Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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22 janvier 2008

Les Xipéhuz au Centre Pompidou

Classé dans : Photographie — Miklos @ 19:57


Arrivée d’un Xipéhuz au Centre Pompidou
«Les Xipéhuz sont évi­dem­ment des Vivants. Toutes leurs allures dé­cè­lent la volonté, le caprice, l’as­so­ciation, l’in­dé­pen­dance par­tielle qui fait distinguer l’Être animal de la plante ou de la chose inerte. Quoique leur mode de pro­gres­sion ne puisse être défini par compa­raison – c’est un simple glis­sement sur terre – il est aisé de voir qu’ils le dirigent à leur gré. On les voit s’arrêter brus­que­ment, se tourner, s’élan­cer à la pour­suite les uns des autres, se promener par deux, par trois, mani­fester des pré­fé­rences qui leur feront quitter un compa­gnon pour aller au loin en rejoindre un autre. (…) Je ne sais pas s’il faut dire que les Xipéhuz sont de diffé­rentes formes, car tous peuvent se trans­former succes­sivement en cônes, cylindres et strates, et cela en un seul jour. Leur couleur varie conti­nuel­lement, ce que je crois devoir attribuer, en général, aux méta­mor­phoses de la lumière depuis le matin jusqu’au soir et depuis le soir jusqu’au matin. Cependant, quelques variations de nuances paraissent dues au caprice des indi­vidus et spécia­lement à leurs passions,» si je puis dire, et consti­tuent ainsi de véritables expressions de physio­nomie, dont j’ai été parfai­tement impuis­sant, malgré une étude ardente, à déter­miner les plus simples autrement que par hypothèse.

J.-H. Rosny Ainé, Les Xipéhuz (1867)


Des Xipéhuz dans le Centre Pompidou

21 janvier 2008

Chaque homme dans sa nuit

Classé dans : Photographie — Miklos @ 0:39

Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière.
La seconde âme en nous se greffe à la première ;
Toujours la même tige avec une autre fleur.
J’ai connu le combat, le labeur, la douleur,
Les faux amis, ces nœuds qui deviennent couleuvres;
J’ai porté deuils sur deuils ; j’ai mis œuvres sur œuvres…

— Victor Hugo, Les Contemplations, tome second, livre cinquième.

20 janvier 2008

Des levées de rideau qui dévoilent

Classé dans : Photographie, Théâtre — Miklos @ 17:42

« Les femmes absolument belles n’ont de pudeur que juste ce qu’il faut pour faire valoir leur beauté. » — Rivarol


Affiches sur un mur

Ce n’est plus un théâtre qui décoiffe (regardez leurs têtes). Ce n’est qu’un théâtre qui dénude (regardez leurs corps). Quel dén(o)ûment…

Beaucoup de déhanchements pour rien

Classé dans : Danse, Musique — Miklos @ 1:55

« J’ai les hanches
Qui s’démanchent
L’épigastre
Qui s’encastre
L’abdomen
Qui s’démène
J’ai l’thorax
Qui s’désaxe
La poitrine
Qui s’débine
Les épaules
Qui se frôlent…
 »
— Géo Koger (1932)

Zeitung, le dernier spectacle de danse (intitulé « concept ») d’Anne Teresa De Keersmaeker et de sa troupe Rosas au Théâtre de la Ville était long comme un jour de carême. La scène est dépouillée : coulisses et cintres à nu, aucun décor à l’exception d’un vieux fauteuil en cuir et de quelques chaises près des murs. Au fond à gauche, un piano de concert. Un homme d’un certain âge, trapu et en jeans, déambule non loin de l’instrument – un technicien de scène, peut-être. Quelques individus, pour la plupart jeunes, se tiennent sur les côtés ; habillés de façon décontractée, pieds nus en jeans ou petite robe – à l’exception d’une jeune femme en chaussures élégantes à talons hauts.


