Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

26 mai 2010

Un récital franco-yiddish

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 20:59

Betty Reicher
samedi 5 juin 2010 à 18h
Théâtre de la Vieille Grille
1 rue du Puits-de-l’Ermite
75005 Paris. M° Monge
 
Réservations : 01 47 07 22 11

Betty Reicher, auteur, compositeur interprète, nous offre un autre récital où ses propres chansons et des chansons yiddish s’entrelacent et racontent.

« Joyeuse, grave, mélancolique. Elle vous emporte. Loin. » (Jean Birenbaum)

24 mai 2010

Paris du futur

Classé dans : Actualité, Environnement, Nature, Photographie, Récits — Miklos @ 22:50

Parions : la dernière crise n’en sera plus une, elle s’installera pour de bon et prendra un caractère endémique. Malgré les efforts des gouvernements nationaux, continentaux et mondial, l’inflation devenue incontrôlable atteindra de tels sommets que l’abandon de l’usage de la monnaie sera inéluctable avant même d’être décrété. Le troc s’y substituera là où le pillage ne régnera pas encore.

Parions : l’essence se raréfiera puis disparaîtra totalement des pompes. Les voitures rouilleront dans les garages et le long des trottoirs. L’électricité fera alors défaut, aucun moyen de transport public, de surface ou souterrain, ne sera plus en état de circuler, à l’exception des cyclotaxis et des bateaux-bus à rameurs.

Paris deviendra une immense ville piétonne. Les seuls véhicules encore autorisés à traverser la ville seront les chars à bœufs des halles, le nombre et la fréquence soigneusement limités pour éviter que les rues ne se transforment en fosses à purin. La plus belle avenue du monde (selon les agences de tourisme), la perle de la ville (d’après les guides), le casse-tête de la police municipale, les Champs-Élysées, se videront des embouteillages qui les caractérisaient.

Parions : la chaussée, négligée, se fissurera. Dans les interstices, les herbes folles commenceront à apparaître, et une végétation, d’abord rare puis plus dense, s’y développera. Au printemps, des pâquerettes, des lavandes et une multitude d’autres fleurs éclabousseront de leurs chatoyantes couleurs et parfumeront à l’ivresse l’avenue débarrassée des fumées noires et nauséabondes des tuyaux d’échappement d’antan. Les abeilles s’y multiplieront et produiront une variété de miel de Paris fort prisée à l’étranger.

Des jeunes pousses deviendront des arbres vigoureux : chênes, marronniers ou érables, platanes, bouleaux et cyprès, puis des espèces moins familières, leurs graines parvenues avec les vents et dans les fientes d’oiseaux de provinces de plus en plus lointaines : mûriers, figuiers ou oliviers, palmiers, épicéas, sapins et genévriers. Ensuite ce seront des espèces exotiques, pour certaines en provenance de serres de richissimes propriétaires de l’avenue, pour d’autres on ne sait trop comment : avocatiers, cocotiers et tamariniers, acajous et palissandres, baobabs et séquoias. On y verra pousser à profusion café, tabac, ananas et mangues, et on y cueillera, à la saison, mangoustans et lychees.

La forêt s’épaissira. Les seules lumières artificielles qu’on y apercevra seront les quelques feux rouges qui continueront à clignoter imperturbablement malgré la disparition des véhicules, du fait de leur alimentation par panneaux solaires, le son des klaxons remplacé par le pépiement des moineaux, le hurlement des singes, le hennissement des zèbres. Ici et là, un koala somnolera sur une branche d’eucalyptus. Les parisiens s’y aventureront avec plaisir, ce sera avant l’arrivée des loups attirés par les moutons et des ours alléchés par le miel. Il n’y aura encore aucun danger : les Indiens qui s’y réfugieront après la déforestation finale de l’Amazonie seront végétariens.

Dans les clairières tapissées de verdure fraîche, vaches et moutons paîtront placidement. Des chèvres s’attaqueront méthodiquement aux feuilles et aux branches des jeunes arbres, empêchant ainsi leur prolifération anarchique et une truie allaitera ses petits, béatement affalée à l’ombre d’un palmier. Au loin, on pourra encore apercevoir un temps le sommet de l’arc de triomphe de l’Étoile entre les cimes des arbres qui le dépasseront rapidement en hauteur.

Paris tenus ? Paris gagné ?

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> Autres photos ici

17 mai 2010

Life in Hell: No beef today, my food is gone away

Classé dans : Actualité, Cuisine, Littérature, Musique — Miklos @ 9:50

Franchette a beaucoup aimé les tartes flambées alsaciennes à volonté. Elle invite Jeff et Akbar à retourner au restaurant qui… au restaurant où… au restaurant. On va croire qu’on est maso, se dit Akbar, mais ne voulant pas gâcher la fête il retient sa langue.

Le trio entre dans l’établissement, et lorgne le coin où on les avait installés quelques jours auparavant : il n’y a personne. La petite souris venu les accueillir leur dit qu’il est impossible de les y placer (c’est une habitude ! tout ce qu’ils lui demandent lui est impossible, mais pas à ses autres collègues, constate Akbar) : ce sont des tables de deux, on les garde pour ceux qui viennent à deux (Akbar ne comprend pas vraiment sa logique : le restaurant est vide, presque toutes les tables de deux sont inoccupées). Ils s’installent à une table de quatre, dans un passage. Vu le manque d’affluence, on ne sera pas trop bousculé, soupire Akbar.

Le service ne se bouscule pas non plus. Dix minutes après leur arrivée, la petite souris – toujours elle – vient leur annoncer : Plus de bœuf ce soir. Et disparaît aussitôt sans leur laisser le temps de commander à boire. On se croirait chez Alice (pas celle du restaurant where you can get anythin’ you want ce n’est pas le cas ici, l’autre), marmonne Akbar.

Elle repasse à toute allure près de leur table (c’est leur chance, ils sont placés dans le passage). Ils l’interpellent pour passer commande. C’est pas moi ce soir, c’est l’autre, lance-t-elle en redisparaissant aussi sec. Le chat de Cheshire souriait au moins, lui, se souvient Akbar nostalgiquement.

Le trio peut discuter au calme. Jeff a faim et ne se prive pas de le dire. La souris revient. Ben ça sera moi. Ils passent finalement commande. Un jeune brun ténébreux apparaît avec les boissons et les pose sur la table qui se met à tanguer. Il s’agenouille devant Jeff (qui se retient de poser épiscopalement sa main sur la tête du serveur) et cale le pied baladeur. C’est une autre serveuse, grande, belle et souriante, d’un vrai sourire avenant (et qui peut tout, elle, c’est elle qui les avait placés l’autre jour dans le recoin convoité aujourd’hui), qui leur apportera les entrées. Jeff fait un sort instantané à la sienne. Franchette remarque que pour une fois il a mangé plus vite qu’Akbar. Elle, elle prend son temps.

Les tartes tant attendues arrivent. Akbar n’a pas de couverts, il en demande à la souris qui glissait à proximité. Elle passe le message tel un ballon de rugby à une collègue. Akbar attend. Puis finit d’attendre, la tarte refroidit. Il la mange avec les doigts, ramasse la crème qui en a giclé avec les doigts, se lèche les doigts (ce qui l’empêche de râler). Ce n’est que quand on les débarrasse que le couvert arrive. Là on est de l’autre côté du miroir, s’imagine Akbar, tout va à l’envers, on aurait dû payer l’addition en entrant.

Ce que Franchette fera en sortant. Heureusement que la compagnie était excellente ! se console Akbar.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

16 mai 2010

Des nouvelles de notre AMI à tous, ou, Big Brother is Watching Your WiFi

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 7:54

On vient d’apprendre que, lors de son entre­prise de photographie des rues des villes de la Terre entière, l’AMI (aspirateur mondial de l’infor­mation) ne s’est pas contenté de saisir les rues et les visages des passants (non floutés dans les photos rajoutées en commentaires…), les façades des maisons et ce qu’un bon voyeur pourrait contempler dans un jardin ou par une fenêtre ouverte, mais il a aussi espionné – appelons un chat un chat – les réseaux sans fil (WiFi) à portée de ses engins de vidéo­surveillance, et collecté le contenu des échanges sur ceux qui n’étaient pas cryptés.

« C’était une erreur », affirme le géant. Quand on est si grand, on peut se permettre de tout affirmer, tel un fort à bras dans la cour de récré qui rétorque innocemment « Mais c’est pas moi, M’dame ! » à la prof’ qui essaie faiblement de lui faire une remontrance pour avoir volé les billes d’un petit.

Mais jouons le jeu un instant : fermons les yeux très forts et faisons un gros effort de crédulité (après tout, ils affirment vouloir notre bien à tous, alors pourquoi les soupçonner de mauvaises intentions), on se dit alors qu’on est arrivé à l’ère que Wells ou Van Vogt, Fritz Lang ou George Orwell, Jacques Ellul ou Paul Virilio voyaient venir puis s’installer, celle des systèmes si complexes qu’ils ont leur propre « logique », qui ne peuvent plus être contrôlés par leur créateur tel le Golem de Prague, et qu’ils développent leurs capacités bien au-delà de l’intention d’origine (ce qui est le propre de tout outil, et de la technique en général).

