Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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17 mai 2010

Life in Hell: No beef today, my food is gone away

Classé dans : Actualité, Cuisine, Littérature, Musique — Miklos @ 9:50

Franchette a beaucoup aimé les tartes flambées alsaciennes à volonté. Elle invite Jeff et Akbar à retourner au restaurant qui… au restaurant où… au restaurant. On va croire qu’on est maso, se dit Akbar, mais ne voulant pas gâcher la fête il retient sa langue.

Le trio entre dans l’établissement, et lorgne le coin où on les avait installés quelques jours auparavant : il n’y a personne. La petite souris venu les accueillir leur dit qu’il est impossible de les y placer (c’est une habitude ! tout ce qu’ils lui demandent lui est impossible, mais pas à ses autres collègues, constate Akbar) : ce sont des tables de deux, on les garde pour ceux qui viennent à deux (Akbar ne comprend pas vraiment sa logique : le restaurant est vide, presque toutes les tables de deux sont inoccupées). Ils s’installent à une table de quatre, dans un passage. Vu le manque d’affluence, on ne sera pas trop bousculé, soupire Akbar.

Le service ne se bouscule pas non plus. Dix minutes après leur arrivée, la petite souris – toujours elle – vient leur annoncer : Plus de bœuf ce soir. Et disparaît aussitôt sans leur laisser le temps de commander à boire. On se croirait chez Alice (pas celle du restaurant where you can get anythin’ you want ce n’est pas le cas ici, l’autre), marmonne Akbar.

Elle repasse à toute allure près de leur table (c’est leur chance, ils sont placés dans le passage). Ils l’interpellent pour passer commande. C’est pas moi ce soir, c’est l’autre, lance-t-elle en redisparaissant aussi sec. Le chat de Cheshire souriait au moins, lui, se souvient Akbar nostalgiquement.

Le trio peut discuter au calme. Jeff a faim et ne se prive pas de le dire. La souris revient. Ben ça sera moi. Ils passent finalement commande. Un jeune brun ténébreux apparaît avec les boissons et les pose sur la table qui se met à tanguer. Il s’agenouille devant Jeff (qui se retient de poser épiscopalement sa main sur la tête du serveur) et cale le pied baladeur. C’est une autre serveuse, grande, belle et souriante, d’un vrai sourire avenant (et qui peut tout, elle, c’est elle qui les avait placés l’autre jour dans le recoin convoité aujourd’hui), qui leur apportera les entrées. Jeff fait un sort instantané à la sienne. Franchette remarque que pour une fois il a mangé plus vite qu’Akbar. Elle, elle prend son temps.

Les tartes tant attendues arrivent. Akbar n’a pas de couverts, il en demande à la souris qui glissait à proximité. Elle passe le message tel un ballon de rugby à une collègue. Akbar attend. Puis finit d’attendre, la tarte refroidit. Il la mange avec les doigts, ramasse la crème qui en a giclé avec les doigts, se lèche les doigts (ce qui l’empêche de râler). Ce n’est que quand on les débarrasse que le couvert arrive. Là on est de l’autre côté du miroir, s’imagine Akbar, tout va à l’envers, on aurait dû payer l’addition en entrant.

Ce que Franchette fera en sortant. Heureusement que la compagnie était excellente ! se console Akbar.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

13 mai 2010

Life in Hell : c’est au tour de Jeff de râler

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 22:28

La sœur de Jeff vient lui rendre visite. Akbar propose de dîner dans un certain restaurant de tartes flam­bées alsa­ciennes à volonté. Jeff s’installe dans le fauteuil « parce que c’est plus confortable » (il a raison, constate Akbar).

Franchette consulte la carte et aimerait bien goûter à la tarte flambée aux champignons. Jeff, lui, a envie de celle du jour. Ils demandent donc à la petite souris une moitié de chaque. Elle leur répond que ce n’est pas possible, tous les convives doivent partager la même, c’est le principe. Mon œil, se dit Akbar, toutes les fois où j’y viens avec Jeff, on ne prend jamais la même chose, et on n’a aucun problème, elle ne doit pas aimer les femmes, celle-là.

