Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

19 novembre 2020

Apéro virtuel II.17 – mercredi 18 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Langue, Lieux, Littérature, Peinture, dessin, Sculpture — Miklos @ 3:55

Bureau de Nikos Kazantsakis (détaii). Musée historique. Héraklion (Crète).
Cliquer pour agrandir.

Après les arrivées successives de Jean-Philippe, Sylvie et Françoise (C.), avec lesquels s’instaure un échange sur les coiffeurs et la disparition de ce métier des trains (avez-vous entendu parler de Tresse Express ?), Françoise (P.) apparaît et nous lit un texte très joli­ment tourné, si joliment qu’on vous le donne à lire ici. De qui est-ce ? Devinez… Jean d’Ormesson ? Eh non, essayez encore… Si vous renoncez, Enfin, là1, c’est-à-dire en bas de page. Trop facile de cliquer… !la réponse est ici.

Sylvie et Michel évoquent alors ce grand écrivain de petite taille ; Sylvie, ayant reçu son numéro de téléphone d’un proche, l’avait appelé pour lui demander de préfacer son ouvrage La vie à la retraite : mode d’emploi. Petit manuel à l’usage des jeunes retraités déboussolés (2015). Il répond, lui demande comment elle a eu son numéro personnel ; elle bredouille « Un ami d’ami » afin d’éviter à avoir à identifier le coupable, il lance « Eh bien, il a eu tort, mes hommââââges, Mâdâmeu ! » et raccroche. C’est Pierre Bellemare qui en fera la préface : « Je suis dans ma 86ème année et je n’ai toujours pas l’im­pres­sion d’avoir pris ma retraite. Pourquoi ? […]. » Michel, et François, eux, avaient dîné avec lui – enfin, à des tables pas si éloignées l’une de l’autre – au Grand Colbert, où il était en compagnie d’une très jeune (quelques générations après la sienne) femme, et il était évident (à leurs expressions respectives) qu’ils n’étaient pas apparentés. Françoise (P.) dit alors qu’il était très machiste et qu’elle ne l’aimait pas à cause de ce machisme, mais comme son mari l’adorait, ils avaient tous ses livres chez eux.

Pour continuer sur le thème de la littérature, Michel montre une brève vidéo (moins de deux minutes) dans la série La p’tite librairie qu’il avait vue sur La Cinq, dans laquelle François Busnel présente de façon simple, claire et synthétique l’essai Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie de Jared Diamond. Ce n’est pas un livre récent récent, puisqu’il a été publié en France en 2006, mais il est encore plus d’actualité en ces temps de discours sur la collapsologie. Cela donne vraiment l’envie de l’acheter (sans forcément passer par Amazon pour ce faire) et de le lire (on connaît trop bien ces livres qu’on achète et empile pour « plus tard »…).

Ensuite, Michel montre quelques photos (dans cet album, à partir du n° 43) d’œuvres – extra­or­dinaires à son avis – du lointain passé (plus de 6800 ans pour celle ci-contre) et pourtant si « modernes » ! et pour certaines assez drôles (telle ce vase en forme d’oiseau réalisé il y a quelque 4500 ans), qui se trouvent au musée archéologique d’Héraklion en Crète, où il avait été invité en 2011 pour une réunion profes­sionnelle.

À propos d’une photo où l’on aperçoit le bout d’un pied émergeant de dessous des plis d’une toge – il s’agit d’une statue de marbre du temple des dieux égyptiens, datant de la fin du IIe siècle –, Françoise (C.) dit qu’elle a constaté qu’il a la forme de ce qu’on appelle « le pied grec », où le second orteil est plus long que le gros orteil, et se demandait si c’était une coïncidence ou avait un sens particulier, à quoi Michel n’a pas de réponse. À ce propos, Sylvie révèle qu’elle a le pied grec, ce qui est déplaisant, le second orteil frottant le bout des chaussures… Celui de Françoise (P.) s’avère l’être aussi, et, paraît-il, cette forme de pied est bien plus belle que celle du pied « normal ».

Autre révélation, celle de Jean-Philippe, aucun rapport avec le pied, si ce n’est qu’il a dû prendre le sien avec une boisson verte qui avait intrigué Françoise (P.) : c’est une boisson sans alcool, qu’il a réalisée en mixant radis, épinards et cornichons en quantités égales.

