ 19:31

Il n’est jamais trop tard pour bien faire : la revue Livres Hebdo fait découvrir à ses lecteurs Cyrille Fleischman (qu’elle orthographie une fois Fleischman et une autre Fleishman), depuis plus de vingt ans chantre du yiddishland parisien, le quartier du Marais d’antan, celui des immigrés juifs modestes venus ici avant « la » guerre parce dans le vieux pays on disait « heureux comme Dieu en France ».

Ils en avaient apporté leurs vieilles fringues et l’art de les rapiécer à l’infini, leur cuisine typique (celles des pauvres, qui savent accommoder les modestes ingrédients en rajoutant du pain pour donner plus de volume et voilà la carpe farcie) et variée (ce n’est pas la même en Galicie et en Bessarabie, non Monsieur), et recréé dans le Marais – destination des marginaux de tous temps, quartier habité par les Juifs depuis le Moyen Âge1, et où passait la rue des Juifs (actuellement rue Ferdinand-Dival, pardon, Duval) – une sorte de shtetl avec son pletzl, où l’on pouvait encore voir il n’y a pas si longtemps des hommes avec leurs shtreimel et leurs kapote (pas de celles utilisées actuellement dans ce quartier) accompagnés de leurs femmes la tête couverte (c’était avant l’interdiction des niqabs) et d’une ribambelle de rejetons, angelots aux payès étonnement longs et bien graissés de schmaltz.

Les anciens résidents étaient devenus des israélites et s’habillaient comme tout le monde (c’est-à-dire tâchant de paraître Français de souche), tandis que les plus récents n’étaient que des juifs plus reconnaissables encore à leur accent et à leurs habits que s’ils portaient une étoile jaune. Ce sont eux d’ailleurs qui seront raflés, plus tard. Après, ce seront ceux d’Afrique (il est souvent question de fric, chez les Juifs) du nord qui rempliront les vides et déborderont dans d’autres quartiers de Paris, avec leurs accents et leur cuisine si différentes. Puis les homos. On est toujours le Juif de quelqu’un.

Une autre coquille, plus malheureuse, s’est glissée dans l’article de Livres Hebdo : la rue des Écouffes s’y voit appelée « la rue des Étouffes ». De mauvaises langues rajouteront « chrétiens » ; ce qui n’est d’ailleurs pas mieux que le sens original de son nom : escoufle dénote le milan royal, oiseau (fort) rapace, qui servait d’enseigne aux prêteurs sur gage et n’était donc pas très apprécié : au XIVe s., Gilles li Muisis le compare au diable2 :

Escoufles vole haut et souvent apriès frape ;
Or advient a la fois aucuns qu’il en escape,
Et il le voit tantost, si le prend et hape
Plus tost et plus errant qu’uns charpentier se hape.

L’escoufle, c’est Sathan !

Quant à la rue, elle existait déjà au XIIIe s., et René Descartes y avait logé (chez l’abbé Picot, comme quoi il n’y avait pas que des Juifs dans ce quartier) en 1644. Trente ans plus tard, le peintre Philippe de Champaigne y décède au n° 20, maison qui avait appartenu à sa famille, et qui jouxte l’oratoire israélite Roger Fleischman (au 18), fondé par le père de Cyrille. Ses nouvelles méritent d’être lues, si vous aimez le gefilte fisch ou le gâteau au pavot et bien d’autres delicatessen du vieux pays, l’accent d’un Popek (qui parle très bien français quand il ne joue pas) ou, à défaut, Madame Sarfati. C’est tout ce qui reste : le goût et la mélodie d’un monde deux fois disparu. Et de beaux petits textes amusants, tendres et nostalgiques.


1 L’histoire de Jonathas, un Juif de la rue des Jardins, dans le Marais, en est une des traces – tragiques : en 1290, il fut accusé d’avoir fait bouillir une hostie dans une chaudière. Il fut condamné à être brûlé vif et sa maison rasée. Sur son emplacement s’élève l’église et le cloître des Billettes.

