Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

29 avril 2010

Le Miniver à Parthenay

Classé dans : Actualité, Histoire, Langue, Littérature, Shoah — Miklos @ 22:16

« Ce processus de continuelles retouches était appli­qué, non seulement aux journaux, mais aux livres, pério­diques, pamphlets, affiches, prospectus, films, enre­gis­trements sonores, cari­catures, photo­graphies. Il était appliqué à tous les genres imaginables de littérature ou de docu­men­tation qui pouvaient comporter quelque signi­fication politique ou idéologique. Jour par jour, et presque minute par minute, le passé était mis à jour. On pouvait ainsi prouver, avec documents à l’appui, que les prédictions faites par le Parti s’étaient trouvées vérifiées. Aucune opinion, aucune infor­mation ne restait consignée, qui aurait pu se trouver en conflit avec les besoins du moment. L’Histoire tout entière était un palim­pseste gratté et réécrit aussi souvent que c’était nécessaire. Le changement effectué, il n’aurait été possible en aucun cas de prouver qu’il y avait eu falsification. » — George Orwell, 1984.

Voici comment la presse du passé sera sans doute rééditée dorénavant à Parthenay, à l’aide de fonctionnaires chargés, à l’instar du Winston de 1984 au sein du Miniver (ministère de la vérité), de « rewriter » les textes du passé pour les rendre conformes à ce qu’on appellerait aujourd’hui le politiquement correct :

Charles-Quint avait marié sa fille naturelle au fils du …. Paul III. Le ……. Petiot a assassiné plus d’une vingtaine de personnes. Il s’agit de l’assassinat à Paris, en 1889, d’un …….., Maître Gouffé, dont on retrouve le cadavre à côté d’une malle dans les environs de Lyon ; il s’avère que Gouffé était maître-chanteur, ….. d’…….. véreux et proxénète. Des …….. nazis ont effectué des expériences barbares sur des cobayes humains. Le parquet a requis jeudi une peine de 4 ans de prison, dont deux avec sursis, contre l’ancien …….. de l’Intérieur Charles Pasqua, figure de la droite française, jugé dans trois affaires de malversations financières présumées. L’ancien ………. de Malines-Bruxelles a affirmé samedi ne pas se souvenir d’avoir été alerté dans les années 1990 par un …… des soupçons de pédophilie pesant contre l’…… de Bruges.

Effectivement, comme le rapportent plusieurs quotidiens aujourd’hui, à l’instar de Libé :

Xavier Argenton, ….. Nouveau Centre de Parthenay (Deux-Sèvres), a refusé dimanche que soit lue une lettre d’une ancienne déportée d’Auschwitz. Le motif ? Ida Grinspan y racontait son arrestation, le 30 janvier 1944, par « trois gendarmes ». (…) « Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui, dans ces temps troubles, avait obéi aux ordres de l’autorité légitime », a-t-il déclaré à son adjoint en charge des affaires patriotiques.

Nous avons omis d’indiquer la fonction de cette personne pour éviter de stigmatiser les maires de France, et, dans les extraits précédents, les représentants d’autres catégories professionnelles, dont certains membres ont préféré suivre le devoir de désobéissance plutôt qu’obéir aveuglément aux ordres de l’autorité (quelle qu’ait été sa légitimité). Quant à l’article de Libé, il omet de préciser qu’il s’agissait de la lecture de cette lettre dans une classe de 3e à l’occasion de la Journée nationale du souvenir et de la déportation, et que l’adjoint en question était lui-même ancien gendarme, toujours selon la presse.

Ida Grinspan est une grande petite dame pleine de joie de vivre malgré les épreuves qu’elle a subies (et dont elle a parlé dans J’ai pas pleuré). Sans haine ni amertume, elle en transmet le souvenir dans des classes et à l’occasion de voyages dans le camp d’Auschwitz où elle avait été internée (c’est ainsi qu’on a fait sa connaissance). Il est triste de constater que cette parole peut encore être étouffée 60 ans plus tard, sous des prétextes fallacieux : après tout, c’est justement dans le cadre de leur fonction que ces individus ont agi ainsi, mais cela ne jette pas pour autant l’opprobre sur toute la profession.

C’est d’ailleurs à peine trois ans après la fin de la guerre qu’Orwell avait si bien décrit le phénomène de contrôle du message par le contrôle du langage :

Le vocabulaire du novlangue était construit de telle sorte qu’il pût fournir une expression exacte, et souvent très nuancée, aux idées qu’un membre du Parti pouvait, à juste titre, désirer communiquer. Mais il excluait toutes les autres idées et même les possibilités d’y arriver par des méthodes indirectes. L’invention de mots nouveaux, l’élimination surtout des mots indésirables, la suppression dans les mots restants de toute signification secondaire, quelle qu’elle fût, contribuaient à ce résultat.