Ayant pris la parole, il poursuit avec une lecture d’un texte concernant l’eau et le feu. De qui est-ce ? Devinez… Bon, si vous renoncez, vous savez où se trouve la réponse. Jean-Philippe ayant mentionné Edgar Allan Poe dans son survol du contenu de cet ouvrage, Michel dit alors qu’ayant lu Poe très tôt et assez extensivement, la nouvelle qui l’a le plus impressionné alors et dont le souvenir est toujours aussi fort est Le Puits et le Pendule (dans l’original : The Pit and The Pendulum) datant de 1942 et publiée (dans son édition française) dans le recueil Nouvelles histoires extra­or­dinaires. Suspense quasi intenable – il est vivement déconseillé de lire l’argument de Wikipedia si l’on souhaite lire la nouvelle – , haletant, et bien que parlant du passé (bien avant Poe) il fait appel à ce qu’on qualifierait aujourd’hui de science fiction. On pourra le lire ici dans la traduction de Charles Baudelaire. Françoise (P.) se souvient d’avoir eu peur en lisant du Poe, ce qui n’est pas le cas de Sylvie.

Sylvie nous présente un livre qu’elle vient de finir de lire, Terre Ceinte (2015), du jeune romancier sénégalais d’expression française Mohamed Mbougar Sarr : c’est un roman qui se passe quelque part en Afrique, dans un territoire conquis par des islamistes. Malgré la difficulté de passer le cap des dix premières pages quelque peu étranges, Sylvie a trouvé cet ouvrage extrêmement bien écrit et un peu oppressant ; il décrit fort bien la logique – qui nous est étrangère –, le compor­tement cohérent et la jouissance de la violence du chef de la police, un fou de Dieu. Ce livre lui a été recommandé par sa cousine, qui parle non seulement le français, mais aussi l’anglais, le yiddish et le wolof (une des langues du Sénégal, pays où elle habite et dont elle détient la nationalité). Elle a fait des documentaires et écrit des livres, dont la trilogie Boy Dakar, Hivernage et Fouta Street. Sylvie conseille particulièrement la lecture de ce dernier ouvrage, écrit comme un roman policier sans l’être et qui se passe entre le Sénégal et New York et qui montre la confrontation des cultures.

Ce polyglottisme fait penser Michel à Claude Hagège qui, apparemment, connaît un grand nombre de langues sur le plan scientifique, mais sait-il en parler ? D’autre part, il faut dire qu’il n’apprécie pas vraiment ni l’œuvre – écrite dans un style parlé, comme s’il l’avait dictée sans même se corriger – ni le personnage, fort maniéré à son goût. Sylvie opine, disant son étonnement à la difficulté qu’elle a de le comprendre quand il parle de ces sujets…

Michel parle alors des discours de certains experts (non, pas la majorité) dont il lui arrive de détecter des erreurs – pour ceux des domaines qu’il lui arrive de connaître – dues à leur méconnaissance « profonde » de ces domaines ; c’est le cas de George Steiner, essayiste et critique fameux qu’il avait admiré après l’avoir découvert, et auquel il avait demandé (et reçu) l’autorisation de republier la version anglaise de son essai Dans le château de Barbe-Bleue. Notes pour une redéfinition de la culture dans son site anti-négationniste. Puis ce furent des erreurs factuelles ou des omissions dans ses écrits concernant le judaïsme (cf. une critique de Michel à ce propos), un roman, Le Transport de A.H. (il s’agit de Hitler) mal ficelé, et surtout, comme le remarquait l’historien Jacques Le Goff lors de l’émission Apostrophes en 1981 où Steiner présentait son roman, on ne pouvait qu’être « très gêné par la fascination face à Hitler que George Steiner vient d’exprimer », fascination qu’il n’a d’ailleurs eu de cesse d’éprouver pour la force et le mal absolus et leur manifestation dans de tels plumes que le maurrassien et royaliste Pierre Boutang ou les antisémites et collaborationnistes Louis-Ferdinand Céline et Lucien Rebatet. Pour conclure, en écoutant des discours d’experts, il faut être en mesure de se demander sur quoi ils sont « assis ». Françoise (P.) dit alors que ce n’est pas donné à tous, c’est la culture qui permet tout ça, d’où la nécessité d’apprendre.

