Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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16 octobre 2013

Ceci n’est pas un titre

Pour ceux qui, à mon instar, épluchaient avidement la fameuse revue Scientific American, avaient dévoré La Chasse au Snark, Les Aventures d’Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir, ou encore celles du prêtre détective Brown et parcouru (en diagonale, je l’avoue) La Complainte du vieux marin, Martin Gardner n’est pas un inconnu : c’était avant tout pour moi l’auteur d’une myriade de jeux mathématiques qu’il publiait dans sa rubrique du mensuel américain. C’est, soit dit en passant, une pratique fort ancienne aussi de ce côté-ci de l’Atlantique : il suffit de se plonger dans les Problèmes plaisants & délectables qui se font par les nombres de Claude-Gaspar Bachet (1581-1638) ou dans les Récré­ations mathématiques d’un lointain successeur, Édouard Lucas (1842-1891). Gardner y exposait souvent aussi des théories mathématiques d’une façon compréhensible pour le lecteur (très) appliqué que j’étais, passionné depuis mon enfance par les maths. Il le faisait avec intelligence et humour, et arrivé au bout de la lecture on ne pouvait que lancer un Ahhhhhhh ! d’émer­veil­lement, parfois de compré­hension mais aussi de soulagement. Puis je découvris ses commen­taires des œuvres de Lewis Carroll, de G. K. Chesterton et de l’épopée fantastique en vers de Coleridge : logiques, clairs, et tout aussi passion­nants, ils en donnent souvent des clés sans pour autant banaliser les côtés poétique, merveilleux et fantastique de ces textes. Bien plus tard, je tombai sur son roman initiatique The Flight of Peter Fromm, qui décrit de façon romancée sa propre recherche spirituelle à travers les divers mouvements et tendances protestants américains.

Le New York Times publie ces jours-ci un article consacré à Martin Gardner (et qui comprend une énigme que vous ne manquerez pas de tenter de résoudre, si, si !) à l’occasion du 99e anniversaire de sa naissance et la publication des son autobiographie, qu’il avait terminée peu avant son décès en 2010, dont le quotidien fournit un chapitre passionnant. On peut y lire la relation qu’en fait l’auteur de ses rapports amicaux et scientifiques avec quelques-uns des grands mathématiciens de la seconde moitié du XXe siècle. Il y parle entre autre de Raymond Smullyan, qui n’était pas que chercheur mais aussi auteur de nombreux recueils de problèmes tout aussi délectables et qui faisaient souvent appel à des paradoxes logiques autoréférentiels tels que ceux brièvement illustrés par les titres de deux de ces ouvrages dont on peut voir reproduites ici les couvertures.

Imaginez-vous un instant souhaitant acheter celui de gauche dans une librairie anglophone :

– Vous : “Hello, I’d like to know if you hold a book I’m interested in.”

– Le vendeur : “Sure. What is the name of this book?”

– Vous : “Sure: What Is the Name of This Book?

On peut supposer que le vendeur n’entendra pas les italiques et les majuscules dans votre réponse et que ce dialogue se poursuivra à l’instar de celui, célèbre, d’Abbott et Costello, Who’s on First? s’il ne se termine par un pugilat.

Il s’avère toutefois que Smullyan n’est pas le premier à avoir intitulé un livre ainsi : en 1841, parait (à Paris, s’il vous plaît !) The Book Without A Name de Sir T[homas] Charles and Lady Morgan. La dame en question – née Sydney Owenson en Irlande (vers 1783-1785, selon le Dictionary of National Biography, tandis que les Wikipedias française, anglaise et suédoise indiquent 1776, 1781 et 1783, respec­ti­vement) –, était femme de lettres en son propre titre, mais avait ici aidé son mari dans la rédaction de cet ouvrage-ci (et n’en était donc pas le seul auteur, contrairement aux informations wikipédiennes).

La choix du titre est expliqué dans l’introduction à l’ouvrage qui s’avère être la republication d’articles parfois inachevés qui s’étaient empilés dans un dossier et qui donneraient matière à ce qu’on appellerait aujourd’hui littérature de salon (les beaux livres qu’on place sur une table basse pour les y faire admirer à défaut de les lire) ou de salle d’attente… Avec un recul ironique, cette introduction en guise d’avertissement ne manque de sel à l’égard des modes de l’époque – on est en 1841 ! – qui sont toujours d’actualité… : « Maintenant, tout le monde écrit et peu ont le temps de lire. » La voici :

The reason for not giving a name to the following papers is, simply, that their authors had no name to give. The golden age of literature, when titles for books were “plenty as blackberries,” when publications were few, readers many, and authors (in the Horatian phrase) were things to point the finger at—that golden age is passed and gone. Now every one writes, few have leisure to read; and an unpreoccupied title is more difficult to be met with than the industry which goes to write a volume, or the enterprise that undertakes to publish it.

This difficulty will be more readily acknowledged, when a further statement is made, that the present venture is, for the most part, a mere funding of literary exchequer bills, a gathering into the fold of certain stray sketches, some of which have already appeared in different leading periodicals of the last ten or fifteen years. Such re-publications are a prevailing fashion of the day (to which, by-the-by, we are indebted for much pleasant reading, that otherwise would have been “in the great bosom of oblivion buried”); and even while these pages were passing through the press, more than one appropriate title under consideration had been seized on by others, who, in thus “filching from us our good name,” had so far “made us poor indeed,” that they reduced us to the necessity of preferring no name at all to a bad one.

The original articles which have been added to the collection, (owing to the continued illness, for many months, of one of the authors), have been taken, rather than selected, from a portfolio, where many such “unfinished things” have from time to time been deposited, and all but forgotten.

Books like the present were allowed, in former days, to find sanctuary in the parlour window-seat, then the great receptacle for whatever, in literature, might be idly taken up, and as carelessly dropped. At present, they may aspire to become “bench fellows” with that large class of miscellaneous compositions, the albums, annuals, books of beauty, and beautiful books; and if got up “to match,” may make their way to the drawing-room table, along with other elegantly-bound volumes, “to be had of all the booksellers” and venders of knick-knacks in the kingdom.

Quant aux articles, il y a un peu de tout – cela aurait donné, de nos jours, matière à un blog, sans doute. On a lu le premier, Le Cordon Bleu, qui ne manque pas de sel (au figuré, s’entend) et qui, tout en portant un regard critique et amusé sur les mœurs culinaires et du rôle de la femme moderne (de l’époque) – c’est Lady M. qui s’exprime ici, sans aucun doute –, brosse une histoire (personnelle) de la gastronomie à travers les âges. En voici le début, en guise de mise en bouche, dans une traduction en français publiée la même année :

Nous vivons dans une triste époque… quand je dis, nous, je veux parler des femmes. Privées de tout pouvoir, nous n’exerçons même pas le plus léger contrôle sur les passions humaines ; l’amour devient un calcul, le mariage une spéculation, et l’amitié, cet attribut particulier de notre sexe, n’est plus qu’un vain nom. La lueur d’un cigare fait pâlir l’éclat des plus beaux yeux, et le plus séduisant de tous les pieds féminins peut se cacher sans regret désormais sous les épais falbalas d’une robe trop longue ; car des cœurs cuirassés par l’égoïsme ou par un Petersham sont maintenant à l’abri de pareils traits. La pantoufle de Cendrillon passerait de main en main dans tous les clubs de l’Angleterre sans inspirer la moindre passion, même parmi les gardes ou parmi les membres du club CrockfordThe Guards and Crockford’s, club londonnien.. La Jeune FranceRegroupement de romantiques à la coquetterie révolutionnaire
créé en 1831, en réponse à l’appel « À la JeuneFrance »
lancé par Victor Hugo dans une ode du 10 août 1830.
et le dandyisme de l’Angleterre ne fourniraient pas un seul individu capable de s’extasier sur un corsage avec Saint-Preux, ou d’envier avec Waller la pression d’une ceinture. Ils ne sont plus ces jours où l’enlèvement d’une boucle de cheveuxDans un poème de Pope. agitait la société jusque dans ses fondements, et cet âge d’or durant lequel toutes les femmes étaient charmantes et tous les hommes charmés, devient aussi fabuleux que les contes des Mille et une Nuits.

Femmes de ce siècle, où régnez-vous encore en souveraines ? Je vous le dis franchement, votre trône est maintenant….. dans la cuisine.

« Ma belle, demandait Henri IV à l’une des filles d’honneur de Marie de Médicis, quel est le chemin de votre cœur ? – Par l’Église, Sire, répliqua sans hésiter celle à qui s’adressait une semblable question. Mais si les sommités féminines du règne de son petit-fils, les Maintenon, les Conti et les Soubise, eussent été interrogées devant une chambre étoilée de coquettes, sur le moyen le plus certain de parvenir à un cœur royal, elles se fussent, sans aucun doute, empressées de répondre, d’après leur propre expérience : Par vos côtelettes, mesdames. »

C’est là un fait incontestable ; jamais les femmes ne sentirent mieux tout le parti qu’elles pouvaient tirer de la cuisine qu’à l’époque de leur plus grande puissance. Elles comprirent cet art important dans sa physiologie, dans sa moralité et dans sa politique. Les fameuses côtelettes à la Maintenon de la maîtresse de Louis XIV ne favorisèrent pas moins ses projets de domination absolue que la révocation de l’édit de Nantes, et ses dragées et ses dragonnades aboutirent au même résultat, c’est-à-dire au triomphe de son insatiable ambition. Les femmes anglaises qui ont reçu la meilleure éducation connaissent à peine aujourd’hui le matériel d’une entrée, ou les éléments qui donnent un certain caractère à un entremets ; elles ne sauraient pas préciser le moment de l’apparition d’un hors d’œuvre, ou de l’enlèvement d’une pièce de résistance. Mais cette grande femme d’État, cette écrivain élégant, la première cuisinière de son siècle, – qui gouvernait la France et exerçait une si grande influence sur l’Europe, – était aussi capable de tenir, avec un égal génie et la même attention pour les moindres détails, le plus modeste ménage de son royaume. Il y a dans la correspondance de madame de Maintenon une lettre que toutes les maîtresses de maison devraient étudier et apprendre par cœur, comme leur Bréviaire : c’est celle dans laquelle la signataire fait le relevé de la dépense de la maison et de la table de son prodigue frère, et s’efforce de mettre un frein salutaire au désordre domestique de sa belle-sœur, qu’elle accuse de connaître aussi peu la science de la toilette que celle de la cuisine. Cette lettre se termine ainsi : « Si mes calculs peuvent vous être utiles, je n’aurai pas de regret à la peine que j’ai prise de les faire, et du moins je vous aurai fait voir que je sais quelque chose du ménage. »

Les femmes ont été créées par Dieu pour faire la cuisine ; et si parfois les hommes ont usurpé un certain pouvoir dans le ménage comme dans l’État, cet envahissement eut toujours pour cause le besoin temporaire qu’on avait de leur force physique.

Pas très féministe, mais savoureux.

6 octobre 2013

Au menu hier soir (extraits)

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 15:59

Egg nog
Source : Mapie de Toulouse-Lautrec, La cuisine de Mapie. Le Livre de poche.

Pour vingt personnes

6 œufs
250 gr. de sucre en poudre
½ l. de cognac ou de whisky
1dl. de rhum
1 l. de lait
¾ l. de crème fraîche
cannelle (zut, j’avais oublié d’en rajouter, mais c’est sa faute, elle n’en parle pas dans la recette).

Séparer les blancs des jaunes d’œufs.

Battre les jaunes d’œufs jusqu’à ce qu’ils deviennent très légers et mousseux.

Rajouter le sucre et continuer à battre.

Ajouter les alcools en mélangeant bien.

