Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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3 mai 2011

Life in Hell : Akbar ne chôme pas

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 0:43

Akbar est presque arrivé au pôle nord et rêve de se rapprocher du pôle sud. Entre temps, il explore les deux pôles emploi entre lesquels il oscille à une fréquence qui lui assure un plein emploi.

Le 31 mars, il s’inscrit sur le site de l’organisme. Quelques jours plus tard, il reçoit une convocation accompagnée d’une liste de documents à fournir et de deux formulaires différents à remplir avec les mêmes informations.

Le 7 avril, il se rend au rendez-vous dans le 10e arrondissement de Paris. Un premier conseiller prend le premier formulaire et les documents qu’Akbar a soigneusement récoltés. Il lui dit qu’il manque un justificatif de la Cnav – qu’on ne lui avait pas demandé – et qu’en conséquence, on lui renverra le dossier qu’il vient de déposer (et qui est encore placé sur la table devant lui) accompagné d’une lettre lui précisant quel justificatif il lui faut fournir en redéposant son dossier. Un second conseiller l’accueille, il ne lui prend pas le second formulaire, et exprime son soulagement en constatant qu’Akbar sait ce qu’il veut faire et comment le faire : devenir auto-entrepreneur (non, ce n’est pas un garagiste). Une fois sorti de ce curieux rendez-vous, il file au pôle emploi du 3e arrondissement (la fusion assedic-anpe étant plutôt une confusion, il doit effectuer certaines démarches dans l’un, certaines dans l’autre, chacun ses compétences et les vaches seront bien gardées). Rentré chez lui, il dépose sur le site de l’Urssaf sa demande de création d’auto-entreprise. Le lendemain, il veut déposer au greffe du tribunal de commerce sa déclaration d’affectation de biens mais se voit rétorquer qu’il lui faut un document tamponné à la main par l’Urssaf.

Une semaine après, il n’a toujours pas reçu la lettre promise par le pôle emploi du 10e, lettre qui devait lui préciser le justificatif requis et contenir le dossier qu’il avait déposé. Il se rend au pôle emploi du 3e (heureusement qu’il s’y prend bien avant l’heure de fermeture indiquée sur leur site, elle est fausse), qui lui fournit l’intitulé précis du justificatif et l’informe qu’il pourra l’obtenir à l’antenne de la Cnav à la mairie du 3e. Il s’y rend, ils le renvoient à la Cnav du 10e. Il s’y rend, ils le renvoient à la Cnav du 19e (en lui révélant qu’elle est située au 7e étage d’un bâtiment sans aucune indication à l’entrée). Là, il dépose sa demande, on lui répond qu’elle « sera étudiée » et qu’on lui enverra par la poste le justificatif en question. « Quand ? », demande-t-il poliment. « On ne peut vous indiquer la date », répond-on péremptoirement, « il y a des centaines de dossiers à étudier avant le vôtre ». Après quelques sourires et supplications, il reçoit le papier en moins de dix minutes qu’il court porter au pôle du 10e. « Non, on ne peut pas le prendre, attendez de recevoir notre courrier avec votre dossier ». « Mais cela fait déjà une semaine et je n’ai rien reçu, quand l’avez-vous envoyé ? ». « Aujourd’hui », répond le pôle. « Hâte-toi lentement », susurre Akbar in peto.

Encore une semaine s’écoule, durant laquelle toutes sortes de courriers lui parviennent à l’exception de celui qu’il attend. Il passe à l’Urssaf faire tamponner un document qu’il dépose ensuite au tribunal de commerce. Le lendemain, il se rend au pôle emploi du 3e, « je n’ai toujours pas reçu votre courrier me renvoyant mon dossier et me demandant le justificatif de la Cnav que j’ai déjà depuis une semaine », leur explique-t-il. « Je ne sais pas quoi vous dire, on ne sait pas consulter votre dossier en ligne ici, revenez demain, il y aura un délégué du 10e, eux ils savent y faire », s’entend-il répondre. Il obtempère et revient le lendemain. « On vous a bien envoyé votre dossier, si vous ne l’avez pas reçu c’est un problème de la poste ». « Que faire ? », demande Akbar. « Je ne sais pas quoi vous dire », lui répond le conseiller. Heureusement qu’Akbar avait tout photocopié, y compris le dossier qu’il avait déposé voilà trois semaines déjà. Il y joint le fameux justificatif de la Cnav, et envoie le tout en recommandé avec accusé de réception au pôle emploi du 10e. Ce jour-là, il reçoit une lettre du tribunal du commerce : le nom de son auto-entreprise, Life in Hell, n’est pas admissible, il faut que son nom, Akbar, y figure.