_____________

1. Texte tiré de La Tête en vrac (2014) de Patrice Métayer.

2. Texte tiré du Miroir des idées (1996) de Michel Tournier, com­pre­nant de petits articles où « les idées s’éclairent en s’opposant deux à deux », comme l’écrit l’auteur lui-même.

15 novembre 2020

Apéro virtuel II.14 – dimanche 15 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Philosophie, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 23:59

L’arrière-plan de Michel ayant suscité de l’étonnement chez Jean-Philippe (qui pense à Matrix) et Françoise (C.), il leur parle du premier ordinateur1 sur lequel il a travaillé professionnellement, à partir de 1972 (son premier cours d’informatique remontant à 1966) : alors qu’un ordinateur portable n’a que quelques centimètres d’épaisseur, et un téléphone portable se met dans une poche, cet ordinateur, d’une capacité de mémoire 100.000 fois moindre, nécessitait une armoire pour héberger ses circuits : à l’époque, la mémoire était composé de tores magnétiques, petits anneaux visibles à l’œil nu autour desquels étaient enroulés des fils électriques qui servaient soit à les magnétiser dans un sens ou dans l’autre (ce qui correspondait à un 0 et un 1, respectivement), soit à lire le champ magnétique qui y était présent. Ce type de mémoire était évidemment aussi très volumineux en taille en comparaison par exemple à une carte SIM actuelle, mais permettait d’y garder l’information enregistrée pendant plusieurs années sans aucune alimentation électrique… Faculté d’autant plus nécessaire que cet ordinateur ne possédait pas de disque dur, et qu’on chargeait le programme initial à l’aide d’une bande de papier perforée (chaque trou correspondant à 0 ou 1), à l’instar des télex de l’époque3, et ultérieurement des cartes perforées. Malgré la taille très réduite de sa mémoire et l’aspect « primitif » de cet ordinateur, il était extrêmement rapide et permettait de réaliser en temps réel des simulations graphiques complexes sur 6 écrans en interaction avec 6 personnes.

Michel continue en expliquant à quoi servent ces 0 et 1, en montrant comment ils peuvent servir à compter2 et à calculer tout aussi bien qu’avec les chiffres de 0 à 9 – c’est d’ailleurs le cas des bouliers, où chaque boule n’a qu’une position, en haut ou en bas, ou des doigts de la main (qui peuvent être soit pliés soit redressés). C’est ce qu’on appelle le système binaire, et il est encore utilisé dans tous les ordinateurs d’aujourd’hui (mais évidemment dans des circuits électroniques qui n’ont rien à voir avec ceux d’alors), et pas que pour coder des nombres, mais aussi des lettres et tout signe qui « entre » dans l’ordinateur. Françoise (C.) demande alors que veulent dire « 2 puissance 2, 4 puissance… », à quoi Michel répond que « 2 puissance 2 » (ou « 2 au carré ») est un raccourci pour dire « 2 multiplié deux fois par lui-même » (donc 2 x 2), « 2 puissance 3 » (ou 2 au cube ») voulant dire « 2 multiplié 3 fois par lui-même »(donc 2 x 2 x 2), « 4 puissance 2 » étant « 4 multiplié 2 fois par lui-même » (4 x 4), etc. Et 25 x 25 est donc appelé « 25 puissance 2 » ou « 25 au carré » (rappelant ainsi que la surface d’un carré de 25 cm de côté est de 25 x 25 cm²). Françoise (P.) dit avoir bien compris, mais ne sent pas qu’elle pourrait l’expliquer à d’autres, à quoi Michel répond que c’est normal pour tout apprentissage – il faut laisser du temps au temps pour qu’une fois appris on puisse restituer.

