Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 mars 2014

Mais il est délicieux, ce marmot !


Kindlifresserbrunnen (fontaine du dévoreur d’enfants), Berne.

Les ogres russes ont un appétit insatiable, comme on vient de le voir avec la Crimée dont ils n’ont fait qu’une bouchée. Cela ne date pas d’hier : Victor Hugo, dans son Bon conseil aux amants, nous racontait déjà au XIXe siècle l’édifiante histoire de cet autre ogre natif de Moscovie, qui avait, lui aussi, une faim évidemment irrésistible, et dont la fin est inévitablement tragique.

Je ne sais si Freud en a parlé dans Le mot d’esprit et son rapport avec l’inconscient, mais il y a de quoi se lécher les babines à analyser la confusion qui était à l’œuvre dans la petite tête de ce géant amoureux. Pour ceux qui n’auraient pas saisi, voici quelques explications de texte (assorties d’illustrations de circonstance et de commentaires personnels entre crochets). Si vous trouvez qu’elles se contredisent, c’est normal, c’est le propre du subconscient que d’être truffé de paradoxes.


Claudine Bouzonnet-Stella (1641-16970, La Mouche (source).
Cliquer pour agrandir.

«MARMOT, s. m. du grec μορμώ (marmó), spectre. Gros singe, petite figure grotesque, petit garçon.

Marmot est le nom qu’on donnait autre fois aux petits singes. De là, dit M. de Paulmy, on a appelé les petits garçons marmots, et les enfants marmailles. [On signalera en passant à nos amis des bêtes que bambin est dérivé de babouin. « Un babouin a dû très facilement se comparer à un petit enfant », selon le Vocabulaire analytique du Jargon du XVe siècle d’Auguste Vitu.] De là encore marmotter, pour dire parler entre ses dents, sans rien prononcer, comme font les singes.

[…]

[« Ah ! vraiment, va, mes parents qui vont venir dans un moment, sauront tes véritiés, sac à vin, infâme, tu ne bouges du cabaret, & tu laisses une pauvre femme avec des petits enfants, sans savoir s’ils ont besoin de quelque chose, à croquer le marmot tout le long du jour. » Molière, La jalousie du Barbouillé, sc. xi.]

« Je me fis annoncer comme successeur de Don Valerio ; ce qui n’empêcha pas qu’on ne me fit attendre plus d’une heure dans l’antichambre. Monsieur le nouveau secrétaire, me disais-je pendant ce temps-là, prenez s’il vous plaît patience. Vous croquerez bien le marmot, avant que vous le fassiez croquer aux autres. » Lesage, Gil-Blas, liv. viii, ch. 3.

« Croquer le marmot, c’est faire avec du charbon et de la craie diverses figures sur ces statues de marbre, ou d’autres pierres, qui sont dans les vestibules, ou sur les degrés des grandes maisons, ce qui convient assez à un pauvre diable qu’on fait attendre et qui s’ennuie. Les Gascons disent croquer le mouset, qui se dit par aphérèse pour marmouset, diminutif du bas-breton marmous, synonyme de marmot. » Ducatiana, t. ii, pag. 489, Amsterdam, 1738.

« On dit proverbialement : garder le mulet ; compter les clous de la porte ; faire le pied de grue ; et croquer le marmot. Ces quatre expressions signifient, à quelques nuances près, attendre longtemps à la porte d’une maison, ou dans un lieu quelconque. Les trois premières s’expliquent facilement; ainsi je ne m’arrêterai qu’à la quatrième qui, selon moi, doit son origine à une espèce d’instrument (si je puis l’appeler ainsi) qui était autrefois fort en usage, et que j’ai encore vu dans mon enfance à la porte principale de plusieurs antiques manoirs. Voici comment était disposé cet instrument qui tenait alors lieu des marteaux et des sonnettes dont on se sert à présent : un gros morceau de fer crénelé était attaché à la porte en forme de poignée; dans cette poignée était passe un gros anneau de fer qu’on pouvait aussi faire mouvoir du haut en bas, et du bas en haut de la poignée. La porte en cet endroit était garnie d’un gros bouton de cuivre qui représentait une de ces figures grotesques, qu’on nomme ordinairement marmots. Voulait-on se faire ouvrir la porte, on agitait l’anneau contre les crénelures de la poignée, et ce frottement produisait un bruit, ou plutôt un craquement assourdissant qui se faisait entendre dans l’intérieur de la maison.

