Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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21 janvier 2008

Homonymies

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques — Miklos @ 14:38

Microsoft vient d’annoncer le recrutement de Tony Scott en remplacement de Stuart Scott1 au poste de responsable de ses systèmes d’information internes. À la coïncidence des patronymes se rajoute celle de leurs passés respectifs : Tony chez General Motors et Stuart chez General Electric.


1 Viré en novembre, officiellement pour manquement aux règles de fonctionnement du constructeur. Selon les sources, il ne voyait pas d’un bon œil la mauvaise performance de Vista par rapport à XP SP3, ou voyait d’un trop bon œil son assistante.

20 janvier 2008

Scène de la vie parisienne

Classé dans : Actualité — Miklos @ 17:12

Où : une rue étroite à sens unique au cœur de Paris. Quand : 2h30, la nuit de samedi à dimanche. Quoi : le bruit d’un choc de ferraille et de sirènes hurlant à mort.

Tableau : une petite voiture rouge, arrêtée au milieu de la rue. Cinq mètres à l’arrière, une camionnette de police gyrophare allumé et l’avant défoncé. De chaque côté de la voiture rouge, un policier, genoux légèrement pliés et bras tendus, un pistolet à la main pointé vers l’intérieur de la voiture. La scène est figée, comme si les protagonistes n’étaient que des figurines en cire de chez Madame Tussaud représentant le Scotland Yard à la poursuite de Jack l’Éventreur.

Tableau : deux jeunes gens à plat ventre sur la chaussée, mains menottées au dos. À côté de l’un, un policier, le pied sur son dos. À côté de l’autre, une policière, même pose. Immobiles, tels David devant la dépouille de Goliath. Aux fenêtres et sur les balcons, des spectateurs silencieux.

La scène s’anime : des camionnettes et des voitures de police arrivent de toutes les directions : deux remontent la rue en sens interdit et se placent devant la voiture rouge vidée de ses occupants, trois ou quatre s’alignent derrière la première camionnette. Une nuée de policiers remplit la rue illuminée par la multitude de gyrophares. Ils se serrent la main, bavardent, regardent la voiture devant et derrière, examinent sa vignette. Un policier ramasse la plaque d’immatriculation arrière et la dépose dans une camionnette, que vont bientôt rejoindre les deux individus menottés sous une escorte aussi importante que celle d’un chef d’État.

Bientôt, les véhicules se retirent. L’un tourne à droite à contresens, la sirène rageuse, d’autres font marche arrière. Il ne reste plus que la voiture rouge, comme abandonnée. Arrive alors un camion de dépannage, qui l’enlève comme un fétu de paille. Les tâches d’huile au sol recouvertes de sable, le silence rétabli, les fenêtres fermées, la nuit retombe sur la rue comme si de rien n’était. Rideau.

Paillotes corses à Paris

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 13:36

« Terrasse, subst. fém. Plate-forme en plein air (…) espace découvert attenant à un édifice (…). » — Trésor de la langue française.

« Vous m’avez fait entendre le silence des libres et larges vastitudes ; peu à peu, dans les volutes mauves de la cigarette qui console, s’estompaient les grisailles de la vie quotidienne, et à bord du “Rêve” nous cinglions à pleines voiles vers l’Idéal. » — Paul Capronnier, Voyage en Extrême-Orient, 1898.

Il ne s’agit pas, en cette saison de frimas, du Paris-plage qui se construit, éphémère et estival, le long de la Seine, mais d’un phénomène parti pour être durable et qui s’étend sur toute la capitale, et sans doute la France entière. On aurait pu croire que l’application de la loi sur le tabac en aurait définitivement dispersé les volutes des cafés et des restaurants. Que nenni ! Ces éta­blis­sements, dont les terrasses, auparavant, répondaient à la définition du dictionnaire, les ont vu se couvrir et se fermer de parois, être aménagées comme à l’intérieur (chauf­fage y compris) et équipées de cendriers en sus. Non contents d’avoir trouvé comment contourner la loi – sport français bien connu – leurs patrons ont encore agrandi ces annexes, qui dépassent parfois en surface celle du bâtiment d’origine. Quant à ces quelques non-fumeurs qui veulent se désaltérer ou se restaurer dans l’espace qui leur est réservé, ils doivent traverser la vastitude1 de ces nouvelles paillotes et se frayer un passage à travers les denses volutes qui ne s’évacuent pas, du fait que ces terrasses ne sont pas aérées, mais qui sont aspirées vers l’intérieur, la porte séparant ces deux espaces étant souvent ouverte. Et voici comment une loi est mort-née. C.Q.F.D. et R.I.P.


1 Comme le montre la citation en exergue, ce mot n’a pas été inventé lors de la dernière campagne présidentielle.

12 décembre 2007

Quand le chat n’est pas là…

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 0:17

“It was a dark and stormy night; the rain fell in torrents, except at occasional intervals, when it was checked by a violent gust of wind which swept up the streets (for it is in London that our scene lies), rattling along the housetops, and fiercely agitating the scanty flame of the lamps that struggled against the darkness.” — Edward Bulwer Lytton, Paul Clifford, 1866.

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus.
— Barbara

C’est un restaurant où l’on va de temps à autre : à la différence de la brochette de ceux avec lesquels il partage un trottoir piétonnier, on y mange des tartes flambées alsaciennes à volonté, que l’on peut arroser (pas à volonté, hélas) de Riesling ou de Gewurztraminer, voire d’une bière ou d’un cidre. Ce n’est pas un grand restaurant, mais l’atmosphère y est jeune et joviale (ce soir elle l’était particulièrement, si cela se mesure aux décibels) et le service rapide et efficace. Surtout quand le patron est là, ce qui n’était pas le cas ce soir.

Il faisait froid, j’avais choisi comme entrée un velouté de potiron aux copeaux de fromage. Quand finalement il arrive après une longue attente (tout de même plus courte que celle qui avait précédé la prise de commande), la serveuse s’em­presse de me le renverser sur le pan­talon. Heureusement que la soupe n’était pas chaude, je ne me suis pas brûlé. Thank God for small blessings. S’excusant à peine, elle m’intime de la suivre, demande conseil à un collègue, puis m’indique la direction générale des toilettes. Interloqué, je lui demande si je peux avoir une serviette propre pour tenter de nettoyer les taches. Celle qu’elle me rapporte avait déjà servi, je n’ose imaginer à quoi. Mais à la guerre comme à la guerre, hein ?

Revenu à table, je me demande comment diable manger la soupe : laper, boire au bol ? Il n’y avait ni cuillère ni serveuse pour en demander. Je me lève et m’adresse au barman, qui me dit qu’il m’en apportera une. Je me rassieds et l’attends. Plus tard, je l’aperçois errant dans la salle l’ustensile à la main, ne sachant plus qui le lui avait demandé. Je le hèle, me saisis de l’objet et goûte à la soupe : non, elle n’était pas tiède, mais froide ; elle n’avait pas refroidi : elle n’avait jamais été chaude, du moins pas ce soir. Et toujours pas de serveuse à l’horizon, ce qui laisse le temps à la soupe de figer, puis de geler. Moi, je commence à bouillir. Long fondu au noir. On se saisit du bol. La personne qui me le rapporte un quart d’heure plus tard tente d’éviter de s’y brûler les mains : il y a de quoi, le récipient est fort chaud. Mais comble du miracle et de mon infortune, la soupe est à peine tiède, et l’on m’informe alors qu’il y a un problème avec le four à micro-ondes : cet inverti chauffe uniquement la vaisselle et non pas ce qu’elle contient.

Il aura fallu quasiment une heure pour arriver ainsi à bout de l’entrée, on avait donc suffisamment d’entraînement pour attendre patiemment qu’on serve la suite. Mais quand la tarte flambée aux champignons arrive, on constate qu’il n’y a pas de champignons dessus. À ce stade, on aurait été qualifié d’importun voire de malotru si l’idée était venue de piper mot. On avale cet affront et la tarte en silence.

L’addition, au moins, s’est faite rapidement, et il n’y manquait pas un kopek. Quand Gaël revient-t-il ?

30 novembre 2007

Cachez ce nom que je ne saurais voir

Classé dans : Actualité, Littérature, Médias, Société — Miklos @ 0:04

« Il y a un lieu droit au milieu du monde, distinct du Ciel, de Mer & terre ronde, d’où l’on voit tout ce qui se sait en quelque part que ce soit & d’où l’on entend tout ce qui se dit. C’est là que demeure la Rumeur en toute saison, ayant établi son séjour & maison sur le sommet de la plus haute tour, où l’on peut voir mille entrées & mille & mille fenêtres pour y recevoir les nouvelles de ce qui se passe de tous côtés. Il n’y a point d’huis aux portes, nuit & jour tout y est ouvert. Les murailles sont d’airain, qui sans cesse résonne & fait bruit, en ne cessant de répéter tout ce qu’il entend dire, en quelque lieu du logis on y parle toujours. Le repos, ni le silence ne sont point reçus là dedans, mais on n’y ouït point aussi de cris éclatants ; le bruit qui s’y fait est de mille voix basses, que les uns & les autres se soufflent aux oreilles. C’est un bruit tout tel que celui de la mer, lors qu’on l’entend de fort loin, ou tel que celui qui se fait en l’air, après qu’on a ouï quelques grands éclats de tonnerre. Les galeries sont pleines de peuple qui va & vient, contant toujours quelque nouvelle. Les mensonges y courent ordinairement pêle-mêle avec les vérités ; ce ne sont que bruits sourds, desquels la plupart repaissent leurs esprits curieux, & les autres les publient encore à d’autres, mais ce n’est pas sans croître le discours de quelque invention : car toujours celui qui le rapporte l’augmente en y ajoutant du sien. Là tout est plein d’âmes crédules, d’esprits légers & faciles à décevoir ; on n’y voit que vaines joies, que craintes, qu’appréhensions ; il y a souvent du trouble & des séditions, & souvent se font des rapports, desquels on ne trouve pas le premier auteur. En fait, rien ne se sait au Ciel dans les palais étoilés, rien sur Terre, & rien dedans l’enclos de l’humide royaume de Neptune, dont la Déesse qui tient là son siège, n’aie connaissance. » – Ovide, Les Métamorphoses, Livre XII.

Contrairement à d’autres organes de presse, le Journal du Dimanche a reporté la mise en garde à vue d’un homme soupçonné d’avoir commis une vingtaine de meurtres en ne donnant que l’initiale de son nom de famille et en assortissant l’information de précautions oratoires du style « Nicolas P. aurait commis… ». On se demande quel en est le sens, quand la photo de l’homme illustre l’article, et son nom – en entier – se trouve mentionné dans l’entête de la page et dans le nom du fichier contenant la photo (détails que nous avons masqués dans l’image ci-dessous).

Si l’horreur des crimes ne fait pas de doute, aucun tribunal ne s’est prononcé sur la responsabilité de l’individu1. Dans l’éventualité d’un non-lieu, ce texte – et tous les autres rapportant l’arrestation – continueront à circuler éternellement dans la galaxie numérique tout en accumulant un nombre croissant de commentaires de tous genres dans leur traîne ; il ne manquera pas de bonnes âmes pour dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu, l’écho de cette affaire ne s’éteindra pas et ne manquera de poursuivre cet homme : on a connu dans le passé les effets parfois tragiques de la rumeur que l’internet ne fait qu’entretenir et amplifier à l’infini, à l’instar de l’airain de la maison que décrit Ovide. Nihil novi sub sole.


1 C’est cette considération qui avait amené un tribunal belge à effacer du fichier en ligne reportant sa décision les noms des personnes impliquées dans une affaire pénale… sauf que le zélé fonctionnaire avait omis de le faire à la dernière page, où ils s’étalaient en toutes lettres.

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