L’altération des traces du passé affecte aussi la photographie, qui est moins que jamais un témoin objectif. Que ce soit pour des raisons politiques – on se souvient comment Staline a fait effacer des visages sur des photos après qu’il ait fait dispa­raître les personnes physiquement – ou esthétiques – des petites retouches sur un cliché sont plus efficaces qu’un long régime ou qu’une chirurgie plastique. Dans ce registre de la réécriture, il ne s’agit pas toujours d’effacer (qui, techniquement, est un rajout : on recouvre la partie à faire disparaître à l’aide d’autres parties de la photo) mais de rajouter ou de construire : ainsi, la célèbre photo de Lincoln date d’après sa mort et est constituée d’un portrait de la tête du président défunt et du corps d’une autre personne…

19 avril 2010

« La terre parle avec un mal de silence » (Fernand Ouellette)

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 18:36

L’herbe parle à l’oreille, ou la terre bourdonne,

Ou la brise pleure en passant.

— Alphonse de Lamartine, Adieu.

Le sol donne un bel arbre.

L’arbre donne le bois.

Le hautbois hausse le ton

Et donne, lui, le la.

— Miklos, Le sol est sous le la-
tanier.

11 avril 2010

Depuis que l’homme est homme et le Français français…

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 11:16

Dans ses Carnets, le major W. (William) Marmaduke Thompson a consigné ses observations de la France et des Français qu’il découvre après la guerre ; veuf, il s’était remarié avec Martine-Nicole Noblet et s’installe à Paris, patrie de sa seconde épouse.

Publiés en 1954, certaines de ces pages peuvent dater, surtout lorsqu’elles concernent des aléas de la vie politique d’alors (les gouvernements qui ne tiennent que quelques mois, le parlement désorganisé…), mais pour l’essentiel elles font mouche encore aujourd’hui lorsqu’elles décrivent le rapport du Français à ses congénères, à ses institutions et au reste du monde.

Comment définir ces gens qui passent leurs dimanches à se proclamer républicains et leur semaine à adorer la Reine d’Angleterre, qui se disent modestes, mais parlent toujours de détenir les flambeaux de la civilisation (…), qui placent la France dans leur cœur, mais leurs fortunes à l’étranger, qui sont ennemis des Juifs en général, mais ami intime d’un Israélite en particulier (…), qui détestent que l’on critique leurs travers, mais ne cessent de les dénigrer eux-mêmes, (…), qui admirent chez les Anglais l’ignorance du « système D », mais se croiraient ridicules s’ils déclaraient au fisc le montant exact de leurs revenus, qui se gaussent des histoires écossaises, mais essaient volontiers d’obtenir un prix inférieur au chiffre marqué; qui s’en réfèrent complaisamment à leur Histoire, mais ne veulent surtout plus d’histoires, qui détestent franchir une frontière sans passer en fraude un petit quelque chose, mais répugnent à n’être pas en règle, qui tiennent avant tout à s’affirmer comme des gens « auxquels on ne la fait pas », mais s’empressent d’élire un député pourvu qu’il leur promette la lune, qui disent : « En avril, ne te découvre pas d’un fil », mais arrêtent tout chauffage le 31 mars, qui chantent la grâce de leur campagne, mais lui font les pires injures meulières, qui ont un respect marqué pour les tribunaux, mais ne s’adressent aux avocats que pour mieux savoir comment tourner la loi, enfin, qui sont sous le charme lorsqu’un de leurs grands hommes leur parle de leur grandeur, de leur grande mission civilisatrice, de leur grand pays, de leurs grandes traditions, mais dont le rêve est de se retirer après une bonne petite vie, dans un petit coin tranquille, sur un petit bout de terre à eux, avec une petite femme qui, se contentant de petites robes pas chères, leur mitonnera de bons petits plats et saura à l’occasion recevoir gentiment les amis pour faire une petite belote ?

Ces conservateurs qui, depuis deux cents ans, ne cessent de glisser vers la gauche jusqu’à y retrouver leur droite, ces républicains qui ont fait depuis plus d’un siècle du refoulement de royauté et apprennent à leurs enfants, avec des larmes dans la voix, l’histoire des rois qui, en mille ans, firent la France – quel damné observateur oserait les définir d’un trait, si ce n’est par la contradiction ? (…)

M. Taupin est un monsieur qui ne croit à rien, parce que, à son avis, il ne sert plus à rien de croire à quelque chose. (…)

« Ce qu’il nous faudrait, c’est un homme à poigne, qui fasse un peu d’ordre là-dedans, un bon coup de balai ! »

On pourrait penser alors que ces gens aspirent à la dictature. Erreur. Qu’un homme à poigne se signale à l’horizon, qu’il parle de réformer les institutions parlementaires, de mettre de l’ordre, de faire régner la discipline et, pour un satisfait, voilà mille mécontents. (…)

Les Français sont persuadés que leur pays ne veut de mal à personne. Les Anglais sont méprisants ; les Américains dominateurs ; les Allemands sadiques ; les Italiens insaisissables ; les Russes impénétrables ; les Suisses suisses. Eux, Français, sont gentils. On leur fait des misères. (…)

Persécuté par ses ennemis qui lui font la guerre, par ses alliés qui font la paix sur son dos, par le monde entier qui lui prend ses inventions (les Français ne savent qu’inventer pour se plaindre ensuite qu’on le leur a pris), le Français se sent également persécuté par les Français : par le gouvernement qui se paie sa tête, par le fisc qui lui fait payer trop d’impôts, par son patron qui paie bon marché ses services, par les commerçants qui font fortune à ses dépens, par le voisin qui dit du mal de lui, bref, par anybody… (…)

Qui dont investit le gentil Français ?

Un mot très bref de son vocabulaire, sur lequel mon si dévoué collaborateur et ami a bien voulu attirer mon attention, m’a livré la secrète identité des assiégeants : c’est ils. Et ils, c’est tout le monde : les patrons pour les employés, les employés pour les patrons, les domestiques pour les maîtres de maison, les maîtres de maison pour les domestiques, les automobilistes pour les piétons, les piétons pour les automobilistes, et, pour les un comme pour les autres, les grands ennemis communs : l’État, le fisc, l’étranger.

Pierre Daninos, Les Carnets du major W. Markmaduke Thompson. Découverte de la France et des Français. Hachette, 1954.

Le « dévoué collaborateur » du fictif major est le bien réel Pierre Daninos (1913-2005), qui a réussi ce « tour de force » (terme français repris et italicisé par les Américains) pour un Français de faire voir les Français aux Français par l’œil d’un Anglais francophile inexistant : c’est cette distance – la Manche étant alors aussi infranchissable qu’aujourd’hui en dépit de l’Eurostar, culturellement parlant, s’entend –, de l’accent que l’on entend dans les discrets anglicismes du texte et dans l’humour british qui donnent toute leur saveur à cette critique de nos travers nationaux.

La vie de Marmaduke s’est poursuivie presque tout autant que celle de son créateur, jusqu’aux Derniers carnets du major Thompson. Si Daninos a exploré les trésors infinis de nos idiosyncrasies nationales (Un certain monsieur Blot, Snobissimo…), il a aussi consacré un ouvrage à la dépression qui l’avait frappé (Le 36e dessous). La nécrologie que lui a consacrée Le Times montre l’intérêt de ses livres pour un public international, tout à la fois amoureux et critique de la France et des Français.

Le regard qu’a jeté Laurence Wylie (1909-1996) sur les Français est d’un tout autre ordre : cet Américain, fils de pasteur, s’était pris d’amour pour la France (l’amour, toujours l’amour !) et y a passé plusieurs années sabbatiques dans la France dite profonde : un village dans le Vaucluse (dont il a tiré un livre éponyme), en Anjou… Devenu professeur de culture française à Harvard, il s’est surtout intéressé à l’étude de la gestuelle et à la communication non verbale comme moyens de comprendre une culture étrangère.

Son livre Beaux gestes est un chef-d’œuvre en son genre : des expressions françaises particulièrement typiques (il est bourré !, il y a du monde au balcon !…) y sont littéralement illustrées par des photos dans lesquelles il prend les mimiques correspondantes d’une façon très expressive ; ce n’est pas étonnant : il avait suivi les cours du mime Jacques Lecoq… On parle avec tout son corps, et l’accent – régional ou étranger – ne se manifeste pas uniquement dans la voix, mais dans les infinies expressions du visage ou des mains, par les postures de la tête et des épaules, dans sa démarche… On peut ainsi parfois distinguer de loin un étranger avant même de l’avoir entendu parler. Preuve s’il en est que la maîtrise d’une langue ne consiste pas uniquement à posséder vocabulaire et grammaire mais aussi ses idiomes, et, plus généralement, sa culture, et que la communication ne passe pas uniquement par l’oralité.

Un autre « tour de force » concernant la France, ou plutôt le français, est le Mots d’Heures : Gousses, Rames. The d’Antin Manuscript, par Luis d’Antin van Rooten. C’est, d’apparence, une anthologie de poèmes en ancien français, accompagnés d’une profusion de savantes notes de bas de page destinées à en faciliter la compréhension, mais c’est en fait une translittération particulièrement originale de l’équivalent anglais des Contes de ma mère l’oye qui utilise des mots français à la consonance proche. Le titre du recueil lui-même reprend de cette façon celui de l’original, Mother Goose Rhymes. Et c’est ainsi que :

Un petit d’un petit
S’étonne aux Halles
Un petit d’un petit
Ah ! degrés te fallent
Indolent qui ne sort cesse
Indolent qui ne se mène
Qu’importe un petit d’un petit
Tout Gai de Reguennes

correspond au célèbre :

Humpty Dumpty
Sat on a wall.
Humpty Dumpty
Had a great fall.

And all the King’s horses,
And all the King’s men
Couldn’t put Humpty Dumpty
Together again.

