Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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7 mars 2008

Modeste proposition (bis)

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 14:48

On ne peut que déplorer la désaffectation des urnes, symptôme de la désaffection des Français pour la chose publique et leur repli individualiste face à la mondialisation qui semble nous emporter tous dans son flot irrésistible. On ne peut avoir manqué de remarquer l’élan national des Français lors des matchs du Mondial, à les voir dévaler les boulevards et les avenues des villes et des cités, le drapeau tricolore à la main (et une bouteille de bière dans l’autre, mais c’est une autre histoire). Il y en a qui s’essaient même à chanter la Marseillaise (lorsqu’ils se souviennent de ses glorieuses paroles, mais c’est aussi une autre histoire).

La conclusion s’impose : pour profiter de ces rares moments où souffle encore le vent républicain et où les cœurs battent à l’unisson, scandant le pas de la nation en marche vers les lauriers, il suffit de fixer la date des élections à la veille d’un match international (plutôt qu’à son lendemain, car on n’en connaît en général pas l’issue d’avance). Les communes riches pourraient même installer dans les isoloirs des écrans individuels sur lesquels seraient diffusées les victoires passées.

Cette initiative ne manquera pas d’inciter nos concitoyens, temporairement sortis de leur léthargie nationale à l’espoir d’une victoire imminente contre l’ennemi juré du moment, à manifester leur attachement tout aussi temporaire à la République en allant voter en masse.

Panem et circenses…

(Publié à l’origine le 7 juillet 2006)

17 février 2008

Ils sont partout et ils raflent tout

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 21:59

« [La mandature de Bertrand Delanoë] est nettement meilleure que celles de Jacques Chirac ou Jean Tiberi. Bertrand Delanoë a nettement réduit les gaspillages. Il y en a encore, mais par rapport à ce que c’était avant, c’est le jour et la nuit. Salaires fictifs, chauffeurs à tout va, piston pour les logements, tout ça, c’est fini ou presque. Il y a eu un effort considérable aussi au niveau des crèches. (…) Delanoë a des qualités et il a de grandes chances d’être élu… Et je suis loin de faire l’éloge de Mme de Panafieu. Il faudrait quand même qu’elle travaille de temps en temps. On peut reprocher beaucoup de chose à Delanoë mais personne ne pourra dire que ce n’est pas un grand bosseur. » — Yvan Stefanovitch, entretien dans Métro, 2 février 2008.

Une phrase que le journaliste Yvan Stefanovitch a énoncée publiquement au cours d’un échange avec le public en présence d’un Jean-Marie Cavada silen­cieux cause problème. Mais quel est le problème ? Il est clair – une écoute super­fi­cielle de la vidéo d’une partie de son inter­ven­tion (j’en ai effectué la trans­crip­tion intégrale) permet de le supposer – qu’il voulait dire « les subventions [pour le vote juif] à Paris c’est pire que [l’affaire des sub­ven­tions inégales aux asso­cia­tions de déportés de Buchenwald, d’une part, et de] Dachau [d’autre part] », dont il venait de parler avec beaucoup d’indignation. À première vue, on peut appeler cela un malheureux raccourci. Ce qui est aussi clair, c’est que son père faisait partie de celle de ces deux associations qui recevait le moins de subventions, et qu’il a dû en véhiculer un certain ressentiment à l’égard du soutien différencié apporté par la Ville aux associations de rescapés des différents camps de concentration.

YS refuse de répondre à la question (répétée) de Jeremy Sahel, qui lui demandait s’il avait étudié les demandes de subvention et donc les activités respectives de ces associations. Il ne répond que : « Ils font tous la même chose » (ce qui est faux, de façon patente), et ils « reçoivent tous les mêmes locaux » (à ma connaissance, ils ne les « reçoivent » pas, et ils sont différents les uns des autres). Il rajoute que, de toute façon, « les rescapés il y en a de moins en moins »… argument qui ne prend pas en compte le fait qu’il n’y pas que des rescapés parmi les adhérents et les activistes de ces association, d’une part, et que l’ampleur et le coût des activités ne dépend pas directement du nombre de membres. En bref, aucune argumentation, aucune preuve de ces affirmations. À l’aune de cette approche superficielle, ne faudrait-il pas « égaliser » les subventions de la Ville au Théâtre musical de Paris, au Théâtre de la Ville, au Théâtre du Rond-point ou au Théâtre Silvia Monfort (sans parler de tous les autres théâtres : ils font tous la même chose), ou à chacune des caisse des écoles d’arrondissement (pour la même raison) ?

YS annonce des chiffres quand ça l’arrange, quitte à les modifier en cours d’intervention : ainsi, il affirme d’abord que les anciens de Buchen­wald ont reçu 6000 € tandis que ceux du camp de son père 2000 à 3000 € ; quelques instants plus tard, il indique que la première de ces deux subventions s’élève à 3500 € et l’autre à 2500 €. Quand il affirme que ceux d’Auschwitz « sont les plus mauvais, ils n’ont reçu que 500 Euros », et en même temps que ces chiffres sont inchangés depuis 20, 30 ou 40 ans (en rajoutant que « ça ne repose sur rien »), il est patent qu’il se trompe sur ces deux affirmations. Il suffit de consulter le détail des subventions en 2004 pour constater que l’amicale des déportés d’Auschwitz et des Camps de Haute Silésie avait reçu 4000 €, et l’association fonds mémoire d’Auschwitz 381 €. Soit les chiffres ont bien changé contrairement à son affirmation, soit il confond ces deux associations en les amalgamant.

La somme totale des subventions annuelles aux associations était, en 2006, de l’ordre de 165 millions d’euros, dont 2% – 3,3 millions – sont allés à des subventions inférieures à 5000 € – donc qui recouvrent toutes les associations qu’il a mentionnées – infime goutte d’eau dans cette enveloppe annuelle. On se demande alors ce qui justifie l’ampleur démesurée de son attaque à l’encontre de celles-ci en particulier : bien d’autres organisations d’anciens déportés, internés et résistants de cette époque ont reçu des subventions1 pour certaines pour des sommes parfois plus importantes – l’association des déportés et internés résistants et patriotes de Paris a reçu, en 2004, 14.141 €, l’association nationale des anciennes déportées et internées de la résistance 4.269 €, etc. – mais il n’en parle pas : est-ce parce qu’il n’y paraît pas la mention de « camp de concentration » dans leur nom ?

Ce qui me frappe finalement à la relecture de son intervention, c’est ce qui y est sous-jacent : la « question juive » (il parle d’« associations à coloration juive »), au travers de l’argument du vote juif – je serais curieux de savoir les chiffres (même s’il n’y a plus de fichier des juifs à la mairie) et s’ils sont aussi importants qu’il veut le faire craindre. Du coup, il passe des camps (pour juifs) aux écoles (juives), véhicule les stéréotypes des juifs pollueurs qui font des « embouteillages fantastiques » (ça ne rappelle-t-il pas, autres temps mêmes mœurs, le bruit et l’odeur des immigrés évoqués par notre précédent président lors d’un discours à Orléans ?), et tout tourne autour de questions d’argent, d’argent et encore d’argent (pas uniquement les subventions, mais la façon dont il parle de leurs 4×4 !).

Mais s’il s’en prend à une école juive sous le prétexte qu’elle n’a pas le droit de recevoir des subventions si elle n’admet que des élèves juifs (je ne sais comment il a vérifié : j’ai une amie catholique qui enseigne dans une école juive religieuse), pourquoi ne critique-t-il pas, par exemple, la subvention (80.700 € en 2004) à l’« association des évêques fondateurs de l’institut catholique de Paris », dont je doute qu’elle ait parmi ses membres fondateurs des évêques musulmans ou juifs, Dieu préserve ? Pourtant, il affirme dans cet entretien « Si c’était une école islamique ou protestante je serais contre aussi. C’est valable pour toutes les confessions ».

Plus sérieusement : une association (légale) qui choisit ses membres devrait être en mesure de recevoir des subventions publiques. C’est le cas pour la Maison des femmes de Paris (l’une des structures subventionnées) qui affirme être « un espace d’initiatives et de solidarité féministe, un lieu non mixte ouvert à toutes les femmes ». Où est le mal ? Il n’y a pas non plus de mal à ce que la Ville et l’État soutiennent des écoles privées de telle ou telle confession de façon à assurer que toutes les conditions (sanitaires, pédagogiques…) soient assurées, et pour cadrer l’enseignement et éviter les dérives. La seule alternative serait d’interdire purement et simplement de genre d’écoles.

Enfin, il affirme que ce type d’association « ne mérite pas » de subvention. Je me demande quels sont, selon lui, les critères de mérite ? Une école privée mérite-t-elle moins d’être soutenue que les survivants de camps faisant œuvre de pédagogie ? Quant à son incise sur l’aide énorme aux associations homosexuelles (qui n’est pas sans rappeler l’attaque de Françoise de Panafieu en 2006 sur ce thème), s’ils reçoivent (je n’ai pu vérifier) 600.000 Euros comme il l’affirme sur les 137 millions, c’est de l’ordre de 0,44%, bien moins que le pourcentage supposé des personnes qu’ils représentent dans la population générale.

C’est l’air du temps, et le fond de l’air effraie (titre d’une affiche du Caveau de la république en 1990).

Post scriptum

Dans un entretien téléphonique le 18 février avec MuniParis, Y.S. confirme sa thèse et s’enfonce. En clair : quelle que soit l’opinion politique des Juifs, de gauche comme de droite, ils votent tous identiquement et là où est l’argent. Quant à la vidéo témoignant de sa phrase à propos du vote juif et de Dachau, elle a « peut-être été truquée » et la personne qui l’a interrogé – Jeremy Sahel – a-t-il même une carte de journaliste ?

Si j’avais quelque doute sur le sens de ses déclarations, je n’en ai plus.


1 En 2004 :
Association des déportés et internés resistants et patriotes de Paris : 14141  €
Amicale nationale des déportés et familles de disparus de Natzweiler-Struthof et ses kommandos : 5000 €
Association nationale des anciennes déportées et internées de la résistance : 4269 €
Amicale des déportés d’Auschwitz et des camps de Haute Silésie : 4000 €
Association française Buchenwald-Dora et kommandos : 3500 €
Amicale du camp de concentration de Dachau : 2500 €
Association des victimes et rescapés des camps nazis du travail forcé et des réfractaires de la (…) : 2500 €
Association des déportés internés et des familles de disparus : 2138 €
Comité de liaison des associations d’anciens combattants, déporté, résistants, veuves de guerre : 900  €
Union nationale des associations de déportés, internés et familles de disparus : 700 €
Fédération nationale des déportés et internes de la résistance : 700 €
Union départementale des déportés internés et victimes de guerre de la Seine : 600 €
AFN et déportés de l’Île de France : 457  €
Fonds mémoire d’Auschwitz : 381 €

16 février 2008

L’air du temps

Classé dans : Actualité — Miklos @ 11:38

28 janvier
« La Shoah est la plus grande œuvre de l’hu­ma­nité. Dom­mage qu’elle fut si im­par­faite. »1 — Laurent Gloaguen (signalé par Tris­tan Mendès France)

1er février
Cinq personnes, dont trois policiers, soup­çonnées d’avoir tenu des propos anti­sé­mites dans la nuit du 1er au 2 février dans un bar d’Amiens, ont été mises en examen samedi 9 février pour provo­ca­tion à la haine raciale et pour actes d’intimidation envers une victime et laissées libres sous contrôle judiciaire. Ces hommes auraient no­tam­ment crié « Mort aux juifs », « Il faut rouvrir les fours cré­ma­toires » et effectué des saluts nazis en scandant « Heil Hitler ». (L’Humanité)

5 février
Le Vatican vient de publier une version corrigée de l’ancienne prière du vendredi saint qui fait toujours partie de la messe en latin. Elle invite toujours à prier pour la conversion des Juifs : « afin que notre Dieu et Seigneur illumine leur cœur pour qu’ils recon­naissent Jésus-Christ (…) qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la reconn­aissance de la vérité. » Dans l’original : « Oremus et pro Iudaeis Ut Deus et Dominus noster illuminet corda eorum, ut agnoscant Iesum Christum salvatorem omnium hominum (…) qui vis ut omnes homines salvi fiant et ad agnitionem veritatis veniant. » (La Croix)

9 février
Plus d’un millier de supporteurs de la station ultra­catholique polonaise Radio Maryja avaient assisté samedi à une conférence de Jerzy Robert Nowak, un commentateur de la radio connu pour ses opinions ouver­tement antisémites. Aucun commentaire n’a pu être obtenu jeudi à l’épiscopat polonais. (La Croix)

13 février
« A travers son site Internet, Le Nouvel Observateur a fait son entrée dans la presse people. Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu’en aurait-il été des dénonciations de juifs ?… » — Carla Bruni, L’Express.

14 février
Un flyer circule depuis cette semaine à Memphis, appelant les électeurs à rejeter la candidature de Steve Cohen à sa réélection, du fait que « Le membre du Congrès Steve Cohen de Memphis et les Juifs haïssent Jésus » et qu’il faut un chrétien noir pour représenter les habitants de ce district. Le tract est signé par un certain Révérend George Brooks.

15 février
« C’est le problème des subventions, c’est le problème du vote juif et ça c’est pire que Dachau, parce que c’est donner des subventions à des gens qui ne le méritent pas. »2 — Yvan Stefanovitch, lors d’une réunion publique de Jean-Marie Cavada (signalé par Quentin Girard).


1 Le compositeur Karlheinz Stockhausen avait déclaré, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001, qu’ils étaient « la plus grande œuvre d’art jamais réalisée. » (Le Monde).
2 Voir, à ce propos, Ils sont partout et ils raflent tout.

15 février 2008

La vie à Paname

Classé dans : Actualité, Humour, Littérature, Politique — Miklos @ 7:34

« Tocard, -ard, adj. et subst. Laid.
Tocasson, adj. et subst. masc. Femme laide et/ou bête. »
— Trésor de la langue française

« On ne pas être tout le temps dans le politiquement correct au motif qu’il y a certains mots qu’on n’a surtout plus le droit d’employer. » — Françoise de Panafieu

V’là t’y pas qu’la typesse du xviie agonise Bertand ! Il la fait flasquer, elle peut pas blairer sa schnasse. C’est t’y pas un peu parce qu’elle est de la haute ? Lui aussi il a sa particule, même qu’elle colle plus mieux à son nom ! L’est trop class’, lui, pour lui gazouiller cette mercuriale :

Oui, sal’ guenon, oui, v’là c’ que j’ai !
Et j’ la trouv’ raide et j’la trouv’ dure !
Faut que j’ me mette à l’iodure,
Paraît que j’ suis bien arrangé !
Tiens, asseois-toi là, sal’ pétasse,
Bonne à tout faire et propre à rien,
Er’garde-moi don’ bien en face,
Que j’te dis’ que t’es-t’un’ peau d’ chien…

Que j’ te dis tes quat’ vérités,
Que j’ t’engueul et que j’ t’abomine :
Canard boîteux, denré’, vermine !
Prends don’ pas tes airs épatés,
Voiri’ !… Choléra sans limace,
Outil d’ besoin, chausson, trumeau,
Er’garde-moi don’ bien en face,
Que j’ te dis que t’es-t’un chameau.

Gadou’ !… Fumier, poussier, torchon,
Chiffon d’ pied, morceau d’chaussett’s russes
Lanterne à poux, caserne à puces,
Gésier d’ putois, vessi’ d’cochon,
Rouchi’, vezon, pucier, paillasse,
Viande à corbeau !… Viande à fourgon,
Er’garde-moi don’ bien en face,
Que j’ te dis que t’es-t’un wagon.

Salé gâté !… Rognur’ d’étal,
Pompe à Richer, boîte à pétrole,
Chair à bubon, chair à cass’role,
Chair à charcut’ri’ d’hôpital,
Ragoût poivré !… Gibier malade,
Dépêch’-toi d’ plaquer mézigo,
Et d’ prendre l’panier à sa’ade
Pour t’en aller à Saint-Lago.

Aristide Bruant

M’en fait, elle encaisse pas que l’« tocard » préfère l’autocar* à la caisse. « Qu’elle nous sorte la preuve, la trace de son vote favorable pour la prolongation du tramway ! » qu’y lui a lancé.


*« Véhicule destiné aux transports urbains » — TLF.

3 février 2008

L’astrologue non voyant

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 10:16

« L’entêtement pour l’astrologie est une orgueilleuse extravagance. Il n’y a pas jusqu’au plus misérable artisan qui ne croie que les corps immenses qui roulent sur sa tête ne sont faits que pour annoncer à l’Univers l’heure où il sortira de sa boutique. » — Montesquieu

« Voyante. Personne du sexe féminin capable de voir ce qui est invisible pour son client, à savoir qu’il est un imbécile. — Ambrose Bierce

Le journal suisse Le Matin rapporte un entretien avec Meredith Duquesne, « la célèbre astrologue française vivant aux Etats-Unis » dans lequel elle affirme que les ennuis du nouveau couple présidentiel français « commenceront dès cette année » et qu’en septembre 2009 le mari « traversera un passage extrêmement critique, politiquement comme personnellement. ». Même si l’on se souviendra alors de cette déclaration, il sera difficile d’en vérifier l’adéquation : relativement floue voire carrément amphibolique, elle se laissera interpréter à la sauce qu’on voudra (ce qui est le cas des Centuries de Nostradamus, qui font le bonheur des éditeurs de ce genre de littérature) ; d’ailleurs, ne traverse-t-il pas en ce moment une période critique, avec sa baisse dans les sondages ?

À la question du journaliste si cela signifie une séparation du couple, l’astrologue répond : « Je ne peux pas l’affirmer : je ne suis pas voyante ». Nuance tant sidérale que sidérante : l’une prévoit et l’autre prédit, la première parle de tendances et la seconde de faits. L’homme est d’un naturel inquiet, il marche seul dans sa nuit ; s’imaginer savoir ce qui l’attend – même le pire – le rassure, le conforte et lui évite surtout d’avoir à prendre ses responsabilités. Comme l’écrit Paul Valéry : « Le mal de prendre une hypallage pour une découverte, une métaphore pour une démonstration, un vomissement de mots pour un torrent de connaissances capitales, et soi-même pour un oracle, ce mal naît avec nous. » (Œuvres, I. Bibliothèque de la Pléiade, p. 1209.).

Mais c’est Hans Holbein le jeune qui illustre, dans Les simulachres & historiees faces de la mort en 1538, la futilité de cette démarche et l’essence de l’inquiétude qui la suscite : la date de sa propre mort. Le texte en exergue est une citation de Job 38:18 et 21 (et non pas 28, comme l’indique Holbein). À la question rhétorique qui le précède : « Les portes de la mort se sont-elles dévoilées devant toi ? As-tu vu l’entrée du royaume des ombres ? » il répond : « Dis-le, si tu sais tout cela. Tu le sais, sans doute ! Car tu étais né dès lors, et grand est le nombre de tes jours ». À l’arrière-plan, à gauche, on aperçoit l’homme terrorisé qui vient s’enquérir sur le terme de sa vie. Il ne voit pas la Mort qui présente à l’Astrologue son propre crâne : un rideau l’en empêche. Le savant consulte la sphère céleste pour tenter d’y lire la date de cet événement. Mais il ne saura répondre clairement à la quête de son client : l’amphibologie est une façon de s’exprimer donnant lieu à deux interprétations différentes. Le client partira rassuré, on lui aura donné la clef, il ne lui reste plus qu’à comprendre.

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