Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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10 avril 2012

Contes et légendes de France (5)

Classé dans : Actualité, Histoire, Médias — Miklos @ 17:35

Les anniversaires sont toujours une bonne occasion de faire des cadeaux, et le centenaire de la catastrophe du Titanic (15 avril 1912) en est une excellente pour l’industrie du cinéma, pour les médias, et sans doute pour bien d’autres, de s’en faire.

France 5 n’est pas en reste et vient de diffuser, dans le cadre de C dans l’air, une émission intitulée « Titanic : 100 ans de fascination ». Et voici ce que Patrick Mahé, journaliste et écrivain – il vient de publier Titanic, l’aventure, le mystère, la tragédie aux Éditions du chêne –, y dit :

On a dit qu’autour du Titanic il y avait des superstitions, des malédictions, des signes qui venaient d’ailleurs, et il y en a un en particulier qui a beaucoup frappé l’imagination des catholiques en particulier : c’est le numéro d’immatriculation du bateau. Le numéro d’immatriculation du bateau c’est le 390904. Et si vous placez ce numéro dans un miroir, à l’envers, vous avez, vous lisez, dis-tinc-tement, NO POPE. Pas de pape. No pope. C’est l’inverse exact dans un miroir de 390904. Et du coup, les ouvriers catholiques qui étaient sur le chantier [naval à Belfast, en Irlande], minoritaires par rapport aux ouvriers protestants, ont fait des manifestations à l’époque pour demander qu’on change l’immatriculation du bateau. Ce qui a été refusé. Bon. C’est une chose qui a été portée au-delà des mers et au-delà des cieux maintenant, et je tenais à le dire à la suite de ce reportage.

Sans même faire usage d’un miroir, il faut beaucoup d’imagination pour reconnaître ce slogan anti-chrétien dans l’image inversée de ce numéro. Tentons la démarche opposée : partons du slogan et que dit le miroir ?

Il faut, là aussi, beaucoup d’imagination pour y reconnaître le 390904, on dirait plutôt un mot écrit en slavon (langue adoptée, comme on le sait, par l’Église orthodoxe, qui ne reconnaît d’ailleurs pas la primauté de l’évêque de Rome).

Mais le plus intéressant, c’est que ce numéro n’aurait jamais été celui du malheureux navire. On nous mène donc en bateau, et celui-ci n’arrive apparemment jamais à couler, comme bien de légendes urbaines qui ont la vie si dure…

Il se peut que l’origine de cette belle mais fausse légende soit due à des graffiti (écrits à l’endroit), que signalait Jacques d’Arnoux en 1965 sans mentionner un quelconque numéro de série :

4 avril 2012

Life in Hell: le grand prix du Concombre d’Or

Classé dans : Actualité, Cuisine, Littérature, Économie — Miklos @ 14:42

En voyant le prix du grand concombre chez Naturalia, Akbar s’est frotté les yeux. Suivant l’exemple de Xavier Forneret,

Il l’a tiré
Du cageot percé
L’a mis sous ses yeux ;
Et l’a bien regardé
En disant : « Malheureux ! »

Il l’a regardé : ledit concombre n’est pas si long que cela.

Il l’a pesé : 335 gr. Ce qui fait 7,82 € le kg. Les grands concombres, au super du coin, sont à moins de 2 € le kg, et ils sont vraiment grands, eux : 485 gr. En suivant cette fois l’exemple de Stella Baruk, Akbar s’est demandé : si un concombre coûte 25% du prix d’un concombre plus petit de 30%, quel est le prix d’un cornichon trois fois plus petit que le second concombre ?

Il l’a tâté : ce n’est pas de l’or dur, en tout cas. Mais ça risque de devenir rapi­dement de l’ordure du fait du non traitement chimique du légume. C’est comme à la bourse, des grosses sommes pour du court terme, a conclu Akbar in peto.

Akbar s’est tâté la sienne : je ne suis pas millionnaire, constate-t-il. Il décide de ne pas acheter bio, cette fois-là. Il imagine Jeff en train de ricaner.

Quand il n’était pas grand, on lui avait dit : même si tu as faim, mange selon tes moyens.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

2 avril 2012

Il y a de ces mots…

Classé dans : Actualité, Politique, antisémitisme, racisme — Miklos @ 8:56

Lorsqu’on entend la candidate de l’extrême droite répéter la dernière formule incan­tatoire de sa campagne, « on est en train d’enfumer les FrançaisAujourd’hui sur Radio Classique, après sa directrice de campagne il y a quelques jours. » et insister en précisant qu’il s’agit d’« euthanasie » et de « donner la mort », on ne peut s’empêcher de penser à l’affirmation de son père concernant un autre enfumage qui, lui-même, avait fait suite à un programme d’euthanasie dans le cadre d’un vaste projet de mise à mort.

Derrière tout cela, la thèse récurrente du complot, que ce soit celui des juifs alors ou de la grande phynance aujourd’hui, qui vise à expliquer lapidairement et avec un vocabulaire sciemment « exterminationniste » une situation fort complexe (qu’on appelle à tort « crise » dans l’espoir, incantatoire lui aussi, de la voir « se résorber » et tout revenir comme avant, alors qu’il s’agit d’une profonde évolution structurelle) et à fixer le ressentiment sur un ennemi commo­dément insai­sissable et subrepticement omniprésent au moyen d’un mécanisme autant banal que pervers d’inversion de la victimisation.

30 mars 2012

Les promesses de Free

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques — Miklos @ 1:55

La page d’accueil du webmailSite permettant d’accéder à sa boîte de courrier électronique par le Web et sans avoir à passer par une application du genre Outlook, Thunderbird, etc. « traditionnel » de Free encourage à demander la migration à sa « nouvelle » plate-forme (guillemets parce que mise en service voilà de nombreux mois) en ces termes :

On l’a demandée voici plus de quatre jours (une centaine d’heures), et on n’y accède toujours pas. On a donc posé la question au support, et voici la réponse :

La demande est enregistrée, et, vous receverez un mail lorsque ca sera traité… d’ici quelques semaines/mois… tout depend du materiel.

Cela ne rappelle-t-il pas d’autres promesses, bien plus fracassantes (pour ses clients), de Free :

Tiens, en voilà encore une, de promesse, à ce sujet : « Free Mobile promet un retour à la normale d’ici 15 jours. » Si c’est le même facteur multiplicatif de l’échelle temporelle que celui de la promesse de la migration à Zimbra (promise : quelques heures ; confirmée : quelques semaines/mois), ce retour à la normale de leur réseau mobile devrait prendre quelques années.

Parole, parole, parole… Mais il y a tout de même un bon côté à ce fracas : les opérateurs des réseaux mobiles (plus) fiables baissent leurs prix. Alors autant rester chez eux…

28 mars 2012

Les cris de Paris

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 0:48

Un brouhaha indescriptible régnait dans la salle. Tout le monde criait à tue-tête, gesticulait, huait, applaudissait. Des petits groupes scandaient un nom ou un autre qui se détachait un instant au-dessus du tumulte assourdissant pour être tout aussitôt recouvert par le vacarme qui reprenait de plus belle. Un nom fusait ? un autre s’y superposait et puis un autre, et puis un autre…

S’agissait-il d’un débat au parlement ? d’un meeting politique ? ou peut-être d’un match de boxe ? quoi d’autre alors ? de courtiers sur le plancher de la Bourse, du public de la bataille d’Hernani, de la création du Sacre du printemps, de celle de Parade ou encore de celle des Paravents ? Un peu des deux en quelque sorte, sauf qu’ici on n’en était pas venu aux mains et l’atmosphère était très bon enfant, les yeux pétillaient et les visages souriaient.

Car on était au concert, à un concert très classique – rien de contemporain je vous assure – à la salle Gaveau, celui de l’orchestre de chambre de Toulouse sous la direction de Gilles Colliard. Alors pourquoi ces hurlements ? dites-vous d’un air étonné. Eh bien, parce que c’était un concert à la criée : le programme était composé à l’instar d’un menu en cinq parties, chacune d’elles proposant plusieurs œuvres que le public devait choisir à la carte. Le chef les présentait brièvement, et le public choisissait bruyamment. Si bruyamment qu’il fallait parfois passer au vote à la main levée qui n’était d’ailleurs pas plus concluant que les hurlements qui l’avaient précédé, mais une fois le choix annoncé par Gilles Colliard, tout le monde applaudissait.

Voici donc ce fameux menu (où l’on a corrigé les fautes d’orthographe qui le dépa­reillaient), où l’on a indiqué les œuvres qui ont été finalement choisies (vous remar­querez qu’il y a eu du rab) :

Amuse-bouche (offert)

Vivaldi, Concerto alla rustica.

Entrées (3 au choix)

→Rameau, La Timide et deux Tambourins.

Purcell, Chacone.

J.C.F. Bach, Sinfonia en ré mineur

→Marais, Trois danses

Destouches, Chaconne

Vivaldi, Concerto pour violon op. 3 n° 9.

Rebel, Les caractères de la danse.

Plats (3 au choix)

Locatelli, Il pianto d’Arianna

Vivaldi, Concerto L’Été des Quatre saisons

Haendel, Concerto grosso op. 6 n° 8

C.P.E. Bach, Sinfonia en do majeur

Telemann, Don Quichotte

Dall’Abaco, Concerto grosso op. 2 n° 4

Mozart, Symphonie Linz

Mendelssohn, Symphonie n° 10

Grieg, Suite Holberg

Turina, La oración del torero

Fromages (2 au choix)

Dvorak, Bagatelle n° 2

Britten, Playful pizzicato de la Simple Symphony

Holst, The Dargason de la Suite Saint Paul

Rodrigo, Cançoneta

Joplin, The Entertainer

Saint-Saëns, Aquarium du Carnaval des animaux.

Desserts (1 au choix)

Strauss, Pizzicato polka

Kreisler, Liebeslied – Chagrin d’amour

Khatchatourian, La danse du sabre

Ce programme indiquait quelles œuvres avaient été « arrangées » par Gilles Colliard, mais omettait de signaler les autres auteurs de transcriptions, par exemple : Joplin avait composé son rag pour le piano et la Bagatelle de Dvorak (l’une des cinq de l’opus 47, que j’aime tant) était écrite pour trio à cordes et harmonium.

Sur le fond : l’orchestre a joué avec beaucoup de joie et d’énergie, et d’une façon incisive – ce qui convenait aux œuvres anciennes interprétées sur des violons baroques, mais trop incisive (et trop rapide) pour les œuvres roman­tiques notamment (et en particulier le Dvorak) qu’on aurait aimées plus lyriques, plus caressantes, mais aussi, par exemple, pour le Joplin. Quant au choix – celui de la majorité, forcément –, il était trop conservateur à mon goût, et j’espère n’y voir aucun mauvais augure pour la prochaine échéance électorale.

Mais ne boudons pas plus cette soirée musicale, chaleureuse et amusante : on en gardera un bon souvenir.

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