Henri de Toulouse-Lautrec : silhouette de Valentin le Désossé
Quand le silence s’établit dans la salle et permet enfin d’entendre clairement les toux rauques qui ponctueront le spectacle, ils commencent à évoluer sur scène, le plus souvent seuls ou à deux ; ils marchent – parfois uniquement pour traverser l’espace d’un bout à l’autre –, s’arrêtent, se groupent ou se séparent, se déhanchent, bougent la tête ou la nuque, se désarticulent, d’une façon qui aurait fait honneur à Valentin le Désossé. Après un moment, la musique commence : Bach principalement au piano alterne avec Webern enregistré : musiques abstraites qui vont à l’essentiel et qui sauvent le spectacle. L’homme qu’on prenait pour un technicien est le pianiste Alain Franco, un excellent musicien qui a, entre autres, dirigé l’ensemble Ictus, mais c’est surtout le piano lui-même qui est le héros de la soirée : ce n’est pas un Steinway comme on en voit souvent sur scène, mais un glorieux Bösendorfer, une très grande marque de pianos (qui vient d’être rachetée par Yamaha… encore une marque qui perd son indépendance) au son inégalé.

Si je n’étais venu que pour un tel concert, j’en serais sorti enchanté, littéralement. Mais il y avait les danseurs… Ceux-ci continuaient leurs mouvements minimalistes, souvent déconnectés (du moins pour ce que j’en percevais) de la musique, à l’exception de quelques beaux moments plus animés où ils dansaient, à trois ou quatre, en accord avec elle. À plusieurs reprises, on aurait pu croire que le spectacle allait se terminer : quand les danseurs avaient tous disparu de la scène et des coulisses, ou quand ils se mirent à rouler le tapis au sol, ou à ranger les chaises. Ce fut finalement le cas, 1h45 plus tard. Si ce langage est supposé être à la danse classique ce que celui de Webern est à la musique classique, cela ne m’a pas convaincu : ce n’était plus de la danse (tel que je l’entends), tandis que Webern est (encore) de la musique. Ou peut-être mes oreilles sont plus ouvertes à une certaine modernité que ne le sont mes yeux (comme, à l’inverse, certains considèrent que Webern n’est que du bruit). Spectacle trop retenu, déconstruit et long, à l’opposé – ce qui est d’autant plus décevant – de celui qu’elle avait donné en 2005 et qui nous avait tant plu.

On a tout de même apprécié particulièrement quelques danseurs : Fumiyo Ikeda (et pas uniquement pour ses hauts talons), une autre danseuse élégante aux longs cheveux blonds, et un danseur dont la grâce sensuelle et masculine tranchait avec l’aspect et les mouvements quelque peu anguleux de ses collègues.

19 janvier 2008

Le quatuor des quintes

Classé dans : Musique — Miklos @ 22:28

« Pluralitas non est ponenda sine necessitate. » — Guillaume d’Occam

C’est l’appellation du Quatuor à cordes en ré mineur opus 76 n° 2 de Joseph Haydn : il s’ouvre sur deux quintes descendantes, qui reviennent, sous cette forme ou une autre, tout au long de l’œuvre. La quinte est l’un des trois intervalles musicaux dits « justes » avec la quarte (qui résulte du renversement de la quinte) et l’octave : le signal acoustique résultant de l’émission simultanée de deux notes placées dans l’un de ces rapport est plus simple que pour d’autres intervalles, ne rajoute qu’un minimum d’harmoniques (et aucune dans le cas de l’octave) et est donc plus facile à analyser par l’oreille. Ce principe d’économie est celui qui rend aussi, à l’œil, la symétrie agréable, et qu’on retrouve dans le « rasoir d’Occam ». Mais pas trop n’en faut : dissonance et dissymétrie sont les épices permettant d’éviter la fadeur du trop-plein de perfection dans les arts.

« L’épidémie de grippe arrive, le seuil épidémique de la grippe cli­nique ayant été franchi la semaine der­nière pour la pre­mière fois, a annoncé le 15 janvier le réseau de sur­veil­lance épi­dé­mio­logique Sentinelles de l’Inserm. La grippe devrait toucher quatre millions de personnes. »Mais ce n’est pas ce genre de quintes qu’on a entendu aujourd’hui au Théâtre de la Ville lors du concert de l’ensemble Europa Galante consacré à la musique de chambre de Boccherini : pendant le très beau Quatuor op. 39 n° 3, un spectateur a été pris d’une quinte de toux paroxystique qui a accompagné au moins deux des mouvements. Celle-ci se rajoutait à celles, plus réservées, du reste du public pendant tout le concert1 : à entendre leur déclenchement subi entre les mouvements, on pourrait s’étonner du fait qu’étant tout de même capables d’être relativement évitées pendant les mouvements, pourquoi ne pas attendre la fin de l’œuvre pour profiter des applaudissements pour leur laisser libre court ?

C’était d’ailleurs un quatuor assez particulier : à leur arrivée en scène, l’altiste et le violoncelliste s’aperçoivent que leurs sièges et leurs lutrins sont inversés. S’en­sui­vent des échanges de tabourets puis de partitions, durant lesquels le vio­lon­cel­liste fait voler la sienne qui s’étale aux pieds du second violon. Il répétera d’ailleurs le gag lors du quintette qui suivra, et sera vigoureusement applaudi par le public. Quant au dit quintette (avec deux violoncelles, op. 45 n° 1), il était encore plus joyeux et enlevé, et clôturait au mieux le programme, dont la première partie avait moins soutenu l’attention.

Mais le concert ne s’est pas terminé avec le programme : l’ensemble de Fabio Biondi a d’abord donné, en premier rappel et en hommage à Gérard Violette, le directeur sortant du Théâtre de la Ville, le menuet-que-tout-le-monde-connaît de Boccherini, à tel point que certains spectateurs ont commencé à le fredonner (comme Casals ou Gould le faisaient pendant leurs récitals), ce qui a donné lieu à des chuuuut ! prolongés et plus vigoureux que certaines quintes précédentes. Le deuxième rappel était le dernier mouvement, endiablé à souhait, du quintette G. 399. Pourquoi « G » ? Parce qu’il s’avère que le catalogue complet des œuvres de Boccherini, devenu ouvrage de référence, a été établi par Yves Gérard, devenu ainsi à Boccherini ce que Koechel est à Mozart2. Fabio Biondi n’a pas manqué de souligner le rapport entre le nom de ce musicologue et le prénom de Violette, qui termine cette année son long règne au Théâtre de la Ville. On ne saluera jamais assez l’intelligence de sa programmation, qui nous a donné de grands plaisirs (et quelques rares déceptions : ce sont les dissonances qui permettent d’apprécier encore mieux les consonances).

Avant de nous quitter ce soir, on recommandera au malheureux spectateur qui avait manqué de s’étouffer le traitement suivant :

« Si la toux ne passe pas dans trois jours, il faut lui tirer encore environ une livre de sang du col, & avoir recours à des remedes plus efficaces. C’est pourquoi pour empêcher que le rhume ne tombe sur la poitrine, donnez-lui avant de vous aller coucher,

Une once de Réglisse en poudre, une cuillerée d’huile d’Olive, une once d’Æthiops mineral, demi-once de Baume de Soufre, faites-en un bol avec un peu de miel.

Couvrez-le bien, & tenez-le chaudement. Redonnez-lui le même bol la nuit suivante, ce qui sera suffisant pour guérir un rhûme récent ou une indigestion. »

William Burdon, Le manuel du cavalier.
Trad. de l’anglois.
1737.

et comme le préconisait Rita, ne pas oublier de mettre des chaussettes chaudes aux pieds. On remarquera aussi qu’un autre des intervalles justes dont nous parlions au début se retrouve en médecine : il s’agit de la fièvre quarte.


1 Le public des concerts de musique classique des samedis après-midi est plus susceptible aux refroidissements que celui des concerts de hard rock.
2 On peut lire ici la biographie de Boccherini par Yves Gérard.

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