2 Source : Jelle Koopmans et Paul Verhuyck, Sermon joyeux et truanderie (Villon – Nemo – Ulespiègle), Rodopi, 1987.

Télérama et la Culture

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Médias — Miklos @ 11:37

Le magazine de la culture bon chic bon genre rapporte l’histoire – ahurissante il est vrai – de l’œuvre d’une artiste ôtée à la hâte peu après son accrochage sur la façade de l’École des Beaux-Arts de Paris, « à la demande de son directeur Henry-Claude Cousseau ». Ce dernier devait être paniqué par son caractère subversif, voire révolutionnaire, puisqu’il consistait en quatre mots choc : « travailler moins gagner plus » répartis sur quatre panneaux à fond noir comme un faire-part de décès de notre art de vivre si vanté par le passé et qui, malgré sa disparition annoncée, attire encore des touristes qui s’imaginent le trouver ici. À chacun ses fantasmes.

Monsieur le directeur craignait-il l’ire de l’ultra-gauche qui n’aurait manqué de sauter sur l’occasion d’occuper l’école comme en ce bon vieux temps de 1968, sous prétexte que l’École servirait de panneau publicitaire à l’Élysée ? Ou alors, pensait-il que le Palais allait le limoger pour avoir utilisé une formule brevetée sans en avoir payé les droits, et de surcroit pour l’avoir laissé être dénaturée par cette découpe ? Il est probable qu’on ne saura jamais le fin mot de l’histoire. L’article explique qu’il est encore traumatisé – il y a de quoi – par une poursuite pour « diffusion d’images porno­graphiques de mineurs » à l’occasion d’une exposition d’art contemporain, il y a dix ans. Certains trouveront que ce slogan-ci a effectivement un côté porno­graphique.

Mais rassurez-vous, Français et Françaises de droite comme de gauche (et du centre, s’il en reste), Télérama nous annonce, dans une mise à jour de l’article, qu’« à la demande du ministre de la Culture François Mitterrand (…) les bannières ont été raccrochées sur la façade ». François Mitterrand, dites-vous ? Un de ces dinosaures qui lisent Télé­rama même outre-tombe ?

3 février 2010

Alla breve. XXVIII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 2:31

[197] Un opéra X à Genève. Le Grand Théâtre de Genève récidive : la mise en scène qu’y prépare Olivier Py pour Lulu d’Alban Berg est déconseillée aux moins de 16 ans. Voici l’avertissement : « Pour traduire les intentions du compositeur et de son inspirateur Frank Wedekind, Olivier Py et son équipe ont fait appel à des images qui, quoi que de plus en plus usuelles et répandues, restent rares et inhabituelles sur une scène lyrique et pourraient choquer un spectateur non averti. Respectueux du regard de chacun ainsi que de ses opinions, il nous paraît important de vous en informer avant votre entrée en salle ou avant l’achat de votre billet. Nous déconseillons le spectacle aux personnes de moins de 16 ans ». Qu’aurait dit Calvin (pas l’ami de Hobbes – il a moins de 16 ans, de toute façon –, mais l’autre) ? Quant à Olivier Py, on en connaît de bien sombres recoins, ce qui ne nous a pas empêché d’apprécier sa fort réussie mise en scène du Soulier de satin, qui, elle, est recommandée à tout public capable de rester assis dans un fauteuil de théâtre pendant 9 heures sans dormir : nous, on y était scotché. (Source)

