Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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27 avril 2009

Life in Hell: le ministère des affaires étrangères s’en lave les mains

Classé dans : Actualité — Miklos @ 14:14

“The time has come,” the Walrus said,
   “To talk of many things:
Of shoes—and ships—and sealing-wax—
   Of cabbages—and kings—
And why the sea is boiling hot—
   And whether pigs have wings.”

— Lewis Carroll, Alice’s Adventures in Won­der­land

Jeff et Akbar partent à New York. Damned, la grippe porcine grippe A les précède. Ils veulent savoir s’ils peuvent toujours partir. La presse anglophone sérieuse, efficace et fiable, les informe que « la commission euro­péenne recom­mande aux Européens d’éviter tout voyage non-essentiel au Mexique et aux États-Unis ». Elle cite Androulla Vassi­liou, la commis­saire à la santé, qui a déclaré aujourd’hui : « person­nel­lement, j’essai­erais d’éviter les voyages non-essen­tiels dans les régions au centre de la zone » où sont concentrés les cas, « afin de mini­miser les risques personnels ».

Est-ce que tous les États-Unis sont concernés, se demande Akbar ? Il trouve finalement une autre source, suisse, qui indique que Vassiliou aurait précisé « …notamment le Mexique et certains États américains ». Afin de savoir si New York en fait partie ou non, Akbar se rend sur le site du ministère des affaires étrangères, rubrique conseils aux voyageurs. Il y lit :

Un peu interloqué (s’agit-il de porcs volants ?), il appelle la plateforme du ministère en question. Il pose sa question à l’opératrice, qui lui répond : « Nous ne pouvons vous déconseiller de ne pas vous rendre (sic) dans tel ou tel pays ; la seule chose que je peux vous recommander c’est de vous laver les mains. » Et pour savoir quel État est affecté, elle lui conseille d’appeler l’autre plateforme (0825 302 302 – il s’avère que c’était celle mise en place lors de la crise de grippe aviaire, d’où la confusion), ce qu’Akbar fait après s’être soigneusement rincé les doigts. Là, ils sont effectivement bien mieux informés ; on lui dit qu’il s’agit, pour le moment, du Mexique et de la Californie, et on lui conseille de consulter régulièrement le site de l’institut de veille sanitaire : il y lit que c’est en Californie, au Texas et au Kansas où l’on a détecté des cas, non inquiétants. Akbar n’est plus inquiet. Demain est un autre jour.

Voir aussi :
• Center for Disease Control (USA)
• Organisation mondiale de la santé (OMS)

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

26 avril 2009

Rendre à Hugo ce qui est à Hugo

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 22:12

« Oui, Monsieur ; mais lorsque l’on cite, il faut citer fidèlement. » —Marmontel, Mémoires, 1818.

Un texte circule sur l’internet depuis un certain temps : présenté comme un extrait continu du pamphlet Napoléon le petit de Victor Hugo (dont la cible était Napoléon III – lisez donc Les Châtiments), il prétend en montrer le côté prémonitoire et d’actualité.

Or si l’on compare attentivement ce texte et la source, on s’aperçoit qu’il est constitué de bribes prises ici et là, parfois lourdement traficotées, tronquées (laisser « passequilles » daterait le texte et lasserait le lecteur contemporain) ou modifiées, voire carrément inventées, pour les besoins de la démonstration. Les victimes en sont – outre la véracité – le style, l’envolée, les périodes, de Victor Hugo. Et si l’on prend le soin de lire le pamphlet dans son intégralité, on s’aperçoit que bien d’autres passages – à propos de « tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre », de l’économie et du déficit, de « la presse supprimée », de « l’orgie de l’ordre », par exemple – auraient pu être utilisés à ces fins, même si, sous la plume de Victor Hugo et dans le contexte du pamphlet ils n’avaient pas forcément le même sens qu’un lecteur d’aujourd’hui leur accorderait : on peut faire tout dire à un texte, dès qu’on le sort de son contexte.

Le texte qui circule sur l’internet

Le texte de Victor Hugo

Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être.

Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être. (page 61, lignes 3-6)

Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire.

Il a pris la France et n’en sait rien faire. (page 61, ligne 23).

Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement per­pétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.

Certes, ce dictateur s’agite, rendons-lui cette justice ; il ne reste pas un moment tranquille (…). Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais hélas ! cette roue tourne à vide. (page 61, lignes 26-33)

L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carrié­riste avantageux.

(absent du texte de Victor Hugo)

Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir.

Il aime la gloriole, le pompon, l’aigrette, la broderie, les paillettes et les passe­quilles, les grands mots, les grands titres, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les ver­ro­teries du pouvoir. (page 22, lignes 15-18)

Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort.

Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte. (p. 28, lignes 5-9)

Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse.

Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. (page 140, lignes 13-14)

Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise.

Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès, et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. (page 30, lignes 3-6)

On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue !

Quoi ! il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l’insulte, il la bafoue ? (page 37, lignes 23-25)

Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé

Ce que nous voyons depuis le 2 décembre, c’est le galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé. (page 63, lignes 10-12)

25 avril 2009

Attention à l’arnaque : ne rappelez pas automatiquement…

Classé dans : Actualité — Miklos @ 17:28

Votre téléphone portable sonne. Vous êtes une dame, vous le cherchez dans votre immense sac ; vous êtes un homme, dans l’une de vos multiples poches. Vous êtes un homme ou une femme d’affaires, vous tentez d’identifier lequel de vos trois portables sonne. Le temps que vous répondiez, il s’est arrêté de sonner : en fait, il ne l’aura fait qu’une fois (signe que ce n’est pas votre facteur, qui, lui, sonne toujours deux fois).

Vérifiez avant de rappeler. Il peut s’agir – comme cela vient d’arriver – d’un numéro surtaxé (0899783815, mais bien d’autres ont déjà été identifiés) ; si vous le faites, vous payerez plein pot. C’est un avatar un peu plus subtil de la tentative d’arnaque par SMS dont on a récemment parlé.

« Quand l’Europe fait bredouiller Rachida Dati »

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 7:02

« Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? les Andalous ?
Ou dans la cabane Bambou ?
À Moscou ou à Tombouctou ?
En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou ou chez les Mandchous ?
Hou ! Hou !
Pas du tout, c’était chez les fous. »

— Robert Desnos, « Les Hiboux »,
in Chantefables et Chantefleurs

L’événement que relate ce récent article du Monde en a fait ricaner plus d’un ; mais il ne manquera pas de faire sourire les amoureux de littérature. Dans la pièce le Roi Cerf de Carlo Gozzi, un ministre du gouvernement s’appelle Bredouille ; confident du monarque, il lui faisait faire plus d’une sottise et tentera même de s’emparer de son corps. Quant au roi, nombre de femmes veulent l’épouser (« c’était un tapage d’ambitions féminines vraiment effroyable »), mais c’est finalement une Italienne, dont « la beauté, la jeunesse et la fraîcheur éblouissante produisirent une sensation profonde », qu’il choisira. La pièce se termine par une déclaration du roi : « Gouverner n’est pas mon métier ».

C’était au royaume de Serendipe, il y a 247 ans. (Source : Études sur l’Espagne et sur les influences de la littérature espagnole en France et en Italie par Philarète Chasles, Paris, 1847)

30 mars 2009

Un concert à ne pas manquer

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 22:55

Demain (mardi 31/3), à la salle Pleyel, un concert exceptionnel : l’interprétation bouleversante par Petra Lang, à la voix chaude et enveloppante, délicate et puissante autant dans les registres bas qu’élevés, du Lied der Waldtraube (extrait des Gurrelieder et dont on peut écouter une partie ici) d’Arnold Schoenberg qui n’est pas sans évoquer Mahler et Strauss (elle chantera aussi des Lieder de Webern) ; celle, magistrale, du très grand pianiste Maurizio Pollini dans des œuvres pour piano seul ou non de Schoenberg, de Berg et de Webern, et notamment un magnifique duo avec le clarinettiste Alain Damiens dans les Quatre pièces op. 5 de Berg, et un autre, très beau – les Trois petites pièces de Berg – avec le violoncelliste virtuose aux pieds nus Éric-Maria Couturier (en fait il avait des chaussettes, ce soir lors de la générale) ; et last but not least, l’Ensemble intercontemporain sous la direction ciselée, claire, intense et sans afféterie de Pierre Boulez.

À lire :
Marc Zisman : Viennoiseries pour Boulez et Pollini

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