Now open your eyes! comme nous l’enjoint Laurie Anderson, autre visionnaire du futur radieux qui nous tend ses bras (électroniques), c’est si facile de rester aveuglé devant l’évidence – celle de cette servitude volontaire dans laquelle chacun se livre par facilité ou par commodité, d’autant plus qu’elle n’est plus physique mais informationnelle et donc bien plus insidieuse. La finalité ? Cette symbiose homme-machine rêvée, mais pas pour les raisons que l’on croit : ce n’est pas la machine qui servira à l’homme de prothèse, mais c’est l’homme qui fournira son essence à la machine qui en nourrira, à son tour, son propriétaire.

Et c’est ainsi que les Molochs de ce monde, à l’instar de Google, de Yahoo ou de Facebook, avalent les plus petits qu’eux – DoubleClick et YouTube, Inktomi et Altavista ou FriendFeed et Flickr –, s’allient et se désallient comme les super­puissances Eastasia, Eurasia et Ocenia de 1984, pour pouvoir mieux encore capter nos informations personnelles (tous les moyens sont bons, y compris l’analyse des courriels qu’ils hébergent et la fédération d’informations laissées sur des plateformes que l’on croyait distinctes), les transformer en publicité « person­na­lisée », omni­présente et surtout juteuse, se les revendre entre eux, modifiant à leur convenance et le plus discrètement possible leurs propres règles de comportement (c’est commode d’être une multinationale, on choisit les lois nationales qui conviennent le mieux à sa propre stratégie expansionniste) pour autant qu’ils en aient, ou alors, ce n’était qu’une erreur.

Entre temps, veillez à fermer vos rideaux et à crypter vos réseaux, même s’ils trouveront comment passer par erreur à travers ces barrières illusoires.

13 mai 2010

Life in Hell : c’est au tour de Jeff de râler

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 22:28

La sœur de Jeff vient lui rendre visite. Akbar propose de dîner dans un certain restaurant de tartes flam­bées alsa­ciennes à volonté. Jeff s’installe dans le fauteuil « parce que c’est plus confortable » (il a raison, constate Akbar).

Franchette consulte la carte et aimerait bien goûter à la tarte flambée aux champignons. Jeff, lui, a envie de celle du jour. Ils demandent donc à la petite souris une moitié de chaque. Elle leur répond que ce n’est pas possible, tous les convives doivent partager la même, c’est le principe. Mon œil, se dit Akbar, toutes les fois où j’y viens avec Jeff, on ne prend jamais la même chose, et on n’a aucun problème, elle ne doit pas aimer les femmes, celle-là.

Faute de pouvoir avoir les deux, Jeff, fâché, décide qu’ils prendront celle du jour. Franchette est très accommodante, non seulement elle acquiesce, mais quand finalement la tarte arrive, elle trouve que c’est un bon choix, elle est bonne. Repas faisant, une touche d’aïoli dans l’assent, elle raconte aux deux compères avec faconde ses voyages fabuleux en campingue car aux States, la nuit où un ours est venu humer la tente dans laquelle sa moitié se préparait à dormir, la vue magnifique du grand canionne (le nord, parce que l’autre bout, c’est une arnaque des Indiens, 70$ pour deux kilomètres en bus !)…

Il est temps de commander la tarte flambée suivante. Franchette aimerait toujours bien goûter à la tarte flambée aux champignons. Jeff, lui, a encore envie de celle du jour. Faute de pouvoir avoir les deux, Jeff décide qu’ils prendront celle du jour. Franchette est très accommodante, non seulement elle acquiesce, mais quand finalement la tarte arrive, elle trouve que c’est un bon choix, elle est bonne. Cette fois-ci, elle raconte ses mésaventures avec un commercial auquel elle demandait un devis pour refaire les fenêtres de sa maison, et qui s’entêtait à vouloir parler avec un homme, parce que les femmes ça ne comprend pas. Il ne doit pas aimer les femmes, celui-là. Franchette n’est pas née de la dernière pluie, elle a déjà construit trois maisons, et sait en sus reconnaître un goujat et un arnaqueur. Elle indique la porte à ce deux-en-un qui sort en l’insultant. Ah ces mecs !

Ce n’est finalement qu’à la troisième tarte flambée, puis à la quatrième, qu’elle peut enfin satisfaire sa discrète envie. Ah, ces mecs…

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos