Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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14 novembre 2010

Alla breve. XXX.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 22:42

[210] Et le lauréat du concours international Long-Thibaud est… la violoniste française Solenne Païdassi (26 ans), qui remporte le premier grand prix ainsi que le prix du public et le prix de l’orchestre philharmonique de Radio France. Le deuxième grand prix a été attribué au violoniste japonais Tatsuki Narita (18 ans), qui remporte aussi le prix de la Sacem pour la meilleure interprétation d’un œuvre contemporaine (de Klaus Huber). Ce concours, créé en 1943, a pour vocation de susciter de jeunes vocations et de couronner des artistes en devenir : parmi ses lauréats : Samson François (piano, premier prix 1943), Aldo Ciccolini (piano, premier prix 1949), Paul Badura-Skoda (piano, troisième prix 1949), Christian Ferras (violon, deuxième prix 1949), Philippe Entremont (piano, 5e prix 1951), Ivry Gitlis (violon, 5e prix 1951), Bruno-Leonardo Gelber (piano, 3e prix 1961)… (Source)

[211] Assistez à un concert du L.A. Phil. sans y être. Le célèbre orchestre a décidé de se mettre au virtuel, comme d’autres avant lui : il retransmettra en direct ses concerts, que l’on pourra écouter dans certaines salles de cinéma et de théâtre « comme si on y était ». En clair, entre le musicien et le spectateur, il y aura dorénavant le réseau. Comme à la radio, mais avec l’image. Ah oui, donc comme à la télé. (Source)

[212] Autour d’Alban Berg. Les pianistes Ieva Jokubaviciute et Vladimir Valjarevic et la mezzo-soprano Marjorie Elinor Dix viennent de sortir un disque comprenant la Sonate pour piano et les Quatre chants de Berg, suivies d’œuvres pour la plupart inédites, d’autres compositeurs inspirés par Berg d’une façon ou d’une autre : Scelsi, Ali-Zadeh, Finney, Gilboa et Apostel (lui-même élève et ami de Berg). (Source)

[213] Autour d’autres compositeurs modernes. Un coffret de quatre SACD, consacré au festival de musique moderne 2009 à Salzbourg, vient de sortir. Œuvres de grands classiques contemporains, à l’instar de György Kurtág, Steve Reich, György Ligeti ou John Cage, et de générations suivantes, tel Beat Furer. (Source)

[214] Plus américain qu’américain, Aaron Copland. Né il y a tout juste 110 ans (et décédé 90 ans plus tard), ce compositeur d’origine juive lituanienne a incarné une musique typiquement américaine (à l’instar de ce qu’a fait Offenbach pour la musique française) dans des œuvres orchestrales, des ballets, de la musique de scène et de film (qui lui a valu un Oscar). Difficile de ne pas aimer ses œuvres – Billy the Kid, El Salón Mexico et tant d’autres. On peut le voir et l’entendre diriger le grand Benny Goodman dans son Concerto pour clarinette. (Source)

[215] Lénine, Staline et la musique. La Russie des années 1900 était un des principaux foyers d’avant-gardisme musical (et pas uniquement musical, d’ailleurs), comme l’avait démontré la programmation musicale de la grande exposition Paris-Moscou du Centre Pompidou en 1979 : expressionnisme, exotisme, futurisme, constructivisme, polyrythmie, bruitisme… la découverte du sérialisme avant Schoenberg, l’invention de nouveaux systèmes d’organisation sonores. Et puis, tout ceci est balayé par la dictature du prolétariat qui impose son académisme réaliste-socialiste. Même aujourd’hui, le grand musée de la musique Glinka de Moscou ne consacre qu’une partie congrue de sa vaste exposition à cette période. La Cité de la musique propose une exposition consacrée à cette période. (Source)

[216] De la belle musique de rues : Bach, Haendel, Vivaldi… Jean-Bernard Michau vient de gagner le titre de lauréat du 17e concours des chanteurs de rue qui s’est tenu à Quintin (« petite cité de caractère de Bretagne ») Son parcours est particulièrement atypique, ainsi que la musique qu’il joue sur orgue mécanique : des partitions pour clavecin transcrites pour cet instrument… (Source)

Mais où va Le Monde, ou, quand le temporaire s’installe

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques — Miklos @ 16:27

On en avait déjà parlé, en 2007, Le Monde migrait avec peine et effets secondaires tous les blogs de ses utilisateurs vers Wordpress, un excellent gestionnaire gratuit de blogs (que nous utilisons dans plusieurs autres contextes).

Depuis, cela claudique, c’est le moins qu’on puisse dire. Les modifications apportées depuis dans ce logiciel pour son adaptation se soldent souvent en des restrictions incompréhensibles par rapport aux fonctionnalités de Wordpress et aux normes du Web, voire carrément en de fort désagréables disfonctionnements de tous ordres.

Est-ce pour donner aux auteurs l’impression qu’ils sont entendus, un service permettant de signaler les problèmes a été mis en place. Mais il n’est pas compétent sur le fond, et, de toute façon, c’est comme ça, take it or leave it.

Depuis un mois, c’est ce service qui ne marche plus : le formulaire de saisie des messages ne permet plus de les faire partir. On a alors envoyé quelques courriers pour signaler ce nouveau problème à la rubrique Contact en ligne du Monde. Aucune réponse. Ils n’ont d’ailleurs jamais répondu non plus à un mail (puis à un courrier en bonne et due forme à leur médiateur) où on protestait du droit qu’ils s’étaient arrogés de changer le texte d’un commentaire à un article du Monde

Et depuis la semaine dernière, c’est la plate-forme de blogs qui a pris un sérieux coup dans l’aile : injoignable pendant plus de 24 heures (on tombait sur l’écran ci-dessus), et, depuis, cela se reproduit par intermittences (avec le grand message d’excuses ci-dessus, ou, plus succinctement, File not found). À son retour, des « éléments composants le blog (photos ou sons) ont été effacés lors de cet incident » : ça sent la panne d’un disque jamais sauvegardé (les éléments en question mis en ligne il y a plusieurs années).

On aurait pu espérer qu’avec les changements de propriétaires, Le Monde bénéficierait de nouveaux moyens qui, entre autres, amélioreraient aussi cet aspect des choses. Que nenni.

Alla breve. XXIX.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 0:00

[202] Et le lauréat du XVIe concours Chopin à Varsovie est… Юлиана Авдеева, en d’autres mots la russe Ioulianna Avdeeva, 25 ans. Près de la moitié des autres récompensés et finalistes étaient, eux aussi, russes. (Source)

[203] Musiciens ? attention à un virus ! Le compositeur et pianiste Roger Davidson a été l’objet d’une arnaque particulièrement coûteuse (estimée à 6-20 millions de $) et longue (6 ans). Ayant apporté son ordinateur, qui contenait ses compositions et qu’il craignait infecté par un virus, à une officine de réparation, il s’est vu dire par le couple de propriétaires qu’en fait l’ordinateur était contrôlé par un groupe de criminels au Honduras, et que lui et sa famille étaient aussi la cible d’un autre groupe, de prêtres polonais cherchant à renverser le gouvernement américain. Davidson, crédule et riche (ce qui ne justifie évidemment pas l’extorsion), leur a payé des sommes pharamineuses pour se protéger. C’est une autre plainte à l’égard de ce couple qui a mis la police sur leur piste. (Source)

[204] Musiciens ? attention à vos instruments ! Un musicien allemand, ayant oublié sur la banquette d’un train régional son violon italien fabriqué en 1748 et d’une valeur estimée à un million d’euros, a eu des vapeurs à tel point qu’il a dû être hospitalisé. Tout est bien qui finit bien : il a retrouvé son instrument (si ça n’avait pas été le cas, il aurait pu se tourner vers Magic Fiddle, une application permettant de « produire du son pareil à ceux des violons » sur iPhone) et son cœur a tenu le coup. L’article ne cite pas son nom (cela donnerait des idées à des personnes indélicates, comme celles qui ont extorqué ce pauvre Davidson, enfin pas si pauvre que ça, justement), ni le facteur du violon. Mais un quatuor munichois revenant d’une tournée en Asie, hmmmm ? Il ne doit pas y en avoir beaucoup. (Source)

[205] Départ de Catherine Massip. Pendant 23 ans à la tête du département de la musique de la Bibliothèque nationale de France, cette grande dame de la musique et de la musicologie, grande non seulement par ses titres, son savoir, ses publications et ses activités, mais par sa modestie souriante et son attention à tous quelle que soit sa position professionnelle ou sociale, vient de partir à la retraite. Elle est remplacée à ce poste par Elizabeth Giuliani, actuellement adjointe du directeur du département de l’audiovisuel de la BnF.

[206] « Danser à l’ombre de la potence » : le remarquable destin d’une femme extraordinaire. La pianiste tchèque Alice Herz-Sommer a 106 ans. Déportée, ainsi que son fils de 6 ans et son mari, au camp-ghetto de Theresienstadt, elle passe encore trois heures au piano, chaque jour. La musique (et ses amis) est tout, pour elle. Et elle n’a aucune once de haine à l’égard de qui que ce soit. Un film documentaire sur sa vie sortira en 2011. (Source)

[207] L’orchestre de Détroit à l’étroit. L’un des dix plus importants orchestres des Etats-Unis, le DSO a un tel déficit que sa direction veut baisser les salaires actuels d’un tiers et de 42% pour les nouveaux arrivants, éliminer les contrats à durée indéterminée, réduire la taille de l’orchestre et exiger de ses membres d’enseigner et de se produire en plus des concerts de saison. Le personnel fait grève depuis plus d’un mois et des concerts ont été annulés. La seule issue que les deux parties espèrent : un donateur, à l’instar de celui qui a sauvé l’orchestre de Cincinnati l’année dernière en lui accordant un cadeau de 85 millions de dollars. Il va sans dire que de plus petits orchestres américains, régionaux, sont dans une plus mauvaise passe encore, à l’instar du Westchester Philharmonic ou de l’orchestre de Louisville. (Source)

[208] Shirley Verrett. La grande mezzo-soprano (et parfois soprano) dramatique américaine est décédée à l’âge de 79 ans. « Voix, intelligence, musicalité, beauté, présence scénique », elle avait tout pour elle, selon Peter G. Davis, mais pourtant n’est jamais devenue une superstar à l’instar de Leontyne Price. (Source)

[209] Henryk Mikolaj Górecki. Connu pour ses œuvres minimalistes d’inspiration spirituelle et notamment sa Troisième symphonie dite Des chants plaintifs (on en avait parlé à l’occasion du Festival d’Edimbourg), le compositeur polonais vient de décéder dans sa ville natale à l’âge de 76 ans. (Source)

4 novembre 2010

À l’occasion de la visite de Hu Jintao

Classé dans : Actualité, Photographie, Politique — Miklos @ 20:13

Reporters sans frontières (RSF) a organisé aujourd’hui un rassemblement à Paris pour exiger de Nicolas Sarkozy qu’il aborde les questions des droits de l’homme avec le président chinois Hu Jintao, en visite en France.

Près du centre Pompidou, des militants tibétains et ouïghours ont pris part à un lâcher de colombes avec plusieurs personnalités du monde artistique et médiatique français.

Les manifestants portaient des t-shirts blancs à l’effigie du dissident chinois Liu Xiaobo, qui a reçu le prix Nobel de la paix cette année. (Source : Reuters)

De son côté, la France a accueilli avec un « protocole exceptionnel » le président chinois. Sur la question des droits, elle abordera avec l’Empire du milieu ceux de propriété intellectuelle.

31 octobre 2010

« Danser à l’ombre de la potence » : le remarquable destin d’une femme extraordinaire

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Histoire, Musique, Shoah — Miklos @ 23:20

C’est le titre d’un documentaire sur Alice Herz-Sommer, réalisé par alcolm Clarke, qui ne peut laisser indifférent. Née en 1903 à Prague, elle y devient pianiste. En 1943, elle est déportée avec son fils Rafael à Terezín (où son frère, le violoniste Pavel Herz, sera déporté plus tard, tandis que son mari, Leo Sommer, violoniste lui aussi, mourra à Dachau peu avant la fin de la guerre). Ses parents avaient, eux, été déportés plus tôt. “Sometimes it happens that I am thankful to have been there. Because this gave me a… I am richer than other people. My reaction on life is quite another one. All the complaints, ‘This is terrible!’, it’s not so terrible.” Elle dit aussi : “I never hate and I will never hate, dit-elle. Hatred brings only hatred!”

Pas si terrible que ça ? Effectivement : la ville-forteresse de Terezín, transformée en camp-ghetto modèle pour les besoins de la propagande nazie à l’intention du monde libre, était bien moins pire que les destinations finales des quelque 90 000 de ses malheureux internés : Auschwitz, Treblinka, Sobibor… Ce n’était qu’une façade superficielle, qu’un décor du sinistre spectacle que la Croix rouge a gobé si volontiers : banque, magasins, café, jardins d’enfants, plates-bandes fleuries… Tout était faux, jusqu’aux robinets des bains publics, accrochés aux murs sans aucune tuyauterie derrière. Il aurait suffi d’essayer d’en ouvrir un pour le constater.

Elle y donnera plus d’une centaine de concerts et de récitals : Beethoven (un de ses compositeurs favoris), Chopin, Schumann, Brahms, Smetana, Debussy… “Beethoven: he is a miracle. His music is not only melody, what is inside! How it is filled, how it is full, it is intensive!”

Son intérêt pour la musique contemporaine de son époque – Viktor Ullmann (lui-même emprisonné à Terezín, où il composera entre autres l’opéra L’Empereur de l’Atlantide, et sera ensuite transféré puis gazé à Auschwitz), mais aussi par exemple celle de Pavel Haas, élève de Leoš Janácek, et lui-même déporté en 1941 à Terezín (où une de ses œuvres fut créée sous la direction de Karel Ancerl) puis assassiné à Auschwitz – lui venait entre autres l’un de ses maîtres, Eduard Steuermann, qui avait été élève de Schoenberg. Rafael, le jeune fils d’Alice (qui survivra, lui aussi), chantera dans l’opéra pour enfants Brundibár de Hans Krása, qui finira lui aussi assassiné en 1944. “I felt that this is the only thing which helps me to have hope, it is sort of religion actually. Music is… music is God. In difficult times you feel it especially, in suffering.”

Le 7 février 1945, elle y donne un récital consacré entièrement à des œuvres de Chopin. Un critique musical anonyme, qui s’attendait à rentrer chez lui à Munich sous peu, écrit :

The art-loving Theresienstadt stood last night, February 1945, under the sign of a great Chopin-evening by Mrs. Herz Sommer. I have heard Raoul Koschalski, student of [Anton] Rubinstein, whose Master was Chopin himself, and still I dare to make a comparison. When France calls her great tragedienne, Sarah Bernhardt, the “Divine Sarah”, why shouldn’t we call the great interpreter of Chopin, Mrs. Herz Sommer, Chopin’s “Divine Mirror.” Obiously, one speaks of heavy and delicate ways of playing Chopin’s works; however, these two types so intertwined in one person have never reached my inner ear in the manner of the powerful interpretation by Mrs. Herz Sommer. (…)

The unusual large format of her playing, which grabs powerfully the soul of the listener, lies, first of all, in the diction of her musical language, which rouses every soul and thrusts upon it her own individual understanding. Her wonderful playing pulls out the registers of melancholy, passion, and powerful happening like the captivating charm of the French temperament, precisely those qualities which are embodied most significantly in the ailing nature of the composer.

Cité par Joža Karas, Music in Terezín 1941-1945.
Pendragon Press, 1990.

“It was moral support, it was not entertainment, as most people think that we were having fun, it had much bigger value”, dit une de ses amies violoncelliste et compagne d’infortune.

Elle joue chaque jour au piano, matin et après-midi, dans son petit appartement au nord de Londres. Il arrive que des gens s’arrêtent dans la rue, sous ses fenêtres, pour l’écouter. “My world is music. I am not interested in anything else.”

Mais elle ajoute : “I love people, I love everyone. I love people! I love to speak with them, I am interested in the life of other people.” Elle est entourée d’amis fidèles qui s’intéressent à sa vie à elle, si intense, si remplie, si pleine – pour reprendre les qualificatifs qu’elle attribue à Beethoven et l’on comprend alors la profonde affinité qu’elle ressent avec sa musique – “Phenomenal!”

Elle a un visage lumineux. Elle rayonne. Elle rit. “I was always laughing, even there I was laughing.” Puis : “I was born with a very, very good optimism. This helps you. When you are an optimist, when you are not complaining, when you look at the good side of our life, everybody loves you.”

Elle a 106 ans. “Only when we are so old, only, we are aware of the beauty of life.”

Ce documentaire sera achevé l’année prochaine. Entre temps, on peut lire avec intérêt un entretien qu’Alice Herz-Sommer avait accordé il y a quatre ans au Guardian, où l’on en apprendra un peu plus sur sa jeunesse et sur sa vie après la guerre.

Le 25 février 2014.On vient d’apprendre le décès d’Alice Herz-Sommer à Londres, le 23 février 2014. Elle était âgée de 110 ans.

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