[198] Les prix Grammys. Ce grand spectacle annuel américain est l’occasion pour l’industrie américaine du disque de se récompenser dans toutes les catégories possibles et imaginables de sa production : il y en a actuellement 108 aux noms qui semblent, pour certains, très semblables les uns aux autres à l’œil du non-initié, qui constate tout de même qu’il y a 11 catégories consacrées à la musique classique (dont une seule pour « voix solo ») considérée comme un seul genre contre 72 aux autres genres de musique (dont une pour « voix solo femme » et une autre pour « voix solo homme »). Sa 52e édition vient d’avoir lieu en Californie (on n’est pas surpris), et a été vue par quelque 26 millions de téléspectateurs (on n’est pas surpris). En parcourant la liste des lauréats, on constatera, pour le classique, que ce sont en général des œuvres plus « populaires » qui ont remporté des prix (album classique : Mahler plutôt que Ravel ou Chostakovitch ; interprétation orchestrale : Ravel plutôt que Chostakovitch ou Szymanowski ; opéra : Britten plutôt que Messiaen ou Tan Dun ; interprétation chorale : Mahler – le même – plutôt que Penderecki ; musique soliste avec orchestre : Prokofiev plutôt que Bartók ou Korngold, etc.). On se croirait sur Radio Classique… et on n’est pas très surpris de trouver dans le classique une sous-catégorie « crossover » remportée par Yo-Yo Ma (avec la participation d’un nombre impressionnant d’artistes de tous genres.

[199] Les prix Opus 2009. Le lendemain du week-end des Grammys s’est tenu à Montréal le 13e gala des prix Opus, consacré à la musique de concert québécoise et quelque peu (c’est un euphémisme) mieux équilibré que sa contrepartie étatsunienne, puisque les genres en sont « médiéval, de la Renaissance, baroque, classique, romantique, moderne, actuel, contemporain, électroacoustique, jazz et musiques du monde ». On remarquera, sourire en coin, parmi les lauréats des performances d’œuvres de quelques compositeurs qui n’ont pas eu l’heur de décrocher des Grammys : Händel, Bruckner et Messiaen. La différence n’est pas que culturelle : ces prix sont organisés par le Conseil québécois de la musique, dont la vocation, non lucrative, est de regrouper des professionnels de la musique de concert, et non seulement des industriels de ce domaine. (Source)

[200] Les archives de l’orchestre philharmonique de New York en ligne. Bientôt. Cet orchestre possède des archives très riches (de 1842 à nos jours… !), à l’instar de lettres manuscrites de Bruno Walter ou d’une partition de Mahler (que l’on peut apercevoir ici) annotée par le compositeur en 1909 puis, cinquante ans plus tard, par Leonard Bernstein. 1,3 millions de pages vont être numérisées et mises en ligne en libre accès, grâce à une donation de la fondation Leon Levy. Entre temps, on peut interroger la base de données qui inventorie ces archives. (Source)

[201] Après le MP3. Un nouveau format de distribution en ligne de musique, MusicDNA, vient d’être annoncé. Il vise à succéder au MP3 en l’enrichissant (analyses audio, annotations, paroles, calendrier d’événements, réseaux sociaux, « business intelligence »…) et en fournissant ainsi de façon intégrée des fonctionnalités supplementaires (recherche, recommandation, génération de playlists…), tout en décourageant le téléchargement illégal. (Source)

[202] Une folle Norma. Une remarquable – dans le sens de « qui se fait remarquer » – série de représentations de Norma de Bellini s’est récemment achevée au Châtelet, sous les applaudissements de certains et les huées des autres. Si, d’après le livret de Felice Romani, l’action se déroule en Gaule sous l’occupation romaine, la mise en scène de Peter Mussbach la place dans une maison de fous (mais sans Astérix), remplace le bronze des armures romaines par une peinture de la même couleur à même la peau du torse du proconsul Pollione. D’autres effets surprenants ont émaillé le spectacle. Selon un critique, les voix étaient adéquates (difficile d’égaler l’inégalée), et l’orchestre – l’Ensemble Matheus sous la direction de son chef Jean-Christophe Spinozi – a divisé le public, en tentant de recréer le son d’un orchestre du temps de Bellini, sec et sans chaleur pour certains, vif et clair pour d’autres. (Source)

[203] Earl Wild. Le grand pianiste (et compositeur) américain, connu notamment pour ses interprétations d’œuvres virtuoses romantiques (transcriptions de Liszt, concertos de Rachmaninov…) – mais dont l’immense répertoire s’étendait du baroque au contemporain – vient de s’éteindre à l’âge de 94 ans. Il avait commencé à étudier la musique à l’âge de 4 ans, et eu comme maître le pianiste Selmar Jansen, lui-même élève d’Eugen d’Albert et de Xaver Scharwenka, tous deux élèves de Liszt. Son autobiographie, à laquelle il avait récemment travaillé, sera publiée dans le courant de l’année. (Source)

2 février 2010

Dis, papa, de quand date l’invention de l’ordinateur ?

