Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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15 février 2008

La vie à Paname

Classé dans : Actualité, Humour, Littérature, Politique — Miklos @ 7:34

« Tocard, -ard, adj. et subst. Laid.
Tocasson, adj. et subst. masc. Femme laide et/ou bête. »
— Trésor de la langue française

« On ne pas être tout le temps dans le politiquement correct au motif qu’il y a certains mots qu’on n’a surtout plus le droit d’employer. » — Françoise de Panafieu

V’là t’y pas qu’la typesse du xviie agonise Bertand ! Il la fait flasquer, elle peut pas blairer sa schnasse. C’est t’y pas un peu parce qu’elle est de la haute ? Lui aussi il a sa particule, même qu’elle colle plus mieux à son nom ! L’est trop class’, lui, pour lui gazouiller cette mercuriale :

Oui, sal’ guenon, oui, v’là c’ que j’ai !
Et j’ la trouv’ raide et j’la trouv’ dure !
Faut que j’ me mette à l’iodure,
Paraît que j’ suis bien arrangé !
Tiens, asseois-toi là, sal’ pétasse,
Bonne à tout faire et propre à rien,
Er’garde-moi don’ bien en face,
Que j’te dis’ que t’es-t’un’ peau d’ chien…

Que j’ te dis tes quat’ vérités,
Que j’ t’engueul et que j’ t’abomine :
Canard boîteux, denré’, vermine !
Prends don’ pas tes airs épatés,
Voiri’ !… Choléra sans limace,
Outil d’ besoin, chausson, trumeau,
Er’garde-moi don’ bien en face,
Que j’ te dis que t’es-t’un chameau.

Gadou’ !… Fumier, poussier, torchon,
Chiffon d’ pied, morceau d’chaussett’s russes
Lanterne à poux, caserne à puces,
Gésier d’ putois, vessi’ d’cochon,
Rouchi’, vezon, pucier, paillasse,
Viande à corbeau !… Viande à fourgon,
Er’garde-moi don’ bien en face,
Que j’ te dis que t’es-t’un wagon.

Salé gâté !… Rognur’ d’étal,
Pompe à Richer, boîte à pétrole,
Chair à bubon, chair à cass’role,
Chair à charcut’ri’ d’hôpital,
Ragoût poivré !… Gibier malade,
Dépêch’-toi d’ plaquer mézigo,
Et d’ prendre l’panier à sa’ade
Pour t’en aller à Saint-Lago.

Aristide Bruant

M’en fait, elle encaisse pas que l’« tocard » préfère l’autocar* à la caisse. « Qu’elle nous sorte la preuve, la trace de son vote favorable pour la prolongation du tramway ! » qu’y lui a lancé.


*« Véhicule destiné aux transports urbains » — TLF.

31 janvier 2008

« Dossier K. »

Classé dans : Littérature, Shoah — Miklos @ 9:32

Ici dans ce transport
je suis Eve,
avec Abel mon fils
si vous voyez mon grand fils
Caïn, le fils d’Adam,
Dites-lui que je

— Dan Pagis, « Écrit au crayon dans un wagon scellé »

« Ils ont été assassinés tous les deux à Auschwitz. Ils avaient réussi à jeter une carte adressée à ma mère par la fenêtre du wagon à bestiaux : “On nous a mis dans un train, on nous amène quelque part, on ne sait pas où” – voilà à peu près ce qu’ils avaient écrit. » En lisant la petite phrase qu’Imre Kertész cite de son grand-père et de sa seconde femme, je me suis souvenu de celle que j’avais rapportée à propos des miens, en 1998 :

Avant le départ, j’ai pu enfin me plonger pour de bon dans les derniers messages envoyées, de 1939 à 1942, par mes grands-parents à leurs enfants, pour comprendre ce qu’avait été leur dernier parcours : de la Pologne encore libre à la Russie, où ils s’étaient réfugiés après l’invasion, et bientôt occupée par les nazis. Dans leur ultime carte postale, envoyée le 9 août 1942 de Sambor (en Ukraine), estampillée de la croix gammée, ils écrivaient qu’on les emmenait « au bal dans la ville voisine », demandant de ne plus leur écrire et que Dieu vous bénisse. D’après l’Atlas de la Shoah de Martin Gilbert, c’est durant les deux premières semaines d’août 1942 que les Juifs de cette région furent déportés vers le camp d’extermination de Belzec.

Dossier K.1 est le résultat de longs entretiens qu’Imre Kertész a eus avec son ami et éditeur Zoltán Hafner, qui le pousse à expliciter la frontière mouvante entre fiction et réalité dans son œuvre, surtout en ce qui concerne les aspects biographiques. Mais dès l’introduction, Kertész montre bien qu’il ne se laissera pas faire si facilement : s’il affirme qu’il a écrit ce livre (et non pas retranscrit les conversations) « pour obéir à une incitation extérieure(…) : une autobiographie en bonne et due forme », il rajoute que le résultat est « un véritable roman ». N’est-ce pas une des multiples façons de réfléchir au complexe ou à l’incompréhensible en le tournant sous toutes ses coutures, de dire l’indicible ? Cette dualité traverse sa vie – ballottée dès son enfance entre ses parents divorcés – et son œuvre : « Mais vois-tu, intellectuellement, je me suis émancipé très tôt, et, du moment que j’avais opté pour l’écriture, je pouvais considérer mes soucis comme un matériau de mon art. Et même si ce matériau paraît lugubre, la forme le rachète et le transforme en joie. » Ou l’écriture comme stratégie de survie à la honte de la survie, comme alternative – temporaire pour certains – au suicide :

Je ne sais plus à quel moment je me suis dit pour la première fois qu’il devait y avoir une effroyable erreur, une ironie diabolique dans l’ordre du monde que l’on vit comme la vie ordinaire, normale, et que cette effroyable erreur, c’était la culture, le système des idées, la langue et les notions mêmes qui te cachent le fait qu’il y a longtemps que tu n’es qu’un élément bien huilé d’une machine conçue pour t’anéantir. Le secret de la survie, c’est la collaboration, mais en le reconnaissant une telle honte s’abat sur toi que tu préfères refuser la survie plutôt que d’assumer la honte de la collaboration. »

Ce constat fait écho – mais de façon beaucoup plus frappante (et sincère ?), en ce qu’elle traverse la vie et l’œuvre de Kertész – à celui de George Steiner, lorsqu’il se demande, du haut de sa chaire, si « le culte et la pratique des humanités, la fréquentation du livre à haute dose [ne] sont[ils pas] des facteurs de déshumanisation. Ils peuvent rendre plus difficile notre réponse active à une réalité politique et sociale prégnante ». Si Steiner cultive avec délectation le livre, chez Kertész il est cuirasse et arme. La littérature a changé sa vie, « de la manière la plus radicale qu’il soit », écrit-il à propos de La Mort à Venise de Thomas Mann, en lui faisant comprendre « que la littérature est un bouleversement complet, un coup irrémédiablement porté au cœur, un courage et un encouragement élémentaires, et en même temps quelque chose comme une maladie mortelle. »

On ne saurait éviter de rappeler qu’à quinze ans Kertész a été déporté à Auschwitz et à Buchenwald. La question de la survie – et pas uniquement à « cet événement » – revient dans son œuvre, comme l’évoque l’intervieweur à propos de Procès Verbal : la survie sous les dictatures, mais aussi la capacité à accepter la liberté, après. À cela, Kertész répond : « Pour parler cruellement, je dirais que, dans les dictatures, on “jouit” de la liberté des asiles, tandis que dans la démocratie, il y a un consensus, une vraie responsabilité d’écrivain qui peut limiter ton imagination encline aux débordements ».

Longue réflexion parfois féroce mais jamais méchante sur le fait d’être né prédestiné, en quelque sorte, « enfant juif dans ce monde hostile », et d’avoir à y grandir et à y vivre, c’est ce que Imre Kertész exprime d’une façon qui ne saurait laisser indifférent, bouleversante et sans pathos.


1 Traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba. Actes Sud, 2008.

30 janvier 2008

Jerome K., ou les (més)aventures de trois hommes

Classé dans : Littérature — Miklos @ 17:36

« Ce ne sont ni le style ni le savoir qu’il diffuse qui font la qualité essentielle de ce livre. C’est sa vérité. Les événements qui en composent la trame sont réellement arrivés. » — Jerome K. Jerome

Ce titre ne fait aucunement allusion à une certaine personne actuellement sous les feux de l’actualité et sur le grill de la brigade financière, à son patron et à un initié, mais à George, à William Samuel Harris et à leur ami, le narrateur anonyme (sans compter le chien, Montmorency), les trois célèbres héros de deux nouvelles fort amusantes de Jerome K. Jerome (où le « K » est l’initiale de « Klapka »). La plus connue et traduite en français sous le titre de Trois hommes dans un bateau (sans compter le chien)1, publiée en 1889 relate leurs aventures en barque le long de la Tamise, après que le médecin de l’hypochondriaque narrateur (ce qui correspond bien au caractère de l’auteur) lui ait donné en guise de remède une ordonnance lui recommandant de bien manger, de prendre l’air et de se vider la cervelle. Car comment guérir autrement de telles afflictions ?

«J’ai toujours en mémoire cette visite faite un jour au British Muséum. Je voulais me renseigner sur le traitement d’une légère indisposition dont j’étais plus ou moins atteint – c’était, je crois, le rhume des foins. Je consultai un dictionnaire médical et lus tout le chapitre qui me concernait. Puis, sans y penser, je me mis à tourner les pages d’un doigt machinal et à étudier d’un œil indolent les maladies, en général. J’ai oublié le nom de la première sur laquelle je tombai – c’était en tout cas un mal terrible et dévastateur – mais, avant même d’avoir lu la moitié des « symptômes prémonitoires », il m’apparut évident que j’en souffrais bel et bien. Un instant, je restai glacé d’horreur. Puis, dans un état de profonde affliction, je me remis à tourner les pages.

J’arrivai à la fièvre typhoïde… m’informai des symptômes… et découvris que j’avais la fièvre typhoïde, que je devais l’avoir depuis des mois sans le savoir. Me demandant ce que je pouvais bien avoir encore, j’arrivai à la danse de Saint-Guy… et découvris – comme je m’y attendais – que j’en souffrais aussi. Je commençai à trouver mon cas intéressant et, déterminé à boire la coupe jusqu’à la lie, je repris depuis le début par ordre alphabétique… pour apprendre que j’avais contracté l’alopécie et que la période aiguë se déclarerait dans une quinzaine environ. Le mal de Bright – je fus soulagé de le constater – je n’en souffrais que sous une forme bénigne, et pourrais vivre encore des années. Le choléra, je l’avais, avec des complications graves. Quant à la diphtérie, il ne faisait aucun doute que j’en étais atteint depuis la naissance.» Consciencieux, je persévérai tout au long des vingt-six lettres de l’alphabet et, pour finir, il s’avéra que la seule maladie me manquant était bel et bien l’hydarthrose des femmes de chambre.

L’art de Jerome K. Jerome réside non pas uniquement dans son humour subtil et discret, très british (comment en serait-il autrement), mais aussi dans sa capacité d’agrémenter ce voyage au fil de l’eau de réflexions philosophiques sérieuses dites légèrement, de vignettes et d’anecdotes s’enchaînant de fil en aiguille par associations d’idées, de façon quasi hypertextuelle. Ceux qui l’ont lu se souviendront probablement de la façon qu’avait l’oncle Podger d’accrocher un tableau, mobilisant toute la famille pour la durée de l’aventure, dont l’issue était prévisible : « Enfin, vers minuit, le tableau était accroché, de guingois et précairement ; le mur alentour, sur plusieurs mètres carrés, semblait avoir essuyé un tir de mitrailleuse et tous, nous titubions de fatigue et de découragement, tous sauf oncle Podger ». Ou de la relation du transport dans un compartiment de train de « merveilleux fromages, moelleux et bien faits, d’un fumet d’une puissance de deux cents chevaux-vapeur, et qu’on aurait pu garantir capable de porter à trois milles et de foudroyer son homme à deux cents mètres », de l’impact de leur arôme sur les voyageurs, puis sur la personne à laquelle ils étaient destinés, et qui finiront enterrés sur la plage d’une station balnéaire, qui en acquerra une grande réputation, « si bien que malades des bronches et grands anémiques y accoururent en foule pendant des années ».

Jerome décrit gentiment les travers de l’espèce humaine, qu’il prend à son compte. Voici ce qu’il dit de la procrastination :

«J’ai toujours l’impression de fournir plus de travail que je ne devrais. Non pas que le travail me répugne, remarquez ; j’aime le travail, il m’exalte. Je resterais des heures à le contempler. J’apprécie énormément sa compagnie, et l’idée d’en être séparé me brise le cœur.

On ne saurait m’en donner trop ; accumuler le travail est même devenu chez moi une sorte de passion ; mon bureau en est rempli à un tel point qu’il n’y a plus de place pour en mettre davantage. Il me faudra bientôt construire une annexe.

En outre, je prends soin de mon travail. Une partie de celui que j’ai en ce moment chez moi est en ma possession depuis des années et des années, et il n’est souillé d’aucune trace de doigts.» Je suis très fier de mon travail. Je le descends de temps à autre pour l’astiquer. Je ne connais personne qui garde son travail en meilleur état de conservation que moi.

Le voyage des trois amis se terminera par une soirée réussie à l’Alhambra, suivie d’un souper roboratif et d’un toast – comme il se doit – auquel se joindra Montmorency.

Quelques années plus tard, Jerome publiera les aventures des trois amis en balade à bicyclette dans la Forêt noire2. Écrite dans la période de grande popularité du vélo suite à l’invention de la transmission par chaîne et des pneus, elle ne devrait pas manquer de plaire aux adeptes du Vélib’ (sans compter les autres). Enfin, à ceux qui préfèrent le luxe, le calme et la volupté de leur fauteuil, on conseillera la lecture des Pensées paresseuses d’un paresseux du même auteur.


1 Le sous-titre varie selon l’époque de la traduction (« sans oublier le chien », « sans parler du chien », « pour ne rien dire du chien »).
2Intitulé Three Men on the Bummel (et non pas « in », comme l’indique la Wikipedia française), le mot dénotant une randonnée ou balade sans but précis, et où l’on revient toujours, quelques heures ou quelques jours plus tard, vers son point de départ. Elle a été traduite en français sous les titres Trois Hommes en balade et Trois hommes sur un vélo.

3 janvier 2008

Membert languit, Membert se meurt… Qu’a Membert ?

Classé dans : Humour, Littérature — Miklos @ 8:37

Dans son anthologie Humour 1900, Jean-Claude Carrière fait remonter l’art du calembour « à la plus haute antiquité ». Pour preuve, il cite « ce jeu de mots en bas latin : Ave ave aves esse aves, qui peut se traduire par : Salut grand-père ; désires-tu manger des oiseaux ? ». Il continue :

C’est sous le Consulat qu’il commit, dans des cercles encore limités, ses premiers ravages1. Un peu plus tard, le romantisme naissant le servit. Les bouleversements et l’enrichissement du vocabulaire, la révolution de la prosodie, le mélange des genres, tout favorisait son entrée furtive dans les plus nobles pièces, quelquefois même à l’insu de l’auteur. C’est ainsi qu’on trouve dans un roman de Ponson du Terrail (…) cette phrase surprenante : « En voyant le lit vide, il le devint. »

Même si Victor Hugo le méprisait (le définissant comme « la fiente de l’esprit qui vole »), il n’a pas manqué d’en produire un lot non négligeable :

« Vaurien, tu viens de prendre la taille à ma femme !
— Moi, monsieur ! Fouillez-moi ! »

ou encore :

C’est une effroyable et admirable chose qu’un incendie vu à brûle-pourpoint.

et enfin le célèbre

O Veuillot, face immonde encor plus que sinistre,
Laid à faire avorter une femme, vraiment !
Quand on te qualifie et qu’on t’appelle cuistre
        istre est un ornement.

