Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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1 janvier 2009

Anguilaneu !

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 0:00

«[Le Guy] étoit cueilli au mois de Decembre, le sixiéme de la lune : & les Bardes, en chantant leurs Hymnes, alloient dans les Villes & dans les Bourgs, pour y annoncer le commencement de l’année au Peuple, & pour l’avertir de venir prendre le Guy qu’ils nomment Panchreston, comme si c’eût été un Preservatif contre toute sorte de maladies. » Ce Guy étoit distribué dans tous les Colleges aux Druides & à tous les Peuples qui venoient le recevoir au commencement de l’année, pour leurs Étrennes. C’est ce que l’on nomme au Guy l’an neuf, Ad viscum novus annus : & il y a encore quelques Provinces où les enfans crient dans les ruës, Anguilaneu.

Chevræna, ou Mélanges de M. Chevreau, Jean Boudot, 1696.

«Les Picards apres avoir crié l’an guy» l’an neuf, y adjonstent, Planté planté ; c’est-à-dire, une année abondante & fertile en toutes sortes de biens ; paroles tirées de la priere des Druides, qui souhaitoient au peuple abondance de biens.

Fleury de Bellingen, L’etymologie ou explication des proverbes francois, La Haye, 1656.

«Je suis le grand Diable Vauvert. C’est moi qui fais dire la Patenôtre du Loup ; Qui nouë l’éguillette aux nouveaux mariez : Qui fais tourner les Sas : Qui pétris le Gâteau triangulaire ; Qui rends invisibles les Freres de la Rose-Croix : Qui dicte aux Rabbins la Cabale & le Talmud : Qui donne la Main de gloire, le Trefle» à quatre, la Pistole volante, le Guy de l’An neuf, l’Herbe de Fourvoyement, la graine de Fougere, le Parchemin vierge, les Gamahez, l’Emplâtre Magnetique.

Cyrano de Bergerac, Le Pedant joüé, Comedie, Amsterdam, 1709.

26 décembre 2008

Molière ? Cherche et tu trouveras.

Classé dans : Histoire, Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 20:26

« L’Illusion habite dans ces lieux (l’Elysée). » — Noël et Carpentier, Dictionnaire…, 1831.

« L’impunité commence par rendre les lois inutiles, et finit par les rendre ridicules. » — Ibid.

« L’évêque de Bellay définit [la politique], ars non tam regendi, quam fallendi homines (l’art de tromper les hommes, plutôt que l’art de les gouverner). » — Ibid.

« L’inconsistance des idées, du caractère d’un ministre, d’un gouvernement, sont des expressions très-claires. » — La Harpe, cité par Noël et Carpentier, ibid.

C’est en cherchant des utilisations du mot « encyclopédie » au XVIIe siècle que Google Books a renvoyé l’ouvrage suivant, qui ne manquera pas d’étonner les bibliophiles :

Selon la notice, il s’agit du Théâtre complet illustré d’un certain Théodore Comte Molière, publié par la Bibliothèque Larousse en 1669… Si la vignette indique bien M.DC.LXIX comme date – mais cela peut être trompeur, comme on le verra tout à l’heure – on y distingue les noms de l’auteur, « I.B.P. de Moliere », et de l’éditeur, « Iean Ribov ».

Le terme « encyclopédie » existait déjà au moins depuis un siècle : le Trésor de la langue française en fournit une citation tirée de chez Rabelais en 1532, et une autre assez curieuse datant de 1680, « mot qui a vieilli, & qui ne se dit guere que dans le burlesque » (Richelet, Dictionnaire françois). Voltaire, qui n’avait pourtant pas lu la Wikipedia, dit de l’Encyclopédie que c’est un habit d’harlequin, où il y a quelques morceaux de bonne étoffe, et trop de haillons. Cette information nous provient d’un ouvrage de Noël et Carpentier dont le titre ne peut que susciter l’irrépressible envie de le lire ou de le feuilleter : Philologie française ou dictionnaire étymologique, critique, historique, anecdotique, littéraire, contenant un choix d’archaïsmes, de néologismes, d’euphémismes, d’expressions figurées ou poétiques, de tours hardis, d’heureuses alliances de mots, de solutions grammaticales, etc. pour servir à l’histoire de la langue française, publié à Paris en 1831. On y trouve aussi des définitions et des citations qui sont toujours d’actualité (cf. en exergue), même si certaines sont assez surprenantes (celle qui suit est reprise par les auteurs quasi textuellement de l’Encyclopédie de Diderot) :

Larron, s. m. On appelait originairement de ce nom des gens plein de bravoure qu’on engageait par argent, et qui se tenaient aux côtés de ceux qui les avaient engagés ; ce qui les fit appeler laterones, et par ellipse latrones. (…) Mais l’indiscipline s’étant glissée parmi eux, ils se mirent à piller, à voler, et latro se dit pour voleur de grand chemin.

Mais revenons à l’ouvrage en question. Pierre Larousse, fondateur de la maison qui porte encore son nom, étant né en 1817, on voit mal comment il aurait publié ce livre quelque deux cents ans avant son Grand dictionnaire universel…. En fait, il s’agit du cinquième tome du Théâtre complet de notre Molière national (comme l’affiche sa page de titre), publié en 1909 (comme l’indique une mention marginale microscopique en toute dernière page), avec des notices et annotations d’un Théodore Comte. La vignette est la page titre de l’édition originale de 1669. Les informations fournies au lecteur en ligne – par un catalogueur fatigué ou un moteur inculte – confondent ces deux éditions que 240 ans séparent.

Cette édition-ci ne manque d’ailleurs pas d’intérêt pour l’extrait du catalogue de la Bibliothèque Larousse disponible alors (1909, pas 1669) :

On ne saurait trop vivement leur recommander de rééditer sans attendre :

et, pour ceux qui auraient résisté aux miroirs aux alouettes, cet opuscule :

Enfin, dans la collection Livres d’intérêt pratique, on leur suggère une version actualisée et moins sexiste de :

l’homme devant être informé, tout autant que la femme, des principes de l’hygiène.

Google Books ne fournissant en accès intégral que ce cinquième volume (tout en mentionnant les autres), il est intéressant de se tourner vers Gallica2. Après tout, cette édition n’est plus sous droits. Mais lorsque l’on y recherche le théâtre complet illustré de Molière, on en trouve les tomes 4, 5, 7, 8 et 11 (un prix sera décerné à la personne qui trouvera la formule mathématique ayant généré ces nombres entiers) d’une édition de la fin du XIXe siècle. Impossible de savoir ce qu’ils contiennent sans les consulter – en mode image uniquement, d’ailleurs. Quant à la recherche avancée où l’on indique « Molière » comme auteur et « théâtre complet » (même pas illustré) comme titre, elle répond : « Aucun document ne correspond aux termes de recherche spécifiés. » Quant à Europeana – qui est en version de test – elle ne propose encore aucun de ces volumes.

D’autres recherches fournissent des résultats parfois surprenants. Ainsi, si l’on souhaite trouver les versions intégrales des ouvrages en français dont l’auteur est Molière (avec l’accent), Google en fournit dix-neuf, mais si on limite la requête en y rajoutant que le titre doit comporter le mot « œuvres », il en trouve vingt-cinq… Ce n’est qu’en les consultant un à un qu’on constate qu’il s’agit en général de volumes choisis d’éditions complètes, non pas de l’ensemble. Quant à Gallica2, lorsqu’on lui demande tous les ouvrages dont Molière est l’auteur, elle répond avec une liste de 119 titres ; en affinant pour ne garder que les 77 de « Molière (1622-1673) (77) », on récolte 112 résultats, dont le premier est J2EE / Molière (Jérôme), publié en 2005, et dont l’auteur « connaît les arcanes de Java et J22 qu’il pratique depuis leur apparition… » Europeana fournit une liste de 107 résultats, dont la première page ne comprend que des « Oeuvres de Molière. Tome… », littéralement. Impossible de savoir de quel tome il s’agit sans cliquer une fois (et on n’en découvrira alors que le numéro), et de ce qu’il contient sans consulter la version (image) du document en question…

On ne boudera pas ces services : après tout, ils fournissent, chacun en son genre, un volume conséquent de contenus utiles, intéressants, informatifs ou curieux, autant pour l’amateur que le professionnel. Mais c’est ce volume lui-même qui y rend la recherche ardue, faute d’interfaces plus efficaces pour l’utilisateur : équivalences sémantiques, informations plus détaillées sur la nature des contenus dès le premier niveau des réponses, possibilités de regrouper, de trier et de filtrer, de rechercher dans les contenus, de les feuilleter facilement, de les annoter et de les télécharger, etc. Bien de documents risquent d’être tout aussi peu consultés que leurs originaux sur les étagères des bibliothèques partenaires si cet aspect n’évolue pas.

Pour en revenir à Google Books, on avait déjà signalé la fantaisie dans le signalement des dates d’édition de certains titres. Mais il ne s’agit pas toujours d’erreur de catalogueur ou de « La Machine » : la page de garde de l’ouvrage ci-dessous, consacré à la Marquise de Pompadour, affirme qu’il a été imprimé rue de la paix en 1658, près de 63 ans avant la naissance de son sujet et 143 avant celle de son auteur. Quant à la rue de la paix, adresse de l’éditeur, elle n’a été percée qu’après la révolution française. Ce n’est qu’une curieuse coïncidence, mais le corps de ladite Marquise avait été enseveli dans le caveau des Trémoille au cimetière du couvent des Capucines, au-dessus duquel a été tracée cette rue. Le livre a été réellement imprimé en MDCCCLVIII.

3 décembre 2008

Lettres, mots, livres

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 22:27

Paris, années 1980 – Barcelone, 2008

L’oie et la grenouille

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 22:00

Oh ! que le Ciel m’a bien servie !
Se disait certaine oie, un jour.
J’ai des talents qui font le charme de ma vie.
Sans sortir de la basse-cour,
Je marche, vole ou nage, au gré de mon envie ;
J’habite l’eau, la terre et les airs tour à tour,
Sans sortir de la basse-cour !
Ainsi notre volaille, en extase ravie,
Près d’une flaque s’admirait
Et dans l’eau trouble se mirait.
Une grenouille y demeurait,
Qui répondit : Commère l’oie,
D’où naît cette superbe joie?
Vos pas, quand vous marchez, sont lents et chancelants ;
Vous volez, mais si bas ; vous nagez, oui, sur l’onde ;
Mais sous la moins profonde
Essayez de me suivre, avec tous vos talents !
Elle dit, et d’un saut rentre en son domicile.

Savoir un peu de tout est commun et facile ;
Cultivons un seul art, et possédons-le bien :
Celui qui sait tout ne sait rien.

Auguste Dusillet, in Annales franc-comptoises, 1864.

8 octobre 2008

We build too many walls and not enough bridges. (Newton)

Classé dans : Architecture, Littérature, Photographie — Miklos @ 7:36

Before one goes through the gate
one may not be aware there is a gate
one may think there is a gate to go through
and look a long time for it
without finding it
one may find it and
it may not open
If it opens one may be through it
As one goes through it
one sees that the gate one went through
was the self that went through it
no one went through a gate
there was no gate to go through
no one ever found a gate
no one ever realized there was never a gate
 
— R. D. Laing, Knots

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