Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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3 février 2013

La ferme !

Classé dans : Nature, Photographie, Sciences, techniques — Miklos @ 14:56


« Ouvrez la gueule aux larges dents. » (
Chant de guerre des barons de Monfort)
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Nos pauvres amis !

Classé dans : Actualité, Médias, Nature, Santé — Miklos @ 0:11


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Selon le site consoGlobe, il sera dorénavant interdit de tester des produits cosmétiques créés à l’intention des animaux. Conséquence ? de deux choses l’une : soit les produits pour animaux seront mis sur le marché sans avoir été testés et la santé de ces pauvres bêtes en pâtira, soit ils cesseront d’être produits et ces toujours pauvres bêtes ne pourront plus se maquiller.

Qu’en dites-vous, mesdames (et messieurs, d’ailleurs) ?

On ne comprend pas comment un site passionné par l’écologie y trouve matière à se réjouir.

Et avant que les photos de quelques-uns de nos amis qui ont pu encore utiliser ces produits légalement ne soient aussi interdites, nous vous en proposons un florilège :


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10 décembre 2012

Nonpareil

Classé dans : Cuisine, Histoire, Langue, Littérature, Nature, Peinture, dessin — Miklos @ 1:08

Nompareil, puis nonpareil, est un sub­stantif et un adjectif en usage en français depuis le Moyen-âge. Las, il s’en est graduellement effacé. On signalera tout de même le roman éponyme pour enfants de Marie-Aude Murail (sœur du célèbre compositeur), bien plus récent que La cronicque et hystoire singuliere et fort récreative des conquestes et faictz bellic­queux du preux, vaillant et le nompareil chevalier Mabrian lequel par ses prouesses fut roy de Hieru­salem (dont on trouvera le titre complet et la splendide page de garde en bas de ce billet), publiée en l’an 1500. Le Trésor de la langue française le qualifie de vieilli, vx. (en passant, on remarquera qu’il avait, selon cette source, comme antécédent « impair », dans le sens de « qui n’a pas de pair, d’égal »). C’est bien dommage : il offre une alternative intéressante et imagée à extraordinaire, incomparable, sans égal… et pourrait dénoter plus joliment un non-conformiste… Il est d’ailleurs entré en anglais depuis (au moins) le XVe siècle et s’y trouve toujours, plus vaillant que dans sa langue maternelle.

En tant que substantif, il s’est attaché à certains objets, plantes et animaux qui devaient paraître assez extraordinaires nonpareils à leurs inventeurs. En voici quelques usages.

Nostradamus l’avait prédit… (1579)

La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Privat de Mende, édifiée par le pape Urbain V (lui-même natif du Gévaudan, à proximité de Mende) au XIVe siècle, possédait d’imposantes cloches réalisées au début du XVIe siècle à l’occasion du remplacement du clocher en bois par une structure en pierre. La plus grande, appelée cloche Non-Pareille, pesait 25 tonnes, 7 de plus de la Georges d’Amboise de Rouen, qui était pourtant assez monumentale. La seconde dépassait aussi celle de Rouen de deux tonnes. Mais en 1579 une troupe de protestants menée par Mathieu Merle, connu pour sa cruauté et son avidité, s’y attaque ; aujourd’hui, il n’en reste que le battant de la Non-Pareille, qui fait 2m35 de hauteur sur une circonférence de 1m10 à son nœud de percussion.

Voici ce qu’en dit le [Mathieu ?] Gondin (†1607), dans « Les Exploits de Mathieu Merle, baron de Salavas » (in Pièces fugitives pour services à l’histoire de France) :

En 1579, un des principaux chefs de la religion ordonna à Merle de faire quelques desseins. Merle qui avait reconnu Mende, étant parti de Marvejols avec des troupes venues des Cévennes, entra à minuit par coups d’échelles si vivement donnés, qu’ils forcent les gardes des murailles dans Mende ; les cloches de la grande église sonnant à grand force, & même cette cloche, qu’on la tenait par toute la France la nonpareille, & dont le bruit empêcha les habitants d’entendre l’alarme. S’étant rendus à la place en nombre de dix-sept, le baillif de Mende ayant enfin entendu le bruit, courant à l’alarme avec une troupe de soldats & chanoines armés, furent par la troupe de la place mis en fuite, & le baillif tué : certains habitants s’étant sauvés dans une tour des murailles, furent pressés de si près, qu’ils se rendirent peu d’heures après.

Cette relation – d’un participant à la troupe – est particulièrement détachée. Elle semble ne se solder que par un mort, et ne donne aucune idée de ce qui s’est réellement passé. Voici ce qu’en dit le vicaire de la cathédrale de Mende, l’abbé Bossé dans l’ouvrage qu’il lui consacre en 1857, De la cathédrale de Mende et de ses clochers :

Hélas ! une nuit de Noël, 1579, un traître, nommé Bonnicel, amenait des environs de Marvejols où il était allé leur porter ses conditions, amenait Merle avec 4 ou 500 de ses hommes et leur livrait la porte d’Aigues-passes. Ceux-ci se portèrent tout de suite sur la cathédrale, qu’ils étaient sûrs, d’après le traître, de trouver remplie de fidèles qui célébraient la naissance du Divin Enfant. Là, commença un affreux carnage que nous n’essaierons pas de décrire ; au carnage succéda la spoliation. On n’a pas besoin de se demander si elle fût complète, quand un document authentique (l’intendit) nous dit qu’on vola jusqu’aux clous des maisons des particuliers. On estima à plus de trente mille écus la valeur matérielle des objets pillés dans la cathédrale. Qui nous dira la valeur artistique de tant d’objets que la munificence et la piété y avaient réuni depuis des siècles !

