Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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22 octobre 2015

« L’identité juive génère des fantasmes »

Classé dans : Histoire, Religion, Shoah, Société, antisémitisme, racisme — Miklos @ 17:04


L’écrivain israélien A. B. Yehoshoua lors de son exposé en septembre 2015.
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C’est le titre d’une passionnante communication (en excellent français) de l’écrivain israélien A. B. Yehoshoua – grand par ses qualités non seulement littéraires mais aussi éthiques et morales –, tenue dans le cadre d’une conférence organisée par l’association lacanienne internationale en septembre 2015.

La source de la peur dont il parle ici ne serait-elle pas en fait dans ces prémices (d’il y a 2000 ans ! cf. ses citations des philosophes grecs) de la modernité contemporaine induite de nos jours entre autres par les moyens de transport de plus en plus rapides, et qui s’exprime, alors comme maintenant, par une identité unique et multiple, fragmentée et cohérente tout à la fois ? Sauf qu’alors, avant toutes les évolutions techniques qui n’ont de cesse de bouleverser le monde, il y avait la nécessité de développer l’imaginaire – et donc la créativité – pour y situer, pour y ancrer cette identité qui ne pouvait se loger facilement dans le monde d’alors du fait de la dispersion du peuple juif, ce qui la rendait d’autant moins saisissable. Or, comme le montre Yehoshoua, c’est aussi le cas de nos jours.

D’autre part, la transmission orale des textes talmudiques (« la loi orale ») qui définissent la partie religieuse de l’identité juive anticipait en quelque sorte de deux millénaires les moyens de communication dématérialisés et quasi oraux actuels ; elle avait de quoi faire d’autant plus peur à ceux qui y voyaient des règles secrètes d’un peuple diffus et quasi extra terrestre menaçant la société bien établie dans sa matérialité.

Soit dit en passant, cette peur (voire cette révulsion) de la modernité est aussi visible par exemple dans un tout autre domaine – celui de l’art contemporain (ou des arts contemporains – que ce soit l’écriture, la musique, la peinture, la sculpture…) – qui « explose » aussi l’identité structurée et claire de l’œuvre d’art, et donc la facilité à définir, à cerner, à comprendre rapidement, sans prendre la peine de « faire connaissance », ce qui prend forcément du temps.

Il y a donc bien de quoi faire peur à l’homme unidimensionnel d’alors comme à celui d’aujourd’hui : « le Juif » est irréductible, autant par son physique que par sa pensée, par son statut social ou politique, par ses langues et par ses cultures, à une définition simple, sans ambiguïté. Or lors de la rencontre de l’« autre », de l’inconnu, s’impose le besoin animal de savoir rapidement si c’est un ami ou ennemi, et donc si l’aspect est en trop différent (couleur, traits réels ou imaginés…) ou à l’inverse indiscernable (« ils sont partout »), c’est forcément un ennemi, que ses caractéristiques de caméléon social rendent d’autant plus dangereux.

Il s’agirait finalement de cet imaginaire commun qui forge l’identité des Juifs aux destins multiples et souvent incomparables qui serait à la source de la révulsion fantasmatique suscitée chez la majorité des individus et des sociétés ancrées dans des référentiels purement matériels.

24 septembre 2015

« Un seul poisson pourri souille le panier en entier » (adage marocain [source])

Classé dans : Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 19:39


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« הדג מסריח מהראש » (« C’est de la tête que le poisson pue », adage hébreu)

«Madame, Monsieur,

Le Dauphin est le roi des poissons et les poisssardes voient avec plaisir une belle Dauphine destinée à être un jour leur reine. Tous les bons Français sont joyeux qu’étant fille du puissant Sire d’Espagne et originaire de ce royaume, vous y reveniez à propos comme Mars en Carême.

Votre présence ici procure un spectacle bien agréable et nous fait espérer une nombreuse lignée, si vous êtes aussi bien oeuvrée que notre prince est laité, car nos Bourbons sont des héros qui ne sont point pétris de sang de macreuse et dont les exploits ne sont point des coups d’épée dans l’eau.

Votre illustre époux, charmé de voir vos appas s’y attacher, car c’est la sauce qui fait manger le poisson ; d’ailleurs vos vertus lui feront connaître que ceux qui vous ont choisie pour sa femme, n’ont point pêché en eau trouble. Tous deux contents, vous arrivez comme le poisson dans l’eau, sans risquer comme lui d’avaler le goujon.

Notre qualité d’harengères ne nous permet pas de vous haranguer mieux et plus longtemps ; d’un côté la caque sent toujours le hareng, et de plus les gens de justice attendent pour vous complimenter à leur tour. Or l’on dit ici que le gros poissons mangent les petits ; mais quoiqu’on nous regarde comme du fretin,» notre qualité a son prix, et notre joie sincère vous répond de notre amour, qui sera toujours le même, contre vent et marée.

Compliment des vendeuses de poisson de Bordeaux à Madame la Dauphine, fait le 21 janvier 1745, par la mère Torquette, une des anciennes.

Brève conclusion d’un dialogue intercommunautaire allant droit aux tripes

Classé dans : Cuisine, Langue — Miklos @ 11:16


Ce n’est pas qu’une question de longueur.

Le juif ashkenaze (en yiddish) : …

Le juif sépharade (en judéo-espagnol) : …

Le juif ashkenaze : A kish!Translittération de א קיש , Bisou.

Le juif sépharade : Ke?Ou ¿Que? en espagnol, Quoi ?


Et une recette…

27 avril 2015

La femme aux deux vizages (sic)

Classé dans : Cinéma, vidéo, Littérature, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 15:45


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Même équipé de lunettes de vue multi­focales, de micro­scope élec­tronique ou du télé­scope spatial Hubble, on n’arrive à distinguer les deux noms que donne l’ency­clopédie en ligne mondiale à cette extra­or­dinaire femme de lettres qu’était Christine de Pisan. Soit dit en passant, ce n’est pas cette particularité ono­mastique qui la distingue ainsi, comme nous l’avions évoqué dans une note à notre transcription de l’ouvrage De l’égalité des deux sexes, où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés de Poullain de la Barre (lui aussi un phéno­mène en son genre), mais son métier et ses idées, en avance de bien des siècles sur son temps.

Le mystère s’éclaircit lorsqu’on consulte quelques-unes des autres versions de sa biographie dans la dite encyclopédie, où l’on constate que la variante occultée ici est « de Pizan », forme utilisée d’ailleurs par notre Bibliothèque nationale dans sa description de la version en ligne du manuscrit des œuvres de la dite demoiselle, et où on l’y distingue sans lunettes, microscope ou télescope :


Détail du manuscrit datant de 1399-1402 des œuvres de Christine de Pizan (source). On peut y lire : « Cy commencent les rebriches de la table de ce present volume fait compile par xpine [Christine] de Pizan demoiselle. »
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20 avril 2015

As you like it, ou, Ce qu’aimer (ne) veut (pas) dire

Classé dans : Cinéma, vidéo, Langue, Photographie, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 17:18


La guerre des boutons.

« Aimer veut dire chez vous autres haïr un peu moins. Vous n’êtes capables d’aimer que vous-mêmes… » Lessing, Le Misogyne, ou L’ennemi des femmes, comédie en trois actes, 1748.

« Aimer c’est essentiellement vouloir être aimé. » Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1973.

On aime ou on n’aime pas les réseaux sociaux, mais ceux qui aiment se doivent aussi d’aimer ce qu’ils voient et le signaler d’un clic sur le bouton « Like ». Même s’ils n’en voient qu’un bout, une ligne, ou mieux une image. S’il fallait une preuve que l’amour est en général aveugle, on l’a là. La laire lon lon.

Dans leur velléité de conquérir le monde, ces sites, même si conçus à l’origine en anglais (de cuisine ou non, ce marché étant leur cible principale) sont disponibles en plusieurs langues. Dont celle de Molière.

Mais leurs concepteurs n’étant pas forcément polyglottes, les traductions, qu’elles aient été effectuées par ces humains-là ou des machines, laissent parfois à désirer. Ainsi, on peut voir comme un problème dans la francisation de ce site :

où le bouton « Like » a été traduit par… « Comme ». C’est d’ailleurs un problème connu en linguistique, comparez-donc :

(1) Time flies like an arrow.

avec :

(2) Fruit flies like an apple.

où des mots, identiques en position et orthographe, n’ont pas du tout la même fonction ni le même sens : flies est le verbe voler dans (1) avec comme sujet Time mais un substantif au pluriel dans (2), fruit flies (= drosophiles) étant le sujet du verbe like (aimer), qui, en (1), est une préposition comparative (comme)…

En résumé, I like you ne veut pas dire Moi comme toi, surtout en ces temps de pseudo individualisme roi et de communautarisme meurtrier.

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