Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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23 août 2009

Alla breve. VI.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 23:18

[43] Une brillante idée : des tonnes de musique classique pour pas cher. Le label Brillant Classics, créé par un mélomane néerlandais, propose des coffrets de CD boostés aux stéroïdes (170 CD pour l’intégrale Mozart, 100 pour Beethoven…) à des prix défiant toute concurrence, et comprenant des enregistrements de qualité. (Source)

[44] Le folk-rock-pop et le téléphone à l’aide du classique. Le chanteur James Taylor (parmi ses tubes : Sweet Baby James) vient de faire un don de 500.000$ à l’orchestre symphonique de Boston, sa ville natale, avec lequel il s’est associé cet été dans une série de concerts et de master classes. Ce n’est pas son premier don à cet orchestre, dont sa femme était directrice des relations publiques. Le couple se dit inquiet de la chute des soutiens à la musique classique. De son côté, le telco Verizon vient de donner 25.000$ à la célèbre Brooklyn Academy of Music ; ce n’est pas leur seul don de l’année – ils s’élèvent, tous domaines confondus, à plus de 68 millions de dollars. (Source)

[45] Musique classique contre street art. Une ville britannique diffuse de la musique classique – du Mahler – dans un tunnel piéton public pour y créer une atmosphère détendue. Il paraît que cela a eu pour effet d’y réduire sensiblement l’apparition de nouveaux graffiti. Un site français (pourtant enregistré à Tourcoing et pas à Marseille), qui a repris l’information, l’a sérieusement enjolivée : Mozart se rajoute à Mahler, et le métro et les rues commerçantes au dit tunnel. Petit détail : il n’y a pas de métro dans cette ville. (Source)

[46] Entretien avec Aldo Ciccolini. À 84 ans, ce géant du piano continue ses tournées, sans lassitude et avec le même niveau d’exigence personnelle : ce serviteur de la musique, tel qu’il se définit, aime jouer pour le public. Et il plaide pour préserver la place du « livre, [de] la musique, [de] la peinture ou [de] la sculpture » face aux passe-temps. Entretien.

[47] Mort de la pianiste Anna Song. Le premier roman de Minh Tran Huy, rédactrice en chef adjointe du Magazine littéraire, La Double vie d’Anna Song, est inspiré par la vie (réelle) de Joyce Hatto, la pianiste aux nombreux (faux) enregistrements. Dans ce roman, elle meurt à la première page. Entretien avec l’auteure.

[48] Couacs dans le sud-ouest. Le site du quotidien régional Sud Ouest rapporte la conséquence d’un panaris qui a affecté la main d’une pianiste : changement de programme. Mais est-ce un panaris à la main de la journaliste qui lui a fait systématiquement écrire « Guershwin » au lieu de « Gershwin » ?

[49] Fausses notes au Nouvel Obs. Le magazine en ligne rapporte les résultats d’une expérience intéressante, selon laquelle le cerveau d’un pianiste « sait » d’avance quand il va jouer une fausse note. L’orthographe de l’article est surprenante : « Avant même déjouer une note fausse, le pianiste a détecté l’erreur qu’il allait commettre. Notre étude a montré que cette prédétection d’erreur altère l’exécution : h fausse note est Ugèrement retardée, et elle est jouée moins fort que ks autres, et ce pour la main fautive seukment. Cela signifie que k cerveau détecte une incohérence entre la commande de l’action et la conséquence prévisibk de cette action. » Et le cerveau du journaliste, alors ? Une autre nouvelle de cet article nous informe que l’écoute de la musique classique détruit le mauvais cholestérol. Mais la lecture de l’article a eu pour effet d’annuler cet effet bénéfique.

« Avec tout cet argent, notre commune pourrait faire tant de choses ! »

Classé dans : Actualité, Société, Théâtre — Miklos @ 12:30

La fiction précède parfois l’actualité. Rares sont ceux qui avaient entendu parler de la petite commune de Bagnone, en Toscane. Voilà qui est réparé : tous les médias s’étendent sur la somme de près de 150 millions d’euros gagnée par la personne – encore inconnue – qui avait acheté le billet de loto ainsi tiré dans un café du patelin. Les villageois sont ravis qu’un (présumé) voisin ait décroché le gros lot. Surtout, comme ils le disent aux médias, pour lui et pour la commune, qu’ils espèrent qu’il aidera, elle en a tant besoin…

On se croirait dans La Visite de la vieille dame, extraordinaire pièce grinçante que Friedrich Dürrenmatt avait écrite en 1955 (et récemment reprise dans une splendide mise en scène d’Omar Porras) : Clara Zahanassian revient, milliardaire, au soir de sa vie dans son village natal, tombé, lui, dans la misère. Tout le monde est ravi de revoir celle qu’ils avaient ignominieusement chassée, à peine adulte, engrossée par le fils d’un notable. Avec tout son argent, elle pourrait faire tant de choses pour le village ! Quand elle expose sa seule et unique condition, avoir la tête de celui qui l’a ainsi déshonorée en refusant de la défendre et de reconnaître l’enfant, tout le monde refuse, invoquant la morale. Mais tout s’achète…

Alla breve. V.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 11:15

[36] Pour une étude locale des musiques locales. Richard Wolf, professeur de musique à Harvard, est un grand amateur – et interprète – de musiques carnatique et tamil. Il vient d’éditer un ouvrage savant sur les musiques du sud-est asiatique, qui privilégie une analyse locale plutôt que globale, en contradiction avec les principales tendances ethnomusicologiques. (Source)

[37] Une brève histoire de la musique classique en Indonésie. À l’occasion des débuts internationaux du Twilite Orchestra indonésien, un article brosse l’histoire de l’émergence des ensembles classiques dans ce pays depuis le 18e s. et durant les colonisations néerlandaise et britannique, puis l’occupation japonaise et enfin l’indépendance.

[37] Des nouvelles de Hariprasad Chaurasia. Ce grand interprète de la flûte bansuri indienne et de son répertoire classique, que l’on a pu entendre récemment au Théâtre de la Ville à Paris (on en a parlé ici), est le directeur artistique du Conservatoire de musique à Rotterdam, organisme novateur s’il en est, on en a parlé ailleurs (page 11). Son père, lutteur connu en Inde, voulait que son fils lui succède. Heureusement qu’il a désobéi. (Source)

[38] La musique classique indienne tente de résister à Bollywood. La disparition des cultures traditionnelles – celles, par exemple, qui foisonnaient autour des palais des maharadjahs en Inde – et la fascination de l’occident mettent à mal les traditions artistiques classiques du pays : instrumentale (tabla), danse (ghoomar), chant… et les structures sociales qui les soutenaient. Les interprètes tentent, tant bien que mal, de résister, de se produire et de transmettre. (Source)

[39] La danse de l’évolution. Le compositeur Julian Anderson vient d’achever The Comedy of Change, un ballet qui sera donné en première mondiale par le Concertgebouw d’Amsterdam en septembre, avec la Rambert Dance Company. C’est une commande à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Charles Darwin et du 150e de la publication de De l’origine des espèces. Le compositeur explique comment il utilise un concept d’évolution dans sa nouvelle œuvre.

[40] Un nouvel enregistrement des sonates de violon de Jean-Marie Leclair. Quelque peu oublié de nos jours (mais très estimé de son temps, comme le montre un hommage publié au Mercure de France en 1764, année de sa mort), il revient sur scène avec un disque de Naxos, qui, décidemment, ratisse large (ce n’est pas une critique). (Source)

[41] La musique classique arrive sur DS. Il ne s’agit pas de la DS 19, mais de la « console » DS (pour Double Screen) de Nintendo. Une société espagnole, au nom qui fait penser, au vu du contexte, aux célèbres variations d’Elgar plutôt qu’au système de chiffrage allemand durant la Deuxième guerre mondiale, annonce la publication d’un nouveau jeu qui « regroupera les grandes figures de la musique classique (…) qui enseigneront les bases des instruments », avec plus de trente « chansons » de leurs œuvres. (Source)

[42] Dis-moi quelle musique tu as sur ton iPod, je te dirai qui tu es. Des chercheurs de la vénérable université de Cambridge sous la direction de Jason Rentfrow ont étudié plus de 250.000 mélomanes et déterminé que les amateurs de jazz sont créatifs, ceux de rock rebelles, ceux de musique classique intellectuels, et ceux de pop sociables. Un court métrage sur ce sujet. (Source)

21 août 2009

Alla breve. IV.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 16:06

[29] Musique des camps de concentration. On connaissait quelques-uns des compositeurs dont les œuvres créées dans les camps nous sont parvenues et leur ont survécu : Viktor Ullmann (L’Empereur d’Atlantis ou le refus de mourir), Pavel Haas (Quatre lieder d’après des poésies chinoises), Hans Krása (Bundibár)… Un nouveau projet destiné à faire découvrir l’étendue de ce patrimoine est en cours : le label Naxos a commencé à publier ce qui sera une série de 24 CD, KZ Musik, fruit du travail du pianiste Francesco Lotoro (cf. Music from behind the bars, p. 2 de cette newsletter). Entretien avec Lotoro.

[30] Comment intéresser les enfants à la musique classique. Jade Simmons, pianiste classique et ex reine de beauté, est très active dans les écoles, où elle cherche à leur faire connaître et aimer la musique, de Mozart à DBR (qui a aussi joué avec Philip Glass…). Elle vient de sortir un CD, Revolutionary Rhythm, compre­nant des œuvres classiques contemporaines et hip hop. Entretien.

[31] Philip Glass lauréat du Opera News Awards. C’est le seul compositeur ainsi honoré cette année, aux côtés des cantatrices Martina Arroyo, Joyce DiDonato et Shirley Verrett, ainsi que du chanteur Gerald Finley. Ce prix annuel a été créé en 2005 à l’occasion du 70e anniversaire de la Metropolitan Opera Guild. (Source)

[32] Un 4′33″ de deux heures, d’Anne Teresa De Keersmaeker. La choré­graphe faisait, jusqu’ici, appel à des œuvres de Beethoven, Schoenberg, Ligeti ou Steve Reich. Elle change de cap avec The Song. Entretien.

[33] Compositeurs (américains) de musiques de film, de jeu… et leurs (non-)droits. Un article de Film Music Magazine décrit la situation, fort complexe, mais qui illustre bien la différence fondamentale avec le droit de propriété intellectuelle français, qui reconnaît le droit moral, imprescriptible et inaliénable, du compositeur sur son œuvre.

[34] Prix 2009 des musiciens aborigènes. Le Aboriginal People’s Choice Music Awards, créé en 2006, vient de décerner ses prix annuels (musiques non savantes) aux musiciens des Premières Nations du Canada. (Source)

[35] Bob Dylan arrêté pour vagabondage. Les épidémies se multiplient aux US : ils avaient déjà la grippe A, et voici que se multiplie l’interpellation indue de personnalités : après celle de ce professeur – noir, c’est un désavantage dans un monde blanc – de Harvard qui tentait de rentrer chez lui (on vient d’apprendre qu’il n’est pas le premier à avoir subi ce traitement), c’est le célèbre chanteur, interpellé par les forces de police d’une ville du New Jersey. La raison : « ce vieillard excentrique contemplait louchement une maison », sous la pluie dans un jardin privé. Aura-t-il droit à une invitation d’Obama pour prendre une bière en compagnie de la policière qui l’a arrêté, à Martha’s Vinyard par exemple, où le Président prend une semaine de vacances en famille ? (Source)

[36] Comment écrire la biographie d’un musicien. Un site amusant, consacré surtout aux stars de la musique classique (rumeurs, satire, parodie…), vient de naître. On peut y voir une photo surprenante d’Angela Gheorghiu, y trouver un formulaire standard pour la rédaction de notes de programme de concert, des disques inédits de Naxos (aucun rapport avec ceux dont on parlait au n° 29) et d’autres fantaisies. Pour en apprécier certaines, il faut pratiquer l’anglais : son nom, The Cereal List (littéralement : « la liste de céréales », telle qu’on la trouve sur un carton de céréales au petit déj’), est déjà tout un programme, puisqu’il se prononce comme The Serialist, allusion possible au sérialisme, ou alors à un magazine éponyme consacré à la littérature contemporaine. (Source)

20 août 2009

Life in Hell: These strong and silent Frenchmen on flying trapezes.