Après la spoliation, la destruction. Tableaux, statues, buffet de l’orgue, chaire, boiseries du chœur et des stalles, tout ce qui en un mot n’avait pas une valeur immédiate pour ces sauvages, tout fut brûlé, mutilé, jeté au feu. Les treize cloches du chapitre quittaient au petit clocher, furent converties en canons ; les deux bourdons dont François de la Rovère avait enrichi le grand clocher eurent le même sort. L’un était du poids de 400 quintaux, l’autre de 500. On avait donné à celui-ci le nom de cloche Non-pareille. […]. Je crois que pour avoir une idée des dimensions de la Nonpareille, il faut, après en avoir vu le battant, se transporter aux ouvertures laissées évidemment aux voûtes du clocher pour Introduire une telle masse et qui ont à peu près 4 mètres de diamètre.

L’œuvre de destruction ne s’arrête pas là ; la cathédrale doit tomber à son tour. Si la ruine en eût été consommée dès les premiers jours, à la suite du pillage, elle aurait paru avoir une excuse dans l’ivresse du triomphe. Mais non, elle tombera sous les coups d’un froid calcul, disons-le à l’éternelle honte de Merle que rien au monde ne relèvera du titre de chef de brigand, quoique Henri de Navarre l’ait investi, dès 1578, du titre de gentilhomme ; quoique de nos jours, un homme, heureusement étranger à notre pays, ait cherché à réhabiliter sa mémoire ; oui, il faut le dire, à l’éternelle honte de Merle, ce n’est pas dans la première ivresse du triomphe, c’est après 18 mois de pillages, c’est après, que la paix entre les catholiques et les protestants signée au château de Fleix, en Périgord, (26 novembre 1580) lui a été signifiée personnellement et au nom de Henri de Navarre, c’est seulement au moment d’évacuer le pays que, Merle décrète froidement que la cathédrale sera ruinée. Pour cela le marteau des démolitions aurait été trop lent, On le vit, creusant, la base des colonnes qui soutenaient la nef et une partie de celles des chapelles du côté du midi, remplacer cette base, par des étais en, bois, placer de la poudre entre ces étais et en une explosion, cette cathédrale une des plus belles du Languedoc, nous dit le même document, ne fût plus qu’un immense monceau de ruines.

À ce désastre échappèrent seulement le mur de façade, les chapelles du côté du nord, le mur du déambulatoire derrière l’abside, la chapelle de St-Privat, une partie de celle de St-Etienne, celle de St-Gervais et le mur extérieur d’une partie des autres.

Comme le signale l’office du tourisme de Mende dans la page qu’il consacre à la cathédrale, Nostradamus l’avait prédit (comme d’ailleurs il a tout prédit). Voici ce qu’on trouve dans sa 4e Centurie, 44e quatrain :

Deux gros de Mende de Roudès & Milhau,
Cahours Limoges Castres malo sepmano
De nuech l’intrado de Bourdeaux un cailhau,
Par Perigort au toc de la campano.

On se permet de la citer intégralement, parce que les versions fantaisistes qu’en donnent autant la ville de Mende que la Wikipedia dénaturent le propos de l’auteur. Quant à en comprendre le sens, c’est une autre paire de manches. Pierre Brind’amour en donne la paraphrase suivante dans son édition de Nostradamus. Les Premières centuries, ou, Prophéties (Droz, 1996) : « Pour les grands de Mende, de Rodez et Millau, Cahors, Limoges, Castres, ce sera une mauvaise semaine ; il y aura l’entrée de nuit, un caillou de Bordeaux, par le Périgord, au son du tocsin ».

Ce serait assez tirer les cheveux de Nostradamus que d’interpréter les « deux gros de Mende » comme faisant allusion aux deux bourdons de la cathédrale : quid du reste du quatrain ? et le quatrain suivant, qui débute ainsi : « Par conflit Roy règne abandonnera » – ce qui n’est pas le cas de Henri IV, monarque à l’époque de ces tristes événements.

De la difficulté de trouver une rime et de la faire accorder avec la raison (vers 1660)

C’est le sujet de l’amusante Satire II que Boileau adresse à Molière, et dans laquelle on retrouve le souvenir de sa célèbre injonction, « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ». À propos de l’un des vers de cette Satire, « Il plaît à tout le monde, et ne saurait se plaire », Jean-François de la Harpe écrit dans son Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderne (1799) que le dédicataire « fut frappé par ce vers comme d’un trait de lumière. Voilà, dit-il au jeune poète en lui serrant la main, une des plus belles vérités que vous ayez dites. Je ne suis pas de ces esprits sublimes dont vous parlez : mais, tel que je suis, je n’ai rien fait en ma vie dont je sois véritablement content. ».

