Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 octobre 2012

Copé défend la boulangerie-pâtisserie française et fout le ramdam à droite

Classé dans : Actualité, Cuisine, Médias, Politique, Racisme, Religion — Miklos @ 15:01

Tous les médias rapportent avec délec­tation les déclarations de ce valeureux pourfendeur décom­plexé du racisme anti-blanc. Ce fils d’immigrés ayant échappé aux rafles (ses parents ont pu constater à quoi on s’expose quand on est étranger) et devenu plus français que français de souche est parti en campagne monté sur son grand cheval (blanc) pour défendre le droit des petits blancs à manger leur pain au chocolat (et inci­demment dans le but décrocher la nomination à la tête de son parti en raflant s’attirant des voix à la droite de la droite).

On est tout de même étonné : la couleur de cette pâtisserie n’est pas franchement bleu-blanc-rouge. En d’autres temps il aurait pu même parler de tête-de-nègre : les petits Français adoraient en manger et certains de leurs parents en bouffer, du nègre ; Y’a bon, Banania. Pourquoi n’a-t-il pas choisi de promouvoir plutôt une religieuse ou un pet-de-nonne ?

Quant à la cause de ces agressions à l’encontre de fils de mères de (bonne) famille françaises – il faut être compatriote pour être défendu par ce … patriote – à la sortie de collèges, ce serait le Ramadan. Or cette année cette fête a débuté le 20 juillet pour se terminer le 19 août, au beau milieu des grandes vacances. Qui sont donc ces élèves ? Des clandestins ? Immigrés, même ? Dieu préserve !

20 septembre 2012

Savoir citer pour bien passer à la postérité et sauver le monde par la même occasion

Classé dans : Humour, Judaïsme, Langue, Littérature, Peinture, dessin — Miklos @ 13:40


“Allons, Jefque [petit Jef], conduis-moi à la postérité.”
Source: Universtätbibliothek Heidelberg.

ואמר ר"א אמר רבי חנינא כל האומר דבר בשם אומרו מביא גאולה לעולם שנאמר ותאמר אסתר למלך בשם מרדכי
- תלמוד בבלי, סדר מועד, מסכת מגילה, דף טו עמוד א

— Pourquoi représente-t-on la Vérité sortant du fond d’un puits ? — Parce qu’elle est souvent altérée. (Commerson, Pensées d’un emballeur, 1851)

Le Talmud de Babylone, vaste compilation datant du VIe siècle de discussions de sages juifs exilés en Mésopotamie, est essentiellement constitué de jurisprudences concernant la loi juive. Mais on y trouve aussi des maximes (ainsi que d’autres passages à caractère non juridiques) à caractère éthique, qui ont principalement pour but d’indiquer non pas ce qu’il est nécessaire, autorisé ou interdit de faire – ce que précisent ces jurisprudences –, mais comment le faire, avec quelle intention.

C’est ainsi qu’on peut y lire : « R. Eleazar, citant R. Hanina, dit : celui qui dit quelque chose au nom de celui qui l’a dit amène la rédemption au monde ». Ou, comme l’écrivait Eugène Sue dans Arthur quelques treize siècles plus tard : « Citez vos sources, comme disait toujours mon vénérable ami Arthur Young. »

Malgré cette recommandation bien plus que séculaire, on remarque que cette amusante réflexion :

J’aimerais mieux aller hériter à la poste que d’aller à la postérité.

est souvent attribuée à Alphonse Allais (par exemple : par l’« Encyclopédie » du site l’Internaute), parfois à d’autres : à Pierre Dac selon le magazine Lire ; à « un écrivain de ce siècle » d’après le Monde de l’éducation de 1998 ; à l’avocat Sirven – petit-neveu de celui qui avait donné son nom à la fameuse affaire qui avait mobilisée Voltaire – par La vie parisienne à travers le XIXe siècle, éd. par Charles Simond ; à Alexandre Breffort par le site Évène, qui l’attribue ailleurs correctement…

Or elle est tirée des Pensées d’un Emballeur pour faire suite aux maximes de François de la Rochefoucauld du journaliste Commerson (1802-1879) – qui disait de lui-même qu’il faisait des calembours jusqu’à la dysentérie –, recueil publié en 1851 (on peut voir ci-dessous l’annonce de sa publication), trois ans avant la naissance d’Alphonse Allais… Il était très apprécié de Perec qui aimait en citer ce bon mot.

En voici quelques autres du même, trouvées au hasard de nos lectures de cet ouvrage :

J’ai sur ma cheminée un marbre qui est beaucoup plus poli que certains individus de ma connaissance.

Il n’y a aucun rapport entre un âne et un musicien ; pourtant l’un et l’autre aiment le son.

Savez-vous pourquoi nous aimons tant la musique qui passe ? Parce qu’elle passe et va nous échapper.

La nature ayant horreur du vide, j’en conclus que je suis très nature quand je me trouve à l’Odéon.

J’aime mieux embrasser une femme que la profession d’avocat.

Si le chaste Joseph n’avait pas eu de manteau, je me demande par où la Putiphar aurait pu le retenir ?

Une jeune dame (fort jolie, ma foi !) me disait l’autre jour : « Vous avez une santé de fer, vous. — C’est vrai, madame, lui répondis-je, je suis de fer, mais vous êtes l’aimant ! ! !… » (Cette galanterie de ma part m’a valu une récompense honnête.)

Un amant est une agrafe. Un mari est un crampon.

Il est plus aisé de purger son enfant que de purger une hypothèque.

J’ai toujours pensé que le Mont-de-Piété était un tribut levé sur les pauvres pour soulager les indigents.

On y rajoutera quelques-unes des définitions de son Dictionnaire du Tintamarre (le Tintamarre était un hebdomadaire satirique co-fondé par Commerson), sans en omettre l’ultime :

Amitié. — Droit de se faire et de se dire les choses les plus désagréables.

Automate. — Sauce mécanique. Exemple : Bœuf automate.

Conscience. — Ustensile en caoutchouc.

Divan. — Conseil du grand Turc, composé d’un sommier élastique et de trois coussins.

Empaler. — Manière de fusiller chez les Turcs.

Étudiant. — Jeune homme qui va tous les trois mois à l’École de Droit prendre une inscription.

Faufiler. — Mettre un faux en circulation.

Galérien. — Pensionnaire de l’État.

Homard. — Grosse écrevisse pudique qui rougit dans l’eau bouillante.

Madame. — Femme défleurd’orangée.

Mademoiselle. — Fille qui demande à l’être.

Nubile. — Garçon ou fille en âge d’aller au bois.

Odéon. — Monument théâtral qui gêne l’accès du Luxembourg. Son utilité n’est appréciée que les jours de pluie, à cause de ses arcades.

Quinte. — Toux âcre et violente, en forme de violon, dont on se sert au jeu de piquet pour marquer l’intervalle de cinq notes consécutives, y compris les deux extrêmes. [Ce qui ne manquera pas de rappeler à nos lecteurs attentifs ce billet-ci.]

Reins. — Partie du corps qui se trouve au bas de l’épine du dos, et dont les bords sont magnifiques à visiter pour les voyageurs.

Rossignol. — Oiseau dont le chant ouvre les portes.

Viole. — Instrument de musique sévèrement puni par le Code pénal.

Zero. — Valeur du présent Dictionnaire.

Pour finir, on peut se demander si Allais ne s’était pas inspiré de l’une des définitions qu’on vient de voir pour son quatrain, intitulé Les Mots célèbres :

Tamerlan, conquérant farouche,
Dans un combat fit vingt captifs.
Il les fit empaler tout vifs :
On n’dit pas si c’est par la bouche..
                    Malheur aux vaincus !


Page de garde du Tintamarre du 19 janvier 1851, annonçant la publication des Pensées d’un Emballeur de Commerson. Source : Gallica (BnF).
Cliquez pour agrandir.

18 septembre 2012

La raison de ma colère, ou, Read The Smaller Print!

Classé dans : Cuisine, Langue, Nature, Santé, Sciences, techniques, Économie — Miklos @ 23:50

Ce jus de raisin, importé d’Israël (détail qui a son importance), est vraiment bon, mais jusqu’à quand ?

On est en droit de se le demander : la mention en français indique « à consommer de préférence avant le 28 Février 2015 », tandis que la mention en hébreu en bas à droite, probablement imprimée lors de la mise en bouteille et donc plus réaliste qu’une série d’étiquettes destinées à l’exportation, indique une date de péremption (les lettres ת.א., à lire de droite à gauche, signifient en hébreu « date ultime ») bien plus rapprochée, le 5.2.14. Qu’on se rassure, on aura fini la bouteille avant, mais heureusement qu’on n’en pas fait de réserves.

À ce propos, on citera le Traité de chimie de Jöns Jakob Berzelius qui nous apprenait en 1838 que :

Gay-Lussac a fait voir que si l’on exprime du raisin dans une atmosphère qui ne contient pas la plus petite quantité d’oxygène, le jus ne commence à fermenter que lorsqu’on introduit de l’oxygène dans le gaz. Gay-Lussac broya et exprima du raisin sous une cloche remplie de gaz hydrogène ; le jus se conserva pendant un mois, tandis que le jus de la même espèce de raisin, exprimé à l’air et conservé dans une autre cloche placée à côté de la première, commença à fermenter comme à l’ordinaire. Lorsqu’il eut introduit sous la cloche remplie de gaz hydrogène une petite quantité d’air atmosphérique, le jus de raisin commença également à fermenter. La quantité d’oxygène nécessaire pour déterminer la fermentation est très petite, et dès que la fermentation est établie, elle continue sans le concours de l’oxygène. On conçoit, d’après cela, pourquoi du jus de raisin, exprimé à l’air, fermente dans des vases qui ne contiennent point d’oxygène.

D’aucuns préfèreraient sans doute attendre, comme on l’apprend dès 1756 dans La Cacomonade, Histoire politique et morale traduite de l’allemand du Doctor Pangloss, par le docteur lui-même, depuis son retour de Constantinople :

On en trouve qui s’enivrent avec du jus de raisin, ou de pomme, ou d’orge, aigri par la fermentation ; d’autres qui s’empoisonnent délicieusement avec ce même jus distillé par le feu ; d’autres qui se réjouissent avec de la salive de vieille femme infusée dans du suc de maïs ; d’autres qui mettent dans leur nez une poudre brune et malsaine ; d’autres qui mâchent de la chaux avec des feuilles d’arbres ; d’autres qui fouettent ou égorgent leurs voisins ; d’autres qui se laissent fouetter ou égorger, et tout cela est à moi.

À chacun son plaisir. Moi, ce jus, tel qu’il est, il me plait.

11 septembre 2012

Omelette à la française

Classé dans : Cinéma, vidéo, Cuisine, Langue, Santé — Miklos @ 9:58

La recette traditionnelle de ce mets bien français commence généralement par « Battre légèrement trois œufs… ».

Pourquoi trois ? Peut-être parce qu’il faut « déposer une cuiller à soupe de beurre dans le poêlon » : pour deux ou quatre œufs, la quantité de beurre à rajouter serait bien moins simple à exprimer. On ne sait d’ailleurs pas à combien de personnes cette recette est destinée.

Pour ceux qui craignent le cholestérol, on signalera que les opinions divergent à ce propos tout en rappelant qu’il ne faut abuser de rien, surtout des bonnes choses.

Ce n’est pas que dans l’omelette française et donc sur la langue que l’on trouve trois œufs, mais dans la langue elle-même : le participe passé féminin des verbes agréer (on est d’accord ?), béer (aux corneilles), créer (des ennuis, si on en mange trop), féer (« doter d’un pouvoir surnaturel »), gréer (« équiper un navire »), réer (ma pauvre biche !) et véer (anc. fr. « empêcher, refuser, défendre, prohiber », du lat. vetare) se termine effectivement en –éée.

Eheheh !

10 septembre 2012

Ces quintes désagréables et insupportables, ou, toux un programme

Classé dans : Langue, Loisirs, Musique, Santé — Miklos @ 22:18


Anonyme français, La quinte estampie real. XIIIe s.

Il en va des quintes parallèles en musique comme du vide dans la nature : on les abhorre, mais malgré tout… Dans une lettre à Monsieur Périer, datée du 15 novembre 1647, Pascal écrit, à propos de leurs entretiens au sujet du vide :

Vous savez quel sentiment les philosophes ont eu sur ce sujet : tous ont tenu pour maxime, que la nature abhorre le vide ; et presque tous, passant plus avant, ont soutenu qu’elle ne peut l’admettre, et qu’elle se détruirait elle-même plutôt que de le souffrir. Ainsi les opinions ont été divisées : les uns se sont contentés de dire qu’elle l’abhorrait seulement, les autres ont maintenu qu’elle ne le pouvait souffrir. J’ai travaillé dans mon Abrégé du traité du vide à détruire cette dernière opinion et je crois que les expériences que j’y ai rapportées suffisent pour faire voir manifestement que la nature peut souffrir et souffre en effet un espace, si grand que l’on voudra, vide de toutes les matières qui sont en notre connaissance et qui tombent sous nos sens.

En musique, on entend souvent dire que « les progressions en octaves parallèles, depuis le 13e siècle, et en quintes parallèles depuis le 14e siècle, sont considérées comme irrecevables. » Mais comme le signale Patrick Loiseleur,

C’est avec un certain plaisir, après avoir pratiqué l’harmonie scolaire et évité les quintes parallèles comme un gamin ayant peur de se faire taper sur les doigts, ou au contraire enchaîné les accords parallèles avec le petit frisson de celui qui brave l’interdit, qu’on apprend que la règle des quintes parallèles n’a rien d’absolu ; qu’elle n’a pas toujours existé ; que son importance a évolué dans le temps ; qu’elle a été ignorée par des compositeurs aujourd’hui placés parmi les plus grands ; que si elle est tout à fait recommandable pour écrire un choral ou une fugue dans le style de Jean-Sébastien Bach, le même Jean-Sébastien Bach usait de cette « règle » comme des autres avec la plus grande liberté, en gardant l’oreille pour seul guide.

On en trouve par exemple dans la Symphonie n° 9 « du Nouveau monde » de Dvorak, comme le montre Luc Dupuis.
 

Il y a un autre domaine que la musique – et qui a plus d’un rapport avec elle d’ailleurs – où les quintes sont néfastes : il s’agit de la médecine. La fièvre quinte (ou quintane) était « une maladie fébrile intermittente dont les accès viennent tous les cinq jours inclusivement », nous dit Isidore Bricheteau (1789-1861) dans le Dictionnaire des sciences médicales, vol. 47 (1820). Il rajoute que, probablement identique à la fièvre quarte, elle se traitait avec du quinquina, puis que « Les médecins de nos jours paraissent l’avoir peu observée, et pour ce qui nous concerne, nous ne l’avons jamais rencontrée ».

Cette quinte-ci est donc passée à l’as (ce qui peut être avantageux surtout si elle est flush à l’as, autrement dit une quinte royale).

Quant à la quinte de toux, si commune notamment au cours des cent jours de la coqueluche où elle se succède aussi désagréablement que les homonymes musicaux, il y a plusieurs hypothèses sur son étymologie. Dans sa traduction des Épidémies et éphémérides de Guillaume de Baillou (1538-1616) publiée en1858, Prosper Yvaren en fournit quelques-unes :

Quelqu’un affirme avoir lu dans un auteur ce nom de quinte de toux ou de toux quintane, dont il est bien difficile de trouver la raison. Les uns veulent qu’on l’appelle quinte, parce que la toux se reproduit toutes les cinq heures ou à peu près (ce nombre précis ne devant s’entendre que dans un ses approximatif). C’est de là qu’est venue l’expression d’hommes quinteux, appliquée à ceux qui sont par moment désagréables et insupportables à autrui. D’autres veulent que ce terme ait été emprunté aux musiciens. Et de même qu’il existe entre l’octave et la quinte une certaine proportion, un certain rapport, malgré la différence des degrés et des nombres : de même chez ceux qui souffrent de cette toux, il se forme dans le larynx un son qui répond à un autre son, parti de la profondeur des poumons. Que d’autres que moi décident.

En d’autres termes, c’est un peu comme le chant diphonique. Ce rapport évident avec la musique est-il la raison pour laquelle un personnage de Clérambard de Marcel Aymé, sujet à des quintes de toux, se prénomme Octave ?

Selon une troisième explication, la quinte de toux de la coqueluche se caractérise par « cinq secousses expiratoires suivies d’une longue inspiration sifflante appelée ‘chant du coq’ » (pour éviter d’étouffer, je suppose), tandis qu’une dernière, à caractère belgiquement étymologique (son auteur était médecin du roi de ce pays), voit dans quinte « une modification de quinque (la permutation de k en t est chose fréquente dans les patois). Or quinque se rattachera au vieux flamand kincken, forme nasalisée de kichen, allemand keichen, respirer difficilement. De ce kincken viennent : flamand kinck-hoes, allemand keich-husten, coqueluche […] » (Auguste Scheler, Dictionnaire d’étymologie française d’après les résultats de la science moderne, Bruxelles, 1862).


 

Pour finir spirituellement, on rappellera que la quinte essence est le « cinquième élément qui s’ajoute chez certains philosophes anciens aux quatre premiers (la terre, le feu, l’air, l’eau définis par Empédocle) et qui en assure la cohésion » (Trésor de la langue française) et l’on proposera une édifiante lecture destinée à meubler le temps jusqu’à notre prochain billet :

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