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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 avril 2020

Apéro virtuel XXXVIII : le Ramadan – la musique qui tue – la rose fleurit au mois de mai…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 10:30

Orgue de barbarie

Mardi 28/4/2020

François a présenté un sujet d’actualité pour certains : les pres­crip­tions de comportement durant le Ramadan, en d’autres termes, les interdits allant de l’aube au coucher du soleil durant ce mois. Citant un ouvrage du philosophe et théologien soufi Abû Ḥamid Moḥammed ibn Moḥammed al-Ghazālī (1058-1111), traduit en français sous le titre de Le Ramadan et les vertus du jeûne en Islam , il a détaillé ces interdits – principalement alimentaires –, et notamment ceux concernant la sexualité. Selon Jean-Philippe, ce que ces interdits visent, c’est éviter la rupture du jeûne qui serait plus importante que l’acte lui-même, ce que conteste Michel en faisant le parallèle avec les interdits durant les 25 heures de la fête juive du Grand pardon (ou Kippour), le jeûne (alimentaire) n’était que l’un de ces interdits et tous étant au même niveau d’importance, servant à la mortification de l’individu. François semble confirmer cette dernière opinion, comme quoi le jeûne dans l’Islam est un terme qui recouvre l’ensemble de ces interdits. Françoise (P.) a alors dit que chez les chrétiens, le carême n’est pas une mortification, mais une purification. Michel a rétorqué que l’un ne contredisait pas l’autre&nbp;: selon le Trésor de la langue française, la mortification est un « acte volontaire par lequel on s’inflige une souffrance corporelle ou morale dans un souci de pénitence ou d’élévation spirituelle », ce qui correspond donc aussi à la purification. Sylvie a dit avoir lu que le Ramadan était une période destinée à réfléchir sur soi, à stimuler la spiritualité, et la nuit tombée, avec la rupture du jeûne, une période de convivialité et de sociabilité. À ce propos, Françoise (B.) a entendu un imam sur France Culture expliquer que la dimension festive et festoyante du soir n’était pas correcte selon l’interprétation traditionnelle du Ramadan, c’était uni­quement pour rompre le jeûne mais pas pour s’empiffrer, selon ses propres termes. À une question de Françoise (C.), François a précisé que, si la reprise de toutes les activités interdites de jour (durant le Ramadan) était autorisée de nuit, certains préconisaient de s’abstenir de relations sexuelles durant tout ce mois-là.

Comme il s’était engagé à le faire, et puisqu’on venait de parler d’activités de mortification (mot dont l’étymologie signifie « mise à mort »…), Michel a parlé de la musique qui tue, en littérature (l’épisode de la « chanson qui tue » jouée par un orgue de barbarie dans Le Fauteuil hanté de Gaston Leroux), en musique (Michel a lu un extrait d’un texte qu’il avait écrit en 2005, où il parlait des effets mortifères de l’œuvre Finale du compositeur Mauricio Kagel sur les chefs d’orchestre qui l’avaient dirigée en concert) et au cinéma (avec le meurtre de Myriam sur un air d’orgue de barbarie dans L’Inconnu du Nord-Express de Hitchcock). Et puisque l’orgue de barbarie y est assez présent, Michel a terminé sa présentation avec la projection d’un bref historique de l’instrument, extrait du documentaire L’orgue de barbarie, la mécanique d’un autre temps. Un bref débat a suivi cette présentation : Michel avait remarqué que Gaston Leroux appelait la personne qui jouait de l’orgue de barbarie « vielleux », or la vielle à roue est un autre type d’instrument (à bourdon) que l’orgue de barbarie (à vent)… Il s’est avéré, lors de la rédaction de ce compte-rendu, qu’il y a bien une raison à cette confusion. La seule partie commune à ces deux instruments est la manivelle : du coup, Sylvie nous a montré une brochure concernant Riton la manivelle, qui se produit dans son quartier avec son orgue de barbarie, et nous a raconté une petite anecdote le concernant : alors qu’elle déjeunait en compagnie dans un restaurant où il se trouvait aussi, et discutait avec ses proches en hébreu, voilà qu’il se rapproche d’eux et leur lance, dans un parfait hébreu gouailleur, « Tous des nuls, sauf moi. » Il s’avère qu’il n’est pas hébraophone, mais avait passé un certain temps dans le Club Med à Elath, dans les années 1970, où il avait dû apprendre (surtout) ce type d’expressions.