Jean-Philippe raconte alors que ceci lui rappelle son instituteur en 6e qui avait enseigné le système binaire à ses élèves à l’aide d’une petite boîte avec commutateurs et deux types de lumières qu’il avait fabriqué lui-même. Il rajoute que certaines de ces anciennes tech­niques deviennent obsolètes, à l’instar du Morse (pas l’animal, mais le code – binaire, lui aussi – permettant dans le passé de coder des messages télégraphiques) dont l’usage aurait été supprimé par une convention internationale signée l’année dernière4. Il rajoute que non seulement le Morse est un système binaire (il n’a que deux signes basiques, représentés par le point et le trait), mais le Braille aussi. Michel rajoute un autre exemple d’un « usage binaire » : les images dans la presse (ou ailleurs). Si on les regarde à la loupe, on voit qu’elles sont composées d’une alternance de points (microscopiques) blancs et noirs – donc, ici aussi, deux signes uniquement pour « coder » une image qui peut être très riche et semble tout à fait lisse.

Enfin, à propos de miniaturisations, Michel mentionne son admiration pour des peintures miniatures du passé, faites à la main, où les détails – personnes, animaux, plantes, paysage…- font à peine quelque millimètres, ce qu’on retrouve pour la gravure sur des camées, précise Jean-Philippe.

Michel explique alors le choix de son arrière-plan : il avait brièvement mentionné hier une nouvelle dystopique d’Asimov, écrite en 1955, qui prédisait l’usage absurde des sondages pour déterminer le résultat de l’élection du président américain grâce à un superordinateur (cela ne s’appelait pas comme ça à l’époque) appelé Multivac (en écho du premier ordinateur commercial créé aux US, Univac). Cet arrière-plan illustre quelque peu ces monstres, réels comme fictifs. Il rajoute que la critique de la technique n’est pas récente, et a dû sans doute commencer avant même la Deuxième guerre mondiale (on pense aux Temps Modernes de Charlie Chaplin, ou à Metropolis de Fritz Lang), et mentionne l’incontournable Jacques Ellul (1912-1990), sociologue et théologien protestant, qui a écrit des ouvrages remarquables sur la technique, à l’instar de Le Système technicien5. ouvrage qu’il détient parmi d’autres d’Ellul. Jean-Philippe montre alors son exemplaire de Jacques Ellul, l’homme qui avait (presque) tout prévu de Jean-Luc Porquet. Bien qu’ayant enseigné longtemps en France, il est surtout célèbre… aux États-Unis et ailleurs.

Françoise (P.) demande à la cantonade ce qu’ils ont « visité » (virtuellement) dans la nuit des musées, à quoi Françoise (C.) répond : « Le musée Galliera » où se tient l’exposition Dior, qu’elle n’a regardée que d’un œil, ayant voyagé toute la journée en train de Milan à Paris.

Occupé qu’il était à écrire le compte-rendu d’hier, Michel n’avait pu participer à ces visites, et il avait donc décidé de présenter aujourd’hui sa visite (réelle) au musée Zadkine, il y a quatre ans.

En préliminaire, il identifie « La sentinelle » présente sur la première photo de l’album de Khor Virap (Arménie) qu’il avait montrée l’avant-veille, information que lui a fournie un ami arménien qu’il a interrogé : il s’agit de Kevork Chavush (1870-1907), milicien arménien dont l’action visait à améliorer le sort de la paysannerie arménienne face aux harcèlements des Turcs et des Kurdes (on le voit de plus près sur cette photo tirée de Wikipedia).

Puis au moment où il commence à montrer son album de photos du petit musée en question, Sylvie se joint à l’apéro et s’exclame qu’elle avait, elle aussi, prévu de parler du même musée… C’est donc à deux qu’ils commenteront les quelques photos sur lesquelles Michel s’attarde – en général de très expressives – et modernistes – sculptures de personnages dans des variétés de bois, mais parfois d’autres matériaux.

Sylvie souhaite alors montrer une vidéo (d’une durée de 4 minutes) du musée Antoine-Lecuyer à Saint-Quentin (Aisne, pas Yvelines), consacrée au portrait. Mais hélas, les capacités de sa connexion à l’internet ne lui permettent pas de partager le visionnage de la vidéo par Zoom. La voici donc :

Elle parle ensuite de l’excellente exposition consacrée à Pierre Dac au musée d’art et d’histoire du judaïsme, qu’elle a pu visiter quelques jours avant le début du confinement actuel. Le site du musée permet de visionner sept vidéos de, ou sur, Pierre Dac, avec, entre autres, Le Biglotron :

ainsi que Le Parti d’en rire :

_______________

1. C’était le modèle Sigma 2 de la marque SDS (ou Scientific Data Systems), dont on peut voir une photo ici.

2. Avec les chiffres de 0 à 9 on compte ainsi jusqu’à 999 (par exemple) : _ _ 0, _ _ 1, _ _ 2, …, _ _ 8, _ _9 – puis on remet le 9 à zéro et rajoute un chiffre à gauche : _ 1 0, et l’on recommence avec le zéro le plus à droite : _ 1 1, _ 1 2, …, _ 1 8, _ 1 9 – puis on remet le 9 à zéro, et augmente le 1 : _ 2 0, _ 2 1, …, _ 9 9 – et on remet tous les 9 à zéro et on rajoute un 1 à gauche : 1 0 0, 1 0 1… jusqu’à 9 9 9.

Pour le binaire, exactement la même démarche, mais on n’utilise que 0 et 1, et donc on aura : _ _ 0, _ _ 1 – et comme on ne peut augmenter le 1 (puisqu’on n’a pas le droit d’utiliser d’autres chiffres), on le remet à zéro et rajoute un chiffre à gauche : _ 1 0, _ 1 1 – et encore une fois, on remet les 1 à zéro, rajoute un chiffre à gauche, et recommence à incrémenter à partir de la droite : 1 0 0, 1 0 1 – là on remet le 1 à droite à zéro et à sa gauche on passe à 1 : 1 1 0, 1 1 1.

On n’a pu écrire ainsi que 8 nombres, de 000 à 111 – ils correspondent donc aux nombres décimaux 0 à 7. En d’autres termes, 111 (par exemple) est le codage binaire de 7.

3. Les bandes servant à l’informatique étaient percées (ou non) de 8 trous en largeur, ce qui correspondait à un octet. Les bandes du télex étaient percées de 5 trous en largeur. On peut voir ici ces deux types de bandes.

4. On n’a trouvé nulle référence à une telle suppression, notamment sur le site de l’ITU.

5. Il aurait aussi fallu mentionner dans ce contexte L’Obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution indus­trielle de Günther Anders, publié en 1956.

10 août 2020

Pourquoi les Américains à Paris souffrent moins de la canicule que les Français

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 14:42

Hot Weather Sketches. Illustration du The Illustrated London News, 23 juillet 1881..

J’ai deux thermomètres qualifiés de vintage par leur vendeur (« néo-rétro » vend moins bien) : l’un accroché à l’ombre sur l’embrasure externe d’une de mes fenêtres, l’autre au centre de mon appartement.

Pour illustrer la grande diffé­rence de températures hier à 17h30 – 39,5°C sur rue, 28°C en intérieur (sans cli­ma­ti­sa­tion, je précise : je ferme volets et fenêtres), j’ai photo­gra­phié ces deux instru­ments, et ai mis côte à côte, à la même échelle (en alignant les deux gra­duations en Celsius), le résultat, que l’on peut voir ci-contre (cliquer pour agrandir).

C’est alors que j’ai remarqué que les graduations en Farenheit ne correspondaient pas l’une à l’autre, elles. Et si l’on fait un rapide calcul (C = (F-32) x 5 / 9), on constate que c’est le thermomètre de droite qui affiche une échelle plus basse de 10°F que les valeurs correctes.

En regardant de plus près l’ensemble de ce thermomètre (que l’on peut voir ci-contre à gauche, cliquer pour agran­dir), je m’aperçois que le mar­quage en Farenheit disjoncte au-dessus des 50°F : l’indi­cation suivante aurait dû être 70°C, puis 90°, etc. Soit dit en passant, il manque aussi le signe « moins » devant les mesures en-dessous du 0°F.

Et enfin, comble de la contre­façon contre lequel ce thermo­mètre avertit, si l’on compare cet objet à celui d’ori­gine (cf. photos ci-contre, cliquer pour agran­dir), on voit que sur ce dernier les tempé­ratures sont indi­quées en Celsius des deux côtés du tube central. Le rem­pla­cement du marquage de droite par l’échelle Farenheit est destiné, sans nul doute, aux touristes anglo­phones qui utilisent encore cette unité de mesure. On est très curieux de savoir dans quel pays ces contre­fa­çons ther­mo­mè­tres ont été fabriqués.