Classé dans : Histoire, Langue, Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 8:59

Une erreur communément répandue fait remonter l’invention de l’ordinateur élec­tronique à 1947 (il s’agissait de l’ENIAC) et à son prédécesseur mécanique et programmé la machine analytique de Charles Babbage et Ada Lovelace en 1834. C’est bien évidemment faux ; comme on le verra, l’ordinateur programmable et élec­tronique existait déjà de nombreux siècles plus tôt, ainsi que l’un de ses usages les plus répandus aujourd’hui, celui des réseaux sociaux.

Le dictionnaire critique de la langue française de l’Abbé Féraud (auteur du Dictionnaire grammatical) publié à Marseille en 1788, fournit l’origine du mot (L’Hist. d’Angl.) et le trouve « barbare », opinion partagée lors de la réinvention du terme au XXe s. pour dénoter le computer d’origine américaine. Mais on y trouve surtout la preuve de son utilisation dans des réseaux sociaux avec l’autorisation des autorités (on n’était pas en Chine) : « Le Roi permettoit que ces Ordinateurs s’unissent entre eux et leurs amis, etc. » : on est en droit de se demander si Face­book, Twitter et consorts ne sont qu’une pâle réplique d’une pratique ances­trale.

Mais l’ordinateur d’alors ne servait pas qu’aux jeux (ce qui semble être le destin de son lointain descendant) : il pouvait corriger la ponctuation, et donc, on peut en déduire, l’orthographe, à l’instar des traitements de texte contemporains. À quand remonte cette fonctionnalité (dont nos contemporains ne peuvent se passer quel qu’en soit le résultat parfois surprenant) ? Il suffit de consulter la Dissertation préli­minaire ou prolégomène sur la Bible de Louis Ellies Du-Pin, publié en 1701, et qui cite Michlol de David Kimhi qui date de 1554 et où l’on trouve mention des « ordinateurs de la ponctuation ».

Le piratage informatique – et l’une de ses manifestions les plus perverses, le phishing, qui consiste à convaincre le destinataire d’un courriel de se connecter à un site qui prétend être celui de sa banque (par exemple) et d’y fournir ses coordonnées et ses codes – ne sont pas récents, c’est le moins qu’on puisse dire, puisqu’on en trouve trace dans les Lettres de Saint Augustin (né en 354 et mort en 430). Pour preuve, on consultera avec avantage Les Lettres de S. Augustin traduites en françois (…) par M. du Bois, de l’Académie françoise, gouverneur de M. le Duc de Guise, et publiée en 1697 : le saint y parle d’un certain Ingentius (nom qui devait dénoter son ingénuité) qui s’était rendu coupable d’avoir fabriqué un logiciel destiné à attaquer l’ordinateur de Cécilien, évêque de Carthage. On remarquera en passant que l’évêque avait baptisé son ordinateur (Félix), pratique toujours très courante.

Enfin, c’est le Nouveau dictionnaire historique et critique de Jacques Georges de Chaufepié (une chance, par ces temps de vent, de froidure et de pluie) qui fait allusion aux ordinateurs portables en 1750. En effet, cet ouvrage parle de leur capa­cité à se décharger : il est évident qu’il s’agit là des batteries équipant les portables qui se déchar­geaient, ce qui nuisait à leur acquéreur :

On en conclurera que l’ordinateur nous accompagne depuis au moins seize siècles. Nihil novi sub sole.

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