Rare et fameux esprit, dont la fertile veine
Ignore en écrivant le travail et la peine,
Pour qui tient Apollon tous ses trésors ouverts,
Et qui sais à quel coin se marquent les bons vers ;
Dans les combats d’esprit savant maître d’escrime,
Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime.
On dirait, quand tu veux, qu’elle vient te chercher :
Jamais au bout du vers on ne te voit broncher :
Et, sans qu’un long détour t’arrête ou t’embarrasse,
À peine as-tu parlé, qu’elle-même s’y place.
Mais moi, qu’un vain caprice, une bizarre humeur,
Pour mes péchés, je crois, fit devenir rimeur,
Dans ce rude métier où mon esprit se tue,
En vain, pour la trouver, je travaille et je sue.
Souvent j’ai beau rêver du matin jusqu’au soir :
Quand je veux dire blanc, la quinteuse dit noir,
Si je veux d’un galant dépeindre la figure,
Ma plume pour rimer trouve l’abbé de PureAuteur d’un pamphlet contre Boileau. :
Si je pense exprimer un auteur sans défaut,
La raison dit Virgile, et la rime QuinautAuteur dramatique dont Boileau s’est moqué dans sa jeunesse,
pour l’estimer plus tardivement.
 :
Enfin, quoique je fasse ou que je veuille faire,
La bizarre toujours vient m’offrir le contraire.
De rage quelquefois, ne pouvant la trouver,
Triste, las et confus, je cesse d’y rêver ;
Et, maudissant vingt fois le démon qui m’inspire,
Je fais mille serments de ne jamais écrire.
Mais, quand j’ai bien maudit et Muses et Phébus,
Je la vois qui paraît quand je n’y pense plus :
Aussitôt, malgré moi, tout mon feu se rallume,
Je reprends sur-le-champ le papier et la plume,
Et, de mes vains serments perdant le souvenir,
J’attends de vers en vers qu’elle daigne venir.
Encor si pour rimer, dans sa verve indiscrète,
Ma muse au moins souffrait une froide épithète,
Je ferais comme un autre ; et, sans chercher si loin,
J’aurais toujours des mots pour les coudre au besoin :
Si je louais PhilisAllusion au recueil de poèmes Pour Philis. Le Miracle d’amour (1633) de Pierre de Marbeuf. en miracles féconde,
Je trouverais bientôt à nulle autre seconde ;
Si je voulais vanter un objet nompareil,
Je mettrais à l’instant plus beau que le soleil ;
Enfin, parlant toujours d’astres et de merveilles,
De chefs-d’œuvre des cieux, de beautés sans pareilles,
Avec tous ces beaux mots, souvent mis au hasard,
Je pourrais aisément, sans génie et sans art,
Et transposant cent fois et le nom et le verbe,
Dans mes vers recousus mettre en pièces Malherbe ;
Mais mon esprit, tremblant sur le choix de ses mots,
N’en dira jamais un, s’il ne tombe à propos,
Et ne saurait souffrir qu’une phrase insipide
Vienne à la fin d’un vers remplir la place vide :
Ainsi, recommençant un ouvrage vingt fois,
Si j’écris quatre mois j’en effacerai trois.

Maudit soit le premier dont la verve insensée
Dans les bornes d’un vers renferma sa pensée,
Et, donnant à ses mots une étroite prison,
Voulut avec la rime enchaîner la raison !
Sans ce métier fatal au repos de ma vie,
Mes jours pleins de loisir couleraient sans envie :
Je n’aurais qu’à chanter, rire, boire d’autant,
Et, comme un gras chanoine, à mon aise et content,
Passer tranquillement, sans souci, sans affaire,
La nuit à bien dormir et le jour à rien faire.
Mon cœur exempt de soins, libre de passion,
Sait donner une borne à son ambition :
Et fuyant des grandeurs la présence importune,
Je ne vais point au Louvre adorer la fortune :
Et je serais heureux si, pour me consumer,
Un destin envieux ne m’avait fait rimer.

Mais depuis le moment que cette frénésie
De ses noires vapeurs troubla ma fantaisie,
Et qu’un démon jaloux de mon contentement
M’inspira le dessein d’écrire poliment,
Tous les jours, malgré moi cloué sur un ouvrage’
Retouchant un endroit, effaçant une page,
Enfin passant ma vie en ce triste métier,
J’envie, en écrivant, le sort de PelletierPoète du dernier ordre, qui faisait tous les jours un sonnet..

Bienheureux ScuderiC’est le fameux Scuderi, auteur de beaucoup de romans, et frère de la fameuse mademoiselle Scuderi., dont la fertile plume
Peut tous les mois sans peine enfanter un volume !
Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants
Semblent être formés en dépit du bon sens :
Mais ils trouvent pourtant, quoiqu’on en puisse dire,
Un marchand pour les vendre, et des sots pour les lire.
Et quand la rime enfin se trouve au bout des vers,
Qu’importe que le reste y soit mis de travers ?
Malheureux mille fois celui dont la manie
Veut aux règles de l’art asservir son génie !

Un sot, en écrivant, fait tout avec plaisir :
Il n’a point en ses vers l’embarras de choisir ;
Et toujours amoureux de ce qu’il vient d’écrire,
Ravi d’étonnement, en soi-même il s’admire.
Mais un esprit sublime en vain veut s’élever
À ce degré parfait qu’il tâche de trouver ;
Et, toujours mécontent de ce qu’il vient de faire :
Il plaît à tout le monde, et ne saurait se plaire ;
Et tel, dont en tous lieux chacun vante l’esprit,
Voudrait pour son repos n’avoir jamais écrit.

Toi donc, qui vois les maux où ma muse s’abîme,
De grâce, enseigne-moi l’art de trouver la rime :
Ou puisqu’enfin tes soins y seraient superflus,
Molière, enseigne-moi l’art de ne rimer plus.