» Je pense donc que croquer le marmot tire son origine du frottement dont je viens de parler. Quand une personne avait longtemps attendu à la porte, elle pouvait dire : J’ai longtemps frotté l’anneau ; ou plutôt : j’ai longtemps craqué (usant de l’onomatopée) ; et comme pendant ce frottement, ce craquement, le marmot attirait l’attention, ou peut-être rendait un son, on l’aura associé à cette action, en disant : j’ai longtemps craqué le marmot.

» Vous m’objecterez sans doute, Monsieur, que l’on ne dit pas, craquer, mais croquer le marmot, et que ces deux verbes n’ayant pas la même signification, on ne peut reconnaître dans ce que je viens de dire, l’origine de croquer le marmot ; je suis d’accord avec vous sur ces deux points; mais n’est il pas possible que l’a de craquer se soit changé en o dans croquer, comme celui d’armoire que le peuple prononce ormoire. Je suis d’autant plus fondé à croire ce changement, que j’ai souvent entendu des anciens dire : craquer le marmot. » Manuel des Amateurs de la langue française, pag. 373, Paris, 1813.

« L’origine de l’expression croquer le marmot, donnée dans le n° 3 (du Manuel des Amateurs de la langue française), n’est point satisfaisante ; en voici une que nous croyons meilleure : si une personne, qui en attend une autre, s’impatiente, elle murmure entre ses dents et imite, en quelque sorte, »la grimace du marmot ou du singe ; elle croque comme le marmot, elle croque…. le marmot. » A. Boniface, Manuel des Amateurs de la langue française, n° 5, pag. 153.

François Noël et L. J. Carpentier, Philologie française, ou dictionnaire éty­mo­logique, critique, histo­rique, anec­dotique, lit­té­raire, t. 2. Paris, 1831.


Le croquis des croqueurs, pot-pourri national, ou Almanach croustillant pour la présente année. À Croque-Marmot, chez Croquant, Libraire, rue Croquée, vis-à-vis d’une marchande de croquets. 1790.

«Cette locution est synonyme de Garder le mulet, et l’abbé Tuet que j’ai consulté les explique toutes les deux. « Garder le mulet, c’est s’ennuyer à attendre quelqu’un. Le mulet était la monture de nos ancêtres. Quand un maître avait affaire dans une maison, il faisait garder son mulet à la porte. Cette fonction n’était pas amusante, quand il fallait attendre longtemps. De là est venue l’expression familière Garder le mulet… Un babillard, qui se promenait avec un de ses amis, entra dans une maison où il n’avait, disait-il, qu’un mot à dire. L’ami l’attend à la porte, et assez longtemps pour perdre patience. L’autre, revenu enfin, lui dit d’un ton plaisant : Vous gardiez donc là le mulet ? — Non, reprit l’ami un peu piqué, mais je l’attendais. Croquer le marmot, autre expression familière qui signifie la même chose que Garder le mulet. Elle vient peut-être de ce que les enfants que l’on fait attendre dans une rue, s’amusent à croquer, c’est-à-dire à dessiner grossièrement sur les murailles quelques marmots, ou ce qu’ils appellent des bonshommes…. Marmot est le nom qu’on donnait autrefois aux petits singes. » […]

— On lit dans le Dict. des Proverbes français, de Quitard, p. 526 : « Croquer le marmot. Attendre longtemps. L’origine de cette locution est fort controversée. Les uns la font venir d’une fable d’Ésope, imitée par La Fontaine : Le loup, la mère et l’enfant. Les autres la rapportent à l’habitude qu’ont les compagnons peintres de croquer un marmot (de tracer le croquis d’un marmot) sur un mur, lorsqu’ils sont obligés d’attendre. Je crois qu’elle fait allusion à l’usage féodal d’après lequel le vassal qui allait rendre hommage à son seigneur devait, en l’absence de celui-ci, réciter à sa porte, comme il l’eût fait en sa présence, les formules de l’hommage, et baiser à plusieurs reprises le verrou, la serrure ou le heurtoir appelé marmot, à cause de la figure grotesque qui y était ordinairement représentée. En marmottant ces formules, il semblait murmurer de dépit entre ses dents, et en baisant le marmot, il avait l’air de vouloir le croquer, le dévorer. Ainsi il fut très naturel de dire figurément Croquer le marmot, pour exprimer la contrariété ou l’impatience qu’une longue attente doit faire éprouver, tette explication est confirmée d’ailleurs par l’expression italienne Mangiare i catenacci, manger les cadenas ou les verrous, qui s’emploie dans le même sens que la nôtre.

— M. Édouard Fournier consacre à cette expression la note suivante : « […] D’autres veulent y voir une allusion aux amants morfondus qui, faisant le pied de grue à la porte de leurs maîtresses, se consolaient à baiser le marteau sculpté en marmot grotesque. Cette opinion peut se justifier par la miniature d’un roman du XVIe siècle, reproduite dans le Bibliographical Decameron, de Diddin, t. I, p. 216, où l’on voit un jeune homme baisant ainsi le marteau de la porte de la maison où demeure sa dame ; et aussi, par plus d’un passage des auteurs du XVIe et du XVIIe siècle, notamment par une phrase de la comédie des Petits maîtres d’été (1696), qui nous représente »ces Narcisses modernes passant l’hiver « à se morfondre sous les fenêtres des dames et à baiser les marteaux de leurs portes. » […]

L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, Ire année, Paris, 1864.

27 mars 2014

Et la grosse huile, c’est…

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 18:22


The new oil tycoon.

26 mars 2014

Quand ActuaLitté rature

Classé dans : Actualité, Livre, Médias — Miklos @ 12:45


Les bibliothèques d’Érik Desmazières

« Table ronde autours du PNB en Europe », « elle date ddu projet Gutenberg », « le rôle social de l’“e-bibliothèqe” », « Tout  ce que nous faisons à la librairie » (il s’agit évidemment de « bibliothèque », faux ami notoire), « Ll’idée de la bibliothèque virtuelle », « fichiers chronodégradable », « …pourquoi un ebook peut-être indisponible à un moment », « la bibliothèque de Grenoble a ainsi pu apprendre à maîtriser les outils numériques, tester les réactions des inscrits, voir les demandes », « la même signifation sociale », « les bibliothèques le plus ouvertes possible ».

Voici une sélection de phrases d’un article du site ActuaLitté – les univers du livre qui vise à rapporter le contenu d’une table ronde consacrée au prêt de livres numériques en bibliothèque, et qui s’était tenue en début de semaine au Salon du livre. Ce texte ne se contente pas de bafouer l’orthographe et la syntaxe – un comble, vous l’avouerez, dans le contexte du livre et de la lecture –, il en transforme aussi les faits. Voici quelques mises au point.

 « Le Centre National du livre a organisé une table ronde réunissant trois femmes ».

Non, c’est le service du livre et de la lecture au ministère de la culture qui l’a organisée, en réunissant quatre personnes, dont une n’était pas une femme (je peux en témoigner personnellement).

 « L’idée n’est pas jeune. Les intervenants ont rappelé qu’elle date ddu [sic] projet Gutenberg lancé à l’initiative de Michael Hart en 1971 ».