Quelques autres perles d’époque (la belle, et celle d’après) :

Les trop grandes pompes d’une religion servent à l’éteindre. (Xavier Forneret)

Une jolie danseuse disait en montrant ses jambes : « C’est avec ça que je nourris papa et maman… Aussi, ils appellent mes mollets des pattes alimentaires. » (Aurélien Scholl)

Tirer un Chinois par la queue ne constitue pas le moins du monde un attentat aux mœurs. (Jules Jouy)

Voici l’été : épousez une femme ombrageuse. (Id.)

Quant au titre de cet article, il provient de l’adorable Franc-Nohain2, à qui l’on doit de délicieux textes – prose, poèmes, théâtre – tels que Jaboune ou le livret de la pétillante Heure espagnole de Maurice Ravel.
 


1 C’est aller un peu vite en besogne : et le « Et le désir s’accroît quand l’effet se recule » de Corneille, alors ? Sans oublier Shakespeare, dont le « mender of soles/souls » qui ouvre Julius Caesar est une bonne raison pour apprendre l’anglais afin d’en goûter l’humour.

2 Qui a donc anticipé de plusieurs décennies et probablement inspiré l’Ami Caouette de Serge Gainsbourg.

2 janvier 2008

Le temps suspendu

Classé dans : Littérature — Miklos @ 23:19

« Se voiler la face, vivre d’illusions, refuser le temps qui passe ou de voir les inégalités, c’est vivre moins qu’une pierre. » — Hafid Aggoune

« Quand nos mains se tiennent, j’oublie tout le reste
J’ai l’impression même que le temps s’arrête. »
— Michel Jourdan, Le temps qu’il nous reste (musique : Pintucci, Di Barr, Masini)

« Le temps passe si vite… », comme le chante si tendrement Mouloudji dans une belle chanson mise en musique par Van Parys. Ceux qui le ressentent s’en aperçoivent surtout au passage de ces pierres numéraires que sont les anniversaires, les changements de saison ou d’année, moments mélancoliques pour eux, fêtes pour d’autres. Il n’est pas étonnant que certains s’évertuent à le ralentir – mais pour mesurer sa vitesse de passage et dire qu’il passe si vite ou parfois trop lentement, encore faudrait-il qu’il y ait un « autre » temps servant à mesurer la progression du nôtre (certains en sont convaincus). D’autres tentent de l’arrêter — à l’instar d’un auteur anonyme de la dÉsencyclopédie qui en donne une recette pleine de bon sens : « pour arrêter le temps, il n’y a qu’une seule façon de procéder : courir très vite, de manière à aller exactement à la même vitesse que le temps ». Il y en a même qui œuvrent à ressusciter les cadavres dont son chemin est parsemé.

C’est dans l’art que le temps se fige ou s’étire à souhait comme l’avaient illustré si merveilleusement la Garry Stewart Australian Dance Theater et la photographe Lois Greenfield. Qui ne connaît les montres molles de Dali ou celles accumulées par Arman devant la gare Saint-Lazare ou dans des boîtes ? Quant à Marcel Aymé1, il réussit là où Fonacon échoue misérablement : éviter de passer au mois suivant (Fonacon essaie de n’empêcher que le changement d’année).

32 juin. — Il faut bien convenir que le temps a des per­spec­ti­ves encore inconnues. Quel casse-tête ! Hier matin, j’entre dans une boutique acheter un journal. Il portait la date du 31 juin.

— Tiens, dis-je, le mois a trente et un jours ?

La marchande, que je connais depuis des années, me regarde d’un air incompréhensif. Je jette un coup d’œil sur les titres du journal, et je lis :

« M. Churchill se rendrait à New York entre le 39 et le 45 juin. » 2

quantièmes oh combien symboliques pour un conte de guerre publié en 1943 ! Encore un paradoxe temporel ?


1 Dont certains prétendent à tort qu’il « manque d’amour » et qu’il « reste un peu à l’écart » : n’en perçoivent-ils pas la sensibilité et l’empathie profondément pudiques — il suffit de lire « En attendant » ou « La Légende poldève » (tous deux dans Le Passe-muraille) — qui, blessée et indignée, se manifeste par une froide ironie tournée à l’encontre des infâmes personnages de La Tête des autres
2 « La Carte », in Le Passe-muraille.

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