Un livre aussi intelligent qu’amusant, ma foi.

On trouve une variante du genre dans les Let’s Parler Franglais! (1980) et Parlez-vous Franglais? de Mikes Kington, collection de dialogues en français parlé par des Britanniques qui émaillent leurs phrases de mots en anglais ou traduisent littéralement dans la langue de Molière les tournures et les idiomes de celle de Shakespeare, ce qui donne par exemple :

Premier Joggeur : Je peux courir avec vous ?

Deuxième joggeur : Oui, si vous voulez.

1er Joggeur : C’est pour la compagnie, vous savez.

2ème Joggeur : Ah vous courez sur company business ?

1er Joggeur : Non, non. Je n’aime pas courir seul.

2ème Joggeur : Ah.

1er Joggeur : C’est un merveilleux matin pour cette sorte de chose.

2ème Joggeur : Quelle sorte de chose ?

1er Joggeur : Le jogging.

2ème Joggeur : Ah, vous faites le jogging ?

1er Joggeur : Oui. Vous aussi, non ?

2ème Joggeur : Non.

1er Joggeur : Ah… Mais pourquoi vous courez, alors ?

2ème Joggeur : Je vais à un job.

1er Joggeur : Un job ? Vous êtes un Running Doctor, comme en Australie ?

2ème Joggeur : Non, je suis un gendarme. Je vais à un 999 appel.

1er Joggeur : C’est curieux. Je croyais que la police avait des motocyclettes et des voitures avec sirènes.

2ème Joggeur : Oui, mais nous sommes under-equipped. Le 999 appel est venu, on n’avait plus de véhicules, on m’a dit : ‘Run, you blighter, run.’

1er Joggeur : Mais… vous n’avez pas d’uniforme.

2ème Joggeur : Je suis plainclothes.

1er Joggeur : Ah. Cela explique le trois-piece suit, la cravate natty et la rose au revers. Quand je vous ai vu, je me suis dit : ‘Pour un joggeur, ce n’est pas très joggy. Ce n’est pas mon idée d’un jog-suit.’ A propos, où vous allez ?

2ème Joggeur : 19 Lauderdale Road. Séparer un mari et une femme. Ils se battent. La même vieille histoire. Blimey, je suis knackered. C’est loin ?

1er Joggeur : Pas si vous êtes dans la rose de santé. Vous n’avez pas une petite sirène pour arrêter la traffique ?

2ème Joggeur : Non. Il faut que je me repose un peu. Dites donc, vous êtes en peak form—pouvez-vous allez à l’avance ?

1er Joggeur : A 19 Lauderdale Road ?

2ème Joggeur : Oui. C’est bien simple. Vous entrez, vous criez, ‘Je suis la loi,’ et vous craquez les têtes ensemble.

1er Joggeur : Mais… mais je fais un time trial ! Cela dérangera ma schedule !

2ème Joggeur : C’est un ordre ! Par la majesté de la loi je vous ordonne… !

1er Joggeur : OK, OK. J’y cours.

2ème Joggeur : Et prenez garde ! Le mari a un revolver. Au revoir, jusqu’après mon petit lie-down.

Soyez donc très careful quand vous ferez votre dimanche jogging, surtout si vous ne le faites pas dans le club de gym.

31 mars 2010

Sérendipité, ou comment j’ai découvert…

Laurie Anderson, dont on a pu voir hier Delusion, son nouveau spectacle onirique et poétique à Paris.

C’était au début des années 1980, à Ithaca, petite ville universitaire et bucolique de l’État de New York. J’écoutais régulièrement la chaîne de radio publique NPR, dont la richesse et la qualité des émissions culturelles ne cessaient de m’enchanter. Un jour, j’y entends le triste mugissement de la corne d’un bateau, puis une voix de femme. Cette voix raconte. Elle parle de ce qu’elle entend, elle parle de tous ces bruits dont elle perçoit le rythme lancinant, elle parle de l’angoisse de la composition, puis elle se met à jouer d’un violon au son acide tout en continuant de parler. La performance – sons, musique, voix – et le texte plus parlé que chanté ont immé­dia­tement exercé sur moi une fascination dont je ne me suis jamais départi.

C’était Is Anybody Home?, dont le titre reflète l’un des thèmes récurrents de ses œuvres : l’isolation croissante de l’individu dans un monde froid et hypertechnique. Elle l’illustrera par exemple plus tard dans New York Social Life, où elle tente de contacter une amie mais ne peut communiquer avec elle que par répondeur interposé. Elle porte un regard critique et engagé, mais d’un air détaché et avec un humour pince-sans-rire, sur la société (post-)moderne, et utilise pour l’exprimer, paradoxalement pourrait-on penser (mais ce n’est qu’un moyen de mieux le matérialiser), une panoplie de matériel électronique sophistiqué, à l’instar du violon électronique ou du vocodeur (dispositif informatique qui lui permet de changer le timbre de sa voix en temps réel) dans des spectacles multimédia, de vrais régals pour les yeux comme pour les oreilles, mais aussi pour l’esprit : l’intelligence, la finesse et les références littéraires et musicales enrichissent la trame de son discours.