Une lettre bien tournée (1672)

La marquise de Sévigné savait bien tourner les lettres, et apprécier celles qui l’étaient. Voici ce qu’elle écrit en 1672 à sa fille, la comtesse de Grignan, en préambule à l’une des nombreuses lettres qu’elles se sont échangées :

Ne me parlez plus de mes lettres, ma fille ; je viens d’en recevoir une de vous qui enlève, tout aimable, toute brillante, toute pleine de pensées, toute pleine de tendresse : c’est un style juste et court, qui chemine et qui plaît au souverain degré, même sans vous aimer comme je fais. Je vous le dirais plus souvent, si je ne craignais d’être fade ; mais je suis toujours ravie de vos lettres sans vous le dire. M. de Coulanges l’est aussi de quelques endroits que je lui fais voir, et qu’il est impossible délire toute seule. Il y a un petit air de dimanche grasLe dimanche gras est celui qui précède le mercredi des cendres.
C’est un jour où le peuple se livre à la joie.
Un air de dimanche gras signifie un air de gaiete, de joie, de plaisir.
répandu sur cette lettre, qui la rend d’un goût nompareil.

L’huître (1678)

« Un rat, hôte d’un champ, rat de peu de cervelle », nous raconte La Fontaine dans la fable du Rat et l’Huître, aperçoit un de ces mollusques qui,

                    Parmi tant d’huîtres toutes closes
Une s’était ouverte ; et, bâillant au soleil,
                    Par un doux zéphyr réjouie,
Humait l’air, respirait, était épanouie,
Blanche, grasse, et d’un goût, à la voir, nompareil.

Ni une ni deux, il s’approche pour la gober, et voici qu’elle se referme. La morale de cette histoire, larirette, larirette, est bien plus connue que la fable elle-même :

                    Et puis nous pouvons y apprendre
                    Que tel est pris qui croyait prendre.

Un œillet qui vaut le coup d’œil et autres petites merveilles (1765)

Le Dictionnaire domestique portative, contenant toutes les connaissances relatives à l’œconomie domestique et rurale (on vous passe le reste du titre) publié par une Société de gens de Lettres en 1765, nous fournit plusieurs sens de ce mot.

Nompareil de Compiègne, est un œillet d’un violet fort clair, et d’un blanc très-fin ; ce qui lui est particulier, c’est qu’il porte autant de violet que de blanc. Ses panaches font des pièces emportées, et ses couleurs se succèdent les unes aux autres, c’est-à-dire, qu’après un panache violet, il succède un gros panache blanc, après cela un panache blanc et un panache violet, ni plus ni moins que les couleurs, qui sont sur les jupes nuancées des femmes. Sa fleur est assez large. Sa plante, tantôt vigoureuse, tantôt délicate, est sujette bien souvent au blanc. On pourrait lui donner le nom de morillon, car il en porte les qualités. II est quelquefois sujet à dégénérer, à cause de ses gros panaches. Si son violet était pourpre ou plus brun qu’il n’est, ce serait un œillet sans prix ; rarement il graine, l’orpheline est sa mère. Quatre boutons lui suffisent, dit Morin….. Nompareil de Rhodes, œillet qui a une fleur de grosseur prodigieuse. Le violet en est beau, mais le blanc n’en est pas fin. Sa plante est forte, et ses marcottes vigoureuses. II se trouve à Lille. II faut bien prendre garde que le bouton ne se casse, portant une si grosse fleur ; ainsi il faut en laisser sur son principal dard….. Nompareil-royal, autre œillet, qui est un violet clair, tracé sur un blanc de neige, fort détaché de sa fleur, qui n’est pas bien large, mais fine. Sa plante est délicate, et ses marcottes prennent volontiers racines. II ne crève pas ; quatre boutons lui suffisent, dit Morin ; c’est le même œillet, que d’autres nomment narcisseIl doit s’agir du narcisse nonpareil..

Nompareille ou Non-pareille, chez plusieurs marchands et artisans, c’est ce qu’il y a de plus menu, de plus étroit et de plus petit. En Flandre, on nomme nom-pareilles et lamparillas, une petite étoffe très-légère et très-étroite qui est une forte de camelotin….. Les marchands merciers, et les tissutiers-rubaniers, nomment nompareille une espèce de petit ruban de soie d’environ deux lignes de large….. Les marchands épiciers-confisseurs donnent aussi le nom de nompareille à la plus menue de toutes les sortes de dragées….. Enfin les marchands libraires, les Imprimeurs, les fondeurs des lettres appellent nompareille l’un des plus petits caractères, dont on se sert pour l’impression des livres. II est entre la mignonne et la parisienne. II y en a de plusieurs sortes, de la nompareille ordinaire, de la nompareille à gros œil, de l’Italique de nompareille, et du grec de nompareille.

On signalera en passant que c’est dans cette dernière acception que le terme a donné son nom à un blog consacré à la typographie.

Les noms diamantés (1800)

Nous avons eu l’occasion de parler de Louis-Sébastien Mercier autant pour sa vision de la bibliothèque du futur (en 2440, pas moins) que pour son regard sur les pantalons féminins à la mode (très serrés et couleur de chair, de surcroît).

Évoquant dans Le Nouveau Paris certains des grands auteurs, il en compare l’éclat des noms à ceux de… mais lisez donc :

Je le soutiens, les noms d’Aristide, de Platon, de Socrate, de Corneille, de Voltaire, de tous les grands hommes présents et passés, sont moins illustres, moins brillants que ceux des bijoutiers : comment cela, me direz-vous ? c’est que les noms de ceux-ci sont écrits en lettres de diamants au fond de leur boutique, et éblouissent la vue lorsqu’on veut les lire ; ils effacent donc tous les noms connus par leur éclat nompareil : c’est une signature que le Grand-Mogol seul pourrait tracer. Pauvres professeurs ! qui enseignez la morale et les belles-lettres, vos noms, en petites lettres noires, sont au coin d’une rue, au dessus d’une borne. Le nom de ce bijoutier resplendit de mille feux ; il étincelle comme le soleil, il est à vendre ; mais il est cher, bien plus cher que celui de PoultierFrançois-Martin Poultier d’Elmotte (1753-1826), membre de la Convention puis député du Nord,
fondateur du journal L’Ami des Lois.
, représentant du peuple, quand il le met pour de l’argent à la tête de son incivil journal. Les bijoutiers, par l’éclat de leurs noms, fixent tous les regards : on peut donc dire d’eux qu’ils se sont fait un nom brillant, même éclatant, sur leurs enseignes, soit au Palais-Royal, soit dans la rue S. Honoré, et qu’aucun nom de l’Institut national ne saurait entrer en parallèle avec le leur.

Le Pape de Louisiane (1834)

La passerine (ou passerin) nonpareil ou le pape est un passereau fort coloré et en sus monogame (deux qualités qui justifient, chacune en soi déjà, ce qualificatif de nonpareil, qui lui vient en fait… de l’anglais, où il sert à désigner aussi un papillon, le Clifden Nonpareil). Voici ce qu’en dit La Galerie des oiseaux de L.P Vieillot et M. P. Oudart (1834) :

Parmi les beaux oiseaux, celui-ci doit être placé au premier rang, d’autant plus qu’à la richesse de son vêtement il joint un naturel doux, familier, et un ramage mélodieux. Son chant ressemble beaucoup à celui de la fauvette à tête noire ; mais il est moins fort et plus agréable dans un appartement. Cette espèce, qui se plaît sur les orangers et y niche, est commune dans les Florides et à la Louisiane, plus rare dans la Caroline méridionale, et ne pénètre pas plus au nord dans les États-Unis. Les Espagnols l’appellent mariposa, et les Anglais nonpareil.

Le nom de pape, qu’on lui donne en France, vient du camail violet qui couvre la tête du mâle jusqu’au-dessous des yeux, lequel descend sur la partie supérieure et les côtés du cou, et revient sur la gorge ; le devant du cou, les parties postérieures, le croupion et les couvertures de la queue sont d’un rouge éclatant ; le dos est du même rouge chez des individus, mais le plus souvent varié de vert tendre et d’olivâtre obscur ; les grandes couvertures alaires sont vertes, les petites d’un bleu violet ; les pennes et celles de la queue d’un brun-rougeâtre ; les pieds bruns ; le bec est d’un gris rembruni. Longueur totale, 5 pouces et demi.

La femelle est d’un vert foncé sur la tête et toutes les parties supérieures ; d’un vert-olive sur les inférieures , plus chargé sur la poitrine ; d’un vert l’embruni, bordé de vert clair sur les ailes et la queue. Les jeunes lui ressemblent ; les mâles, après leur première mue, ont la tête et le cou d’un bleu- violet ; le dessus du corps d’un vert foncé ; le dessous de la même couleur, mais varié de gris et de jaune sur le ventre ; les flancs verts ; les couvertures supérieures, les pennes des ailes et de la queue brunes et bordées de vert à l’extérieur.

Les dragées hautes (1836)

Comme on l’a vu plus haut, la nompareille désignait aussi une petite dragée de sucre. Voici une idée pour l’utiliser, selon le Dictionnaire de cuisine et d’économie ménagère de l’« ex-officier de bouche » Burnet (1836) – ce Burnet aurait pu être un des nombreux pseudonymes d’Horace Raisson, « qui en a tant pris » (selon Les Supercheries littéraires dévoilées de Joseph-Marie Quérard), et auteur d’un Code gourmand. On en trouve aujourd’hui sous le nom de nonpareille,

Gâteaux Fourrés. On prend de la pâte à feuilletage ; on en forme deux gâteaux égaux, de la grandeur du plat d’entremets et de l’épaisseur de deux écus chacun ; on met sur le premier des confitures, en laissant un doigt de bord, que l’on mouille avec un doroir trempé dans l’eau ; on met le second gâteau sur le premier, et on les colle bien ensemble avec les doigts en les maniant tout autour ; après les avoir un peu façonnés, on les dore avec de l’œuf battu, et on les fait cuire au four. Cuits et sortant du four, on passe dessus un doroir trempé dans du beurre, et on jette partout de la petite nompareille. Une autre fois, pour changer, à la place de nompareille on mettra du sucre fin, et on passera la pelle rouge par-dessus pour les glacer.


La cronicque et hystoire singuliere et fort recreative des conquestes et faicts bellicqueux du preux, vaillant et Le nompareil chevalier Mabrian, lequel par ses prouesses fut roy de Hierusalem Dangorie et de Inde la majour. Fils de Yvon roy de Hierusalem Lequel fut filz du vaillant Regnault de Montauban. Et commence l’hystoire a la reste des faitz et portz d’armes des quatre fils Aymon. Regnault, Alard, Guichard et le petit Richard. Avec la mort et martyre d’iceulx et de leur cousin le subtil Maugis, lequel fut pape de Romme, comme vous verrez au commencement de ceste presente hystoire Ensemble les prouesses de Gracien bastard de Mabrian et de samye la belle Gracienne faye. Et les faicts belliqueux de Regnault filz legitime de Mabrian et de son epouse la royne Gloriande. Nouvellement veu, corrige, et imprime a Paris. (source)
(cliquer pour agrandir)

19 novembre 2012

Le Pont Neuf

Classé dans : Histoire, Lieux, Photographie — Miklos @ 9:49


Paris années 1980.

«Pourquoi Paris voit-il affluer dans son sein une foule immense accourue, non seulement des deux bouts de la France, mais nous dirons presque des deux bouts de l’univers ? À cela, il y a une réponse toute simple : c’est que les écoles y attirent les étudiants ; la cour et sa faveur, les ambitieux et les solliciteurs de places ; les jeux, les spectacles de toutes sortes, les hommes de joie et de plaisirs ; ses monuments, ses édifices, les curieux et les voyageurs ; ses académies, ses musées, les savants et les artistes ; c’est qu’enfin cet immense concours de gens de toute sorte fait espérer une facile fortune aux marchands de toute espèce, qui y abondent ; bien plus, aux intrigants de tout sexe et de toute condition, qui y fourmillent. Mais pourquoi Paris est-il si cher à ses enfants ? Pourquoi le Parisien ne peut-il jamais s’arracher de ses murs, et, au contraire de César qui préférait être le premier dans un village que le second dans Rome, préfère-t-il être, lui, le second, le centième dans Paris que le premier à… Brives-la-Gaillarde, par exemple. Est-ce parce que cette pensée consignée dans les vers de Boileau,

Paris est pour un riche un pays de Cocagne

et pour le pauvre prolétaire un véritable enfer, n’est plus vraie aujourd’hui ? Est-ce parce qu’aujourd’hui il y a à Paris des spectacles et des plaisirs à bon marché, des restaurants à bon marché, des bibliothèques à bon marché, des musées à bon marché, comme le Musée pour rire, par exemple ; toutes sortes de choses enfin à bon marché, excepté le pain et les tailleurs ? Est-ce parce que non seulement il y a, dans la ville et pour tout le monde, de belles places, de beaux jardins, de belles promenades où l’on peut respirer un air pur et se chauffer au soleil, ou s’abriter sous d’épais ombrages ? Est-ce enfin parce que, si tout cela ne suffit pas, il y a maintenant à Paris des voitures à vapeur et des chemins de fer qui, pour 75 centimes, conduisent dans d’autres palais, dans d’autres jardins, dans des forêts même, qui sont tous semés autour de Paris, comme un beau feuillage entourant une belle rose ? Est-ce tout cela, dites-moi, qui fait que Paris est si cher aux Parisiens ; que, loin de Paris, point de bonheur pour lui, point de joie, point de plaisir, point de vie. C’est peut-être parce que nulle part, comme à Paris, on ne trouve une si ample collection d’originaux de toute espèce et de toutes nations qui viennent s’y faire stéréotyper, daguerréotyper ! Non. Tout cela y est bien pour quelque chose, sans doute ; mais il est un autre sentiment, je crois, qui attache le Parisien à Paris, et c’est à ce sentiment que nous répondons en publiant le Paris Daguerréotypé ; c’est qu’avec tout cela, à chaque place, à chaque rue, à chaque maison, presque à chaque pavé, se rattache un souvenir de l’histoire de nos pères, de l’histoire de Paris, qui n’est, ni plus ni moins, que l’histoire de France. Donnez-moi une parcelle grande comme la main, une pierre de la plus petite maison, et je vous parie qu’à cette pierre est attaché un souvenir, une histoire qui vous intéressera ; parce que, depuis vos premiers ancêtres, cette histoire vous est arrivée de bouche en bouche, qu’on vous a bercé avec, et que le souvenir de votre enfance est mêlé avec son souvenir.

Prenons une bien petite place dans cet immense espace qu’on appelle Paris, une place qui en occupe bien peu, le terre-plein du Pont-Neuf, et voyons ce qui peut se rattacher de souvenirs à cet étroit emplacement.

Il n’y avait pas encore de Pont-Neuf, on n’y pensait même pas encore, que là se passait un événement qui ne s’est jamais oublié, et qui inspirait, il n’y a pas encore de cela bien longtemps, à un de nos auteurs modernes, une tragédie : la Mort des Templiers. Oui, c’est à cette place que fut élevé, en 1313, le bûcher où périt Jacques Morlay, grand maître de l’ordre des Templiers ; c’est du haut de ce bûcher qu’il jetait au roi de France, son bourreau, cette terrible assignation à laquelle il fut forcé de se rendre :

« Je t’attends dans un an au tribunal de Dieu, lui disait-il. » Et, un an après, Philippe-le-Bel y comparaissait pour répondre de cette terrible exécution.

Mais qu’ai-je besoin d’aller chercher des souvenirs avant que le Pont-Neuf existât. Prenons-le déjà loin de sa naissance ; ne nous occupons même que de cette statue de Henri IV qui se trouve juste devant vous au sortir de la place Dauphine, et ne racontons que son histoire ; elle est assez curieuse.

Ferdinand, grand duc de Toscane, fit couler en bronze un cheval colossal dans le dessein de le faire surmonter de son effigie. Jean de Boulogne, élève de Michel-Ange, fut chargé de ce travail. Ferdinand mourut sans que le cheval eût encore de cavalier. Côme II, son successeur, offrit à Marie de Médicis, alors régente de France, ou accorda à sa demande ce cheval de bronze, et le fit restaurer et embarquer sur un vaisseau à Livourne. Ce vaisseau traverse la Méditerranée, longe les côtes de France, et (un mauvais génie poursuivait sans doute le cheval) vient échouer sur les côtes de Normandie. C’était en 1613. Le pauvre cheval resta un an au fond de la mer. Enfin on l’en retira en 1614. Il fut transporté au Havre, et de là remonta les bords fleuris de la Seine jusqu’à Paris, où on le reçut en grande cérémonie. Pendant son voyage cependant, on s’était empressé de lui élever un beau piédestal, dont le roi avait posé la première pierre. On l’y plaça en grande pompe, en attendant que le cavalier qui devait le monter fût coulé ; mais cette attente fut si longue, qu’on s’habitua à le voir sans cavalier, et que, longtemps même après que la statue de Henri IV y fut placée, on appelait encore le monument le Cheval-de-Bronze.

Ce monument élevé à la place d’un bûcher, il fallait qu’il en vît encore un à ses pieds. Ce fut devant cette statue de Henri IV que furent livrés aux flammes les restes défigurés du maréchal d’Ancre, traîné dans les rues, déchiré par des forcenés.

Alors, aux quatre coins du piédestal, s’élevaient des trophées d’armes, aux pieds desquels gémissaient en effigie des guerriers vaincus et garrottés. Ces trophées servaient de cachette et de lieu d’affût aux nombreux voleurs qui désolaient Paris en général et le Pont-Neuf en particulier ; et comme dans ce temps il n’y avait pas que les voleurs qui volaient, que c’était un plaisir pour les gentilshommes de ce temps, Henri IV abrita quelquefois, sous son cheval tutélaire, sans doute en récompense des services passés, un descendant de sa bonne noblesse, en occupation tant soit peu flibustière. A la fin du règne de Louis XIII, Gaston, duc d’Orléans, prenait plaisir, après avoir fait la débauche, à s’embusquer sur le Pont-Neuf et à dépouiller les passants de leurs manteaux. On lit dans les Mémoires de Rochefort que ce prince et sa joyeuse compagnie ayant enlevé, pendant la nuit, cinq ou six manteaux aux passants, quelques personnes volées allèrent se plaindre. Les archers arrivèrent. A leur approche, les nobles voleurs prirent la fuite. Parmi les complices du prince, on distinguait le comte d’Harcourt, le chevalier de Rieux et le comte de Rochefort. Ces deux derniers, réfugiés vers la statue de Henri IV, grimpèrent sur son cheval. Le chevalier de Rieux, effrayé, voulut en descendre : il pose les pieds sur les rênes de bronze ; elles cèdent sous son poids, il tombe et pousse des cris qui attirent les archers. Ceux-ci le forcent à se relever, et obligent le comte de Rochefort, qui se tenait derrière le dos de Henri IV, à en descendre. Ils furent conduits dans les cachots du Châtelet, d’où ils ne purent sortir qu’avec de puissantes protections.

J’ai peine à croire que, même sans ces puissantes protections, le peuple eût laissé condamner des gens qui avaient voulu se mettre, même un seul instant, sous la sauvegarde d’Henri IV, son protégé à lui, d’Henri IV, qui devait faire mettre la poule au pot à tous ses sujets. Il m’a semblé, en lisant son histoire, qu’il prenait d’étranges moyens pour arriver à un tel but ; mais enfin n’importe. Henri IV est un roi tellement populaire que sa statue avait échappé à la révolution de 1789 ; bien mieux, en 1790, le piédestal de la statue fut rouvert d’une décoration représentant un rocher ; la statue semblait avoir ce rocher pour support ; pendant trois jours, il y eut des concerts, des hymnes nationaux, des danses ; on forçait les passants à s’agenouiller devant l’image révérée. Vinrent les guerres de 1792. Le peuple ne pouvait mieux faire, pour chasser l’étranger, que de s’adresser à Henri IV. Il fut métamorphosé en canon. Refondu et replacé en 1818, il n’a rien perdu de sa popularité. En 1830, un homme monta sur la statue pour mettre un drapeau tricolore dans la main de Henri IV, et lui dit, dans un langage énergique, et faisant allusion aux ordonnances de juillet : « C’est pas toi, mon brave homme, qu’aurait fait de ces boulettes-là. » Du reste, si vous voulez vous convaincre pleinement de l’amour du peuple pour Henri IV, approchez-vous, et vous lirez sur le piédestal, si toutefois vous savez le latin, que ce monument a été rétabli au moyen d’une souscription dont le montant a été fourni par des citoyens de toutes les classes. Ce que vous n’y verrez pas, c’est que cette souscription produisit des sommes immenses qui excédèrent les frais d’exécution, et qu’on ne sait ce qu’est devenu cet excédent ; et si tout cela ne vous intéresse pas non plus que les deux bas-reliefs du piédestal, représentant, l’un l’entrée de Henri IV à Paris, l’autre Henri IV faisant passer du pain aux Parisiens par-dessus les murailles, passez vous-même derrière la statue, tournez-vous vers le Pont-Royal, et vous aurez l’un des plus beaux points de vue qu’on ait à Paris.

De ce côté, vous pouvez embrasser la moitié de Paris qui s’étend le long de la Seine ; à droite, votre œil, arrêté par la galerie du Louvre, par la longue galerie des Tuileries, ira se perdre dans l’épais feuillage de la terrasse du bord de l’eau ; à gauche, quand vous aurez quitté le coin de la Monnaie et le palais de l’Institut, vous aurez, au lieu d’une ligne longue et presque régulière, comme celle de l’autre côté, une foule de maisons hautes, basses, saillantes, rentrantes, brillantes, obscures, sur lesquelles votre œil pourra ricocher à son aise, jusqu’à ce qu’il ait atteint le point extrême, le sommet de la Chambre-des-Députés. Entre ces deux bras de bâtiments, qui enferment le fleuve, vous pourrez à loisir suivre son tranquille courant et passer avec lui sous les mille arcades de ses ponts, ou, faisant exécuter à votre regard un exercice gymnastique, le faire sauter du pont des Arts au pont des Saints-Pères, du pont des Saints-Pères au Pont-Royal, et de là enfin, par un saut puissant, l’envoyer s’abattre sur les collines de Meudon, qui viennent enfermer ce tableau, où la lumière se joue de mille manières. Puis, ramenant votre regard sur le bassin qui s’étend à vos pieds, vous pourrez le reposer sur le petit jardin des bains Vigier, qui couronne si heureusement la pointe extrême de l’île Notre-Dame, formant à la statue d’Henri IV comme un piédestal de verdure.

Si maintenant, tournant le dos au spectacle qui vous occupait tout à l’heure, vous reportez vos yeux de l’autre côté, vous embrasserez, en suivant les deux bras de la Seine, l’autre moitié de Paris. »

Aug. Auvial, « Le Pont Neuf », in Paris et ses environs reproduits par le daguerréotype, sous la direction de M. Ch. Philipon. Paris, 1840.


Pont Neuf pris du quai Conti. In Paris Daguerréotypé, 1840.
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10 novembre 2012

Portraits arméniens : femmes.

Classé dans : Lieux, Littérature, Photographie — Miklos @ 22:55


Gohar. Yerevan (Arménie).
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«Quelque idée que j’eusse de la beauté des Syriennes, quelque image que m’ait laissée dans l’esprit la beauté des femmes de Rome et d’Athènes, la vue des femmes et des jeunes filles arméniennes de Damas a tout surpassé. Presque partout nous avons trouvé des figures que le pinceau européen n’a jamais tracées, des yeux où la lumière sereine de l’âme prend une couleur de sombre azur, et jette des rayons de velours humides que je n’avais jamais vu briller dans des yeux de femme ; des traits d’une finesse et d’une pureté si exquises , que la main la plus légère et la plus suave ne (pourrait les imiter, et une peau si transparente et en même temps si colorée de teintes vivantes, que les teintes les plus délicates de la feuille de rose ne peuvent en rendre la pâle fraîcheur ; les dents, le sourire, le naturel moelleux des formes et des mouvements, le timbre clair, sonore, argentin de la voix, tout est en harmonie dans ces admirables apparitions ; elles causent avec grâce et une modeste retenue, mais sans embarras et comme accoutumées à l’admiration qu’elles inspirent ; elles paraissent conserver longtemps leur beauté dans ce climat qui conserve, et dans une vie d’intérieur et de loisir paisible , où les passions, factices de la société n’usent ni l’âme ni le corps.

Alphonse de Lamartine, Souvenirs, impressions, pensées et paysages pendant un voyage en Orient 1832-1833, ou, Notes d’un voyageur. Stuttgart, 1839.


Ruzan Tonoyan. Yerevan (Arménie).
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«Les femmes arméniennes sont célèbres en Orient par leur beauté ; elles ont à la fois quelque chose du type grec et juif. Leur taille svelte et élancée, la vivacité de leurs larges yeux noirs couronnés de longs cils arqués, l’épaisseur de leur chevelure d’ébène, que relève un teint pâle et mat, en font des modèles de grâce et de perfection qui rappellent les statues antiques. À cette beauté extérieure se mêlent les charmes et les agréments de l’esprit que leur donne l’éducation de famille […]. » — M Boré, Arménie. Paris, 1838.


Tresses, frisottis et natte. Khor Virap (Arménie).
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«[Les] cheveux [des Arméniennes] sont assemblez en une tresse, à laquelle elles en ajoûtent encore d’autres, pour en faire une longue queuë enfermée dans un étuy de velours ou de satin en broderie qui leur pend par derrière au dessous de la ceinture. Celles qui sont riches se parent de quantité de joyaux, & j’ay dit ailleurs quel est l’ornement des femmes dans les Royaumes de Lar & d’Ormus. » — Les six voyages de Jean Baptiste Tavernier, Écuyer Baron d’Aubonne, en Turquie, en Perse et aux Indes pendant l’espace de quarante ans, & par toutes les routes que l’on peut tenir : accompagnez d’observations particulières sur la qualité, la religion, le gouvernement, les coûtumes & le commerce de chaque païs, avec les figures, le poids, & la valeur des monnoyes qui y ont cours. Paris, 1678.

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