Dans son reportage sur les étudiants français partis à Berlin dans le cadre du programme Erasmus, notre chaîne nationale les suit sur leur campus d’accueil ; lors d’un cours d’allemand, on les voit regarder une vidéo projetée à l’écran dans laquelle Dietrich Fischer Dieskau interprète Erlkönig, célèbre lied de Schubert sur un poème du non moins célèbre Goethe.
Et la voix off de dire : « Un cours d’allemand sur un air d’opéra pour des élèves musiciens ».
On se dit que ce journaliste n’avait pas dû étudier la musique, lui. On se dit aussi qu’il aurait dû compenser ses lacunes par une mini-enquête journalistique qui lui aurait évité d’exhiber ainsi son ignorance. On est curieux de savoir à quel opéra il pensait. Notre Dame de Paris ? Jesus Christ Superstar ?
Il lui aurait suffi d’interroger les étudiants en question : on ne doute pas qu’ils n’auraient eu besoin d’antisèches pour identifier correctement et l’œuvre et le genre, et lui expliquer en sus la différence entre un lied, une aria et un tube des Top 50.
Should one be amused or amazed at this piece of news? As Rabbi Marvin Hier is quoted to have said, it is highly unlikely that this was “an innocent mistake”: after all, the owner of this flag certainly knew what it symbolized. But let’s be naïve for a minute and assume it was; then it is yet another proof of the tragic cultural and historical shallowness of these Marines. Moral too, when considering what their “colleagues” recently perpetrated elsewhere in Afghanistan, an act quite in line with the ideology represented by that infamous flag. Was that an “innocent mistake” too?
This news item reminds me of a situation I witnessed when visiting the Cleveland Museum of Art, three decades ago. A little printed sign at the entrance of each hall indicated the period and/or genre which the works hanging on its walls belonged to. I happened to be standing in the “Post-War Art” room when two men, in their early 20s, stepped in. Here is what I overheard them say to each other:
— “Post-War Art”. Which war do you think this refers to?
— Must be the Vietnam war.
Had smartphones and search engines been around then, these not-too-smart guys might have googled for the expression and found, right from the second paragraph of the first site to be listed, its real meaning “in Western usage”. Yet googling is definitely not knowing, and external information is not internalized knowledge.
But what would have prompted them to think these two words had a specific meaning beyond their literal (mis)interpretation? Why would these Marines think, how could they ever imagine, that these two letters meant something else than “Sniper Scouts”?
Education. Knowledge.
They didn’t know.
We didn’t know
We didn’t know said the burgermeister,
About the camps on the edge of town.
It was Hitler and his crew
That tore the German nation down.
We saw the cattle cars, it’s true,
Maybe they carried a Jew or two.
They woke us up as they rattled through,
But what did you expect me to do?
We didn’t know at all, we didn’t see a thing.
You can’t hold us to blame, what could we do?
It was a terrible shame, but we can’t bear the blame.
Oh no, not us, we didn’t know.
[...]
— Bonjour et bienvenue chez notre service d’écoute personnalisée. Tapez étoile.
— J’ai dit : tapez étoile, vous ne comprenez pas le français ? OK, if you don’t speak French, press 2. If you don’t understand this message, type 3.
— Merci. Maintenant, tapez 1 si vous êtes un homme, 2 si vous êtes une femme, sinon tapez étoile.
— Avez-vous des enfants ? Si oui, tapez leur nombre au clavier en terminant par dièse, sinon tapez 0.
— Et le dièse, alors ? Même si c’est 0, tapez-le. On recommence. Avez-vous des enfants ? Si oui, tapez leur nombre au clavier en terminant par dièse, sinon tapez 0.
— Tapez le numéro de votre département suivi de dièse et immédiatement de votre numéro de sécurité sociale suivi d’étoile.
— Veuillez énoncer clairement en articulant bien et en moins de trois mots votre problème. Je vous écoute.
— Je n’ai pas compris. Veuillez énoncer clairement en articulant bien et en moins de trois mots votre problème. Je vous écoute.
— Je n’ai pas compris. Veuillez énoncer clairement en articulant bien et en moins de trois mots votre problème. Je vous écoute.
— Je n’ai pas compris. Veuillez énoncer clairement en articulant bien et en moins de trois mots votre problème. Je vous écoute. Il ne vous reste qu’une tentative.
— Tous nos conseillers sont occupés. Veuillez rappeler ultérieurement. Nos horaires sont : de 8h15 à 8h30 et de 15h15 à 15h20 tous les quatrièmes jeudis du mois. Merci et bonne journée.
Bien que, selon l’Insee, la population de la France n’a de cesse de croître sans pour autant faire baisser celle de la planète, on est confronté à la disparition accrue des humains dans les services. Et comme, nous dit-on, nous sommes entrés de plein pied dans l’ère des services, il y a un truc, là.
Cela a commencé avec la poinçonneuse, et maintenant c’est « il n’y a plus de personne au numéro que vous demandez. » Les robots occupent une place croissante dans la vie quotidienne des quelques humains qui survivent à cette hécatombe : tondeuse à gazon infatigable ; caisse automatique aux frustres formats mais à la doucereuse voix dans les parkings, les banques ou les grandes surfaces ; métro – et maintenant voiture et camion – sans conducteur ; ouvrier qui peut travailler côte à côte avec des humains jusqu’à ce qu’il s’en débarrasse tout à fait, aide à domicile pleine d’empathie pour ses clients âgés, femme de ménage capable de faire la lessive mais pas encore de repasser, enseignant capable d’encourager ses élèves humains à se concentrer, chef d’orchestre qui ne s’énerve jamais et qui n’a pas besoin de partition, médecin au diagnostic imparable ou chirurgien au scalpel plus que précis… Et pour ceux qui se sentent vraiment seuls, les Japonais – qui d’autre ? – viennent d’inventer le minirobot portable, en attendant la prostituée-robot.
Ils sont partout. Et nous, où allons-nous ? C’est contre cette invasion-là qu’un certain parti devrait s’insurger, en encourageant l’immigration, celles des humains venus d’autres contrées, pour reconquérir le terrain que nous abandonnons à ces robots par commodité, par indifférence.
“La mare aux canards stagnante du village global. La mare aux canards stagnante de MarshallMcLuhan. Qui sont les canards dans la mare stagnante ? Dans tous les cas de figure, j’en faispartie. C’est moi que vous trouverez plongé dans les magazines à deux sous, les bandesdessinées à glacer le sang et les romans populaires pleins d’exploits imaginaires. Demain,vous me trouverez – moi ou mes successeurs – plongé dans les magazines électroniques àdeux sous. Dans les fanzines électroniques, la sous-littérature informatisée, l’undergroundnumérique. Dans tous les médias, quels qu’ils soient, qui font vraiment chier GroverCleveland. Il ne sait pas trop si je ne suis qu’une raclure de caniveau ou si j’appartiens àl’« élite culturelle » – mais dans les deux cas, il ne m’aime pas. Il n’aime pas lescyberpunks. Le fait qu’il n’aime pas les cyberpunks ne vous surprendra pas beaucoup, j’ensuis sûr. Mais il ne va pas aimer non plus les bibliothécaires cyberpunks. J’espère que vous nevous faites pas trop d’illusions à ce sujet. — Bruce Sterling, Libre comme l’eau, l’air, le savoir (traduction de Free as Air, Free as Water, Free as Knowledge, discours prononcé en juin 1992 devant LITA).
“S’il est impossible d’empêcher les pneumatiques de fuir, peut-être est-il possible de les empêcher de se dégonfler, ce qui revient pratiquement au même. C’est ce que s’est dit ou a dû se dire un inventeur allemand, M. Bernhard Kraus, de Mayence, avant d’inventer le dispositif original que nous allons présenter à nos lecteurs. Cet inventeur dispose dans l’enveloppe de la roue un pneumatique en forme de saucisse repliée sous forme d’une circonférence, mais dont les extrémités ne se rejoignent pas. Dans le vide ainsi ménagé, il dispose un fort ballon de caoutchouc fonctionnant à la façon d’un soufflet, et communiquant, par des soupapes convenablement combinées, alternativement avec l’air extérieur ou l’intérieur du pneumatique. Chaque fois que, par la rotation de la roue, le ballon est amené à la partie inférieure, le poids du cycliste comprime le ballon et refoule un peu d’air dans le pneu. Lorsque le ballon n’appuie plus sur le sol, il reprend sa forme, aspire de l’air extérieur qui sera refoulé au tour suivant et ainsi de suite jusqu’à ce que la pression à l’intérieur du tubepneumatique soit assez élevée pour que l’air ne puisse — Nature, volume 25. Dunod, Paris, 1896.