Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 décembre 2015

Quel cafard !, ou, L’anglicisation forcée du français par notre AMI à tous

Classé dans : Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 1:43


Premières lignes de (Super cafard) de Корней Чуковский (Korneï Tchoukovski, 1882-1969). Cliquer pour agrandir.

Notre AMIAspirateur Mondial de l’Information. à tous n’a de cesse d’inventer des outils qu’il met gratuitement à la disposition de tous : le tout premier a été son célèbre moteur de recherche (on se souvient que ses créateurs affirmaient vertueusement que « les moteurs de recherche financés par de la publicité seront biaisés, de façon inhérente. Il est donc crucial d’assurer l’existence d’un moteur de recherche transparent et situé dans le secteur universitaire. ») Et maintenant ? Ils sont partout sur l’Internet et ailleurs aussi : téléphones, voitures, lunettes, lentilles de contact… Il ne leur reste plus qu’à envahir nos corps, ce qui ne saurait tarder, après avoir envahi nos rues et nos réseaux privés. Notre servitude est-elle encore volontaire ?

Un domaine que Google ne manque pas d’envahir est celui de la langue. En décembre 2004, l’entreprise annonçait le lancement d’une bibliothèque virtuelle (gratuite) de quinze millions de titres imprimés. Le 22 janvier suivant, Jean-Noël Jeanneney, alors président de la bibliothèque nationale de France, publiait dans le journal Le Monde un appel – sous le titre de Quand Google défie l’Europe – non pas à s’opposer à ce projet, mais à un « sursaut », une « contre-attaque » à l’échelle européenne. Et c’est ainsi qu’est né Europeana.

Dans son texte, Jeanneney écrivait entre autre :

Le vrai défi est ailleurs, et il est immense. Voici que s’affirme le risque d’une domination écrasante de l’Amérique dans la définition de l’idée que les prochaines générations se feront du monde. Quelle que soit en effet la largeur du spectre annoncé par Google, l’exhaustivité est hors d’atteinte, à vue humaine. Toute entreprise de ce genre implique donc des choix drastiques, parmi l’immensité du possible. Les bibliothèques qui vont se lancer dans cette entreprise sont certes généreusement ouvertes à la civilisation et aux œuvres des autres pays. Il n’empêche : les critères du choix seront puissamment marqués (même si nous contribuons nous-mêmes, naturellement sans bouder, à ces richesses) par le regard qui est celui des Anglo-Saxons, avec ses couleurs spécifiques par rapport à la diversité des civilisations.

Si l’interpénétration des langues – et des cultures – est un phénomène naturel dans un monde en mouvement, celle que l’on remarque dans un des outils de Google, celui permettant d’effectuer des traductions, est assez significative de ces « couleurs » spécifiques dont parlait Jeanneney avec la retenue gentiment ironique qui qualifie ses propos.

Voici les premières lignes de la traduction du russe au français d’un amusant poème pour enfants, Le Cafard, de Korneï Tchoukovski, avec, en regard, une traduction personnelle (et non professionnelle) :

Google Translate

Miklos Translate

Racines Tchoukovski – Cockroach

Part One

Went Bears
Sur le vélo.

Et derrière eux le chat
Backwards.

Derrière lui, les moucherons
Sur le ballon.

Et derrière eux écrevisses
Dans un chien boiteux.

Wolves sur la jument.
Lions dans la voiture.

Les lapins
Dans le tram.

Toad sur un manche à balai …

Ils viennent et rient,
Gingerbread mâcher.

Soudain, hors de la porte
Le terrible géant,
Rousse et moustachu
Ta-ra-kan!
Cafard, cafard, cafard!

Il grogne et des cris,
Et The Wiggles moustache:
«Attendez, ne vous précipitez pas,
Je vais vous avale en un tournemain!
Avaler, avaler, ayez pitié.  »

Animaux ont commencé à trembler,
Nous sommes tombés dans un éva­nouis­sement.

Wolves frayeur
Ils mangent les uns les autres.

Pauvre crocodile
Toad avalé.

Une femelle éléphant, tremblante,
Et je me suis assis sur le hérisson.

(…)

Korneï Tchoukovski – Le Cafard

Première partie

Des ours allaient
À bicyclette.

Et derrière eux un chat
Assis devant-derrière.

Derrière lui des moucherons
Sur un ballon.

Et derrière eux des écrevisses
Sur un chien boiteux.

Des loups sur une jument,
Des lions dans une voiture.

Des petits lapins tout mignons
Dans un petit tramway tout mignon.

Une grenouille sur un manche à balai…

Ils s’en vont en souriant,
Et mâchonnant du pain d’épices.

Soudain du porche d’une maison
Un terrible géant,
Roux et moustachu
Un ca-fard !
Cafard, cafard, cafarissime !

Il grogne et crie,
Et remue ses moustaches :
« Attendez ! ne vous précipitez pas !
Je vous avalerai d’un coup !
Je vous avalerai, je vous avalerai, sans pitié ! »

Les animaux se sont mis à trembler,
Sont tombés dans les pommes.

Les loups, de peur,
Se dévorèrent les uns les autres.

Le pauvre crocodile
En avala la grenouille.

Et voilà qu’une éléphante toute tremblante
S’assit sur un hérisson.

(…)

On peut se demander à quoi est due cette invasion de mots anglais (correspondant bien au sens original) là où les termes français ne sont ni savants, ni désuets… Ne parlons pas des barbarismes et des contresens. On peut lire ici l’intégralité de la traduction d’une des versions en ligne de ce charmant poème.


Premières lignes de la traduction de Google du russe en français de Tarakanichtche (Super cafard) de Korneï Tchoukovski.
Cliquer pour agrandir.

20 décembre 2015

Un auteur de circonstance

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 15:39

Confucius, Les livres classiques de l’empire de la Chine, recueillis par le Père Noël, précédés d’observations sur l’origine, la nature et les effets de la philosophie morale et politique dans cet empire. Paris, 1785.

John Millar, Observations sur les commencemens de la société, traduit de l’anglais d’après la seconde édition. Amsterdam, 1773.

Louis Moréri, Le Grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane, qui contient en abrégé l’histoire fabuleuse des Dieux & des Héros de l’Antiquité Païenne […]. Tome septième. Paris, 1759.

Louise Tardieu d’Esclavelles, marquise d’Épinay,
Les conversations d’Émilie. Tome 2. Paris, 1781.

17 décembre 2015

Paris vu d’en haut

Classé dans : Architecture, Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:17


Un couple de touristes regardant avec curiosité Paris du haut des tours de Notre-Dame.
Plus de photos ici.

«La présence de cet être extraordinaire faisait circuler dans toute la cathédrale je ne sais quel souffle de vie. Il semblait qu’il s’échappât de lui, du moins au dire des superstitions grossissantes de la foule, une émanation mystérieuse qui animait toutes les pierres de Notre-Dame et faisait palpiter les profondes entrailles de la vieille église. Il suffisait qu’on le sût là pour que l’on crût voir vivre et remuer les mille statues des galeries et des portails. Et de fait, la cathédrale semblait une créature docile et obéissante sous sa main; elle attendait sa volonté pour élever sa grosse voix; elle était possédée et remplie de Quasimodo comme d’un génie familier. On eût dit qu’il faisait respirer l’immense édifice. Il y était partout en effet, il se multipliait sur tous les points du monument. Tantôt on apercevait avec effroi au plus haut d’une des tours un nain bizarre qui grimpait, serpentait, rampait à quatre pattes, descendait en dehors sur l’abîme, sautelait de saillie en saillie, et allait fouiller dans le ventre de quelque gorgone sculptée : c’était Quasimodo dénichant des corbeaux. Tantôt on se heurtait dans un coin obscur de l’église à une sorte de chimère vivante, accroupie et renfrognée : c’était Quasimodo pensant. Tantôt on avisait sous un clocher une tête énorme et un paquet de membres désordonnés se balançant avec fureur au bout d’une corde : c’était Quasimodo sonnant les vêpres ou l’angélus. Souvent la nuit on voyait errer une forme hideuse sur la frêle balustrade découpée en dentelle qui couronne les tours et borde le pourtour de l’abside : c’était encore le bossu de Notre-Dame. Alors, disaient les voisines, toute l’église prenait quelque chose de fantastique, de surnaturel, d’horrible; des yeux et des bouches s’y ouvraient çà et là ; on entendait aboyer les chiens, les guivres, les tarasques de pierre qui veillent jour et nuit, le cou tendu et la gueule ouverte, autour de la monstrueuse cathédrale. Et si c’était une nuit de Noël, tandis que la grosse cloche, qui semblait râler, appelait les fidèles à la messe ardente de minuit, il y avait un tel air répandu sur la sombre façade qu’on eût dit que le grand portail dévorait la foule et que la rosace la regardait. Et tout cela venait de Quasimodo. L’Égypte l’eût pris pour le dieu de ce temple ; le moyen âge l’en croyait le démon : il en était l’âme. À tel point que, pour ceux qui savent que Quasimodo a existé, Notre-Dame est aujourd’hui déserte, inanimée, morte. On sent qu’il y a quelque chose de disparu. Ce corps immense» est vide; c’est un squelette ; l’esprit l’a quitté, on en voit la place, et voilà tout. C’est comme un crâne où il y a encore des trous pour les yeux, mais plus de regard.

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.

24 novembre 2015

Les chats belges ont été courageux de tous temps

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 1:29


Cliquer pour agrandir.

21 juillet 2015

Le calcul digital

Classé dans : Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 16:49


La tabelle de comput digital de Luca Pacioli, tirée de Summa de arithmetica. (source)

— Pour le un, tu plies le petit doigt,

— De plus l’annulaire, pour le deux,

— Et de plus encore le doigt du milieu pour le nombre trois, et c’est tout.

— Pour le quatre, tu lèves le petit doigt,

— Et, en outre, pour le cinq, l’annulaire.

— Pour le six, tu plies l’annulaire tout au bas vers l’extrémité de la paume de la main, et tu élèves les autres.

— Pour le sept, tu couches le petit doigt sous le pouce à l’extrémité de la paume repliée, et tu relèves l’annulaire.

— Pour le huit et le neuf, c’est en pliant conjointement avec le petit doigt, le premier, puis le second doigt a côté.

— Pour le dix, c’est avec le nœud du pouce ; écoute bien : tu rases sa tête avec l’index ; fais cela.

— Place l’ongle de ton pouce à la base intérieure du doigt du milieu, c’est le vingt. Fais-le.

— Si tu réunis la tête de l’index avec la tête du pouce, tu fais trente.

— Si tu mets le pouce a cheval sur l’index, et si tu l’y maintiens, tu figures le quarante.

— Si tu opères pour cinquante, mets ton pouce sous l’index, prends y garde.

— Mets le pouce sur l’index, écoute bien, comme lorsque tu tiens la flèche, et c’est soixante.

— Pour ton nombre soixante-dix, mets la troisième phalange de ton index sur ton pouce, au dessous du nœud.

— Pour parfaire le quatre-vingts, pose le pouce par dessous l’index, ongle sur ongle.

— Pour le nombre quatre-vingt-dix plie l’index, resserre le plus possible l’espace entre le pouce et lui, et mets ton pouce au dessus comme un serpent.

— Tu désires maintenant indiquer les centaines, eh bien ! pour cela tu figures avec ta main droite les unités que ta gauche a fait connaître ; garde-le dans ta mémoire ; de même les dixaines de ta gauche, exprimées avec ta droite seront les unités de mille.

— Pour dix-mille joins ton pouce avec l’index, dans ta main gauche, ô noble frère, donne leur la forme d’un anneau, et incline leur tête en bas.

Aristide Marre, Manière de compter des anciens avec les doigts des mains, d’après un petit poème inédit arabe de Chems-Eddin El Mossouli et le Tratado de Mathematicas de Juan Perez de Moya imprimé à Alcala de Henares, en 1573. Rome, Octobre 1868.

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