Le surlendemain, il se rend à l’Urssaf pour y effectuer le changement de dénomination, puis, muni de l’attestation, au tribunal de commerce. C’était avant la disparition en pleine mer de Bin Laden, il lui faut déposer sa sacoche, contenant son bel appareil photo, sur le tapis roulant de la machine à rayons X. Celle-ci se met en marche, mais à l’envers : au lieu de s’engouffrer dans le tunnel, le sac tombe par terre. Akbar interpelle le préposé, qui lui dit que c’est normal, elle se met toujours en marche arrière avant d’aller de l’avant. « Pourquoi ne l’indiquez-vous pas ? », demande Akbar énervé. « C’est comme ça, et puis ne me parlez pas sur ce ton », lui répond l’autorité.

Quelques jours plus tard, il reçoit l’accusé de réception de son courrier au pôle, tamponné en bonne et due forme à la date du 26, suivi d’une lettre de relance du même pôle, datée elle aussi du 26, disant que sa demande est irrecevable « pour l’un des trois motifs suivants », aucun n’étant coché, et tous concernant des documents qu’il leur avait remis en mains propres, puis envoyé une copie.

Le 2 mai, il se rend au pôle du 10e, après avoir redemandé à son employeur des originaux des premières attestations. La personne qui l’accueille l’écoute, puis disparaît. Elle ne revient pas. Un quart d’heure plus tard, Akbar arrive à interpeller un autre conseiller : il a l’air stressé, et murmure tout le temps, d’un air désespéré, « Quel chaos ! quel chaos ! rien ne va plus ! », tout en faisant bravement face aux chômeurs venus chacun avec son problème, et leur répondant aimablement, avec patience et compétence. Il consulte le dossier électronique d’Akbar, et lui annonce que tout est en ordre, que son dossier est complet. « Alors pourquoi ai-je reçu cette relance ? » demande notre héros interloqué. « Ce n’est pas un conseiller qui l’a émise, c’est l’ordinateur, il le fait automatiquement, il ne faut pas faire attention », lui répond-il. « Comment je saurais, moi ? », demande Akbar rhétoriquement en s’en allant.

Il ne sait toujours pas si le tribunal du commerce a accepté le dossier qu’il y a déposé. Heureusement qu’il a la santé et l’énergie : plus d’une vingtaine de démarches en autant de jours ouvrés, ça entretient la forme.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

30 avril 2011

Aimez-vous Sinopov, ou, comment s’appelle déjà le compositeur du Lac des cygnes ?

Classé dans : Histoire, Langue, Musique — Miklos @ 0:07


Tchaïkovski en 1859 (source). Fond d’écran : manuscrit de la réduction pour piano de son opéra L’Enchanteresse (source).
Cliquer pour agrandir.

— Que l’on aime ou non ce tube, vous pensez savoir répondre à cette question doigts dans le nez ? Sortez-en donc un ou deux, et écrivez ici votre réponse sans vous tromper dans l’orthographe : ________________. Plus difficile, hein ?

— …

— Raté. La réponse est évidemment Чайковский.

— Vous y allez fort, vous ! Je n’ai pas ces lettres sur mon clavier… !

— Admettons. Eh bien, VIAF, le répertoire international des référentiels communs à une vingtaine de bibliothèques nationales, en répertorie plus de cinquante, dont voici celles qui n’utilisent que les lettres latines ou leurs dérivées :

Čai­kov­skij, Čai­kov­skis, Čaj­kov­ski, Caj­kov­skij, Čaj­kov­skij, Chai­kov­skiii, Chai­kov­skiï, Chai­kov­sky, Chaĭ­kov­ski, Chaĭ­kov­skiĭ, Chaǐ­kov­skii, Chay­kov­skii, Chaï­kov­skiï, Ciai­kov­ski, Ciai­kov­skij, Ciai­kov­skji, Ciai­kov­sky, Ciai­kow­ski, Csaj­kovszkij, Czaj­kow­ski, Tchai­kof­sky, Tchai­kov­ski, Tchai­kov­skiĭ, Tchai­kov­skij, Tchai­kov­sky, Tchai­kow­ski, Tchai­kow­sky, Tchaï­kov­ski, Tchaï­kov­sky, Tchaï­kow­sky, Tchai̋­kov­ski, Tchai̋­kov­sky, Tchaï­kov­ski, Tchaï­kov­sky, Tciai­kow­ski, Tjaj­kov­skij, Tschaij­kow­skij, Tschai­kou­sky, Tschai­kov­sky, Tschai­kow­sk, Tschai­kow­ski, Tschai­kow­skij, Tschai­kow­sky, Tschai̋­kow­sky, Tschaj­kov­skij, Tschaj­kov­sky, Tschaj­kow­ski, Tschaj­kow­skij, Tshai­kov­skij, Tsjai­kof­ski, Tsjai­kov­sky, Tsjai­kow­ski, Tsjaï­kov­skiej

Il se peut qu’une lettre ne s’affiche pas chez vous : il s’agit du i double accent aigu, que l’on trouve en hongrois.