Ainsi, pour eux, il ne ferait, d’après ce thermomètre, que 92°F (ce qui correspond à 33°C, au lieu des 39,5°C = 102°F). Mais au vu des restrictions sur les vols internationaux du fait de la pandémie, ce type de touristes ne vient pas chez nous. Alors pourquoi ne pas revenir au vintage d’origine ?

3 août 2020

Un remède idéal contre le covid-19 : la poudre de perlimpinpin conspirationniste

Classé dans : Médias, Santé, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 12:30

Caricature d’Éric Paratcha. Cliquer pour aggrandir.

Je n’ai aucune expertise scientifique médicale, mais je suis sidéré par ce qu’affirme une généticienne (qui n’est pas épidémiologue) dont je tairai le nom – inutile d’en rajouter à sa visibilité – sur une vidéo YouTube vue sur la page Facebook d’une amie (ces deux sites étant des vecteurs reconnus de la pandémie de fake news et de conspi­ra­tion­nisme, soit dit en passant). J’y reviendrai.

Mais je ne devrai pas être sidéré – cette vidéo est diffusé sur une chaîne YouTube d’extrême-droite, à propos de laquelle Marianne écrivait en 2016 : « ce média alternatif fondé par des anciens du Front national s’est imposé dans la “réacosphère” depuis sa création en 2014. Sous ses allures de chaîne neutre et professionnelle, [cette chaîne] fustige les “commentateurs officiels” et défend une ligne réso­lument identitaire (…) Elle apparaît désormais comme le pendant télé­visuel de la vieillissante Radio Courtoisie, antenne tradi­tion­nelle de l’extrême droite, dont elle a d’ailleurs récupéré plusieurs ani­mateurs. » Cette généticienne « fréquente » aussi au moins deux autres chaînes YouTube, l’une plus confidentielle, dont l’orientation conspirationniste semble assez claire, et l’autre anti « mariage pour tous », PMA, etc.

Pour en revenir à cette généticienne, sa page LinkedIn indique qu’elle est directeur de recherche à l’Inserm – or le site de ce dernier ne la mentionne pas et d’autres sites en parlent au passé. Elle l’a donc bien été, mais il semblerait que les dernières mentions de l’Inserm la concernant datent d’il y a plusieurs années, et je n’ai pas trouvé ce qu’elle a fait depuis, scien­ti­fi­quement parlant. Je rajouterai que ce n’est pas parce qu’elle y aurait fait un travail reconnu dans le passé (dans un autre domaine que celui de l’épidémiologie, si je comprends bien) qu’elle ne pourrait pas disjoncter, comme l’avaient fait d’autres scien­ti­fiques reconnus à l’instar de Linus Pauling (prix Nobel de chimie) à propos de la vitamine C ou de l’immunologue Jacques Benveniste à propos de la mémoire de l’eau.

Dès le début de l’entretien dans la vidéo en question, on voit bien que, sous-jacents à ses thèses, il y a une conspiration – bien qu’elle n’utilise pas le mot explicitement – et des arguments contradictoires en soi, que ce soit à propos de l’origine humaine (dans le fameux laboratoire P4 en Chine) récente du virus (alors qu’elle mentionne en passant qu’il circulait bien avant chez des animaux, et des recherches récentes le montrent bien présent chez la chauve-souris depuis longtemps), le fait que ce ne soit pas une pandémie mais un « épisode », que la courbe en cloche montre bien que les chiffres d’infection et de mortalité n’augmentent plus (ce qui est contraire à ce qui se passe dans divers pays et régions du monde et de la France, que ce soit en Australie, en Afrique, en Belgique, en Espagne…), et que, s’il y a une croissance du chiffre des décès, c’est dû aux comorbidités (seraient-ils donc morts maintenant même s’il n’y avait pas eu de coronavirus?), et que de toute façon, il y a plus de morts de la tuberculose que du covid-19 (sauf qu’elle ne dit pas en combien de temps ! pour la tuberculose, ce sont des chiffres annuels, pour le covid-19, au plus semi-annuels), que le Plaquenil (nom de marque de l’hydroxychloroquine) a montré de l’efficacité (alors que de plus en plus de tests ne le démontrent pas), que les masques ne protègent rien de rien et voire pire (les mailles laissent passer le virus, affirme-t-elle ; or si un virus tout seul passerait partout, il n’est jamais « tout seul » mais transporté par des supports bien physiques ; ce que les masques visent à éviter, ce sont les gouttelettes porteuses du virus prin­ci­pa­lement émises en toussant ou éternuant) et que le confinement n’a que des effets négatifs sur la santé physique, psychique (ce qui n’est pas totalement faux mais il a eu un effet clair et démontrable sur la baisse des cas graves/mortels – je ne doute pas qu’elle l’attribuerait à la « courbe naturelle » de cet « épisode » et non pas à quelque action humaine) et sociale (la commu­ni­cation entre tous), et j’en passe.

Alors, pourquoi « croire » à l’une ou l’autre thèse ? Je répondrai indi­rec­tement : pourquoi croire que la Terre est plate (ou ronde) ? Je ne suis pas vraiment en mesure de le vérifier moi-même (ou si indi­rec­tement que ce n’est pas une preuve). Se peut-il par exemple que toutes les photos de la Terre qui en montrent la rondeur (si je puis dire) soient en fait traficotées, comme l’auraient été celles des chambres à gaz nazies, selon les négationnistes de la Shoah, et donc où aurait-donc disparu une grande partie de ma famille ? Se peut-il que ce ne soit qu’une conspiration des scientifiques à la solde des laboratoires commerciaux qui visent ainsi à pousser la vente de leurs produits, médi­caments et masques ?

Eh bien, pour ma part, je ne « crois » pas un mot de ce que dit cette dame. Il y a des questions bien plus importantes (à mon sens) qui émergent au fil des découvertes scientifiques concernant ce virus, par exemple : on dit (une étude du King’s College de Londres) maintenant que l’immunité acquise par une personne qui aurait été exposée au virus ne durerait que quelques mois, quid de l’efficacité d’un quel­conque vaccin et/ou de l’immunité de groupe ? Et que signifie alors « immunité collective » si c’est le cas ? Réponse intéressante : « Les spécialistes font toutefois remarquer que l’immunité ne repose pas que sur les anticorps, mais aussi sur la réponse cellulaire. “Même si vous vous retrouvez sans anticorps circulants détectables, cela ne signifie pas néces­sairement que vous n’avez pas d’immunité protectrice parce que vous avez proba­blement des cellules mémoire immu­nitaires qui peuvent rapidement entrer en action pour démarrer une nouvelle réponse immunitaire si vous rencontrez à nouveau le virus. Il est donc possible que vous contractiez une infection plus bénigne” avance Mala Maini, (University College de Londres). »

Quant à un vaccin contre le coronavirus : il me semble (je répète, je n’ai aucune compétence dans les sciences de la médecine…) qu’il n’y a pas encore assez de savoir concernant la durée de l’immunité induite soit par la maladie elle-même soit par un éventuel vaccin (mais c’est vrai aussi – différemment – pour la grippe : le vaccin est efficace pendant un temps, et doit, lui aussi, évoluer pour correspondre autant que faire se peut aux mutations du virus). La course au vaccin a des motivations… variées : d’une part, contrer la pandémie et éviter ou réduire le nombre de malades et de morts, mais aussi, pour ceux qui le découvriraient, des rentrées commerciales non négligeables. Ce dernier facteur n’est pas une raison en soi de les suspecter de traficoter les vaccins, ni à l’inverse de faire de l’angélisme : c’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire – voire vital – d’avoir des organismes de supervision indépendants (et, je rajouterai, de médias reconnus et indépendants), pour nous renseigner, nous fournir des éléments, qui nous permettraient de décider en meilleure connaissance de cause (le savoir absolu n’existe pas…), et pas selon des idéologies ou des peurs et des suspicions.

Pour finir : il est toujours plus facile de crier au mensonge (ou à la mani­pulation) – cela peut se faire même en quelques mots sur Twitter, comme le démontre le président américain – que de démontrer une thèse, processus bien plus complexe et long à exprimer. Il est donc compré­hensible pourquoi ces types de messages convainquent facilement : par facilité, et se transmettent tout aussi faci­lement – par un clic, même sans l’avoir lu. En ce sens, ils peuvent faire des dégâts réels : ceux qui y adhèrent ne se proté­geront pas et ne proté­geront pas les autres, contribuant ainsi à la (re)diffusion du virus. Et quel masque est efficace à leur encontre ? la vérification des sources.

23 juillet 2020

Monoprix se voile la face à défaut de se la masquer

Classé dans : Actualité, Santé, Société — Miklos @ 1:16

Respect du port du masque dans les surfaces de mon quartier. Cliquer pour agrandir.

Lundi 20 juillet est entrée en vigueur l’obligation du port de masques dans les lieux publics clos par « toute personne de onze ans ou plus » (cf. le décret en vigueur). Cela concerne donc et les clients, et les employés.

Lundi 20 juillet j’étais allé faire une course au grand Monoprix de mon quartier. Au sous-sol, où se trouve l’alimentation, je vois près des caisses un employé le masque sous le menton, alors que ses collègues – toutes des femmes – portent le leur correctement.

M’adressant à lui, je lui demande pourquoi ne le porte-t-il pas correctement. Il me lance : « Parce que je ne veux pas respirer du CO2. » M’adressant alors à une responsable, je lui relate cet incident, et lui demande pourquoi ne lui font-ils pas respecter la loi, ou, à défaut, travailler hors contact du public s’il n’est pas capable de porter un masque. Elle me répond qu’on lui avait déjà demandé par le passé à plusieurs reprises de porter le masque correctement, ce qu’il se refuse à faire. Elle rajoute, « Nous allons maintenant le lui écrire ».

Il est clair qu’ils n’ont rien fait de concret par le passé pour corriger la situation, et que, vu les délais de la Poste, ce n’est pas un échange de courriers qui va en accélérer la résolution. Une fois rentré chez moi, j’écris au service clients de Monoprix. Leur réponse est un copié-collé de formules standard : « Nous mettons en place tout le nécessaire afin d’assurer votre protection et celle de notre personnel. Nos équipes suivent des consignes d’hygiène très strictes. » etc. S’ils les suivent, c’est de très loin. Rien de concret, donc. Bonne raison de ne plus y aller, du moins avant la disparition de ce petit virus.

Il n’y a pas que Monoprix qui semble prendre à la légère cette affaire : le supermarché G20 de mon quartier était affligé du même problème, comme récemment relaté.

Heureusement qu’il y a un Franprix non loin, où tout le monde semble bien masqué.

Plus sérieusement : il est désolant que tant de gens et d’entreprises (on pense aussi par exemple à ces bars à Nice, le week-end dernier, dans lesquels des foules de jeunes faisaient la fête, agglutinés les uns contre les autres et sans masques) prennent à la légère les recom­man­dations destinées à empêcher la diffusion du virus. Ce n’est malheureusement pas étonnant qu’il semble y avoir un regain de l’épidémie.

Développements ultérieurs

Monoprix m’a finalement répondu sur le fond que « La Directrice du magasin s’est entretenue avec l’employé concerné. Elle lui a rappelé les consignes concernant le port du masque. Soyez rassuré, tout a été mis en œuvre pour éviter qu’une telle situation ne se renouvelle. » On l’espère.

Quant à G20, après avoir relancé leur responsable communication – marketing qui devait avoir pris connaissance le 20 juiilet de mon message du 7, j’ai finalement reçu une réponse dans laquelle elle m’a d’abord dit ne pas avoir reçu mon mail du 7 (et pourtant elle y avaut répondu…), puis qu’il avait dû aller dans les spams et enfin que des personnes « s’en sont occupé ». Après ce préliminaire quelque peu alambiqué, deux formules : « Toutes les mesures à mettre en place et à respecter ont été transmises aux magasins et chaque magasin veille à la santé de toutes et tous. » Or ledit magasin ayant fermé pour travaux peu après mon mail du 7, je serais curieux de savoir où ses équipes appliquent les mesures en vigueur…

Le directeur du magasin a pris connaissance de vos différents mails, les équipes ont été sensibilisées et appliquent les mesures en vigueur.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos