Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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17 septembre 2013

Quelle météo pourrie ! ou comme le disait Madame de Sévigné…

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 0:59

«Du reste, je suis dans ma chambre à lire, sans oser mettre le nez dehors. Mon cœur est content, parce que je crois que vous vous portez bien ; cela me fait supporter les tempêtes, car ce sont des tempêtes continuelles ; sans le repos que me donne mon cœur, je ne souffrirais pas impunément l’affront que me fait le mois de septembre ; c’est une trahison, dans la saison où nous sommes, au milieu de vingt ouvriers : je ferais un beau bruit : Quos ego !* »

Lettre de Madame de Sévigné à Madame de Grignan, datée du 23 septembre 1671.

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* Allusion à Virgile, Énéide, liv. I : « Jam caelum terramque, meo sinenumine, venti, / Miscere, et tantas audetis tollere moles ? / Quos ego… » (« Déjà vous osez, ô vents, mêler le ciel et la terre, et soulever de si grandes masses sans ma permission ? Vous que je devrais… »).

13 septembre 2013

Un ubuesque lauréat

Classé dans : Actualité, Littérature, Nature — Miklos @ 14:11

On vient d’apprendre que le lauréat de l’édition 2014 d’un concours mondial de beauté est l’australien Psychrolutes Marcidus. Comme la presse ne s’est empressée de nous montrer que son charmant minois, nous vous présentons ici en exclusivité mondiale son portrait de pied en cap (ci-dessus) et de profil (ci-dessous).

7 septembre 2013

Deux semaines de lecture

Classé dans : Langue, Littérature, Livre — Miklos @ 9:13

««««« Jonas Jonasson : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Trad. du suédois. [Très bien tricoté et enlevé ; seule réserve, la traduction, parfois maladroite]

««««« Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard. Trad. de l’italien. [En cours]

««««« François Mauriac : Le Sagouin. [Concis, essentiel, tragique].

««««« Shmuel T. Meyer, Un nouvel an de pierres. [Un peu trop tarabiscoté et sans doute moins compréhensible pour les non-initiés ; de circonstance, vu la période du calendrier juif !]

««««« Michaël Sebban, La Terre promise, pas encore. [Très bien écrit et enlevé, soulève des questions importantes qui me parlent particulièrement.]

««««« Anne Sinclair, 21 rue La Boétie. [Intéressant, mais écriture moyenne]

««««« Leonard Q. Ross [Leo Rosten], The Education of H*Y*M*A*N K*A*P*L*A*N. [Feu d’artifice linguistique, vision humoristiquement chaleureuse de nouveaux immigrants tâchant vainement d’apprendre la langue]

««««« Jacqueline et David Kurc, Humour Yiddish – Yidisher Humor – יידישער הומאר . [Génial pour apprendre la langue tout en riant, même aux vitsn les plus connus. Lecture en cours]

««««« Alexandre et Lev Shargorodsky, Café Rome. Trad. du russe. [Lecture en cours, humour assez lourd]

««««« David Grossman, Duel à Jérusalem. Trad. de l’hébreu. [Merveilleuse description d’une amitié entre un enfant de 12 ans et un retraité de 75 ans par l’auteur de L’enfant zigzag, autre perle si sensible au monde de l’adolescence. Excellente traduction – comme toujours – de Sylvie Cohen]

3 septembre 2013

À cause d’un mot…

Classé dans : Architecture, Cinéma, vidéo, Langue, Littérature, Livre — Miklos @ 23:51

Ode à soi-même

D’une île perdue dans l’océan vaste,
Et peuplée d’une étrange caste,
Le sérieux dynasteSouverain dirigeant un petit pays ou gouvernant sous la protection d’une grande puissance.
– c’est après tout un agelastePersonne qui ne sait pas rire. –,
Vigoureux tel un pancratiasteAthlète lourd à la musculature particulièrement développée.,
A pêché un immense sébastePoisson comestible et savoureux, voisin de la rascasse..

La proie pesait au moins un lastePoids (deux tonneaux). !
Elle pourra, se dit-il alors, servir de ballast
Pour mon prochain vol en ballon vers Belfast.
Il l’assomme avec son basteMasse, gros marteau.
Et la fourre dans sa banastePanier, corbeille..

Enthousiaste,
Il hésite : faire un podcast
Ou appeler un ami cinéaste
(qui se trouve être aussi bédéaste)
Afin de lui faire relater cet exploit avec faste
Et d’en faire une diffusion mondiale en multicast.

L’ami, bien que parrèsiasteCelui qui pratique le dire-vrai.,
Par peur de trop faire sonner les oreilles pourtant si peu chastes
De ce robuste gymnaste,
Et susciter ainsi de sa part une réaction néfaste,
Le traite poliment d’orchidoclasteTestifrange..

Notre tyran, fameux scoliasteÉrudit qui annote ou commente un auteur et son œuvre, de quelque époque que ce soit.
(Notamment de l’Ecclésiaste),
Comprend l’insulte et rétorque d’un mot d’un seul : « Baste ! ».
Et, à ses heures bucoliasteAuteur de poèmes bucoliques.,
(Avouez-le, drôle de contraste),
Décide d’être son propre encomiasteCelui qui compose, qui écrit, ou qui prononce l’éloge de quelqu’un. :

« D’une île perdue dans l’océan vaste… »

À la réception d’une invitation à la projection exceptionnelle du film L’Orchidoclaste de Laetitia Masson consacré à l’architecte Rudy Ricciotti, je n’ai pas manqué d’être interloqué par son titre. Une brève recherche m’en a fourni le sens amusant (on en a donné ici un synonyme dérivé, lui, du latin*), et, voulant en déterminer l’auteur, j’en ai recherché les occurrences dans Google Books.

On en trouve quatre, au 20e siècle, dont trois dans les années 1990 avec l’extrait à l’appui, qui ne montre qu’un usage sans en indiquer l’origine, et une quatrième, fort curieuse : Le Sagouin de François Mauriac (1975), sans extrait : non seulement ce mot ne me semblait pas correspondre au vocabulaire de Mauriac, mais cet usage solitaire, une quinzaine d’années avant les trois autres, me semblait aussi suspect.

Après m’être dit que j’irai consulter l’ouvrage dans une bibliothèque de quartier, je vérifie tout de même mon catalogue personnel, et oh, surprise !, je détiens l’ouvrage, dans une édition antérieure, de 1970. Il a en fait été écrit en 1951…

Je feuillette d’abord ce court roman, de la première à la dernière page, et n’y trouve pas le mot en question. Mais mes yeux s’arrêtant sur quelques phrases ici et là, je le reprends du début pour le lire, et oh, surprise !, c’est un chef-d’œuvre. À défaut du roman lui-même, court, incisif, perceptif, tragique, que je ne peux que recommander très vivement,– âmes sensibles s’abstenir –, on trouvera ici une analyse et la synopsis du texte.

Ah, j’oubliais ! Si vous y voyez le mot en question, soyez gentil, dites-moi où il s’y trouve.

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* Et, selon Google Books, présent dans un ouvrage dans lequel on ne s’attendrait pas à le trouver, De l’Hospital des incurables à l’Hôpital Laennec, 1634-2000 : une histoire de la médecine à la veille du troisième millénaire, textes réunis par Alain Dauphin et Marc Voisin (on se demande ce que vient faire le nom de Chantal de Singly dans les informations plus que succinctes qu’en donne Google Books), et surtout au vu de l’extrait qu’ils affichent : « Comme Céline, il avait horreur du langage recherché fait de néologismes grecs. Comme Mathey, il était adversaire d’Amyot, admirateur de Rabelais : Pour être compris, à orchidoclaste, je préfère testifrange, mais casse-couille en français […] ». Difficile de deviner le rapport entre ce passage et le titre de l’ouvrage…

26 août 2013

Chauve qui peut !

Classé dans : Actualité, Littérature, Musique, Médias, Nature — Miklos @ 17:48


Sourire à ce suceur de sang, et en sus source de virus ?

«Longtemps y a qu’on a mis en doute, à savoir si la sourichauve devait être mise au nombre des oiseaux, ou au rang des animaux terrestres. Parquoi ayant trouvé lieu à propos entre nos oiseaux de nuit, nous a semblé bon ne passer outre sans en faire quelque petit discours : car la voyant voler, et avoir ailes, l’avons avouée oiseau. Pline ayant traduit, ce qu’il en a écrit, d’Aristote, et Aristote aussi, ont fait entendre qu’ils n’ont ignoré qu’elle allaite ses petits des deux mamelles de sa poitrine, qui sont en elle, comme en l’homme. Aussi au livre premier de l’histoire, chapitre premier, il la nombre entre les bêtes qui ont deux pieds. Et nous, qui en avons observé quelque chose, ajouterons ce qu’en avons trouvé. Les Grecs l’ont nommée Nicteris, et les Latins, Vespertilio : mais pour l’affinité que lui voyons avec une souris, l’avons nommée

Nicteris en grec, Vespertilio en latin, Souris chauve en Français,
l’on dit aussi
Rattepenade, quasi Mus pennatus.

Sa principale pâture est de mouches : combien qu’elle mange aussi la chair pendante au plancher, et la chandelle, et telles autres choses grasses, se ressentant quelque chose de la nature des souris. C’est ce en quoi elle est différente aux oiseaux : car elle n’a bec ni plumes, mais participe des deux. Elle a dents, et la langue à délivreAgile.. Aussi à machoires, et lèvres, et est couverte de poil.

Les auteurs en font de diverses espèces, nommant l’une d’Assyrie, qu’ils disent être de plus grande corpulence que la nôtre. Disent aussi qu’il y en a d’autres, qui vivent ès confins des paluds d’Arabie, qui donnent empêchement aux habitants de cueillir la casseFruit du cassier.. Mais pour ce que ne les avons vues, n’en dirons autre chose. Et si bien la chauve-souris se repaît de nuit, toutefois elle ne vole le long de la nuit, mais seulement le soir et le matin. Et cherchant l’obscurité à se cacher surjour, se contient en diverses manières, selon les pays ou elle doit vivre : car en pays de montagne elle se tient entre les gros rocs, ou bien en une cave. Celles qui se logent en la grande Pyramide d’Egypte, portent la queue longue comme font les souris, et rendent les crottes aussi dures, et de même façon. Nous arrivâmes en l’île de Crète au temps qu’elles avaient leurs petits, et étant entrés, dedans une perrière, que le vulgaire appelle de faux nom, le Labyrinthe, qui est située entre les ruines de Gnosos et de Gortina, en laquelle on peut aller sans torche, en trouvâmes si grand nombre léans, qu’à peine pouvions porter nos torches allumées, tant elles volent autour de la lumière en grand troupe. Mais plus grande nouveauté nous fut de les voir attachées au roc, où elles se tenaient pendues par deux petits crochets qui sont en leurs ailes, qui est une marque que nous ne trouvons point en celles de deçà.

Chacune fait deux petits, et ne se trouvent jamais passer ce nombre, et le plus souvent n’en ont qu’un seul : car nature ne leur a octroyé que deux mamelles. Chose que savons pour en avoir tranché une vingtaine des prégnantes, et pour avoir vu leurs anatomies, que maintenons être comme celle d’une souris. Cette chauve-souris porte ses petits en la matrice enveloppés de leurs arrières-faix. Elle ne fait aucun nid, et lorsqu’elle rend ses petits, ne se tient appuyée contre aucune chose. Mais se pend par les pieds et par les crochets de ses ailes et demeurant pendue est renversée, et tient ses petits sur sa poitrine les allaitant comme un animal terrestre. Et au bout d’un jour ou deux, les pend par les crochets de leurs ailes, à fin qu’ils demeurent là, pendant qu’elle va au pourchas de sa pasture. Mais puisqu’elle les rend enveloppés de leur arrière-faix, il est nécessaire qu’elle ait l’industrie de les dénouer avec les dents, et les séparer d’avec le nombril. N’est-ce donc pas grande bénignité de la sagesse de nature en l’endroit des animaux, que les amusant à rendre leurs petits, et les détenant quelques jours sans leur donner loisir de pourchasser leur pâture, lorsqu’ils ont plus grand affaire de nourriture pour les allaiter, a su prévoir à ce qu’ils ont défaut ? Ce qu’elle leur a appris à manger leurs arrières-faix, ou secondines, est à fin qu’elles s’en nourrissent deux ou trois jours, pendant le temps qu’ils sont amusésOccupés. à faire leur gésine. Mais celles de ce pays-ci, et autre d’Europe, que nature a dénués de crochets, se tiennent ès fendacesFentes. des poutres, ou des soliveaux , où elles élèvent leurs petits en autre manière. L’on ne trouve point que les chauve-souris emportent leurs petits en volant. L’exemple est en plus de quatre mille dedans la pierrièreCarrière. de Crète, qui toutes les avaient laissés pendus, dont n’y en eut pas une qui bougeât son petit pour notre arrivée.

Les chauve-souris sont quasi aussi noires que rats, ayant les oreilles beaucoup grandes, dont y en a qui en ont quatre. Toutes les ont noires, comme aussi sont les prunelles de leurs yeux. Elles ont le bec bien grand, les naseaux à la manière d’un veau, et les mâchoires entourées de poil long, et noir, bien garnies de dents jusques au nombre de trente et quatre, desquelles dix-huit sont en la mâchoire d’en bas, et seize en celle d’en haut. Les dents sont rondes, et longuettes, et entre autres y en a deux dessus, et deux dessous à la manière des canines, chose qui n’advient aux rats, et souris. Sa langue est longue comme celle des animaux qui vivent de chair. La voix qu’elle fait en criant est claire et plus aérée que d’une souris. Ses ailes sont faites de membranes qui ne contiennent point de sang, et lui commençant depuis l’épaule, leurs prennent tout le long des ailes : et entournent les jambes, qui ont quatre articulations, dont se servent au lieu de pieds, tant de devant que derrière. Elles ont cinq doigts en chaque pied, assez bien munis d’ongles crochus, ayant une paume ouverte ès pieds de derrière, ressemblant à une main. Leur queue est toute entournée de membranes, au moins en Europe : car elle passe outre en celles d’Afrique. Au reste les autres parties intérieures conviennent totalement avec celles d’une souris. »

Pierre Belon du Mans, L’Histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions, et naïfs portraicts retirez du naturel, livre II ch. XXXIX (« De la Sourichauve »). Paris, 1555.


Johann Strauss II, La Chauve-souris, ouverture.

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