Sylvie a alors parlé du romancero sefardi, ensemble très riche de chansons en judéo-espagnol (appelé aussi ladino ou djudezmo ou hakitia, voire spaniolit). Cette langue – toujours parlée – et le patrimoine musical qui lui est attaché se sont enrichis par des influences locales au fil des siècles d’exil des descendants des Juifs chassés d’Espagne en 1492 principalement dans les pays du pourtour méditerranéen (notamment Maghreb et Balkans). Elle nous a fait écouter La rosa enflorece (paroles et traduction ici) qui daterait du XIVe siècle et qui était interprétée par le trio vocal Unio. On trouvera sur le site de France Bleu quelques autres inter­pré­tations de leur répertoire, datant de l’émission France Bleu Touraine Live du 30 mars 2019. Michel a raconté que l’adjectif sefardi provient du mot « Sefarad », qui signifie « Espagne », en hébreu (et dénote les descendants des Juifs originaires de la péninsule ibérique), lui-même déjà mentionné dans l’Ancien Testament (livre d’Ovadia ou Abdias, I:20). Sylvie a parlé de l’interprétation de ce trio, qu’elle apprécie particulièrement et qui lui semble plus fidèle au style « d’origine » que celle, par exemple, d’Esther Lamandier, une des interprètes de chansons ladino (ainsi que de chants chrétiens araméens) que Michel (qui avait pris quelques cours avec elle) préfère.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

28 avril 2020

Apéro virtuel XXXVII : absinthe – ODE 8400 – musiques félines – passé et futur du cinéma – instruments de musique extraordinaires – livre et silence…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 1:57

Lundi 27/4/2020

Jean-Philippe, grand spécialiste des apéritifs, s’était accompagné, cette fois-ci, d’une absinthe, dont la bouteille était décorée de multiple copies de l’autoportrait de Van Gogh. Comme le rappelle un article d’allodocteurs, « Vincent Van Gogh était un consommateur excessif d’absinthe, qui favorisait ses crises hallucinatoires. Il avait commencé à en boire à Paris sous l’influence, semble-t-il, d’Henri de Toulouse-Lautrec. Cette addiction l’a conduit à tenter d’avaler le contenu de ses tubes de peinture et du pétrole au cours de l’une de ses crises. » Après avoir discuté entre nous de sa composition, on est curieux de voir dans quel état sera Jean-Philippe au prochain apéro… Et s’il se mettait à nous lire l’annuaire téléphonique, a demandé Michel… ? À quoi il a répondu que ce pourrait être un Oulipo (sous-entendu : pas un dérangement de la ciboule, quoique certains pensent que les Oulipiens ont un grain quelque part). Dans une communication personnelle le lendemain, Françoise (C.) a parlé de la brasserie Rotonde (non pas celle de Montparnasse, mais l’autre), située dans l’immeuble où Verlaine avait vécu, et qui sert l’absinthe dans la plus pure tradition : fontaine à glaçon, cuillère etc… (ou, comme le précise leur carte : « absinthe fontaine old fashioned »).

De là, la discussion s’est poursuivie autour du téléphone. Sylvie s’est souvenue d’un exercice lors d’un stage de théâtre auquel elle avait participé, dans lequel elle – dans le rôle d’une adolescente qui avait fugué – et un autre comédien – dans celui d’un agent de police – devaient négocier (« – Je le dis à tes parents ! – Non ! »), mais en ne prononçant que des numéros de téléphone… de façon à ce que le public comprenne tout de même par les intonations de leurs voix et leurs attitudes corporelles. Comme quoi, tout ne passe pas que par les mots. Michel a alors rappelé (à ceux qui avaient connu cette période) que les numéros d’antan étaient composés de trois lettres (l’indicatif d’un quartier) et de quatre chiffres, ce qui avait un certain rythme qui « gravait » les numéros plus profondément dans la mémoire qu’actu­el­lement (d’ailleurs, ils se gravent plutôt dans les smartphones). Puis il a demandé aux présents s’ils connaissaient ce numéro de téléphone : BAL 0001 (qui se prononce « Balzac 00 01 »), et la réponse a été en fonction des générations présentes. Il a enfin essayé, en vain, de se rappeler de la réponse que lance, dans Le dernier métro, Catherine Deneuve à Gérard Depardieu qui la drague en lui demandant son numéro de téléphone – c’était ODE 8400 (« Odéon 84 00 », à dire d’une voix posée et grave) – il ne se souvenait que du 8400. Françoise (P.) a raconté qu’un des indicatifs étant « Taitbout », une bonne blague consistait à appeler un abonné de ce quartier, et lui lancer quand il répondait : « Taitbout ? Eh bien couche-toi ! ». Puis elle a aussi exprimé son regret de la disparition des numéros de départements sur les plaques minéralogiques : deviner les dé­par­te­ments occupait bien les enfants lors d’un voyage en voiture avec leurs parents.

Pour faire écho à la récente présentation de l’influence des métronomes sur les chats, Sylvie nous a alors parlé du Duo des chats attribué à Rossini, mais qui est en fait dû à plusieurs ingrédients probablement combinés par le compositeur anglais Robert Lucas de Pearsall (sous le pseudonyme de G. Berthold) : la Katte-Cavatine du compositeur danois Christoph Ernst Friedrich Weyse et deux extraits d’Otello de Giuseppe Verdi. Elle nous a alors montré un montage bout à bout de plusieurs interprétations de cette œuvre – par deux femmes, par une femme et un homme, par deux hommes… – dont une avec Montserrat Caballé, diversement appréciée par les trinqueurs du fait de son vibrato qui donnait à certains le mal de mer. De là, on a évoqué d’autres grandes cantatrices qui ont poursuivi leur carrière un peu trop longtemps au goût des uns ou des autres, à l’instar de Jessie Norman ou Barbara Hendricks.

Pour revenir à un des thèmes de ces derniers jours – le cinéma –, Françoise (P.) nous a parlé de cinéma et… covid. Habituée à aller au cinéma 2 à 3 fois par semaine, il lui manque beaucoup. Elle nous a lu un article de Jean-Michel Frodon publié dans Slate qui se demande si la crise du covid-19 est en train de tuer le cinéma : depuis sa création en 1895 par les Frères Lumière, il n’y a pas eu un seul jour sans qu’il y ait une séance de cinéma, même maintenant, quelque part dans le monde, mais des projecteurs continuent à s’éteindre pour des durées indéterminées. Les gens auront-ils envie de retourner au cinéma, de sortir de chez soi, « après », au vu des alternatives auxquels ils se sont habitués en confinement ? Dans la discussion qui a suivi, Michel s’est rappelé du cinéma Le Ranelagh, rue des vignes, où la projection du film se faisait de derrière l’écran et où il y avait des ouvreuses qui accompagnaient les spectateurs à leurs sièges. Jean-Philippe a alors mentionné qu’il y avait dans les salles de cinéma d’alors des classes de places – parterre, balcon, côtés –, comme au théâtre, au concert ou à l’opéra. Il a rajouté qu’il ne voit pas comment le désir de retourner dans les salles pourrait se développer, si l’on doit y venir masqué et s’asseoir à distance des autres spectateurs. Il se peut que dans le décon­finement, les cinémas réinstaurent un placement spécifique par places numé­rotées. `À propos de la crainte que les spectateurs évitent dans le futur les salles du fait de la disponibilité numérique des films, Sylvie a dit que cela lui faisait penser à l’émergence du livre élec­tro­nique : on avait dit qu’il tuerait le livre, mais cela n’a pas été le cas : lire un livre papier n’est pas la même expérience que de tenir ce livre papier dans ses mains (comme on l’avait d’ailleurs évoqué il y a quelques jours)anbsp;; de même, voir un film sur son smartphone n’est pas la même expérience que de le voir en salle. Michel fait aussi l’analogie avec manger seul chez soi ou en compagnie dans le restaurant. Jean-Philippe raconte que le dimanche précédant le confinement, il avait assisté à l’avant-première de La Bonne épouse avec Juliette Binoche : la salle, à l’UGC Gobelins, était pleine à craquer. Aura-t-on d’autres événements de ce type « après » ?

Michel, revenant à un autre des récents sujets, les instruments à musique, a montré un bref montage bout à bout d’extraits de trois vidéos : Resonant Chamber d’Animusic, Marble Machine Music de Wintergatan et Pïpe Dreams d’Animusic. Tous trois démontrant de façon « bluffante » des instruments extraordinaires, le premier et le troisième sont en fait des créations purement informatiques (de la société américaine Animusic), alors que le second est l’invention de Martin Molin (du groupe suédois Wintergatan) qui en joue ici ; c’est le premier modèle qu’il a conçu (un autre a suivi), après avoir vu les animations d’Animusic concernant leur « machine à billes ». Sa chaîne YouTube comprend de nombreuses vidéos montrant et expliquant son travail. Les instruments mécaniques existent depuis longtemps : Michel a rappelé le défunt musée d’instruments de musique mécanique sis impasse Berthaud (3e arrond.), où, dans les visites guidées, on pouvait jouer de certains de ces instruments merveilleux. Il a malheureusement fermé en 1994 (pour être remplacé par le musée de la Poupée, qui lui a fermé ses portes en 2017. Sylvie ayant mentionné Riton la Manivelle qui fréquente son quartier avec un orgue de barbarie, Michel a alors proclamé que l’orgue de barbarie, c’est « la musique qui tue ». Personne n’ayant compris cette remarque malgré l’indice qu’il a rajouté, « l’affaire Fualdès » (personne ne connaît plus les grands classiques), il a annoncé qu’il en parlerait demain. Françoise (B.) n’arrivait pas à se souvenir d’un film dans lequel elle associe l’orgue de barbarie avec une scène horrible. Ne s’agit-il pas du meurtre dans L’Inconnu du Nord-Express (1951) de Hitchcock ?

Et pour en revenir au livre, Jean-Philippe nous a lu un extrait de « Taciturio », cinquième des Petits traités de Pascal Quignard, qui débute par cette affirmation : « Le livre est un morceau de silence dans les mains du lecteur. Celui qui écrit se tait. Celui qui lit ne rompt pas le silence. » Cette lecture a suscité une vive discussion sur les rapports entre parole (dite) et mot (écrit). Michel a évoqué la lecture intégrale d’Albertine disparue de Marcel Proust par Jean-Laurent Cochet (décédé ce mois-ci du covid-19), performance extraordinaire à laquelle il a assité : qui eût cru qu’une telle écriture se prêterait à la lecture à haute voix ? Et pourtant. Françoise (B.) a dit que ses livres, sur leurs étagères, lui chuchotaient, certains allant même jusqu’à l’interpeler (et pourtant elle n’avait pas bu d’absinthe). Sylvie a raconté que, pendant la guerre, son père avait beaucoup voyagé en train en URSS. Dans le compartiment, il y avait un livre (en russe), dont chaque voyageur lisait à haute voix quelques pages puis le passait à son voisin pour qu’il continue. D’autre part, avant l’imprimerie, les scribes écrivaient les textes à reproduire sous la dictée d’un des leurs. Tout ceci démontre bien que le livre n’est pas un morceau de silence…

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

26 avril 2020

Apéro virtuel XXXVI : joyeux anniversaire !

Classé dans : Actualité — Miklos @ 23:45

Dimanche 26/4/2020

Jean-Philippe a fêté aujourd’hui son anniversaire, seul entre ses quatre murs, et ensemble avec ses proches et amis lointains grâce aux technologies de communication. Ainsi, nous le lui avons souhaité à l’aide des quatre Minions et en levant le coude plus d’une fois. De son côté, il nous a fait visiter ses pénates, puis montré des photos de sa tendre enfance, et ensuite donné la recette du fondant qu’il avait préparé ce matin, alors qu’il n’a pas révélé la composition de la tarte aux quatre fruits, préparée au même moment. Il a finalement allumé puis soufflé les huit bougies (non, il n’a ni 8 ans ni 80 ans) qu’il avait plantées dans le fondant.

Et puis, ce furent les souvenirs des uns et des autres, à commencer par Jean-Philippe : « Moi quand j’ai commencé à travailler, il n’y avait pas d’informatique pour les cadres, mais des sténodactylos. » Ses petits-neveux ne comprennent pas comment on « allait sur l’internet » (comme si c’était un trottoir) sans avoir des ordinateurs. Quand les ordinateurs sont arrivés, c’était toujours sans l’Internet (qui existait, pourtant) : il fallait se servir de disquettes pour échanger des documents avec sa secrétaire. Quant à Françoise (P.) qui avait commencé à travailler chez Publicis sous Maurice Lévy, elle y a connu des ordinateurs dès son arrivée. Pour Françoise (B.), le Centre Pompidou lui avait proposé un ordinateur en échange de sa secrétaire. Michel, qui avait commencé l’informatique bien avant tous les présents, avait connu les bandes de papier perforé, puis les cartes perforées. Il en reste de ces dernières à Sylvie qui nous en a montré un paquet.

De là, on est passé à la capacité mémoire des ordinateurs : celui sur lequel Michel avait commencé à travailler, qui faisait de la simulation de jeux de guerre en temps réel, avait 16 kilooctets de mémoire, alors qu’aujourd’hui pour faire les mêmes tâches il en faudrait des gigaoctets… Jean-Philippe a alors relaté une information – ou une légende urbaine, il n’en sait rien – selon quoi il y a plus de capacité mémoire et de vitesse de calcul dans un téléphone portable de nos jours que dans toute l’informatique embarquée dans un avion ou une fusée de la NASA des années 1960. Françoise (P) qui avait travaillé dans la reprographie pour la presse, a alors décrit la technique utilisée pour l’impression en couleur, qui nécessitait un traitement séparé pour les quatre couleurs de base. Jean-Philippe lui a alors demandé si la description de l’agence de publicité dans la série Mad Men lui semblait plausible, ce à quoi elle a répondu par l’affirmative.

De là, on est passé aux souvenirs concernant les tenues correctes requises au travail – bas pour les femmes – et à l’école – interdiction aux filles de porter des pantalons même en hiver, les garçons en culottes courtes même dans la neige… Et l’école a suscité d’autres souvenirs : concernant nos débuts dans l’écriture, la plupart ont connus le porte-plume, les plumes Sergent-Major et l’encrier incrusté dans le pupitre de l’écolier, pour passer ultérieurement au Stylo Bic, ce qui fut un choc culturel pour Jean-Philippe, autant que le passage du jeudi au mercredi comme jour où on n’allait pas à l’école. Françoise (P) s’est souvenue que sa sœur, enseignante, a adoré la suppression de l’estrade en 1968, ce qui a entraîné une discussion sur son utilité ou non.

L’apéro s’est terminé avec un dernier lever de coude et des vœux réitérés à Jean-Philippe.

Apéro virtuel XXXV : lettres persanes – notes japonaises – chanson vénézuelienne – instruments de musique peu ordinaires…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 10:24

Samedi 25/4/2020

En attendant l’arrivée d’autres participants, Jean-Philippe (qui était connecté du jardin public de Bordeaux) et Michel (qui assistait à un récital félin) ont échangé leurs opinions sur l’art d’intervenir de façon à ne pas lasser les autres, voire de les tenir en haleine.

Une fois Sylvie, Françoise (B.) et Françoise (P.) arrivées, Jean-Philippe nous a lu deux fort jolies Lettres persanes de Montesquieu, dans une édition des œuvres complètes datant de 1768. La première (lettre XXX) relate comment les Parisiens s’intéressent au Persan, auteur de la lettre, du fait de son étrangeté : soit par son accoutrement, soit par le fait de savoir qu’il venait d’ailleurs. Quant à la seconde (lettre XXVIII), elle décrit l’attitude des spectateurs assistant dans leurs loges à un spectacle – comédie, ou opéra -, attitude sans doute bien plus intéressante que ce qui se passe sur scène… Après cette lecture, on a évoqué des salles de spectacle – celle du Teatro San Carlo à Naples avec les miroirs permettant aux spectateurs occupant les loges de regarder discrètement vers la loge royale, celle de l’Opéra de Paris, avec ses loges fermées à clé…

Françoise (B.) nous a alors lu des extraits de la table des matières des Notes de chevet attribuées à Sei Shonago, dame de compagnie de la princesse Sadako au début du XIe s, notes non sans humour prises à la Cour du Japon. Françoise a poursuivi avec la lecture d’une note, « De l’utilité de porter à certaines occasions un habit sans doublure ».

El curruchá
Juan Bautista Plaza

A mi negra la quiero, la quiero
Más que a la cotiza que llevo en el pie
A mi negra la quiero, la quiero
Más que a la tinaja cuando tengo sed

A mi negra la quiero, la quiero
Más que a mi chinchorro que me hace soñar
Más que el penco alazán que en el pueblo
Mil lazos coleando me ha hecho ganar

Cuando baila mi negra un joropo
El amor zapatea por dentro de mí
Porque al son de la quirpa sin fin
Y al compás de puntera y talón
Con tal gracia mueve las caderas
Mi negra que me hace perder la razón
Curruchá, con tal gracia mueve las caderas
Mi negra que me hace perder la razón ?

Si a mi negra le clavo los ojos
Se pone más roja que un paraguatán
Cuya flor es incendio del bosque
Estación de abejas, licor de panal
Si me rozo con ella en el baile
Me sube al cogote un enorme calor
Porque hornalla e’ trapiche es mi negra
Que vuelve cenizas mi leña de amo?

Ensuite, Sylvie nous a montré la vidéo d’une inter­pré­tation très enlevée de El Curruchá, chanson populaire du Vene­zuela dans la tradition joropo, com­po­sée par Juan Bautista Plaza, paroles de Vicente Emilio Sojo. Donnée en tant que bis lors d’un concert de l’ensem­ble L’Arpeggiata (le 31 janvier 2012 à la Salle Gaveau) dirigé par Christina Pluhar, elle était inter­prétée ici par Vincenzo Capezzuto (alto et danseur pro­fes­sionnel) et la mezzo-soprano Luciana Mancini – qui en avaient donné d’autres inter­pré­tations – auxquels se sont joints ici (sans doute au dernier moment, ils ne connais­saient pas les paroles…) Lucilla Galeazzi (chan­teuse spé­cia­lisée dans le réper­toire tradi­tionnel italien), Raquel Anduezale (soprano) et le contre-tenor Philippe Jaroussky. Pour ceux que les paroles inté­res­sent (cf. ci-contre), c’est une chanson d’amour enflammé d’un homme pour son amie (ou femme ?) noire, à lui en faire perdre la tête.

Pour continuer dans la musique, Michel s’est concentré sur les instruments (de musique) inhabituels : le piano à chats (qui aurait existé au XVIe siècle), puis le métronome, dans une version quelque peu raccourcie du Poème symphonique pour cent métronomes du compositeur hongrois György Ligeti (1923-2006), suivi d’une autre vidéo montrant l’influence du métronome sur les chats (sans piano, cette fois). François a alors dit avoir vu un film où l’on avait fait un montage qui représentait un piano à chats…

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

25 avril 2020

Apéro virtuel XXXIV : du Mime Marceau et de partitions muettes – de Jacques Tati et de son oncle – du récent film 1917

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 1:37

Le Mime Marceau

Vendredi 24/4/2020

Michel a commencé par diffuser une vidéo documentant le rôle très courageux de Marcel Marceau durant l’Occupation : à 19 ans, il a activement pris part au programme d’exfiltration d’enfants juifs de la France occupée vers la Suisse, filière créée par son cousin Georges Loinger (récemment décédé à 108 ans, que Michel avait connu il y a plus de 50 ans et revu à la veille de ses 100 ans). Puis il a parlé des arts plus que minimalistes – l’œuvre 4’33″ de John Cage qui ne comporte pas une seule note, les tableaux monochromes de Malevitch, de Soulages ou d’Yves Klein… : il s’avère que ces célèbres artistes n’étaient pas les premiers à avoir créé dans le genre : Alphonse Allais les avait précédés. Pour preuve, la partition de sa Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd en ce qui concerne la musique, ou ses tableaux monochroïdaux (source). Dans la discussion qui s’en est ensuivie, Françoise (P.) a évoqué un concert très curieux d’une œuvre de John Cage auquel elle avait assisté, composée pour 40 pianos, qui a évoqué pour Michel l’œuvre de György Ligeti pour 100 métronomes…

Françoise (P.) nous a ensuite parlé de Jacques Tati, dont elle a brossé la biographie – débutée dans le rugby…  et l’œuvre, inspirée des films burlesques américains, ce qui lui fera écrire le scénario de, et jouer dans, Soigne ton gauche de René Clément en 1936. Jour de fête fut son premier film en tant que réalisateur et interprète. Pour ceux qui n’ont vu le génial Mon Oncle et pour ceux qui voudraient le revoir, c’est ici.

Minh nous a alors parlé d’un film sorti très récemment – et qu’il a déjà vu quatre fois… – 1917, de Sam Mendes, film de guerre qui a la particularité d’utiliser la technique du plan séquence et de se focaliser sur deux personnages devant traverser le no man’s land plutôt que sur les masses et les combats eux-mêmes. L’une des raisons pour lesquelles Minh a vu et revu ce film, c’est qu’il lui a rappelé le périple bien réel de son grand-père, qui, soldat pendant la guerre du Vietnam, a dû faire 1500 km à pied avec les troupes du nord du pays jusqu’à la zone des combats (où il est mort à l’âge de 35 ans). Jean-Philippe a qualifié ce genre de films de guerre – récents – d’humanistes, du fait qu’ils donnent le point de vue de la base, par contraste avec ceux des années précédentes, manichéens, spectaculaires, avec beaucoup d’hémoglobine… Françoise (B.) conteste cette vision historique, en disant qu’il y avait beaucoup de films qui ont été filmés au niveau du sol, au niveau de l’humain. À la demande de Minh, on en a visionné un extrait (disponible sur YouTube), scène nocturne… Michel l’a trouvée impressionnante, mais la musique qui l’accompagnait était, à son avis, non seulement inutile mais donnait à cet épisode tragique un côté trop doux. Il a ensuite évoqué le remarquable film muet Koyaanisqatsi de Geoffrey Reggio (avec une musique excellente de Philip Glass) – que l’on peut voir en ligne (première partie, deuxième partie) – et qui montre les beautés spectaculaires de la nature (avec des ralentis saisissants) et comme l’homme la dénature (avec des accélérations non moins saisissantes).

Juste avant de finir l’apéro, Françoise (C.) nous a montré le masque qu’elle a pu enfin acheter dans une pharmacie. Un espoir pour nous tous… Quant à Minh, il a montré l’un de sa centaine de masques, rapportés du Vietnam où sa mère les lui avait donnés…

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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