Faute de pouvoir avoir les deux, Jeff, fâché, décide qu’ils prendront celle du jour. Franchette est très accommodante, non seulement elle acquiesce, mais quand finalement la tarte arrive, elle trouve que c’est un bon choix, elle est bonne. Repas faisant, une touche d’aïoli dans l’assent, elle raconte aux deux compères avec faconde ses voyages fabuleux en campingue car aux States, la nuit où un ours est venu humer la tente dans laquelle sa moitié se préparait à dormir, la vue magnifique du grand canionne (le nord, parce que l’autre bout, c’est une arnaque des Indiens, 70$ pour deux kilomètres en bus !)…

Il est temps de commander la tarte flambée suivante. Franchette aimerait toujours bien goûter à la tarte flambée aux champignons. Jeff, lui, a encore envie de celle du jour. Faute de pouvoir avoir les deux, Jeff décide qu’ils prendront celle du jour. Franchette est très accommodante, non seulement elle acquiesce, mais quand finalement la tarte arrive, elle trouve que c’est un bon choix, elle est bonne. Cette fois-ci, elle raconte ses mésaventures avec un commercial auquel elle demandait un devis pour refaire les fenêtres de sa maison, et qui s’entêtait à vouloir parler avec un homme, parce que les femmes ça ne comprend pas. Il ne doit pas aimer les femmes, celui-là. Franchette n’est pas née de la dernière pluie, elle a déjà construit trois maisons, et sait en sus reconnaître un goujat et un arnaqueur. Elle indique la porte à ce deux-en-un qui sort en l’insultant. Ah ces mecs !

Ce n’est finalement qu’à la troisième tarte flambée, puis à la quatrième, qu’elle peut enfin satisfaire sa discrète envie. Ah, ces mecs…

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

7 avril 2010

Life in Hell: Akbar adore le bon pain, mais…

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 0:16

À l’instar d’Épicure, Akbar a le cœur saturé de plaisir quand il a du pain et de l’eau (à défaut de vin, mais cela ne saurait durer). Une baguette suffit pour le rendre heureux : l’arôme qu’elle dégage encore quand, à peine tiède, elle s’offre à lui, la croûte dorée, de cette couleur bai clair qu’on voit sur certains beaux chevaux blonds de race, délicatement croustillante pour se fondre ensuite sous la langue, la mie élastique sans pour autant servir de bouche trou à des caries, ni trop dense ni trop aérienne, à peine salée pour en rehausser discrètement le goût… Un délice dont il a du mal à se passer trop longtemps.

Le pain, ça paraît si simple à faire : de la farine, de l’eau, du levain… et voilà, le tour est joué. Eh non ! s’écrie Akbar qui s’est appris à se faire son pain quotidien à la sueur de son front. C’était du temps où il vivait dans un pays qui, malgré (ou à cause de) ses avancées technologiques, ne produisait que du pain industriel : sa forme ? toujours parfaite et identique d’une pièce à l’autre ; sa couleur ? toujours idéale, sans variante ; sa texture moelleuse à souhait et sa mie plaisante pour tous donc sans goût ; ce pain qui a le mérite de rester frais plusieurs semaines puis de tourner subitement au vert, couleur qui indique, contrairement à celles des feux de circulation, qu’on doit s’arrêter (de le consommer).

Quelles farines ? Quels levains ? Et l’eau, alors ? pas celle qui s’écoule hygiéniquement javélisée de son robinet, pour sûr. Et puis le tour de main, la température ambiante et celle du four, l’humidité, la durée de la cuisson… Akbar en découvre les subtilités au fil du temps.

Rentré en France, Akbar fréquente assidûment la boulangerie de son quartier : le pain (et les croissants au beurre, précise-t-il) y est tellement savoureux qu’il n’a plus besoin de se faire les biceps en pétrissant le sien. Mais voilà : le boulanger n’aime pas les étrangers et confond trop souvent le pain et Le Pen. Akbar le quitte. L’autre boulangerie du coin ne soutient pas la comparaison, même les moineaux s’en détournent. Akbar aussi, sans pour autant suivre la recommandation de feue Marie-Antoinette de passer à la brioche, afin d’éviter que la sienne… Glissez, mortels, n’appuyez pas.

Jeff, lui, est un panivore acharné, Akbar reprend goût à ce mets. L’épicerie bio de la rue Trousse-Nonnain vend des baguettes aux céréales, aux graines de courge et de tournesol qui se laissent agréablement manger, juste le temps de rentrer chez lui avec ses autres emplettes, mais ce pain-là est est tout de même un peu lourd.

Akbar poursuit ses recherches. Il semble avoir enfin trouvé son bonheur plus bas, dans la boulangerie de la rue du Regnard-qui-pêche : le goût rêvé, le fantasme devenu réalité. Jusqu’au jour où il s’aperçoit un jour que la vendeuse se saisit du pain à mains nues, mains avec lesquelles elle prend l’argent et rend la monnaie et dont elle vient de lécher l’index pour décoller plus facilement le sachet dans lequel elle glisse son achat.