La confusion entre « livre électronique », « bibliothèque numérique », « prêt électronique de livres » est totale… L’intervenant, moi en l’occurrence, a dit en l’espèce que :

- le livre numérique, inventé vers 1949, existe de façon exploitable depuis le début des années 1960 ;

- la première bibliothèque numérique apparaît sans doute avec le projet Gutenberg qui démarre en 1971 ;

- le prêt de documents électroniques commence avec l’apparition du disque compact dans les années 1980 ;

- et enfin, le prêt en ligne de documents numériques (musicaux) démarre, lui, en 2003 au Danemark.

 Le journaliste cite Madame Andrea Krieg, qu’il intitule « directrice de la bibliothèque Karlsruhe en Allemagne », et lui fait dire : « Nous proposons maintenant 350 000 titres différents. Ils sont consultables sur tout type de support, ordinateurs, tablette ou smartphone, et sont chronodégradables. »

D’abord, il ne s’agit pas d’une quelconque bibliothèque nommée Karlsruhe, mais de la bibliothèque d’État de Karlsruhe (c’est un peu comme s’il appelait notre BnF « la bibliothèque Paris »).

Ensuite, là aussi confusion totale (et données erronées) entre la taille du fonds physique de la bibliothèque – 311 942 documents – et son fonds numérique disponible en ligne – 7204 documents.

 La relation que le journaliste fait de l’intervention de Madame Fiona Marriott de Luton Culture est aussi plus qu’approximative : elle ne mentionne pas qu’il s’agit d’un organisme à but non lucratif et d’utilité publique (en anglais, « registered charity ») récemment créé (en 2008), plutôt qu’un organisme d’État, à la différence des deux autres bibliothèques représentées ici.

Ensuite, l’article ne dit pas – information centrale, pour ce débat – que le fonds numérique (comparable en volume avec celui de Karlsruhe) est fourni par OverDrive, société américaine qui détient d’ailleurs quasiment le monopole du prêt électronique d’ouvrages aux États-Unis et dont l’offre ne correspond pas toujours aux besoins de bibliothèques britanniques.

Enfin, les problèmes avec Penguin ont commencé bien plus tard, quand OverDrive a fait affaire avec Amazon et permis le télé­char­gement d’ouvrages sur le Kindle, ce qui a causé le retrait de l’éditeur de son offre dans OverDrive en 2011 (et son retour en septembre 2013).

 En ce qui concerne la bibliothèque de Grenoble, aucune mention de Numilog, fournisseur d’un petit fonds de livres électroniques à cette bibliothèque municipale depuis 2005, puis les raisons de la réorientation vers le projet PNB passées sous silence. À ce propos, le journaliste semble confondre l’acronyme de ce projet – un nom propre, donc – avec l’expression « prêt numérique en bibliothèque » en tant que nom commun, qui décrit ces nouvelles modalités de circulation.

Enfin, il prétend que cette bibliothèque « désirait construire sa propre interface numérique » (mes italiques), ce qui est une incompréhensible incompréhension… : à ma question, Madame Brigant avait expliqué (en français, elle) que PNB, à l’encontre par exemple de la solution OverDrive, ne fournissait pas d’interface à ses services mais des APIs (méthodes de connexion informatiques) ce qui nécessitait ce développement.

Je ne peux qu’espérer que le reste du public de la table ronde aura compris, lui.

24 mars 2014

Paris Book Fair: introduction to the panel on e-lending in libraries

Classé dans : Actualité, Livre — Miklos @ 0:01

I will start with a short historical review.

The eBook came into being (as a usable object) in the 1960s (NLS, HES and FRESS projects). The Gutenberg project, consisting in building an online library of public domain digitized books, began in 1971.

The advent of the Web in the early 1990s greatly contributed to the spread of eBooks, which became quite common by the turn of the century. At the first major conference dedicated to digital libraries, JCDL (Joint conference on digital libaries) which took place in 2001 in Roanoke, I remember hearing that a digital version of Alice in Wonderland in English already had usage rights (or rather, limitations) attached to it: it was explicitely forbidden to read it aloud.

The loan of digital documents started with compact discs (in the early 1980s) and DVDs – i.e., for music and video rather than for text: this is quite understandable, as audiovisual works require a “reading device” in order to access their fixation, be it analog or digital, which is obviously not the case for textual works.

Unless I am mistaken, it is also music which preceded text in the e-lending: in 2003, the Danish National Library launched the netmusik.dk project (which changed its name in 2010 to bibzoom.dk), with the goal to allow Danish public libraries to lend music – and later, books – via online access – to their registered patrons.

Where do we stand today?

Currently, the eBook represents 23 % of the overall U.S. market, and between 1.1% and 4.5% of the French market, far behind the United Kingdom and Germany. The combined effects of Amazon and the English language are probably important factors in this discrepancy, as well as the European legislation which doesn’t allow for the reduced VAT rate for eBooks similar to that applicable to printed books and in which e-lending does not benefit from the same exception than lending (but perhaps also structural differences – networked vs pyramidal – are at play between societies with Protestant vs. Catholic roots). But we shouldn’t also ignore the reluctance of major publishers to provide e-books to public libraries: a recent study in the UK showed that 85% of the supply of eBooks was not available for public libraries.

As for the demand – not the libraries’ but its patrons’ –, varies from country to country. In the United States, 9 out of 10 libraries are lending eBooks, but while 7% of their acquisition budget is devoted to this medium and 59% for paper, the corresponding circulation rates are 4% and 63 % respectively. Is this due to the fact that the budget for eBooks goes to renewable licences while a printed book acquisition is final? Quebec, which launched in 2011 its Pretnumérique.ca platform, reports a 250% increase in number of e-loans. At any rate, libraries are proactive in the field of electronic lending and have to fight uphill against Amazon and some technical complexities of the lending process for the patron.

We’ll try to address in this panel – however briefly – some the many practical intellectual, technical, financial and legal aspects of e-lending: the supply, selection and collection development, cataloguing, putting forward new acquistions, intermediation, on-site uses (e.g., browsing) and e-loan…

We will also attempt to cast a glance at the future: the evolution of the concept of collection and preservation, for example, when dealing with chronodegradable works. If what happens in the U.S. is any indication for what might happen later on this side of the Atlantic, we can only wonder about the shifting identity and thus role of the library: if e-lending seems to be slowly on the rise, there are diverging trends afoot too.

We shall now see how three European libraries have addressed these issues:

– in Germany, at the State Library of Karlsruhe, represented by its director, Mrs. Andrea Krieg;

– in the United Kingdom, where Ms. Fiona Marriott is responsible for strategy and development at Luton Culture;

– and at the municipal library of Grenoble here in France, repre­sented by Mrs Annie Brigant, executive assistant and copilot of the Digital Reference Library project.

The panelist will first describe the experience of their institutions in the field of e-lending. They will then debate about some of its specific aspects and finally they will be available to answer your questions.

Michael Fingerhut
mf@bibliomus.com

References

• Barbara Hoffert, “Material Shifts | Material Survey 2014”, Library Journal, March 4, 2014.

• “Strict limits on library ebook lending must end”, press release of The Chartered Institute of Library & Information Professionals, March 6, 2014.

• ebooks in libraries advocacy, Policy & Research team at the State Library of Western Australia.

• IFLA E-Lending Background Paper, May 2012.

• An independent review of e-lending in English public libraries (a.k.a “Sieghart review”), March 2013.

• Médiamétrie, « Baromètre de l’économie numérique », cinquième édition, 4e trimestre 2012. Chaire Économie numérique de Paris-Dauphine.

• Florent Taillandier, « Étude GFK : la lente progression du livre numérique », CNET France, 21 mars 2013.

• Florent Taillandier, « TVA et numérique : France et Allemagne font front contre l’Europe », CNET France, 5 février 2014.

• « Un livre numérique sur deux est piraté », ITR News, 21 mars 2014.

• Dominique Nora, « Jusqu’où ira le livre numérique ? », Le Nouvel Observateur, 22 mars 2014.

• Jacques Drillon, « L’EBM, la machine qui peut sauver le livre », Le Nouvel Observateur, 1er janvier 2013.

• Frank Huysmans, “E-Books in European Public Libraries: lending rights and business models.”, May 22, 2013.

• Catherine Muller, « Le prêt numérique en bibliothèques au Québec : interview de Jean-François Cusson, responsable du service pretnumerique.ca », Les billets d’enssilab, 18 mars 2014.

• Nicolas Gary, « Les réseaux sociaux du livre en France : enquête de sociabilité », ActuaLitté, juin 2013.

• Mélanie Le Torrec, Livre numérique : l’usage peut-il être le moteur de la politique documentaire ? Comparaison France États-Unis, mémoire de fin d’étude du diplôme de conservateur, enssib, janvier 2014.

Salon du livre : introduction à la table ronde sur les services de prêt électronique en bibliothèque

Classé dans : Actualité, Livre — Miklos @ 0:01

Je commencerai par un bref historique.

Le livre électronique – à une échelle exploitable – existe depuis les années 1960 (dans les projets américains NLS, HES et FRESS), et c’est en 1971 que démarre le projet Gutenberg de constitution d’une bibliothèque en ligne de livres numérisés libres de droits.

L’apparition du Web au début des années 1990 a singulièrement contribué à la diffusion de livres électroniques. Ainsi, à la toute première grande conférence consacrée aux bibliothèques numériques, JCDL, qui s’était tenue aux États Unis en 2001, je me souviens d’avoir appris qu’une version numérique d’Alice au pays des merveilles en anglais, était – déjà ! – assortie de droits, ou plutôt de restrictions, d’usage : interdit de la lire à haute voix, notamment.

Le prêt de documents numériques a commencé, lui, avec les disques compacts dès les années 1980 suivi par les DVDs – donc pour la musique et la vidéo plutôt que pour le texte : en effet, les œuvres audiovisuelles nécessitent une « liseuse » pour accéder à leur fixation, qu’elle soit analogique ou numérique, ce qui n’est pas le cas pour les œuvres textuelles.

Sauf erreur de ma part, c’est aussi la musique qui a précédé le texte dans le prêt électronique de documents : en 2003, la bibliothèque nationale danoise lance le projet netmusik.dk (devenu en 2010 bibzoom.dk), destiné à permettre aux bibliothèques publiques danoises de prêter de la musique – puis des livres – via un accès en ligne à leurs lecteurs inscrits.

Où en est-on aujourd’hui ?

Actuellement, le livre électronique représente 23 % du marché américain global, et entre 1,1 % et 4,5 % du marché français, loin derrière le Royaume Uni et l’Allemagne. Les effets combinés du phénomène Amazon et de l’anglais doivent y être pour quelque chose, ainsi que la législation européenne selon laquelle les livres électroniques ne bénéficient ni de la TVA réduite ni de l’exception pour le prêt qui s’appliquent tous deux au livre imprimé (et peut-être aussi à des différences structurelles entre des cultures d’origine protestante en réseau et catholique pyramidale). Mais on ne peut ignorer la réticence de grands éditeurs à fournir des livres électroniques aux bibliothèques publiques : une récente étude menée au Royaume Uni montrait que 85 % de l’offre de livres électroniques n’était pas disponibles pour les bibliothèques publiques.

Quant à la demande, là aussi elle varie selon les pays. Toujours aux États-Unis, 9 bibliothèques sur 10 font du prêt de livres électroniques ; mais si 7 % de leur budget d’acquisition est consacré à ce médium et 59 % pour le papier, les taux de circulation corres­pondants sont de 4 % et 63 % respectivement. Est-ce dû entre autre au fait que la bibliothèque paie des licences d’usage renouvelables dans le premier cas, tandis qu’elle acquiert à jamais les ouvrages dans le second ? Le Québec, qui a lancé en 2011 sa plateforme Pretnumérique.ca, rapporte une explosion dans la demande de livres électronique et une progression du nombre de prêts de l’ordre 250 %. Quoi qu’il en soit, les bibliothèques sont proactives dans le domaine du prêt électronique et doivent faire face aux mastodontes du livre numérique (suivez mon regard) et à certaines complexités techniques du prêt pour l’usager qui préfère parfois se tourner vers d’autres sources en ligne.

Notre table ronde tâchera d’aborder – ou pour le moins d’effleurer – quelques-uns des nombreux aspects pratiques, autant documentaires qu’économiques, techniques ou juridiques, du prêt numérique : l’offre, le référencement, le signalement, la médiation, les modalités de prêt, les usages sur place et à distance…

On tentera aussi de jeter un bref regard sur les perspectives : l’évolution de la notion même de fonds et de conservation, par exemple, face à des ouvrages chronodégradables. Si ce qui se passe aux États-Unis est un quelconque indicateur pour ce qui pourrait se passer plus tard de ce côté-ci de l’Atlantique, on ne peut qu’être interpellé sur l’évolution de l’identité et donc du rôle de la bibliothèque quand on y perçoit, à côté de la croissance du prêt électronique dans nombre de bibliothèques, des tendances antinomiques chez d’autres.

Nous allons maintenant voir comment trois bibliothèques européennes ont concrètement abordé ces questions :

– en Allemagne, la bibliothèque d’État de Karlsruhe, représentée par sa directrice Madame Andrea Krieg ;

– au Royaume Uni, où Madame Fiona Marriott est responsable de la stratégie et du développement à Luton Culture ;

– et la bibliothèque municipale de Grenoble, représentée par Madame Annie Brigant, adjointe à la direction et copilote du chantier de Bibliothèque numérique de référence.

Elles nous parleront chacune de leur expérience particulière dans le domaine qui nous occupe. Puis elles débattront de certains aspects plus spécifiques, et enfin elles répondront à vos questions.

Michel Fingerhut
mf@bibliomus.com

Références

• Barbara Hoffert, “Material Shifts | Material Survey 2014”, Library Journal, March 4, 2014.

• “Strict limits on library ebook lending must end”, press release of The Chartered Institute of Library & Information Professionals, March 6, 2014.

• ebooks in libraries advocacy, Policy & Research team at the State Library of Western Australia.

• IFLA E-Lending Background Paper, May 2012.

• An independent review of e-lending in English public libraries (a.k.a “Sieghart review”), March 2013.

• Médiamétrie, « Baromètre de l’économie numérique », cinquième édition, 4e trimestre 2012. Chaire Économie numérique de Paris-Dauphine.

• Florent Taillandier, « Étude GFK : la lente progression du livre numérique », CNET France, 21 mars 2013.

• Florent Taillandier, « TVA et numérique : France et Allemagne font front contre l’Europe », CNET France, 5 février 2014.

• « Un livre numérique sur deux est piraté », ITR News, 21 mars 2014.

• Dominique Nora, « Jusqu’où ira le livre numérique ? », Le Nouvel Observateur, 22 mars 2014.

• Jacques Drillon, « L’EBM, la machine qui peut sauver le livre », Le Nouvel Observateur, 1er janvier 2013.

• Frank Huysmans, “E-Books in European Public Libraries: lending rights and business models.”, May 22, 2013.

• Catherine Muller, « Le prêt numérique en bibliothèques au Québec : interview de Jean-François Cusson, responsable du service pretnumerique.ca », Les billets d’enssilab, 18 mars 2014.

• Nicolas Gary, « Les réseaux sociaux du livre en France : enquête de sociabilité », ActuaLitté, juin 2013.

• Mélanie Le Torrec, Livre numérique : l’usage peut-il être le moteur de la politique documentaire ? Comparaison France États-Unis, mémoire de fin d’étude du diplôme de conservateur, enssib, janvier 2014.

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