Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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12 août 2013

Copie conforme ? Le curieux cas des scanners de Xerox

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Économie — Miklos @ 0:12

Un chercheur allemand, David Kriesel, a récemment découvert que certains scanners et copieurs de Xerox remplaçaient aléa­toi­rement des chiffres présents dans le document source par d’autres chiffres dans l’image numérique qui résulte de la numé­risation. Cette modi­fication est parfois radicale et peut aller bien au-delà d’une certaine ressemblance de la source et du résultat : par exemple « 21.11m2 » se voit transformé en « 14.13m2 ». Il précise bien qu’il ne s’agit pas d’une erreur dans une quelconque recon­naissance de texte, mais dans la repro­duction de l’image originale.

Ainsi, lorsque l’on scanne ou photocopie un document comprenant des chiffres – dans son cas il s’agissait d’un plan architectural mais pensez à votre fiche de salaire, à des résultats médicaux, à des dates d’anniversaires ou à des recettes de cuisine, à des plans de systèmes de sécurité… –, le résultat peut être différent de la source d’une façon parfois si subtilement discrète (à l’instar de l’exemple ci-dessus qu’il donne dans son article) qu’il est difficile de le remarquer à première vue.

Après avoir découvert ce phénomène incroyable, il en a prévenu Xerox avant d’en parler sur son blog. Il s’avère que :

– Xerox était au courant de ce problème qui existe depuis plusieurs années, et le manuel utilisateur de ce matériel (qui le lit ?) y ferait allusion ; toutefois, selon Kriesel, les recommandations d’usage qui y sont données pour éviter ce phénomène ne sont pas efficaces à son encontre ;

– ce dysfonctionnement semble être essentiellement dû à une « opti­mi­sation » du processus de production de l’image numérique compressée.

David Kriesel soulève la question de la valeur juridique d’une photocopie (même certifiée : vérifie-t-on chaque pixel avant de le faire ?) et se demande maintenant si d’autres marques de scanners peuvent exhiber ce comportement inquiétant dont l’ampleur des implications futures comme passées est impossible à évaluer. Une autre question, qu’il ne soulève pas, peut venir à l’esprit : est-ce que ce dysfonctionnement peut aussi affecter du texte, en y remplaçant une lettre par une autre ?

On trouvera dans son blog des exemples illustrés, le détail des évé­nements et une explication technique de ce qu’il pense être la cause de ce phénomène.

Ce n’est pas un canular : Xerox a publié déjà au moins deux communiqués à ce sujet, l’un d’eux fournissant la liste des modèles affectés et annonçant un correctif futur.

Pour finir, on ne peut que resoulever la problématique du « numériser pour conserver ».

14 juillet 2013

Life in Hell Paradise : DSK sur les traces de Gégé

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Médias, Politique — Miklos @ 9:51

Une source bien informée nous apprend que « Dominique Strauss-Kahn a rejoint le Conseil de Surveillance de la Banque russe de développement régional ».

Le constat de Jeff est bref : « Ils les prennent au kilo ». Quant à Akbar qui se demande si son compère avait en fait dit « aux kilos », il remarque plutôt que ces deux-là – « qui se ressemble s’assemble », murmure-t-il in peto – ont laissé, l’un comme l’autre, tomber de fort belles et intelligentes dames – Anne Sinclair et Carole Bouquet – pour se précipiter dans les bras du Tsar actuel. Il n’est donc pas étonné d’apprendre que l’un a été pressenti pour jouer le personnage de l’autre (devinez qui ?) en compagnie de Jacqueline Bisset (à laquelle il aurait tant préféré Isabelle Adjani). « Sordide », disent certains.

Va-t-il maintenant demander la nationalité algérienne comme l’autre, là ?

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

L’arme secrète des US

Classé dans : Actualité, Musique, Politique, Sciences, techniques — Miklos @ 8:06

C’est grâce à WikiLeaks et à Snowden qu’on vient de comprendre le plan ultra-secret des US : la promotion de ses œuvres musicales à l’étranger (on précise qu’il ne s’agit pas du retour du Jedi de l’autodéclarée Lady dont certains sont gaga). Selon une source d’information bien placée (si vous avez besoin d’une traduction, regardez ceci mais l’original est bien plus informatif), l’agence de renseignements russe (chhhhhhhut, si vous lisez ce billet, vous êtes déjà fichés) aurait commandé 20 machines à écrire pour la modique somme de 486,5 millions de roubles (le cours du rouble étant environ à 10-6 €, cela revient à 15 centimes par machine hors frais de transport sur eBay ou Price Minister).

Le prétexte à cet achat en masse est, selon ces sources, que ces machines « possèdent l’avantage de ne pas pouvoir être piratées électroniquement », et, rajouterons-nous, un autre avantage bien plus notable et passé sous silence (si l’on peut dire, vu le contexte) : leur incessant cliquetis ne pourra manquer de détourner l’attention de tout espion absorbé dans des écoutes téléphoniques transatlantiques, voire de le faire disjoncter. Mais en fait la raison en est différente : il s’agit d’un plan hypersecret des US destiné à contribuer à la renaissance, puis à la diffusion, du petit chef-d’œuvre de Leroy Anderson créé en 1950 avant que les droits n’en soient échus. Tout bénéf !

Quant aux services secrets en question, on leur conseillera l’acquisition, par la même occasion, d’un lot de papier de verre afin d’effacer leurs traces tout en continuant à contribuer aux droits dudit Leroy Anderson.

8 juillet 2013

De Google Books, ou, Du fantasme de la conservation et de l’accès numériques au savoir, à tout le savoir, ou enfin, De la supériorité de l’homme sur la machine

Classé dans : Actualité, Musique, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 23:06


À gauche, Sébastien Érard. (Source : Gallica).
À droite, mon premier professeur de piano.

Mon Érard – un piano droit – allant fêter ses 150 ans en juin de l’année prochaine, je me suis mis en recherche d’informations généa­logiques à son sujet.

Tout d’abord, il suffit de regarder la tranche droite de la touche la plus basse – bon, il faut pour cela démonter un peu le clavier – pour apercevoir une mention écrite au crayon « Martin mai 1864 » (le dernier mot est indéchiffrable, comme on peut le voir ci-dessous) : il s’agit du technicien qui a construit ce clavier, ce qui donne déjà une assez bonne idée de la date de naissance du piano.

Ensuite, le numéro de série du piano est clairement affiché sur le coin supérieur droit de la table d’harmonie (en parfait état, soit dit en passant) :

Et c’est là qu’on passe à l’internet : la Cité de la musique a récemment mis en ligne la numérisation complète du fonds d’archives Érard (ainsi que Pleyel et Gaveau) – registres d’atelier et registres des ventes. Malheureusement, aucun outil de recherche n’est disponible, il faut feuilleter. Heureusement, l’indication de l’année sur la touche permet de réduire le champ, et l’on trouve finalement la page du registre d’atelier qui indique qu’il en est sorti en juin 1864 – ce qui m’a permis de déterminer approximativement la date de son 150e anniversaire – et a été livré à son premier acquéreur, un certain M. Leroux à Boulogne.


Cliquer pour agrandir.

Quant au registre des ventes, il indique que ce piano oblique (il s’agit de l’inclinaison des cordes) a été vendu pour 2000 Frs. avec une remise de 30 % et 30 Frs. d’emballage à un « Mr Leroux (Professeur) à Boulogne pour Mr Mortreux (faubg St Maurice) à Amiens » :


Cliquer pour agrandir.

On trouve des Mortreux à Amiens depuis au moins le XVIe siècle jusqu’a nos jours. Je ne sais combien de temps le piano est resté entre (ou sous) leurs mains, mais nous le tenons depuis plus d’une soixan­taine d’année des Delacour (dont j’ai parlé ailleurs), nés dans les années 1870. On peut imaginer qu’il ne soit passé que par trois propriétaires depuis sa naissance.

Mais au-delà du piano lui-même, comment ne pas s’intéresser à la marque ? Wikipedia ? Vous voulez rire : l’encyclopédie universelle est fort peu prolixe sur la célèbre marque autant que sur son génial fondateur. Cherchons ailleurs.

C’est ainsi qu’on apprend l’origine de cette maison et les raisons de son rapide succès en parcourant le classique traité de Claude Montal dont nous n’hésitons pas à citer le titre dans son intégralité, ce qui ne manquera de vous inciter à le lire : L’art d’accorder soi-même son piano d’après une méthode sûre, simple et facile, déduite des principes exacts de l’acoustique et de l’harmonie ; contenant en outre les moyens de conserver cet instrument, l’exposé de ses qualités, la manière de réparer les accidents qui surviennent à son mécanisme ; un traité d’acoustique, et l’histoire du piano et des instruments à clavier qui l’ont précédé, depuis le Moyen-Âge jusqu’en 1834 (tout ça en quelque 250 pages seulement !), publié en 1836 :

En 1778, les frères Érard établirent à Paris la première fabrique de pianos qui y eût existé, car jusque là il n’y avait eu que des facteurs de clavecins, qui avaient vainement tenté de construire des instruments de cette espèce. Par cet établissement ils affranchirent leur pays du tribut qu’il payait à l’Angleterre et à l’Allemagne. Ils fabriquèrent alors de petits pianos à cinq octaves, à deux cordes, deux pédales, et dont la qualité de son, peu volumineuse, mais argentine, était très remarquable relativement à la petitesse du patron, à la finesse des cordes et au peu de longueur du marteau. En quelques années les Érard acquirent une réputation européenne, et, comme le dit spirituellement M. Fétis, telle fut cette réputation que les mots piano d’Érard semblaient inséparables à beaucoup de gens et n’étaient pour eux que le nom d’une chose, comme sont aujourd’hui ceux de machine à vapeur.

Ou de smartphone, pour mettre au goût du jour. Et voici ce qu’écrit à son propos un article du Guide musical de 1862 – périodique sous-titré Revue hebdomadaire des nouvelles musicales de la Belgique et de l’étranger –, qu’on a trouvé dans Google Books :

Continuellement occupé d’inventions et de perfectionnements, le génie d’Érard s’exerçait sur une multitude, d’objets. Ce fut ainsi qu’il imagina le piano organisé avec deux claviers, l’un pour le piano, l’autre pour l’orgue. Le succès de cet instrument fut prodigieux dans la haute société. Il lui en fut commandé pour la reine Marie-Antoinette, et ce fut pour ce piano qu’il inventa plusieurs choses d’un haut intérêt, surtout à l’époque où elles furent faites, La voix de la reine avait peu d’étendue, et tous les morceaux lui semblaient écrits trop haut. Erard imagina de rendre mobile le clavier de son instrument, au moyen d’une clef qui le faisait monter ou descendre à volonté d’un demi-ton, d’un ton, ou d’un ton et demi. De cette manière la transformation s’opérait sans travail de la part de l’accompagnateur.

« Surtout à l’époque où elles furent faites » : c’était un novateur. Quelques années plus tard, nous raconte François-Joseph Fétis en 1834, un facteur de Darmstadt (lieu qui devait susciter l’innovation musicale, alors comme plus récemment…), Jean Völler, inventera l’apollonion, un piano à deux claviers avec plusieurs jeux d’orgue – been there seen that, du moins en ce qui concerne les deux claviers et la partie orgue –, et surmonté (il faut bien innover) d’un automate qui jouait divers concertos de flûte. En 1794, ce sont les pianos à forme demi-ovale d’Élias Schlegel (on se demande s’ils ont inspiré les claviers du plus grand orgue du monde). Puis l’on verra en 1820 un piano transpositeur (Roller) – nihil novi sub sole, c’est ce que faisait le piano Érard de Marie-Antoinette –, en 1825 un piano vertical à deux claviers opposés l’un à l’autre, et qui permettait à deux personnes placées l’une en face de l’autre de se voir à travers les cordes des deux tables d’harmonies, mais il avait, paraît-il, un mauvais son qui l’empêchait « de produire aucun effet dans le monde musical malgré sa commodité pour jouer des duos de piano ». (C. Montal, op. cit.). Et ainsi de suite.

Mais revenons à Érard, ou plutôt au Guide musical de 1862 où l’on a trouvé le passage ci-dessus : les volumes 8-10 de cette revue hebdomadaire ont été numérisés en un seul fichier disponible en ligne dans Google Books. Or, s’il est effectivement fort utile de pouvoir tomber sur de tels passages, il est particulièrement frustrant, voire rageant, de ne pouvoir accéder à l’ensemble du texte, non pas du fait de droits d’auteur qui auraient empêché sa mise en ligne in extenso, mais du fait d’une numérisation lacunaire, qui a tronqué l’article dans le numéro en question en omettant la, ou les pages qui précèdent celles où se trouve ce passage, ce qui est d’ailleurs le cas de bien d’autres pages dans ce volume (ce que l’on peut constater par le fait que le texte, d’une page à l’autre, ne correspond pas). [Voir le post-scriptum]

Pire, dans le numéro daté du 15 janvier 1863 on trouve une Notice sur les travaux de MM. Érard à Paris et à Londres, qui, indique la note de bas de page, est la suite d’un article publié dans les deux numéros précédents, ceux du 1eret 8 janvier… absents entièrement de ce volume numérisé. Il se peut évidemment qu’ils aient déjà été omis du volume physique ici numérisé, mais il semble bien que les manques à l’intérieur de chaque numéro soient dus à une numérisation incapable de prendre en compte des pages de formats différents. C’est ce que l’on constate d’ailleurs dans tous les ouvrages que j’ai pu jusqu’ici consulter dans Google Books et qui comportent de telles pages. Voici par exemple ce qui reste de deux des planches se trouvant en fin de l’ouvrage de Montal cité plus haut et que l’on a juxtaposées ici [voir le commentaire qui suit ce billet] :


Deux pages de la numérisation par Google de
L’art d’accorder soi-même son piano, de C. Montal.
Cliquer pour agrandir.

C’est un massacre, et ce n’est pas le seul. Si c’est ce qui restera du patrimoine culturel pour les générations à venir, ou, comme Google préfère le formuler, « the world’s [all of it] information [all of it] so it will be univer­sally [to everyone] accessible [via all ‘devices’] and useful… ».

En ce qui concerne les articles du Guide musical, tout n’est pas perdu : heureusement que Google a indiqué que l’ouvrage original – « papier » – provient de l’Université du Michigan. Sitôt un email envoyé au département de la musique de sa bibliothèque, sitôt la réponse reçue : « Nous constatons le même problème dans notre exemplaire numérisé. J’ai demandé qu’on sorte l’ouvrage des réserves et je vous dirai ce qu’il en est. »

Comme quoi, il faut toujours se tourner vers les gens et revenir aux sources matérielles… Et c’est à cela, entre autres, que « servent » bibliothèques et bibliothécaires.

Post scriptum

Grâce à la diligence du département de la musique de l’Université du Michigan, le volume en question a été renumérisé, ce qui a permis d’en extraire l’integralité de cet article fort intéressant.

7 juillet 2013

La mode italienne à Paris

Classé dans : Actualité, Photographie, Politique — Miklos @ 16:27


Et l’exception culturelle, alors ? (source)

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