Classé dans : Actualité, Loisirs, Société — Miklos @ 20:59

Akbar prend une bonne résolution, celle de retourner à la salle de sport, chaque jour, sans excuses ni louvoiements. C’est un labeur herculéen : se tirer hors du lit à pas d’heure, partir de chez soi à l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, pédaler vers l’horizon – qu’il n’attendra jamais, puisque qu’il fait du sur place – ou tirer lassablement des poids qui reviennent aussitôt à leur point de départ à l’instar du rocher de Sisyphe.

Il s’y rend peu avant l’ouverture, créneau moins fréquenté qu’à d’autres moments de la journée où il y a foule et où règne le tintamarre lancinant et assourdissant de la musique techno sur laquelle se trémoussent les acharnés de la gymnastique en groupe.

À cette heure, arrive le jeune musclor piercé de partout et tatoué en plus ; malgré son apparence de figue de Barbarie, il n’a rien d’un barbare : il salue chacun gentiment, d’une voix douce, bavarde de tout et de rien (et surtout de son régime bio et des salles qu’il fréquente deux fois par jour), et, une fois prêt, se lance vers les haltères et les autres instruments de musculation qui lui arrachent des soupirs, des gémissements puis des ahans d’intensité croissante, jusqu’au geste final accompagné d’un cri primal de jouissance pour l’effort qu’il vient de fournir. Sans clous, agrafes et autres métaux il serait mignon.

Presque au même moment arrive une jeune femme aux traits orientaux et habillé d’un collant qui montre avantageusement sa silhouette de sportive. Pas une once de graisse, des muscles bien proportionnés. Elle, elle ne dit bonjour à personne et ne répond pas quand Akbar la salue. Pourtant, elle n’est pas muette, Akbar l’a entendu parler. Elle se place devant la porte de la salle, au plus près, pour être sûre d’être la première à y entrer, la fixe pour ne pas manquer l’instant où elle s’entrouvrira. Elle s’y insère alors et se précipite vers le tapis de course sur lequel elle se lance avec obsession.

Akbar commence à faire de la bicyclette, et se concentre sur la télévision installée sur le guidon, à défaut de pouvoir contempler un paysage bucolique islandais ou patagonien. Tout pour tenter de détourner son attention de l’effort qu’il fournit, et de l’envie d’arrêter. Il regarde en général la chaîne Planète, qui diffuse depuis trop longtemps pour son goût, la série documentaire Que le meilleur gagne (Last Man Standing), des reportages sur un groupe de jeunes athlètes qui voyagent dans le monde – de l’Amazonie à la Mongolie, de la Papouasie au Mexique – pour y participer aux rituels de concours traditionnels d’endurance tribaux. Leurs efforts surhumains encouragent, malgré tout, Akbar à poursuivre les siens.

Le petit médecin râblé à la retraite qui arrive peu après est très aimable. Il aime bavarder, c’est un brésilien. Il ne peut se passer de la salle, dit-il, qui le met en forme pour le reste de la journée. Il se rend posément vers une bicyclette, l’ajuste calmement, et commence à pédaler, sans hâte. Il y reste tout le temps qu’Akbar passe dans la salle, il arrivera loin, lui.

Après la bicyclette, Akbar pratique la traction verticale, et veille ainsi à renforcer ses muscles dorsaux et à développer sa capacité respiratoire, plus discrètement toutefois que le jeune musclor, puis il se rend au hammam. Il y trouve parfois un Hercule, moniteur dans la salle, ou un habitué qui s’y entoure d’une pile de serviettes et d’habits (est-ce sa laverie ?) tout en marmonnant sans cesse. Ces deux-là et les autres habitués qu’il lui arrive de croiser, que ce soit dans la proximité du vestiaire ou du hammam, ne s’abaissent à dire bonjour. Exceptionnellement, il leur arrive de répondre à demi-mot, étonnés qu’un outsider ait osé leur adresser la parole pour les saluer. Entre eux, ils papotent et se racontent leurs aventures. C’est, finalement, une caste comme une autre… On n’est jamais l’égal des autres, nu ou habillé, se dit Akbar, en enfilant rapidement ses habits pour quitter au plus vite cet étrange lieu. Et pourtant, il y reviendra le lendemain.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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