Laisser reposer 1-2 heures au frigo en mélangeant de temps en temps.

Ajouter le lait.

Fouetter la crème et la rajouter en mélangeant bien pour éviter les « grumeaux ».

Battre les blancs d’œuf en neige et rajouter en mélangeant déli­ca­tement mais soigneusement.

Laisser reposer plusieurs heures au frigo.

Ah, oui ! Et la cannelle, ne pas l’oublier.

Mousse de harengs à la russe
Source : Cuisine russe, C.I.L. vie pratique/cuisine.

300 gr de filets de harengs (la recette parle de harengs fumés, plus communs ; je préfère le matjes que je trouve bien plus délicat et qu’on trouve chez Naouri)

25 cl. de crème fraîche épaisse (je prends de la Bridélice, qui est plus légère)

3 cuil. à soupe de jus de citron

6 cuil. à soupe d’huile

poivre.

Pour la décoration et le service

citron, persil, blinis

Réduire les filets de hareng en crème au mixeur.

Rajouter graduellement, comme pour une mayonnaise, l’huile et la crème fraîche en alternant, puis le jus de citron.

Saler, poivrer, puis mettre à rafraîchir.

Décorer avec des brins de persil et des rondelles de citron.

Servir avec des blinis.

Crème à l’aubergine et pâte de sésame
Source : Ruth Sirkis, From the kitchen with love (publié en hébreu).

700 gr (ou 2-3) de belles aubergines

2-3 cuil. à soupe de jus de citron.

1 gousse d’ail écrasée

1 verre de tahini (ou tehina : pâte faite de sésame écrasée, on en trouve dans les magasins bios, par exemple)

1/4 cuil. poivre noir

1 cuil. d’aneth haché (je crois bien l’avoir oublié hier… !)

2 échalotes hachées.

1 cuil. soupe huile d’olive.

Percer les aubergines avec une four­chette en deux ou trois endroits pour éviter qu’elles ne s’ouvrent lors de la cuisson. Les cuire à sec (par ex. au four sous le gril pendant 45 min. ; ma mère le faisait dans une casse­role, à sec), en retournant 1-2 fois, jusqu’à ce que l’intérieur soit tendre.

Les éplucher, puis écraser la chair à la fourchette ou cuiller en bois.

Rajouter le jus de citron, l’ail, la tahini.

Sel, poivre, aneth, échalotes, huile d’olive.

Rafraîchir.

Knishes (ou pirojki) au saumon
Source : Alain Taubes, Cuisine yiddish. L’Archipel.

Pour la pâte brisée

300 gr. de farine
150 gr. de beurre demi-sel
un peu d’eau
1 jaune d’œuf pour dorer.

Pour la farce

200 gr. de chutes de saumon fumé
100 gr. d’épinards cuits.
1 cuil. à soupe d’huile
1 cuil. à soupe de crème
un peu de raifort, éven­tuellement
(on en trouve chez Naouri ; du jus de citron devrait aussi faire l’affaire, je pense)
sel, poivre.

Pétrir légèrement farine, beurre et eau jusqu’à l’obtention d’une boule souple qui ne colle pas.

L’envelopper de film cellophane et laisser reposer 1-2 h voire une nuit hors du frigo.

Mélanger les ingrédients de la farce.

Étaler la pâte et y découper des rondelles (de 6 à 8 mm, il y a des appareils pour ce faire).

Y déposer 1 c. à dessert de farce, humecter les bords et recoller.

Badigeonner avec l’œuf (éven­tuellement légèrement rallongé avec une larme d’eau) et mettre au four préa­la­blement chauffé à 200° sur papier sulfurisé pendant 15-20 min.

Pâté de thon à l’aoïli
Source : Christian Delu, Pâtes, tourtes et terrines, éd. Solorama.

Pour l’appareil

600 gr. de thon au naturel égoutté

80 gr. de farine

8 œufs

100 gr. de crème fraîche épaisse.

Pour l’aïoli

1 jaune d’œuf

3 gousses d’ail écrasé

huile de tournesol

sel, poivre

éventuellement : jus de citron.

Égoutter le thon, l’émietter et le bien mélanger à la farine.

Rajouter les œufs et la crème et bien mélanger (pour ma part, je bats au fouet les œufs et la crème, puis je les incorpore).

Saler, poivrer.

Mettre dans un moule beurré et cuire environ une heure dans le four préalablement chauffé à 150°.

Pour l’aïoli, faire comme pour une mayonnaise. Saler, poivrer voire rajouter un filet de jus de citron.

Tarte à la fourme d’Ambert

Pour la pâte brisée

250 gr. de farine
125 gr. de beurre demi-sel
un peu d’eau
1 jaune d’œuf pour dorer.

Pour l’appareil

Trois tranches de fourme d’Ambert (env. 750 gr.)

500 gr. de crème fraîche épaisse
4 œufs

50-100 gr. cacahuètes grillées
sel, poivre.

Préparer la pâte brisée (cf. ci-dessus).

Passer au mixer le fromage, la crème fraîche, les œufs.

Concasser les cacahuètes. Les mélanger à l’appareil.

Chemiser un moule à tarte, y disposer la pâte en fronçant le bord et en le badigeonnant avec le jaune d’œuf.

Mettre au four préalablement chauffé à 180° pendant 30 minutes environ ou jusqu’à ce qu’elle soit bien dorée.

Salade de carottes

un bon kg. de carottes
1-2 pomelos
50-100 gr. de raisins secs ou de canneberges
1-2 cuil. d’huile
jus de citron (au goût)
cumin, sel, poivre.

Mettre les raisins secs dans une casserole, les couvrir d’eau, porter à ébullition pendant quelques minutes. Les sortir de l’eau et laisser un peu refroidir (ce qui a pour effet de les réhydrater et les rendre plus agréables à manger).

Râper les carottes.

Rajouter la chair des pomelos et les raisins secs, puis le jus de citron.

Assaisonner.

Carrot Cake
Source : Constance Borde et Sheila Malovany-Chevallier, 300 recettes de cuisine américaine. Éd. Jacques Grancher.

Cf. la recette dans mon blog… Au lieu d’en faire un grand gâteau, j’ai mis l’appareil dans des moules individuels.

28 septembre 2013

Ballade d’une Dame du temps jadis

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 22:54

Dis moi où, n’en quel restaurant,
Est Muriel maîtresse de céans ?
Où est passé, zieuteur, Salim,
Qui les trouvait toutes sublimes ?

Semblablement, où est Emma,
Ombre fidèle de Mamma,
Qui louvoyait en bord d’étang,
Toute en rires tonitruants ?

Damien qui dansait mieux qu’un faune,
Mais n’avait rien d’une amazone,
Lucas, Guillaume et puis Thomas
Qui veillaient à notre estomac ?

Mais où est partie ma cantine ?
Où sont-ils tous, Dame Tartine ?
Et ce refrain vais répétant :
Mais où sont les neiges d’antan ?
 

18 septembre 2013

Life in Hell: My Tailor Is Rich

Classé dans : Actualité, Cuisine, Langue, Musique — Miklos @ 21:01


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Spirou, qui – comme on le voit – s’habille avec une élégance unmistakably British, a décidé d’accorder une égale attention au développement de ses talents oratoires dans la langue de Chaucer et de Marlowe. Akbar, qui – comme on le sait – est plutôt conversant dans celle des descendants des Pères pèlerins, lui propose donc de ne plus converser qu’en anglais tout en tâchant d’éviter la controverse purement linguistique qu’évoquent ci-dessous Ginger Rogers (dont le prénom ne manque d’évoquer la couleur des cheveux de Spirou) et Fred Astaire (qu’Akbar se garde bien d’imiter pour ne pas se casser la g…..). Dorénavant : pas d’exceptions.

Ah ! quelle chance ! c’est aujourd’hui dimanche. Ils vont déjeuner au restaurant de la mamma aux manières accortes. En entrant, Akbar demande la carte en anglais pour Spirou, « parce qu’il ne parle pas un mot de français ». Spirou almost falls back from surprise et regarde Akbar avec des yeux mi-écarquillés mi admiratifs (sans loucher pour autant). How dares he? pense-t-il in peto.

Ils s’asseyent à la meilleure table, d’où l’on voit le joli paysage – le lac, les canards quand il y en a ailleurs qu’au menu, les enfants qui s’égayent dans le bassin à l’eau croupie parmi les immobiles mobiles musicaux, les touristes qui contemplent les alentours au travers de l’image que leur renvoie leur tablette tenue à bout de bras et les nuées de voleurs à la tire – sans avoir à grelotter du froid qu’il fait dehors en cette journée d’été pourtant radieuse. Quelle météo pourrie !, se dit Akbar en pensant à Madame de Sévigné.

Le cowboy mexicain s’approche, et, dans un anglais dont la qualité ne manque de surprendre Akbar, prend aisément la commande de Spirou, qui est malgré tout dans ses petits souliers : dès qu’elle (le cowboy) s’éloigne, il demande anxieusement à Akbar : But what if she finds out that I speak French? Puis c’est au tour de la danseuse de s’approcher. Là aussi, ébahissement pour Akbar, il (la danseuse) maîtrise quasiment aussi bien l’anglais que sa collègue (le cowboy, vous suivez ?). Quant au grand-père, il n’est pas de reste, et s’étonne seulement de voir Akbar en ce jour de repos dominical.

Quelques jours plus tard, Spirou délivre devant sa classe émerveillée la vraie recette du pain perdu en un anglais plus que parfait, tout en se gardant bien de lui donner sa dénomination fort vulgaire de French Toast, ils ne sont tout de même pas chez MacDo (pour cette fois).

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

8 septembre 2013

Life in Hell : Paradoxes mathématiques alsaciens, ou, Quand 4=2 et 2+4=7.

Classé dans : Actualité, Cuisine, Musique — Miklos @ 2:47


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Afin d’aider Spirou à découvrir les mystères de Paris où il vient de débarquer, Akbar décide de jouer le tout pour le tout : il se risque à l’emmener manger des tartes flambées alsaciennes à volonté. Spirou ne sait où ils se rendent. Tout ce qu’Akbar est disposé à lui révéler malgré son insistance, c’est qu’il s’agit d’une spécialité régionale, à quoi Spirou demande, « De Paris ? ». Tel la Joconde, Akbar sourit silencieusement en guise de réponse.

Les terrasses sont pleines, mais le restaurant est vide. Tant mieux, l’efficace SeffoderdeseladegaServeuse faisant fonction de responsable de salle
en l’absence de Gaël (acronyme).
qui les accueille avec un beau sourire leur donne la table favorite de Jeff et d’Akbar.

Spirou se glisse contre le mur tandis qu’Akbar s’écroule sous la table : le fauteuil était subrepticement bancal. Il se ramasse et l’échange contre un siège voisin sous lequel il trouve un vieux couteau sale, ce qui le rassure : ce fauteuil-là n’a pas dû être autant utilisé que le sien, et doit donc être plus solide. Ça commence bien, se dit-il in peto.

Sitôt installés, tous les serveurs et serveuses présents ce soir-là se succèdent à une vitesse déconcertante, non pas pour se présenter comme le faisait le personnel à Versailles devant le roy, mais pour prendre la commande. On sent bien qu’ils sont pressés de le faire avant le coup de feu, sussure Akbar.

Puis il explique à Spirou le principe de la carte et le laisse faire tranquillement son choix. La commande est finalement passée au grand soulagement de la cuisine. Les entrées arrivent à toute berzingue, et avant même qu’elles soient entièrement englouties, le premier round de tartes flambées alsaciennes à volonté est déposé sur la table. Tandis que le Tatoué parcourt d’un air important et à petits pas rapides la salle et que le Stagiaire y erre perdu avec un air éperdu, Spirou savoure sa fameuse chèvre au miel (qui était aussi la favorite d’Enak) et Akbar sa saumon (qu’il n’avait pu obtenir la fois précédente faute de saumon).

La suite ne se fait pas attendre non plus. En fait, elle n’a même pas attendu la commande de nos deux compères, la cuisine ayant décidé d’office (si l’on peut dire) de leur envoyer la même chose. Or Spirou voudrait maintenant goûter à la saumon (qu’on vient de rapporter pour Akbar, vous suivez ?), tandis que ce dernier ne peut prendre celle de Spirou parsemée de lardons, et de toute façon il s’indigne qu’on ne leur ait pas demandé leur avis. On donne donc à Spirou la portion qui était destinée à Akbar – c’est sa seconde de la soirée –, et on prend la commande de la moitié manquante d’Akbar.

Long intermède qui permet aux deux convives de finir leurs parts, de les digérer et de discuter d’un grand nombre de sujets fondamentaux. Finalement on vient leur demander s’ils ont passé commande, à quoi Akbar répond quelque peu acidement par l’affirmative et qu’il n’a toujours pas reçu ce qu’il avait commandé. On reprend sa commande, et on en profite pour demander à Spirou ce qu’il voudrait maintenant manger.

Second long intermède, qui leur permet de prendre connaissance du drame qui se joue à la table voisine : un couple et leurs enfants attendent depuis 45 minutes le digestif de la mère. Celle-ci, exaspérée, interpelle la Seffoderdeseladega qui essaie de lui faire comprendre italiquement et par tous les arguments possibles et i(ni)maginables que c’est normal, vu qu’ils sont obligés de former du personnel plutôt que de servir la clientèle ou quelque chose dans le genre (vu le brouhaha Akbar n’est pas sûr d’avoir entendu toutes les subtilités de son discours).

Puis arrive le Stagiaire Éperdu avec la part de Spirou, annonçant qu’il avait fait tomber celle d’Akbar mais, ajoute-t-il en faisant semblant de croire très fort à ce qu’il dit, qu’on allait lui en refaire une très rapidement. Mon œil, se dit Akbar in peto. C’était le bon : bien longtemps après que Spirou ait fini sa troisième moitié, voici qu’on vient leur rereprendre commande.

[…]

Akbar reçoit finalement sa végé­ta­rienne moitié, tandis que Spirou savoure sa quatrième, une indienne. Une fois celles-ci respectivement finies, les deux compagnons de table décident de lever le camp afin de ne pas attendre jusqu’au petit déjeuner une éventuelle suite.

Ceux de nos lecteurs qui auront suivi jusqu’ici les péripéties de nos héros auront sans doute conclu que 2+4 = 6, mais l’addition, elle, indiquait 7 moitiés. Un vrai mystère (de Paris) ! Après plusieurs corrections approximatives – Akbar se lasse d’indiquer qu’elles ne sont pas entièrement correctes – la Seffoderdeseladega lui dit, un peu lasse elle aussi, « Ce n’est pas facile de gérer toute une salle ». Akbar lui répond télépathiquement qu’à chacun son métier et les vaches seront bien gardées. Spirou, ravi de la soirée, déclare en recevant sa carte de fidélité qu’elle lui sera bien utile et qu’il reviendra avec ses amis pour de nouvelles aventures.

La soirée déconcertante se termine par le concert suivant :

– Paul Robeson, Let My People Go.

– Mama Cass, Dream A Little Dream Of Me (1968).

– Joe Cocker, With A Little Help From My Friends (1969).

– Joan Baez, The Night They Drove Old Dixie Down.

– Tom Waits, Waltzing Matilda (1977).

– Arlo Guthrie, Alice’s Restaurant (2005).

– Mozart, Adagio for Glass Armonica in C major, K. 617a (2008).

– Debussy, Clair de Lune (Lydia Kavina, theremin) (2009).

– Sound of Noise, Music for One Apartment and Six Drummers.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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