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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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24 juillet 2014

Life in Hell : Qu’il est difficile d’extirper le ver de la Pomme, ou, On (ne) va (pas) en faire une compote !

Classé dans : Actualité, Cuisine, Nature, Peinture, dessin, Sciences, techniques — Miklos @ 17:48


Akbar, Jeff, la Pomme et le Serpent. Cliquer pour agrandir.

Jeff est accro aux devices qui l’entourent, tandis qu’Akbar les considère tous comme des vices. Au moins, marmonne-t-il in petto, son jardin de délices est très fruitier : oranges et pommes sont ses objets quotidiens. Mais les vers qui y pullulent n’ont rien de poétique.

Pour son rapport-au-monde, Jeff est abonné à Orange. Lors d’un récent problème de connectivité, Akbar – qui est son porte-parole technique – se connecte au service Customer Chat, qui répond instantanément « Bonjour et bienvenue sur l’eChat Orange. Nous vous mettons en relation avec un conseiller, merci de patienter. Le temps d’attente est estimé à 15 minute(s). » C’est acceptable, pensent les deux larrons (qui communiquent entre eux télépathiquement, ce qui a aussi parfois ses problèmes).

Puis le décompte commence. Après une dizaine de minutes, Orange leur dit que Le temps d’attente est estimé à 13 minute(s). Et ainsi de suite… Au bout de 40 minutes, Orange n’a de cesse de répéter toutes les deux minutes que Le temps d’attente est estimé à 1 minute(s). Au bout d’une heure et quart, Akbar lance un Ô rage ! et coupe la communication (si on peut appeler cela une communication) avec Orange.

Saisi, Jeff s’écrie « Ciel ! », ce qui ne manque de rappeler à Akbar la curieuse méthode de décompte de Siel, le système de panneaux d’affichage du temps d’attente jusqu’aux prochains passages des autobus de la RATP dans certaines stations : les minutes sont parfois aussi longues que chez Orange, avec, en sus, une faculté vraiment science-fictionnelle de remonter dans le temps.

L’ordinateur portable de Jeff n’étant pas assez portable et son iPhone étant trop petit pour travailler en déplacement, il décide de s’acheter le tout dernier iPad. Celui qu’il finit par commander sur le site de la Fnac à un prix défiant quasiment toute concurrence arrive plus rapidement que son ombre, mais la couleur du clavier ne correspondant pas aux critères esthétiques de Jeff, il demande à le remplacer. Après quelques ratées dans les échanges avec le robot de la Fnac et quelques réponses ironiques voire blessantes du seul humain qui répondit à son appel au service téléphonique d’après vente, il y parvient. Akbar se dit en son for intérieur que moins il utilisera les services en ligne, moins il sera frustré.

Il s’agit maintenant de faire en sorte que les contenus de son iPhone se retrouvent sur l’iPad et inversement. C’est le service de synchro­nisation que propose le logiciel iTunes, installé sur son portable. Or problème ! il ne voit pas l’iPad quand les deux larrons le branchent sur le PC, bien qu’il soit à jour et que le PC lui-même le détecte sans aucun problème.

Ils se décident donc de faire appel au service de demande d’assis­tance en ligne d’Apple : via leur site, on peut demander d’être appelé sur-le-champ ou de planifier un appel ultérieur. Ils choisissent d’abord la première option qui indique un temps d’attente de 2 minutes. Dix minutes plus tard, toujours rien. Akbar vérifie si Apple n’a pas été racheté par Orange ou inversement, mais non.

Ils passent à l’autre option : rendez-vous demain matin. Après plusieurs échecs lors du choix de créneaux pourtant indiqués comme disponibles, ils décident d’attendre en ligne qu’on les appelle. Ce qui est fait rapidement. Un « opérateur » les met poliment en attente, ils obtempèrent, puis la communication est coupée. Akbar se retient d’exploser, il y a assez d’explosions comme ça dans le monde.

Ils se résignent à appeler l’assistance téléphonique dont ils trouvent ailleurs le numéro. La réponse est rapide et surtout humaine : on leur dit poliment d’attendre quelques instants. Après une dizaine de minutes, W., un technicien fort aimable, prend la communication, et indique à Akbar des procédures à faire sur iTunes, que notre compère avait d’ailleurs toutes tentées par le passé sans succès. Au bout d’une quinzaine de minutes, la communication coupe. Au même instant, la prise d’écran qu’avait effectuée le technicien pour voir ce que faisait Akbar est aussi coupée. Jeff et Akbar attendent. En vain, personne ne rappelle. Il ne leur reste plus qu’à tenter de prendre un rendez-vous d’appel pour le lendemain matin, ce qui est fait.

Après un bon dîner (gazpacho de Dr Doudoune, riz au poisson – maquereaux pour Akbar, colin pour Jeff qui déteste les maquereaux de tous ordres –, glace au lemoncello), Jeff réintègre sa tanière tandis qu’Akbar passe une partie de la nuit à éplucher les sites de support technique d’Apple. Il tombe finalement sur une page qui, entre autres vérifications – qu’il avait faites dans le passé et refaites quelques heures plus tôt sous la direction du technicien disparu – lui demande aussi de mettre à jour le pilote USB de l’iPad dans les périphériques Windows. Ce qu’il fait, et ô miracle !, voici qu’iTunes – qui était pourtant à jour, lui – aperçoit enfin l’iPad.

Le lendemain matin, Jeff revient en compagnie de son iPhone, et quelques instants plus tard Apple appelle. Après une autre coupure téléphonique, Akbar se retrouve finalement en contact avec Y., un autre technicien très aimable. Il l’informe de ce qu’il était arrivé à faire tout seul. Y. lui dit qu’il faut maintenant sauvegarder l’iPhone sur le PC, et restaurer cette sauvegarde dans l’iPad.

Problème : maintenant, iTunes ne voit pas l’iPhone, ce qui n’était pas le cas auparavant. Après toutes sortes de manipulations qu’Y. demande à Akbar de faire, qui culminent dans la création d’un nouveau compte sur le PC et de l’installation d’iTunes qui a pour effet de « réparer » celui en présence sur le PC mais sans aucun effet bénéfique, Y. annonce à Akbar qu’il va transférer la communication en haut. Ciel, se dit Akbar in petto, j’espère qu’il ne s’agit pas de Siel.

Non, c’est M., technicienne supérieure, très aimable et en sus patiente, détendue et dotée d’humour (toutes attitudes sans doute autorisées en haut), qui rendront plus que supportable le long dialogue de près de deux heures qu’il aura avec elle. Dans une des périodes où elle le met en attente pour chercher quelques informations de son côté, il décide d’essayer d’effectuer sur le PC ce qu’il avait fait la veille pour l’iPad : mettre à jour le pilote USB de l’iPhone. Ô miracle, voici maintenant qu’iTunes voit les deux iTrucs.

Akbar n’est pas au bout de ses peines. Une fois effectuée la sauvegarde-restoration (vu la quantité de musique et de podcasts que Jeff a enregistrés, la démarche est longue), ils constatent que les contacts, le calendrier et les paramètres des boîtes à lettres ne sont pas passées sur l’iPad.

Le problème des contacts se règle à l’aide de M. qui dirige à l’aveugle Akbar dans la longue procédure finalement couronnée de succès. Le rajout de l’accès au compte mail principal de Jeff (par le protocole imap sur Free) joue des tours, mais M. trouve après une brève recherche qu’il ne faut pas spécifier de nom de compte ni de mot de passe pour le courrier sortant (curieux, ça) et le tour est joué. Pour le reste, c’est aux deux larrons de jouer. Jeff et Akbar la remercient avec profusion.

Akbar ressaisit à la main dans l’iPad tous les paramètres de la dizaine des autres comptes de mail de l’iPhone de Jeff. Puis c’est dans son bureau que Jeff finira de synchroniser son calendrier avec son ordinateur professionnel.

Pour récompenser ceux des fidèles lecteurs qui seraient arrivés à la fin de cette saga si commune finalement de nos temps, voici deux recettes fort intéressantes, tirées d’un ouvrage au titre prometteur :


Le Cuisinier royal, ou, L’Art de faire la cuisine, la pâtisserie et tout ce qui concerne l’office pour toutes les fortunes par M. Viard, Homme de bouche. Dixième édition augmentée de 850 articles, et ornée de 9 planches pour le service des tables depuis 12 jusqu’à 60 couverts, par M. Fouret, ex-officier de bouche du Roi d’Espagne ; suivie d’une notice sur les vins, par M. Pierhugue, sommelier du Roi. Paris, 1820.
Cliquer pour agrandir.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

23 juillet 2014

Entendre chanter la fauvette dans la rue Saint-Martin

Classé dans : Architecture, Histoire, Nature, Peinture, dessin, Photographie, Sculpture — Miklos @ 10:33


Square des Arts-et-Métiers, 2014. Cliquer pour agrandir.

«Si quelque voyant des anciens jours avait prédit à nos aïeux que leurs petits-enfants iraient goûter la fraîcheur sous de grands arbres, respirer le parfum des fleurs et entendre, au bruit des fontaines, chanter la fauvette dans la rue Saint-Martin, la prédiction les aurait bien étonnés. Le square des Arts-et-Métiers réalise pourtant une telle idée. Ce square est planté de quinconces. Une balustrade en pierre du Jura, surmontée de vingt candélabres et de vingt-huit vases en bronze, entoure le square, que ferment quatre grilles en fer forgé d’un très beau travail. Deux grandes fontaines, encaissées dans le goût de celles de Versailles, sont ornées des figures de l’Agriculture, de l’Industrie, du Commerce, et des Arts. MM. Ottin et Gumery ont sculpté les figures ; MM. Eck, Durand et Thiébaut les ont fondues ; »les ornements en bronze rapportés sur l’archi­tecture sont de M. Liénard. Il ne manque plus rien au square des Arts-et-Métiers : il a des ombrages, des oiseaux et des fleurs.

L’Illustration, journal universel. 28e année, vol. LV, n° 1422. 28 mai 1870.


Square des Arts-et-Métiers, 1870. Cliquer pour agrandir.

«Le square des Arts et Métiers, établi sur un terrain situé entre le boulevard de Sébastopol et la rue Saint-Martin, se compose principalement d’une plantation régulière de marronniers, disposés de manière à présenter au centre une avenue conduisant à la principale porte d’entrée du Conservatoire des arts et métiers. Deux bassins, entourés de gazons, sont situés dans les allées latérales de la plantation.

La superficie intérieure de ce square est de 4.145m,46, y compris celle de 248m,62 occupée par les bassins.

Le nombre d’arbres composant la plantation est de 112. »Ces arbres ont été tirés de localités avoisinant Paris et transplantés au chariot.

La dépense totale a été de 320.000 fr.

Exposition universelle à Londres en 1862. Notices sur les modèles, cartes et dessins relatifs aux travaux publics.

21 juillet 2014

Sur l’usage des moustaches chez le chat et chez plusieurs autres animaux

Classé dans : Actualité, Nature, Photographie — Miklos @ 9:50


Cassis à Chamery (Nièvre). Autres photos ici.

«M. B. ayant disséqué avec soin sur un gros chat les rameaux de la 5e paire, qui se rendent aux moustaches, remarqua qu’un filet considérable se rendait à chaque bulbe, et que ces filets se perdaient dans l’intérieur de chaque poil. On conserve au musée Huntérien une semblable préparation faite sur le phoque. M. Andral fils, dans un des nos du Journal de physiologie expérimentale, a décrit, il y a déjà quelque temps, les filets nerveux qui se rendent aux moustaches de cet animal. La grosseur de ces nerfs ayant fait penser à M. B. que les moustaches sont des organes destinés à transmettre certaines sensations, il a fait quelques expériences pour vérifier cette supposition. Il rangea des livres sur le parquet, de manière à former des chemins disposés comme les rues d’une ville; puis, ayant bandé les yeux d’un jeune chat, il observa que cet animal se dirigea très-bien en appliquant sa tête sur le parquet, et évita les angles et les murs formés par les livres. On coupa ensuite les moustaches de ce chat, sans qu’il parut souffrir, et alors il fut évident, dit M. B., que l’animal, qui avait toujours les yeux bandés, eut peine à suivre la route formée par les livres; il se heurta à plusieurs reprises contre les livres et aux détours qu’ils formaient. D’après ces faits, M. B. pense que les moustaches servent aux animaux à éviter de se heurter dans l’obscurité contre les divers corps qu’ils peuvent rencontrer. Il n’est pas fort exact de comparer les moustaches du chat,» comme le fait l’auteur, aux bras de la sépia, aux antennes des insectes et des crustacés, ou aux tentacules du limaçon. D. F.

S. D. Broughton, « Sur l’usage des moustaches chez le chat et chez plusieurs autres animaux », Lond. med. and phys. Journ., mai 1823, p. 397, rapporté par le Bulletin général et universel des annonces et des nouvelles scientifiques dédié aux savans de tous les pays, t. 4, 1823.

1 juin 2014

Vues d’Irlande : Clonmacnoise

Classé dans : Histoire, Lieux, Photographie, Religion — Miklos @ 19:30


Ruines de Clonmacnoise (autres photos ici).
Cliquer pour agrandir.

«Un site du début de l’ère chrétienne fondé par St. Ciarán au milieu du VIe siècle sur la berge Est de la Shannon. Ce site contient les ruines d’une cathédrale, sept églises (Xe – XIIIe siècles), deux tours rondes, trois croix hautes et »la plus grande collection de pierres tombales du début de l’ère chrétienne de l’Europe occidentale. (source)

«Le roi Diarmid, ou Dermott[Diarmait Uí Cerbaill, premier chrétien à être couronné monarque suprême d’Irlande.], monarque suprême de l’Irlande, descendait, comme Columba[Saint Columba of Iona, 521-597.], du grand roi Niall, mais par un autre fils que celui dont Columba était l’arrière-petit-fils. Il vivait, comme tous les princes de son pays, dans une union intime avec l’Église, personnifiée en Irlande, plus encore qu’ailleurs, par l’ordre monastique.

Exilé et persécuté dans sa jeunesse, il s’était réfugié dans une île entourée par un de ces lacs que traverse le principal fleuve de l’Irlande, le Shannon, et il s’y était lié avec un saint moine, nommé Kiéran[Saint Ciarán de Clonmacnoise, ~514-~544.], qui n’était autre que ce fils de charpentier, camarade jaloux de Columba à l’école monastique de Clonard et depuis son émule généreux en science et en austérité. Sur la rive encore solitaire du fleuve, les deux amis avaient projeté la fondation d’un monastère que la nature marécageuse du terrain obligerait de bâtir sur pilotis. « Plantez, » avait dit le moine au prince exilé, « plantez avec moi le premier pieu en mettant votre main sous la mienne ; et d’ici à peu cette main sera sur tous les hommes d’Érin. »

En effet, Diarmid fut bientôt appelé au trône. Il usa aussitôt de son pouvoir pour doter richement le sanctuaire que devait lui rendre doublement cher le souvenir de son exil et de son ami. Sous le nom de Clonmacnoise, ce sanctuaire devint l’un des grands monastères et l’une des écoles les plus fréquentées de l’Irlande et même de l’Occident ; il fut si riche en possessions et surtout en communautés, filles ou vassales de son autorité hiérarchique, qu’un dicton populaire renfermait la moitié de l’Irlande dans l’enceinte de Clonmacnoise. Cette enceinte contenait réellement jusqu’à neuf églises avec deux tours rondes ; les rois et les seigneurs des deux rives du Shannon y eurent, pendant mille ans, leur sépulture sur une hauteur verdoyante qui domine les bords marécageux du fleuve. On en voit encore les ruines tristement pittoresques, et parmi elles une croix de pierre où sont grossièrement sculptés le prince et l’abbé tenant à eux deux le pieu allongé par la pointe, dont la légende a consacré le souvenir.

Situé à sept milles au-dessous d’Athlone, sur la rive orientale du Shannon, Clonmacnoise fut plus tard érigé en évêché, qu’il ne faut pas confondre avec celui de Cloyne, quoique la désignation latine, Clonensis ou Cluanensis, soit identique. — Cette grande abbaye doit sa principale illustration à son abbé Tighernach (1088), historien très-souvent cité et dont les annales ont été publiées au tome II des Rerum Hibernicarum scriptores, d’O’Connor. Elle renfermait dans sa vaste enceinte une communauté de ces moines laïques, connus sous le nom de Culdees, dont nous aurons à parler plus loin, qui avait été créé par un frère convers du monastère, nommé Conn des pauvres à cause de sa grande charité. Plus tard, au douzième siècle, elle fut attribuée aux chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui la conservèrent jusqu’à la spoliation générale. O’Curry, op. cit, p. 60. — Le Gentleman’s Magazine, de février 1864, »publie un plan de l’état actuel de Clonmacnoise, avec une notice fort intéressante de M. Parker sur l’architecture de ces ruines.

Comte de Montalembert, Les moines d’occident depuis Saint Benoît jusqu’à Saint Bernard. Tome III : Conversion de l’Angleterre par les moines. 1866.

30 mars 2014

Ce pauvre corbeau…

Classé dans : Histoire, Lieux, Littérature, Photographie — Miklos @ 14:57


Street art.

« À goupil endormi rien ne chet en la gueule. » Se disait autre­fois d’une personne qui se livre à la paresse lorsqu’elle aurait besoin de travailler pour vivre.

« Sois la queue du lion plutôt que la tête du renard ». Dicton talmudique (הֱוֵה זָנָב לָאֲרָיוֹת וְאַל תְּהִי ראשׁ לַשּׁוּעָלִים).

La rue du renard longe la face arrière du Centre Pompidou. C’était, comme on l’avait vu, un quartier assez mal fréquenté au Moyen Âge, et la situation, comme on pourra le lire ci-dessous, ne s’était pas amé­liorée avec le temps. Ce n’est sans doute que la réhabilitation du quartier dans les années 1970 qui l’a transformée en une artère à la circulation dense et aux relents de pots d’échappements et dont les trottoirs étroits sont bordés de commerces destinés principalement aux touristes pressés.

Ce n’était d’ailleurs pas la seule rue qui portait ce nom : en 1492, une rue au Goulier, dite du Renard reliait les rues Bertin-Poirée et Thibault-aux-Dez (l’actuelle rue des Bourdonnais) dans le 1er arrondissement, presque en face de la rue Jean-Lantier ; elle fut ensuite fermée par des grilles à ses deux extrémités, puis transformée en cul-de-sac, et enfin supprimée. (sourceJ de la Tynna, Dictionnaire topographique, étymologique et historique des rues de Paris. Paris, 1812.). Au fil des siècles, elle a porté d’autres noms : Jean L’éveillé, Jean l’Esguillier, Jean le Goulier, Trois-Visages… Plus haut, une rue du renard-Saint-Sauveur, auparavant appelée rue percée, reliait les rues Saint-Denis et des Deux-Portes-Saint-Sauveur (l’actuelle rue Dussoubs). Enfin, au XVIIe siècle il y avait aussi une rue du renard sur la rive gauche, qui faisait le coin avec la rue de la Huchette près du point Saint-Michel (sourceHenri Sauval, Hist. des recherches des antiquités de la ville de Paris, 1724).

Face à cette prolifération, on peut se demander si le corbeau a eu sa rue à Paris. On en a trouvé peu de mentions (et le service de recherche des rues de Paris mis en place par la Ville de Paris dysfonctionne depuis des années). On signalera une rue du Corbeau dont il est fait état dans un texte plutôt macabre – Rapport sur la marche et les effets du choléra-morbus dans Paris et les communes rurales du département de la Seine – datant de 1834 ; un autre texte mentionne une « rue du Corbeau dans le quartier des Halles », où se trouvait, en 1869, une librairie. Cet oiseau de malheur n’était sans doute pas à l’honneur dans la capitale, mais on en trouve bien plus de mentions en province et notamment dans des villes de l’est et du nord de la France, ainsi qu’en Belgique : Rouen, Reims, Strasbourg, Bruxelles (où elle s’appelait auparavant rue de la pie…), Tournai, Gand…

«J’avais entendu parler de madame M…, née d’une famille très distinguée et très connue, qui loge rue du Renard, près de Saint-Médéric. Comme je connais peu Paris, il ne me paraissait nullement étonnant de n’avoir jamais ouï parler de la rue du Renard ; mais je disais, les gens d’une éducation vulgaire disent Saint-Merry pour Saint-Médéric, et puisque madame parle comme les gens bien élevés, il faut croire que sa maison répond à son éducation et à son rang. Je me rendis donc à la rue du Renard. Ah! Monsieur, est-il possible qu’une dame qui sait fixer à son gré la roue de la fortune se loge dans la rue du Renard ! Quelle rue ! celles de Brienon ne sont pas belles; mais la rue du Renard !… Je vis bien qu’il y avait là de la finesse, et je me mis en garde contre les procédés de madame M… […]

Quoique l’approche de la rue du Renard eût d’abord effrayé mes yeux et révolté mon odorat, je résolus néanmoins de vaincre mes préjugés, et de forcer son entrée noire, obscure et boueuse. Je me rappelai que la Sybille de Cumes, cette illustre prophétesse qui a eu l’honneur d’accompagner un héros aux enfers, n’habitait qu’une grotte beaucoup moins brillante que les réduits de la rue du Renard. Je fis réflexion que les personnages extraordinaires étaient sujets à des bizarreries qui les distinguaient des esprits vulgaires. Je m’acheminai donc, en me tenant sur la pointe du pied, jusqu’au n° 4 de la rue du Renard. […]

Je vous ai dit, Monsieur, que j’avais eu d’abord quelque défiance des calculs de madame Je sens maintenant combien j’ai tort. Il me semble évident que personne ne compte mieux que cette dame. Je suppose que dix admirateurs des prodiges de Paris, aussi confiants que moi dans les lumières de madame viennent chaque jour la trouver et lui remettre la petite offrande provisoire qu’elle est dans l’usage d’exiger de ses fidèles clients ; comme cette offrande est de cent francs, il s’ensuit que madame gagnera mille francs par jour,» ce qui fait trois cent soixante-cinq mille francs par an. Voilà assurément une excellente manière de jouer à la loterie, un moyen sûr de ne pas habiter longtemps la rue du Renard.

J. B. S. Salgues, De Paris, des mœurs, de la litté­rature et de la philosophie. Paris, 1813.

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