Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

20 août 2010

Silence

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 20:27

Après de multiples bouleversements émouvants ou pathétiques, entrecoupés de danses populaires plus lancinantes que vraiment joyeuses, la neuvième symphonie de Mahler s’éteint très graduellement en un infini soupir. Le silence dans la salle est absolu. Claudio Abbado se replie en lui-même, on dirait qu’il entend le prolongement de cette musique qui s’est pourtant tue pour tous et que l’orchestre du Festival de Lucerne vient d’exécuter sous sa direction profondément expressive. Le recueillement est saisissant. Un long moment passe ainsi. Le chef reprend peu à peu son souffle. Puis il se redresse, son visage s’illumine, l’ombre d’un sourire effleure ses lèvres. La salle laisse alors exploser son émotion. (Concert retransmis en direct par Arte sur le web)

11 août 2010

Admirer, imiter, plagier, copier

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 7:59

« C’est vous qui êtes le nègre ? Eh bien, continuez ! » — Maréchal Mac Mahon s’adressant à un élève lors d’une revue à Saint-Cyr.

Nous sommes, selon Bernard de Chartres, comme des nains juchés sur des épaules de géants. On apprend soit en expérimentant soi-même – ce qui revient parfois à réinventer la roue – soit en imitant ceux qui savent déjà. Comme l’écrit si bien Diderot :

Imitation, s. f. Poésie. Rhétor. On peut la définir, l’emprunt des images, des pensées, des sentiments, qu’on puise dans les écrits de quelque auteur & dont on fait un usage, soit différent soit approchant, soit en renchérissant sur l’original.

Rien n’est plus permis que d’user des ouvrages qui sont entre les mains de tout le monde ; ce n’est point un crime de le copier ; c’est au contraire dans leurs écrits, selon Quintilien, qu’il faut prendre l’abondance & la richesse des termes, la variété des figures, & la manière de composer : ensuite, ajoute cet orateur, on s’attachera fortement à imiter les perfections que l’on voit en eux ; car on ne doit point douter qu’une bonne partie de l’art ne consiste dans l’imitation adroitement déguisée.

Laissons dire à certaines gens que l’imitation n’est qu’une espèce de servitude qui tend à étouffer la vigueur de la nature ; loin d’affaiblir cette nature, les avantages qu’on en tire ne servent qu’à la fortifier.

Denis Diderot, Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. 1782.

Un des sommets de l’imitation est l’hommage que rend un artiste à un autre :

On n’accusa point Euripide de plagiat pour avoir imité un chœur d’Iphigénie le second livre de l’Iliade ; au contraire, on lui sut très bon gré de cette imitation, qu’on regarda comme un hommage rendu à Homère sur le théâtre d’Athènes. Virgile n’essuya jamais de reproche pour avoir heureusement imité dans l’Énéide une centaine de vers du premier des poètes grecs.

Voltaire, « Épopée », in Questions sur l’Encyclopédie par des amateurs. 1775.

Ce genre d’hommage – de citation, mais aussi d’enrichissement, sans lequel il ne serait qu’un écho de l’original – se retrouve dans tous les arts.

Il existe d’autres types d’imitation, voire carrément de plagiat ou de copie, qui n’ont rien d’un emprunt. Ils ne visent pas à exprimer l’admiration ou à rendre hommage (ou, à l’inverse, à critiquer pour proposer une alternative), mais à s’approprier d’une façon ou d’une autre l’œuvre d’autrui pour des visées purement égoïstes : en obtenir des gains financiers, médiatiques ou honorifiques en s’attribuant ainsi la paternité de l’œuvre. Cela demande un certain effort, celui d’effectuer un choix judicieux, de changer un mot ici ou là… et pour ceux qui n’en n’ont ni le temps ni l’envie, il existe une solution éprouvée : la négritude. Non pas tellement celle d’Aimée Césaire1, mais celle à laquelle nombre d’écrivains, connus (à l’instar de Dumas, pour ne pas citer des contemporains et contemporaines réputés) et moins connu ont fait appel : une plume à laquelle on achète le texte et l’anonymat.

L’internet a facilité ces transactions, depuis la recherche d’un tel service jusqu’à la copie du produit en question, et notamment pour les étudiants en mal d’inspiration, nés fatigués ou incapables de produire des essais, des rapports, des dissertations voire des thèses de la qualité requise pour obtenir leur diplôme. Nous en parlions déjà en 1997 avec l’émergence de sites web idoines, et voici que leur promotion se fait par l’entremise des blogs : depuis un certain temps, des milliers de commentaires, tous identiques, apparaissent sur des billets, quel qu’en soit le sujet ou la langue :

Whenever i see the post like your’s i feel that there are still helpful people who share information for the help of others, it must be helpful for other’s. thanx and good job.

Écrits en mauvais anglais (syntaxe, grammaire, orthographe), ils fournissent l’adresse du site de leur « auteur » : il s’agit d’un service (basé au Royaume Uni) fournissant à la demande des dissertations sur tout sujet et pour tout niveau universitaire, de la licence au doctorat. Ils se défendent d’encourager le plagiat, non monsieur, c’est un service à la carte et de qualité. Payant, évidemment (au mot et au degré d’urgence requise pour la livraison), mais la mise en page, la bibliographie, les révisions, la vérification de l’orthographe (qu’ils sont incapables de faire dans leurs spams), tout ça c’est 100% gratuit et l’on peut bénéficier d’une remise de 20% sur le tout. Une affaire, une aubaine !

En 1997, on concluait ainsi : « À quand l’achat de diplômes sur le Web (par carte bleue et transactions sécurisées, évidemment) ? » Eh bien, cherchez et vous trouverez.