On connaît le succès de O Superman (qui propulsera Anderson sur les scènes internationales), principalement dû à son rythme hypnotique (obtenu en faisant boucler une brève syllabe qu’elle prononce avant de débuter la performance), à sa façon apparemment très cool de raconter un quotidien ou un mythe, et, dans d’autres œuvres, à la transformation de sa voix en celle d’un vieillard (quelle surprise pour les sens ! on voit une belle jeune femme parler, et on entend un vieil homme…)… Et pour ceux qui ont eu alors comme maintenant la chance de la voir sur scène, son allure quasiment androgyne, l’ombre d’un sourire énigmatique, sa fossette coquine.

Mais le contenu, l’écoute-t-on seulement ? La menace de l’escalade de la violence (“‘Cause when love is gone, there’s always justice. And when justice is gone, there’s always force. And when force is gone, there’s always Mom”), l’emprise croissante de la technologie militaro-industrielle destinée à rassurer l’individu (“So hold me, Mom, in your long arms. So hold me, Mom, in your long arms. In your automatic arms. Your electronic arms. In your arms. So hold me, Mom, in your long arms. Your petrochemical arms. Your military arms. In your electronic arms”).

Il n’est pas étonnant que Laurie Anderson consacre un texte à Walter Benjamin, dans lequel elle reprend quasi littéralement la description qu’il fait d’un tableau de Klee, Angelus Novus  (on a précédemment cité les deux textes) : l’Ange de l’histoire est poussé en avant par une tempête irrésistible venue du paradis ; il avance à reculons vers le futur, tourné qu’il est vers le passé pour contempler les ruines occasionnées par cette tempête et qui vont en s’accumulant. Cette tempête, c’est le progrès, que Walter Benjamin considère comme une évolution historique conduisant à la catastrophe (thèse qui s’apparente à celles de Günther Anders et de Jacques Ellul), et contre laquelle il faut se révolter. Michael Löwy consacre un excellent article à cette conception de l’histoire de Benjamin. Quant à la destruction qui accompagne inéluctablement le progrès, elle fait l’objet de l’analyse de Joseph Schumpeter qui, dès 1942, a explicité ce processus et l’a nommé de façon fort appropriée destruction créatrice.

Telle la mort qui fait pendant à toute naissance, la destruction accompagne toute création. Selon les Cabalistes, elle est universelle : la destruction originelle a été, selon eux, cette « brisure des vases » conséquente à la création même du Monde. Et l’homme, au lieu de tenter de réparer, continue à détruire par sa poursuite d’un progrès illusoire. Laurie Anderson racontera d’ailleurs le paradis perdu dans Langue d’Amour, ce lieu où il y avait un homme et une femme pas très futés mais béatement heureux et un serpent qui marchait (selon une ancienne légende juive, ce reptile perdit ses membres pour avoir occasionné la chute de l’homme).

Le dernier spectacle, Delusion, même s’il possède les éléments si reconnaissables de l’œuvre de Laurie Anderson (violon, voix transformée, multimédia…) est bien plus sombre, voire tragique : c’est la mort qui y préside d’une façon ou d’une autre, et pas uniquement celle de la Terre (comme, par exemple, avec le redémarrage du Grand collisionneur de hardons près de Genève, dit-t-elle), mais sans doute bien plus personnellement que dans ses précédents spectacles (elle raconte le décès de sa mère). Même l’humour y a un côté plus noir que d’habitude : un couple âgé de 90 ans décide de divorcer ; à la question, Pourquoi le faites-vous seulement maintenant ?, ils répondent : On ne voulait pas divorcer avant que nos enfants ne meurent.

Un nouveau spectacle donc, différent (il a laissé froid le public nord-américain, qui a toujours eu moins d’accroche pour les performances d’Anderson que celui d’Europe – et peut-être d’Asie), sans pour autant rendre méconnaissable la voix si typique de son créateur.

30 mars 2010

La bibliothèque du futur numérique

Classé dans : Littérature, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 0:00


De gauche à droite : Jean-Yves Mollier, Antoine Gallimard, Jack Ralite,
Jean-Noël Jeanneney, Philippe Colombet.

En 2440, la bibliothèque telle que nous la connaissons aura vécu. Fallait-il attendre Google Books pour le constater ? Que nenni : c’est en 1771 que Sébastien Mercier (1740-1814) publie son utopie L’An deux mille quatre cent quarante, rêve s’il en fut jamais (et une nouvelle édition en 1785), dans laquelle il visite – entre autres – la bibliothèque du Roi et est stupéfait de la voir réduite à une armoire avec quelques livres. L’explication qu’il en reçoit est la suivante : « Convaincus par les observations les plus exactes (…) nous avons découvert qu’une bibliothèque nombreuse était le rendez-vous des plus grandes extravagances et des plus folles chimères. De votre temps, à la honte de la raison, on écrivait, puis on pensait. (…) Rien n’égare plus l’entendement que des livres mal faits ; car les premières notions une fois adoptées sans assez d’attention, les secondes deviennent des conclusions précipitées, et les hommes marchent ainsi de préjugé en préjugé et d’erreur en erreur. » Voici ce que ces sages humains qui après nous vivront ont donc fait :

D’un consentement unanime, nous avons rassemblé dans une vaste plaine tous les livres que nous avons jugé ou frivoles ou inutiles ou dangereux ; nous en avons formé une pyramide qui ressemblait en hauteur et en grosseur à une tour énorme : c’était assurément une nouvelle tour de Babel. Les journaux couronnaient ce bizarre édifice, et il était flanqué de toutes parts de mandements d’évêques, de remontrances de parlements, de réquisitoires et d’oraisons funèbres. Il était composé de cinq ou six cents mille commentateurs, de huit cents mille volumes de jurisprudence, de cinquante mille dictionnaires, de cent mille poèmes, de seize cents mille voyages et d’un milliard de romans. Nous avons mis le feu à cette masse épouvantable, comme un sacrifice expiatoire offert à la vérité, au bon sens, au vrai goût. Les flammes ont dévoré par torrent les sottises des hommes, tant anciens que modernes. L’embrasement fut long. Quelques auteurs se font vus brûler tout vivants, mais leurs cris ne nous ont point arrêtés ; cependant nous avons trouvé au milieu des cendres quelques feuilles des œuvres de P***, de De la H***, de l’abbé A***, qui, vu leur extrême froideur, n’avaient jamais pu être consumées.

Ainsi nous avons renouvelé par un zèle éclairé ce qu’avait exécuté jadis le zèle aveugle des barbares. Cependant comme nous ne sommes ni injustes ni semblables aux Sarrasins qui chauffaient leurs bains avec des chef-d’œuvres, nous avons fait un choix : de bons esprits ont tiré la substance de mille volumes in-folio, qu’ils ont fait passer toute entière dans un petit in–douze ; à-peu-près comme ces habiles chimistes, qui expriment la vertu des plantes, la concentrent dans une fiole, et jettent le marc grossier (a).

Nous avons fait des abrégés de ce qu’il y avait de plus important ; on a réimprimé le meilleur : le tout a été corrigé d’après les vrais principes de la morale. Nos compilateurs sont des gens estimables et chers à la nation ; ils avaient du goût, et comme ils étaient en état de créer, ils ont su choisir l’excellent, et rejeter ce qui ne l’était pas. Nous avons remarqué (car il faut être juste) qu’il n’appartenait qu’à des siècles philosophiques de composer très peu d’ouvrages ; mais que dans le vôtre, où les connaissances réelles et solides n’étaient pas suffisamment établies, on ne pouvait trop entasser les matériaux. Les manœuvres doivent travailler avant les architectes.

____________________
(a) Tout est révolution sur ce globe : l’esprit des hommes varie à l’infini le caractère national, change les livres et les rend méconnaissables. Est-il un seul auteur, s’il fait penser, qui puisse se flatter raisonnablement de n’être point sifflé chez la génération suivante ? Ne nous moquons-nous pas de nos devanciers ? Savons-nous les progrès que feront nos enfants ? Avons-nous une idée des secrets qui tout à coup peuvent sortir du sein de la nature ? Connaissons-nous à fond la tête humaine ? Où est l’ouvrage fondé sur la connaissance réelle du cœur humain, sur la nature des choses, sur la droite raison ? Notre physique ne nous présente-t-elle pas un océan dont à peine nous côtoyons les bords ? Quel est donc ce risible orgueil qui s’imagine follement avoir posé les limites d’un art !

C’est justement du livre et de Google qu’ont débattu – ou plutôt discouru sans réel échange – aujourd’hui les quatre participants de la table ronde Le Livre et Google… Et maintenant ? au Salon du livre de Paris : Jean-Noël Jeanneney (ancien président de la Bibliothèque nationale de France), Philippe Colombet (directeur du programme Google Livres France), Jean-Yves Mollier (auteur et professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles) et l’éditeur Antoine Gallimard. Un cinquième invité, et pas des moindres, avait fait défaut : Emmanuel Hoog (président de l’Ina). L’animateur en était le sénateur Jack Ralite qui a donné le ton, en parlant de « l’efficacité insolente de Google ». Voulant démontrer que rien n’est inéluctable, il cite Pierre Boulez : « L’histoire n’est pas ce qu’on subit mais qu’on agit ».1 Ralite serait sans doute surpris de savoir que Boulez préconisait, à l’instar de René Char, de « mettre le feu à sa bibliothèque tous les jours »…

Dans son discours, Jeanneney a repris ses prises de position d’alors (2005) comme de maintenant et n’a pas manqué de souligner leur écho : son livre Quand Google défie l’Europe en est à sa troisième édition et est traduit en une douzaine de langues. En bref : il y a violation de copyright d’une part et péril de monopole d’autre part ; le « vrac » (on numérise n’importe quoi) et la non-hiérarchisation (des réponses aux interrogations, où Jeanneney a d’ailleurs confondu page ranking du moteur de recherche des pages Web et critères de pertinence des réponses aux interrogations de Google Books) sont pernicieux, et il déplore que la hiérarchisation mise en place en 2005 dans Gallica ait été supprimée ; la conservation à long terme du patrimoine culturel (numérique, en l’occurrence) et son accessibilité universelle ne peuvent être confiées à des entreprises privées dont la durée de vie est en général bien moins longue que celle des États et de leurs organismes publics ; et enfin : il n’est pas opposé à un accord avec Google, s’il se fait d’égal à égal et sans se soumettre à des conditions léonines qui aboutiraient à la privatisation monopolistique de ces contenus numériques. Il est donc favorable aux recommandations de la commission Tessier (sur la numérisation du patrimoine écrit), qui préconise entre autres un partenariat public-privé basé sur l’échange de fichiers, et, fin stratège, n’exclut pas l’accès (micro-)payant à des contenus sous droit. Il estime qu’un accord qui serait obtenu avec Google sur des bases équitables et ouvertes bénéficierait aussi à Europeana.

L’argument pour la numérisation sélective et contre ce «vrac » est curieux à plusieurs égards : il provient de l’ex président de l’organisme chargé, via le dépôt légal, de conserver toutes les traces de l’édition nationale sans distinction de valeur ; il ignore le fait que les numérisations qui se sont effectuées dans Google Books sont celles d’ouvrages provenant d’autres grandes et respectables bibliothèques – considère-t-il donc que leurs collections sont « un vrac », en d’autres termes qu’il ne faille pas numériser tous les contenus d’une bibliothèque, de façon exhaustive, pour en faciliter l’accès ? Si c’était le cas, pourquoi diable garder dans une bibliothèque des ouvrages auquel l’accès serait limité ? Quant à la hiérarchisation par sujet des contenus de Gallica, elle est bien disponible.

Colombet a déclaré de son côté que l’action de Google dans ce domaine couvrait trois domaines : les livres du domaine public, pour lesquels Google fournit l’accès à l’intégralité de leurs fichiers numérisés en modes image et textes, téléchargement y compris, dans le but de générer la circulation la plus grande de ces œuvres ; les livres épuisés mais encore sous droits, qui sont numérisés aux fins d’indexation, mais dont Google ne présente au mieux qu’un bref extrait ; et enfin, les livres contemporains et leur inscription dans la chaîne du livre : Google vise à trouver des accords avec des éditeurs afin de permettre une « indexation profonde » de ces ouvrages, et répondre aux requêtes des internautes par des références contextualisées (l’ouvrage, Wikipedia, etc.) sans pour autant fournir – pour le moment – l’accès au contenu, mais en indiquant que l’internaute devra le lire dans une bibliothèque ou l’acheter dans une librairie.

Tout usager régulier de Google Books aura constaté que nombre d’ouvrages du domaine public qui y sont référencés n’y sont pas accessibles. C’est le cas par exemple de l’ouvrage de Poullain de la Barre, De l’égalité des deux sexes (…) où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés, dont nous avons parlé ailleurs : publié en 1673, aucune de ses versions n’est lisible dans Google Books, tandis qu’elles le sont dans Gallica. Quant aux ouvrages dont le contenu est accessible, partiellement ou intégralement, aucun autre moteur de recherche ne peut les indexer, et les bibliothèques partenaires se voient enjointes par Google d’interdire l’indexation des exemplaires numériques que Google leur retourne ; ces faits contredisent l’argument que Google vise à leur donner « la plus grande circulation » – si ce n’est que par leurs propres outils, soutenant ainsi la thèse de monopole lancé par leurs détracteurs. En ce qui concerne la numérisation des ouvrages épuisés, leur numérisation aurait nécessité que Google en obtienne le droit de reproduction, ce qui n’a d’évidence pas été fait. Et enfin, pour les ouvrages contemporains, comme le relatera J-Y Mollier à propos d’un de ses ouvrages récents, ils s’y retrouvent parfois en accès libre du fait de leur présence dans le fonds d’une université américaine participant au programme Google Books en dépit du droit des auteurs (on sait les procès en cours, auquel fera allusion Antoine Gallimard). Google fournit parfois, pour ces livres, une liste de librairies en lignes permettant de les acheter, mais – contrairement à Libfly d’Archimed, par exemple – par d’adresses de bibliothèques où l’on pourrait les lire sans les acheter. Y a-t-il une raison commerciale à ce choix (en d’autres termes, les librairies payeraient-elles pour être ainsi référencées) ?

Enfin, on remarquera – comme on l’a fait lors de cette « table ronde » – qu’au moins sur un aspect important Google Books est plus pauvre, dans ses modes de recherche, que quasiment n’importe quelle bibliothèque réelle : on ne peut y effectuer des recherche par sujet : il y a bien une case permettant de le faire, mais la liste des sujets semble très réduite, monolingue (ce qu’Europeana vise à dépasser), et ne pas correspondre aux ouvrages auxquels ces termes sont accolés (ainsi, le sujet « musique », en français, ne renvoie à aucun des ouvrages de Boulez en français – mais à d’autres auteurs – tandis que le terme « music » les retourne bien).

Jean-Yves Mollier, dans une intervention vive et passionnée – bouleversé qu’il paraît par l’attitude scandaleuse de Google –, a tout d’abord relaté la mise en ligne indue dans Google Books d’un livre qu’il avait publié en 2008. Puis, en historien, il a rappelé que le projet initial de la Très Grande Bibliothèque, décidé par François Mitterrand (projet dans lequel il avait été partie prenante avec Pascal Ory) avait préconisé la numérisation d’un million de livres : si cela avait été fait, dit-il, il n’y aurait pas eu de Google Books ; or suite à « la carence, la lâcheté, la démission des pouvoirs publics », selon ses termes, cela n’a pu se faire. Il mentionne longuement Robert Darnton (directeur de la bibliothèque de Harvard), qui, dans une récente conférence consacrée à la numérisation du patrimoine des bibliothèques et moteurs de recherche, avait tout d’abord cité Mercier (voir ci-dessus) mais surtout proposé de racheter à Google tous les fonds qu’ils ont numérisés, afin de les déposer dans une bibliothèque numérique nationale. Millier préconise de confier la totalité à l’Unesco, et d’en faire une vraie bibliothèque publique universelle, celle de l’organisme étant pratiquement inexistante. Quant à la démarche de Google qui, dans les faits, s’atèle à numériser le patrimoine national profitant du défaut de l’État devant l’immensité de la tâche, il la compare à celle des Mormons qui avaient entrepris de microfilmer gratuitement tous les registres paroissiaux (pour leurs propres fins, celles de convertir rétrospectivement les morts à leur religion…). Il est clair pour Mollier que la transformation de Google de moteur en libraire, puis, dès mai prochain, de libraire en éditeur, était un processus inéluctable et inquiétant.

Dans une brève réponse, Colombet a affirmé qu’il était hors de question que son employeur devienne éditeur. Comme exemple d’un dépôt public de livres numérisés, il a mentionné le Hathi Trust2, dont l’accès aux contenus intégraux libres de droits est parfois, curieusement, plus restreint que celui que propose Google Books.

Alain Gallimard a exprimé son accord à la position de Mollier, et rajouté qu’il fallait être clair sur le fait que Google était une entreprise commerciale dont la façon de faire était choquante, et a laissé entendre que les poursuites à son encontre allaient continuer.

Pour finir, Jack Ralite s’est lancé dans un long développement, tandis que les autres participants, à l’exception de Philippe Colombet, calme, patient et tenace, s’étaient tous éclipsés pour d’impérieuses raisons.

À l’instar de Sébastien Mercier, on s’était déjà demandé, dix ans plus tôt quasiment jour pour jour, si la bibliothèque du futur, de ce futur numérique dans lequel nous entrons à marche forcée, se réduirait à une seule étagère, voire à un seul livre blanc, en papier électronique… Aujourd’hui, on peut se demander si, à l’avenir, le Salon du livre, pourtant très fréquenté aujourd’hui par une foule particulièrement intéressée par les livres « physiques » qu’elle feuilletait puis achetait, se transformera en un Salon du livre numérique, pour se ternir dans Second Life, sans aucune réelle présence, ni celle des autres lecteurs, ni celle du livre-objet, ni celle des éventuels médiateurs entre les uns et les autres que sont les éditeurs et les bibliothécaires. Brave new world…

_____________________
1 Plus exactement : L’histoire est ce qu’on y fait. Je suis très ancré dans ce principe. Quand on se dit entraîné par la fatalité de l’histoire, c’est qu’on n’est plus à même d’agir ; or, en un sens, l’histoire est une chose qu’on agit et non pas qu’on subit. (Pierre Boulez : Entretiens avec Célestin Deliège, 1975).

2 Il s’agit d’une bibliothèque numérique résultant de la collaboration d’une bonne vingtaine d’universités américaines et ouverte à tout organisme au monde qui souhaiterait devenir partenaire. Elle comprend à ce jour plus de cinq millions d’ouvrages. On y trouve des ouvrages numérisés par Google, mais on ne peut que les consulter en ligne gracieusement ; il est impossible de les télécharger, mais, pour certains, d’en acheter (via Amazon) un exemplaire papier imprimé à la demande… Cette bibliothèque numérique fournit pour chaque ouvrage un lien vers le service Worldcat, qui permet d’en localiser des exemplaires dans des bibliothèques participant au réseau OCLC.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos