Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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2 février 2013

Gaudeamus igitur

Classé dans : Actualité, Musique, Religion, Société — Miklos @ 14:31

On vient d’apprendre que huit nouvelles cloches et un bourdon ont été inaugurés aujourd’hui à Notre Dame de Paris.

Nul doute qu’ils se soient mis à sonner le glas à l’instigation du Primat des Gaules (ce qui ne manquera de résonner dans tout Paris) à la nouvelle que « L’Assemblée nationale a adopté samedi, par 249 voix contre 97, le premier article du projet de loi sur le mariage homosexuel, le plus important, celui qui ouvre le mariage aux personnes de même sexe. ».

On aurait préféré qu’ils jouent à cette occasion le Gaudeamus igitur – même si la réforme (celle de Vatican II, pas l’autre) a éliminé le latin des églises – en insistant particulièrement sur le Vivat et res publica et qui illam regit. Quand au glas, l’Église a bien des circonstances plus appropriées pour le sonner.

31 janvier 2013

Panne… de communication, ou, quand votre hébergeur utilise la langue de bois

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques — Miklos @ 12:31


Panne chez 1and1 : ça ne marche pas, mais tout est en ordre.
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Depuis plus d’une heure, il est impossible de se connecter aux comptes hébergés chez 1and1 : on saisit l’identifiant, puis le mot de passe, et rien ne se passe : la roue tourne, tourne… jusqu’à ce que le navigateur déclare forfait.

On appelle le numéro de téléphone du support : celui-ci reconnaît qu’il y a un problème sur un serveur et qu’il sera résolu. Quand ? il ne sait pas.

On réessaie, et voici que s’affiche une page indiquant qu’une « maintenance » est en cours (ce qui est bien entendu un euphémisme), mais que les sites hébergés fonctionnent bien (ce qui est vrai) et que tous les mails « peuvent être consultés sur vos programmes de messagerie » (ce qui est faux de façon patente : « identification impossible »).

Cerise sur le gâteau : « Vous pouvez suivre l’évolution des opérations de maintenance à l’adresse http://status.1and1.fr. ». Or lorsqu’on s’y connecte pour suivre cette évolution, on lit que tout est en ordre, comme on peut le voir dans la copie d’écran ci-dessus.

Se foutent-ils de leurs clients (tout va bien, puisque ce n’est pas une panne mais une maintenance tout à fait imprévue) ou sont-ils quelque peu… désor­ga­nisés ? En tout cas, c’est plus qu’agaçant.

27 janvier 2013

La paille et la poutre, ou, modeste proposition pour les opposés au mariage pour tous

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 15:48

“No member of the Roman Catholic hierarchy fought longer and more energetically than Cardinal Roger Mahony of Los Angeles to conceal the decades-long scandal involving the rape and intimidation of children by rogue priests. For years, the cardinal withheld seamy church records from parents, victims and the public, brandishing endless litigation and fatuous claims of confidentiality.” (Source : New York Times, 28/1/2013.)On n’évoquera pas ici – horresco refe­rens – les dangers fantas­ma­tiques du mariage pour tous qu’un dignitaire de l’Église – le cardinal Barbarin – a sorti des convolutions de son esprit (« Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. »), si ce n’est pour affirmer que la polygamie et l’inceste ne sont pas l’apanage de « ceux-là » en rappelant par exemple que le pape et saint Grégoire était né de relations inces­tu­euses entre un frère et une sœur (ce qui n’aurait pu arriver si cette relation avait eu lieu entre deux hommes, nul doute que ç’aurait été une perte pour l’Église) et s’était marié avec sa mère (qui était donc aussi la sœur de son père, vous suivez ?). On ne manquera aussi de remarquer qu’un autre prince de l’Église s’était battu pendant des années pour protéger les prêtres pédophiles de sa circonscription (cf. encadré).

On parlera du danger qu’ils évoquent pour les enfants, nés de père et de mère (malgré les progrès techniques, on ne connaît pas encore d’autre méthode pour ce faire depuis l’immaculée conception) et qui pourraient se retrouver privés du milieu papa-maman au cours de leur enfance et leur adolescence (ce qui, forcément, les homo­se­xua­liserait, car, comme on le sait, aucun enfant qui a grandi dans un couple normal ne devient homo). Cette crainte devrait amener ces personnes concernées par le bien de tous non pas à s’opposer au mariage pour tous mais à prôner les mesures conservatrices suivantes, destinées spécifiquement à protéger l’enfance :

1. Interdire la séparation de corps et a fortiori le divorce civil (l’Église l’interdit mais l’autorise parfois, curieux, hein ?). Comme ça, papa-maman continueront à s’occuper de leurs enfants à deux quel que soit la situation du couple. Leurs rejetons auront ainsi devant leurs naïfs yeux l’exemple du couple soudé donc idéal, quelle que soit la situation du couple et quels que soient les traitements – bons, évidemment – qu’ils feront subir à leurs enfants.

2. Dans le cas où l’un des deux parents décède, obliger l’autre à se remarier avec une personne du sexe opposée dans un délai inférieur à trois mois, sous peine de se voir ses enfants retirés et placés dans une famille d’accueil (composée de papa-maman et éventuellement de rejetons, donc pas de Joséphine Baker ou choses de ce genre).

3. Fermer sine die les orphelinats gérés par des religieux ou religieuses d’un seul sexe et placer les enfants dans des familles d’accueil (cf. §2 ci-dessus).

4. Imposer la parité homme-femme dans les monastères, mettre fin au célibat des prêtres et leur imposer le mariage avec la prise de vœux (quelle belle manifestation du mariage pour tous !) : nul doute que la suppression de ces milieux homogènes (= géniteurs d’homosexualité) et de pédophilie seront bien plus efficaces que l’interdiction du mariage à ceux qui souhaiteraient le faire par amour.

Le mariage pour tous, ou, il y a sept ans, sur une autre planète…

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 14:25

21 janvier 2013

D’hiver

Classé dans : Actualité, Littérature, Musique, Politique — Miklos @ 0:27


Fantaisies d’hiver dans mon cahier de récitations.
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« Paris a froid Paris a faim » ouvre Courage, poème de Paul Éluard composé pendant l’occupation, en 1942 (et publié en 1944 in Au rendez-vous Allemand) :

Paris a froid Paris a faim
Paris ne mange plus de marrons dans la rue
Paris a mis de vieux vêtements de vieille
Paris dort tout debout sans air dans le métro
Plus de malheur encore est imposé aux pauvres
[…]

Or c’est par cette formule identique que débute le chapitre « L’Hiver » du recueil Chien-Caillou. Fantaisies d’hiver de Champfleury, écrit quasiment cent ans plus tôt, en 1844, et qu’on citera in extenso, ce poème en prose en vaut la peine à plus d’un égard ; il y décrit avec force (et ironie) le froid, la faim de ceux qui n’ont de quoi s’habiller ou se nourrir, l’indifférence voire l’égoïsme de ceux qui pourraient les aider, l’incurie du pouvoir. Se peut-il qu’Éluard le connaissait et y faisait écho ?

L’Hiver.

À M. Gérard de Nerval.

Paris a froid, Paris a faim. La neige est venue. Paris a son grand manteau blanc qui dit au riche de prendre le sien. Le peuple ne met pas son manteau, lui ; il n’a que sa pauvre vieille blouse. Encore ses bras nus passent-ils souvent par les coudes troués.

« On a pêché, dans le bassin des Tuileries, les petits poissons rouges, afin de les préserver du froid. »

À la nuitée, les trottoirs reçoivent leurs déguenillés clients de chaque jour. Plus l’endroit est sombre, mieux garnie sera la place. Le pauvre craint l’œil des sergents et les sergents ne fouillent pas tous les endroits obscurs. Une mère porte ses trois enfants : — La charité, monsieur, s’il vous plaît ? — Le passant passe.

« On a pêché, dans le bassin des Tuileries, les petits poissons rouges, afin de les préserver du froid. »

La caisse du Mont-de-Piété est vide. Les matelas, les couvertes ont tout emporté… c’est l’hiver. Le Mont-de-Piété du faubourg Saint-Marceau – le faubourg souffrant, comme dit le peuple dans son langage coloré – est encombré. C’est une queue de pauvres comme à l’Opéra on n’a jamais vu queue de riches. Beaucoup sortent la tête basse, l’air morne. La femme et les enfants attendent le prêt pour souper, et l’employé a signifié cette terrible formule : « Nous ne pouvons pas prêter là-dessus. »

« On a pêché, dans le bassin des Tuileries, les petits poissons rouges, afin de les préserver du froid. »

L’homme entre ; sa femme ne lui dit rien, elle a deviné. — Allons, ma femme, console-toi. Nous ne souperons pas aujourd’hui. Je rapporte le drap, nous n’en aurons que plus chaud. — Mais demain !

« On a pêché, dans le bassin des Tuileries, les petits poissons rouges, afin de les préserver du froid. »

La malheureuse va, timide, chez le boulanger, mais crédit est mort pour les pauvres gens. — Vous me devez déjà trois francs. — Mon mari vous paiera quand il aura reçu sa semaine, monsieur. — Non, je ne fais plus crédit ; on est trop exposé dans ce quartier. — Je vous en prie, mon bon monsieur. — Bah ! il y a des bureaux de charité. — Mes enfants meurent de faim ! — On ne meurt jamais de faim. Du reste, le gouvernement ne s’occupe-t-il pas assez des malheureux ? dit le boulanger, qui a lu, le matin, dans son journal :

« On a pêché, dans le bassin des Tuileries, les petits poissons rouges, afin de les préserver du froid. »

19 décembre 1844.

Il n’y a pas que les petits poissons rouges qui souffrent du froid dans le bassin des Tuileries, comme le décrit Théophile Gautier dans « Fantaisie d’hiver », tirée du recueil Émaux et camées.

Fantaisie d’hiver

I

Le nez rouge, la face blême,
Sur un pupitre de glaçons,
L’Hiver exécute son thème
Dans le quatuor des saisons.

Il chante d’une voix peu sûre
Des airs vieillots et chevrotants ;
Son pied glacé bat la mesure
Et la semelle en même temps ;

Et comme Hændel, dont la perruque
Perdait sa farine en tremblant,
Il fait envoler de sa nuque
La neige qui la poudre à blanc.

II

Dans le bassin des Tuileries,
Le cygne s’est pris en nageant,
Et les arbres, comme aux féeries,
Sont en filigrane d’argent.

Les vases ont des fleurs de givre,
Sous la charmille aux blancs réseaux ;
Et sur la neige on voit se suivre
Les pas étoilés des oiseaux.

Au piédestal où, court-vêtue,
Vénus coudoyait Phocion,
L’Hiver a posé pour statue
La Frileuse de Clodion.

Le gouvernement s’en occupe-t-il ?

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