Il se demande alors dans quelles conditions sont préparés leurs sandwiches et les autres plats tous prêts sous plastic que ses collègues achètent en guise de repas (ah ! s’ils fréquentaient à la place Lord Sandwich… !). Il leur pose la question et s’entend répondre par Palomita : « J’ai déjà vu des cafards se balader parmi les sandwiches, et une fois j’ai trouvé dans un plat chaud une moitié de punaise rouillée… ».

Punaise ! se dit Akbar, ça donne le cafard.

Il se remet au pétrissage.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

5 janvier 2010

Life in Hell: Colissimo perduto, perdutissimo

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 20:55

Akbar n’a toujours pas reçu le café qu’il a commandé il y a bientôt deux semaines, et qui lui a été expédié par Colissimo. ColiPoste, l’opérateur chargé de le livrer, s’au­to­pro­clame « N° 1 français de la livraison rapide aux particuliers » : 48 heures. Vu le délai actuel, il doit s’agir d’heures de 420 minutes chacune, se dit Akbar.

Samedi après midi. Akbar reçoit de leur service clients une réponse électronique à la réclamation qu’il avait déposée sur leur site : ce service clients l’invite « à contacter leur service clients dès à présent » (impossible, vu l’heure et le jour) par téléphone. Ne peuvent-ils s’appeler eux-mêmes, se demande Akbar interloqué ? Il en comprend vite la raison : le prix de la communication est de 0,15 €/min.

Lundi matin. Akbar s’arme de références et de patience, et appelle ledit numéro. Au bout de trois appels et de 12 minutes d’attente (1,80 €), il entre finalement en contact avec une personne qui lui demande ces références : numéro de colis, adresse de livraison… et enfin son numéro de téléphone pour l’informer aussitôt que possible de l’état de la livraison.

Le site, lui, indique imperturbablement que le « colis est arrivé sur son site de distribution » le 26 décembre.

Mardi midi. N’ayant reçu aucun appel depuis plus de 24 heures (de 60 minutes), Akbar rappelle ledit numéro. Après une attente de 12 minutes (total : 3,60 €), il entre finalement en contact avec une personne qui lui demande ses références. Après avoir vérifié, elle lui annonce que « le colis est égaré ». Akbar demande :

— Depuis quand le savez-vous ?

— Depuis hier.

— Pourquoi n’avez-vous pas appelé pour me le dire ?

— Nous avons 48 heures pour le faire, on vous appellera.

— Et maintenant, je fais quoi ?

— C’est à l’expéditeur d’aller à son bureau de poste pour y déposer une réclamation.

Énervé, Akbar claque le téléphone. Il envoie un mail à son fournisseur, qui lui répond du tac au tac : « Nous avons recontacté le service clients qui n’a toujours pas de nouvelle pour ce colis, suite à votre mail et pour ne pas vous laisser sans café, nous venons de procéder à l’envoi d’un nouveau colis ce jour. » Akbar avait bien dit que ce fournisseur était parfait…

Quant au site de Colissimo, il indique imperturbablement que ce « colis est arrivé sur son site de distribution » le 26 décembre.

Jeudi midi. ColiPoste appelle Akbar et l’informe que des recherches sur le site n’ayant rien donné, le colis est déclaré perdu. Il devra se retourner vers son fournisseur et lui dire de déposer une réclamation à la Poste pour être remboursé. Akbar se demande pourquoi ColiPoste, qui connaît l’expéditeur, ne peut le faire directement, c’est sans doute dû à la séparation des PTT en P et TT, suppute-t-il.

Le site, lui, indique imperturbablement que le « colis est arrivé sur son site de distribution » le 26 décembre, tandis que le second colis, expédié mardi par le fournisseur, vient d’être livré.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

3 janvier 2010

Life in Hell: l’arc-en-ciel

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 9:53

Akbar est d’humeur noire : un saumon qu’il a mangé tout cru (c’est son plat préféré) devait être avarié, il en est devenu jaune comme un citron, lui d’ordinaire brun cara­mel. Rouge de colère, il jure de manger dorénavant uniquement du poisson passé préalablement au lance-flammes, à la cajun. Il est épuisé, il grelotte, il est bleu de froid. Jeff, vert de jalousie à la multiplicité des couleurs par lesquelles passe son compère, le trouve maintenant blanc comme un drap. Il lui suggère de voir la vie en rose (saumon) : une fois sorti de cette galère, il pourra tout manger impu­nément. Stoïque mais nullement résigné, Akbar s’arme de patience et de mots croisés. No pasaran!

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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