— Difficile de se tromper, avec tous ces choix, j’aime bien celui qui se termine par trois i. On peut en rajouter ? Et dites, pourquoi me demandez-vous si j’aime Sinopov ? Et qui est-ce, d’abord ?

— Il s’agit du même ; c’est le nom sous lequel il avait composé en 1878 une Marche Skobelev (je vous fais grâce du nom en russe et de ses variantes latines), qu’il ne voulait pas qu’on lui attribue, ne la tenant pas en estime. Il s’agissait d’une commande de Jurgenson, éditeur musical et ami du compositeur à l’occasion de la guerre russo-turque de 1877-1878 (source). Mikhaïl Skobelev était un général de l’armée tsariste très estimé, qui mourut quatre ans plus tard d’une crise cardiaque (il n’avait que 38 ans) dans la chambre d’hôtel d’une… heu… cocotte (à l’instar d’une autre célébrité, un certain président Félix Faure en 1899). Elle lui avait fait sans doute atteindre le septième ciel (et y rester) plus rapidement que sa femme dont il était séparé, la princesse Gagarine. Je ne peux vous dire si le premier explorateur des cieux, Youri Gagarine, lui est apparenté, mais c’est pour sûr un nom prémonitoire.

28 avril 2011

Deux mondes se croisent sans se voir, l’un s’en va, l’autre s’en vient.

Classé dans : Photographie, Société — Miklos @ 11:07

On représente le présent par la concaténation d’une parcelle de passé (ω) et d’une parcelle de futur (α) ; comme le temps est orienté de ce qui s’en vient à ce qui s’en va, le passé construit à partir du futur (sur α) ou qui emporte la partie future du présent, premier en langue, est dit « parfait » en ce qu’il connaît toutes les époques.

Revue des langues romanes, vol. 80, n° 1-2. Société pour l’étude des langues romanes, Montpellier, 1973.

20 avril 2011

Contestez !, ou, Il est interdit d’interdire

Classé dans : Arts et beaux-arts, Politique, Société — Miklos @ 9:19

Il est des moments dans l’histoire des hommes où la faculté critique de l’esprit, par un surcroît d’activité et de virulence, apparaît comme prédominante. Plus que cela encore, elle semble absorber ou résumer les autres facultés, devenir l’esprit même. Nous assistons à l’un de ces moments. Non point parce que l’esprit aurait, arbitrairement et par fantaisie, décidé de se montrer sous ce jour essentiellement et intégralement critique. Mais parce que l’objet de son exercice, c’est-à-dire le monde, a pris la forme d’une société de production et de consommation.

Cette mutation, telle que l’ont étudiée et décrite divers sociologues, parmi lesquels on s’accorde assez généralement à citer Herbert Marcuse comme le plus pénétrant, a fait du monde un monde clos, en dehors duquel rien n’existe, et, au sens le plus exact du terme, totalitaire. Sa finalité se trouve en lui-même. Il produit pour consommer ce qu’il produit. Toutes les activités de l’esprit, à l’intérieur de ce monde, seront purement techniques ; elles ne tendront qu’à assurer, développer et perfectionner la production et à administrer la consommation des objets produits. Mais l’esprit, qui est de nature volatile, ne saurait se borner à ces besognes strictement pratiques ; il aspire à se dégager d’une si plate et monotone astreinte, pour se situer en dehors du monde et juger celui-ci. C’est donc par un acte de violence qu’il exercera celle-là de ses fonctions propres, qui, soudain, se déclare comme sa fonction essentielle : sa fonction critique. Il ne s’agit pas pour lui d’examiner la façon dont, à l’intérieur de la machine totalitaire, tourne tel ou tel de ses rouages et d’y apporter des améliorations, également d’ordre technique et pratique. C’est tout l’ensemble de la machine qu’il considère. Et la violence avec laquelle il s’est arraché à la machine afin de la juger se communiquera à son jugement. Celui-ci sera, lui aussi, total et absolu. Il sera une contestation de toute la machine, une condamnation de son existence.

Jean Cassou, Art et contestation. Weber, Paris, 1968.

16 avril 2011

Du progrès aux U.S.A. et en France

En France : La Chaise, Père La Chaise, chaise d’affaires, chaise à bascule, La Chaise-Beaudouin, chaise berçante, chaise à bras, basse chaise, chaise de chanoine, chaise de chœur, chaise de commodité, chaise à crémaillère, chaise curule, Deux-Chaises, La Chaise-Dieu, chaise à dos, chaise de fer, la chaise Gild-Holm-’Ur , haute chaise, chaise longue, chaise marine, chaise de moulin à vent, chaises musicales, chaise de particulier, chaise percée, chaise de place, chaise pontificale, chaise à porteurs , chaise de poste, chaise de roue, chaise roulante, chaise de salon, chaise à vertugadin, Chaize-le-Vicomte.

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