________________________

Le sens de « nègre » dans la célèbre citation de Mac Mahon était spécifique à Saint-Cyr, et y désignait le premier de la promotion. Il semblerait que le « nègre » en question était aussi mulâtre et que l’injonction du maréchal-président l’ait poursuivi ultérieurement. (Source : Roger Alexandre, Les mots qui restent, 1901).

10 août 2010

Google propose la Scientologie

Classé dans : Actualité, Médias, Publicité, Religion, Sciences, techniques — Miklos @ 7:30

Howard Allen O’Brien, plus connue (c’est une femme nonobstant ses prénoms) sous le nom d’Anne Rice, est un écrivain de best-sellers « érotiques, gothiques, d’horreur, de romance » et à thèmes religieux. Justement, à propos de religion : elle vient d’annoncer qu’elle abandonnait le christianisme avec lequel elle a une histoire mouvementée, à commencer par son changement de prénom son premier jour de classe (en réponse à une religieuse qui lui demandait son prénom).

À 18 ans, elle quitte l’Église, puis y revient à 47 ans. Dans un récent article, le Los Angeles Times relate qu’elle vient d’annoncer sur sa page Facebook qu’elle la requittait, ou, plus précisément, “to move away from organized religion in the name of Christ.” Et elle explique ainsi sa décision : “I quit being a Christian. I’m out. In the name of Christ, I refuse to be anti-gay. I refuse to be anti-feminist. I refuse to be anti-artificial birth control. I refuse to be anti-Democrat. I refuse to be anti-secular humanism. I refuse to be anti-science. I refuse to be anti-life. In the name of… Christ, I quit Christianity and being Christian.”

Google, qui n’est jamais en reste avec son système de publicité contextuelle, propose aux lecteurs le site de la Scientologie comme alternative à cette religion organisée anti-démocratique et anti-humaniste que Rice vient de quitter (et, en passant, un autre site qui étudie « objectivement et scientifiquement » la divinité du Christ qu’il démontre ainsi). On en connaît les vertus démocratiques et humanistes.

Tout surfeur avisé aura d’ailleurs remarqué que les publicités de Google semblent provenir par vagues, et actuellement ce serait un tsunami scientologue, que l’on retrouve attachée à toutes sortes d’articles qui ne semblent pas concerner particulièrement la religion, tel celui du Boston Globe en ligne à propos de ces doux synoques qui possèdent un nombre très élevé d’animaux domestiques dans des conditions souvent insalubres (à l’instar de cette personne qui possédait 51 lapins et 11 chinchillas, ou cette mère et sa fille qui hébergeaient 70 chats et 15 chiens dans leur maison et campaient dans une tente afin de leur laisser toute la place).

On se demande pourquoi Google recommande la Scientologie comme alternative à ce type de pathologie ; son autre proposition semble tout de même plus saine et liée à la nature : l’agritourisme en Italie.

7 août 2010

Life in Hell: Libération conditionnel

Classé dans : Actualité, Médias — Miklos @ 13:45

« Mon sang ne fit pas cent tours. Mon sang ne fit pas cinquante tours. Mon sang ne fit pas vingt tours. (J’abrège pour ne pas fatiguer le lecteur.) Mon sang ne fit pas dix tours. Mon sang ne fit pas cinq tous. Non, mesdames, non, messieurs, mon sang ne fit pas seulement deux tours. Vous me croirez si vous voulez : mon sang… Mon sang ne fit qu’un tour ! » — Alphonse Allais.

« Libération : décharge d’une ser­vi­tude. » — Dictionnaire de l’Académie française, 1777.

Le soleil se lève, Akbar aussi. Il se rend, comme chaque matin, à la salle de sport. Ce n’est pas pour conquérir le titre de Mr Muscles mais pour éviter d’esse oppressum totius corporis doloribus et surtout qu’on le traite d’opimus, se dit-il dans son meilleur latin.

La séance assidûment et péniblement achevée, Akbar s’en rentre chez lui. Comme chaque matin, il ouvre sa boîte à lettres et en retire son exemplaire de Libération. Il s’y est abonné d’une part pour soutenir la presse, mais aussi pour assurer le mens sana maintenant qu’il a veillé au corpore sano.

Sur ces entrefaites, il croise le mari de la gentille et nonobstant observatrice Michèle. Après les salutations d’usage, celui-ci lui raconte que, chaque matin, il trouve le quotidien d’Akbar par terre près de la porte cochère. Pas très cachère comme livraison, se dit aussitôt Akbar, ça doit être le « porteur spécial » vanté par le formulaire d’abonnement qui le glisse sous la porte sans se fouler. Trop spécial ce porteur, opine Akbar in petto, ça doit être le même que celui de Télérama. Le mari poursuit : c’est moi qui le dépose dans votre boîte à lettres chaque jour, c’est la moindre des choses entre voisins. Il est vraiment aussi gentil que Michèle, en conclut Akbar qui le remercie avec profusion.

Le sang d’Akbar ne fait pas cent tours (etc., vid. sup.) : il écrit une lettre à Libération et leur intime d’assurer une livraison fiable et conforme à leur engagement faute de quoi il se libérera sur le champ de cette servitude volontaire en résiliant son abonnement. En attendant qu’ils répondent, ce sera Libération conditionnel.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

5 août 2010

L’orthographe de Midi Libre, encore des défis importants à régler.

Classé dans : Actualité, Langue, Médias — Miklos @ 12:17

La une de MidiLibre.com, aujourd’hui (corrigée plus tard).

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos