Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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1 janvier 2012

L’intriguante ortographe du Figaro

Classé dans : Actualité, Langue, Littérature, Médias — Miklos @ 23:49

Les SMS faisant la une des médias en peine d’actualité – ce ne sont pas les vœux ternes ou sombres de tel ou tel candidat aux présidentielles qui feront rêver leur lectorat occupé, de toute façon, à tenter de passer le cap du milliard de messages convenus vœux sincères et originaux –, on ne peut s’empêcher de rappeler à nos chers lecteurs les ravages l’influence de l’utilisation des SMS sur l’orthographe en général, avec preuve à l’appui : cet extrait d’un article du Figaro. On se demande si son auteure l’a envoyé à la rédaction par SMS, ce qui justifierait expliquerait ces plus-que-coquilles.

Si ce n’était la première des deux fautes, on aurait pu imaginer qu’en qualifiant ces messages d’intrigants, la journaliste voulait s’en prendre avec finesse à ces actions occultes savamment combinées destinées à nous faire tomber dans les multiples pièges de ces arnaques. Mais non, elle avait uniquement voulu supprimer une lettre dans ce mot (et deux autres ailleurs) pour aller plus vite. Il n’y a là rien de réellement intriguant.

Et en ce qui concerne ce journal, on conseillera à ses journalistes de lire la comédie ci-dessous (ou, s’ils manquent de temps, uniquement la citation en exergue), écrite, comme on peut le constater, par l’auteur des Deux Figaro. L’un pour intriguant, l’autre pour intrigant, sans aucun doute. Et quant à la multitude des usagers victimes, on leur rappelle la procédure à suivre pour signaler ces arnaques.

25 décembre 2011

Boutin vire-t-elle sa cuti ?

Classé dans : Actualité, Langue, Médias, Politique, Société — Miklos @ 0:43

Ce fut la mère Boutin, notre pipelette, qui vint à la tonnellerie m’assener la funeste nouvelle. — Albert Simonin, Confession d’un enfant de La Chapelle. 1977.

Non seulement la porte-oriflamme de l’homophobie de droite se choisit comme conseiller un gay (il est vrai qu’elle ne déroge pas à une certaine tradition : tout roi très chrétien avait son Juif), mais en plus, selon l’étudiant en journalisme qui a signé l’article du très sérieux Rue89 (et même encore plus sérieux depuis son récent rachat par le Nouvel Observateur), ce gai loustic, qui s’autoproclame « petit étudiant de rien du tout, petit citoyen français inaudible », se spécialiserait dans l’écriture d’ouvrages sur les herbes.

Quelle métamorphose* ! Souhaiterait-elle relever le flambeau de la Cicciolina qui vient de prendre sa retraite ?


* N’y voyez là aucune allusion à Kafka, ni, Dieu préserve, à Alphonse Boudard.

24 décembre 2011

Le mamamouchi truc(ulent)

Classé dans : Actualité, Langue, Médias, Politique, Théâtre — Miklos @ 18:43

ACTE TROISIÈME.

Le théâtre représente la façade d’un palais turc.
On lit sur un cartouche : Palais des Trucs.

(…)

Vertugadin.

Ah çà ! où sommes-nous ?

Turlututu.

Je n’en sais rien ; mais voici une habitation, il doit y avoir un portier, et en lui parlant…

Vertugadin.

C’est ça, parlons au portier. (Remontant au fond.) Tiens ! il y a quelque chose d’écrit… (Lisant.) « Palais des Trucs. » Sais-tu ce que cela veut dire : Palais des Trucs ?… (Ici l’R et l’U changent de place sur l’inscription, on lit : Palais des Turcs.)

Turlututu.

Ah ! mon honorable collègue d’infortune, je ne voudrais pas vous dire des choses désagréables, mais vous ne savez pas lire.

Vertugadin.

Comment, je ne sais pas lire ! c’est moi qui fus le précepteur du roi.

Turlututu.

Vous dites palais des trucs, et il y a : palais des Turcs. (Ici l’inscription reprend sa première forme.)

Vertugadin, regardant l’inscription.

T, r, u, c, s, trucs… Allez donc à l’école, pêcheur, lâchez de savoir aussi bien que le roi, lire !… (L’inscription reprend sa deuxième forme.)

Turlututu.

Lassons le roi Lear en plan,
Plan, plan,
Tirelire en plan !…

(Lisant.) T, u, r, c, s, Turcs… Seigneur, vous êtes une oie !…

Vertugadin.

Comment, vous me soutiendrez… (L’inscription disparaît complètement.) Ah !…

Turlututu.

Ah !…

Vertugadin.

Tiens !… c’est le palais de rien du tout, maintenant.

Turlututu.

Alors nous devons être dans le département de pas grand’chose.

Vertugadin.

Mais il y avait trucs ;

Turlututu.

Non, il y avait Turcs.

Vertugadin.

Air de la Petite Poste de Paris.

Moi, Je suis sûr q-
u’il y avait : Trucs.

Turlututu.

Moi, je suis sûr q-
u’il y avait : Turcs.

Vertugadin.

Hé ! non, mon prince, il y avait : Trucs.

Turlututu.

Hé ! non, seigneur, il y avait : Turcs.

Vertugadin.

Alors, c’était un truc à Turc.

Turlututu.

Ou bien, c’était un Turc à truc.

Au surplus. nous allons bien savoir : voilà une petite sonnette, et en l’agitant doucement… (il tire avec précaution le cordon qui pend à la porte, on entend une grosse cloche retentir avec fracas.)

Turlututu chapeau pointu, grande féérie en trois actes et trente tableaux par MM. Clairville, Albert Monnier et Édouard Martin. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre impérial du cirque, le 14 janvier 1858.

On attirera l’attention de nos chers lecteurs sur les significations respectives de vertugadin et de turlututu.

20 décembre 2011

Ces mystérieux mots du sport, ou, des liaisons qui font mal

Classé dans : Actualité, Langue, Littérature, Médias, Théâtre — Miklos @ 21:01

Les liaisons mal-t-à-propos, connues plus savamment sous l’appellation de pataquès (à ne pas confondre avec pataque et son pluriel pataques, autrefois monnaie de compte, ni même avec les dieux patæques), voire de cuir ou de velours, sont probablement apparues dès la normalisation de l’orthographe et de la grammaire.

C’est au début du xixe siècle que le mot pataquès fait son apparition, et pas uniquement dans les dictionnaires : en 1802 (et non pas en 1803 comme l’écrit la WP) paraît le texte d’une « bluettePetite comédie spirituelle et sans prétention. — Trésor de la langue française. », Pataquès ou Le barbouilleur d’enseignes, d’Alphonse Martainville, dont la toute première tirade, dite par le personnage éponyme, peintre d’enseignes et dont le rôle avait été créé par BrunetActeur du théâtre des Variétés, très aimé du public., démontre bien pourquoi il méritait ce nom, et qu’il s’y appliquait avec des intentions bien précises :

V’la qu’es achevé, et j’dis qu’ça vous a-t-une tournure. J’n’ai rien ménagé : y a d’ces barbouilleurs qui n’mettent pas l’ostorgraphe et qui vous retranchent la moitié des mots ; moi je n’suis pas comme ça, j’aime mieux en mettre de plus ; il est vrai que j’suis payé-z-à tant la lettre. Mais c’te fois-ci c’est pas l’intérêt qui m’a-z-encouragé ; je suis que l’talent plaît toujours au sesque, et c’est pour m’insinuer auprès de mam’zelle Doucet [la fille de l’épicier-confiseur, qui méritait aussi bien son nom, c’lui-là] que j’ai voulu fignoler, comme il fait, le nom-z-et les qualités d’son papa. Ça la flattera ; elle est vaniteuse ; sûr, ça la flattera, et en décorant la porte d’sa boutique, j’m’ouvrirai celle de son cœur. Il y a-t-un mois, j’avais de ne point lui-z-être indifférent, et pis tout-à-coup v’là qu’alle a rompu les chiens ; à présent quand j’veux y adresser queuque gaudriole de galenterie, elle me répond toujours à rebrousse-poil… c’est guignonantC’est malheureux.… Je soupçonne ben… oh ! oui, je l’soupçonne… y a du marchand de vin [Mélange, dont la boutique jouxte celle du confiseur et dont le fils est l’amant de la donzelle en question] là-dessous… Si ça continue, j’en préviendrai l’papa.

Le sens de pataquès, qu’on nommait aussi pataqu’est-ce, ne dénotait pas uniquement en fautes de liaisons à la prononciation consistant à insérer une consonne inexistante à la finale du mot précédent (et notamment l’inversion des s et des t, qu’on appelait cuirs), et était bien plus général :

Cuir. Faute contre la grammaire et contre Vaugelas.

On dit d’un comédien qui fait des fautes de liaisons en parlant, c’est-à-dire qui prononce en s les mots terminés en t, et en t ceux qui sont terminés en s, qu’il fait des cuirs.

Pataquès. Quiproquo, calembourg, mot mal prononcé, mal interprété ; faute de langue ; sottise, imbécillité.

Un faiseur de pataquès. Celui qui pèche continuellement contre la grammaire ; qui fait des cuirs en parlant.

Dictionnaire du bas-language, ou des manières de parler usitées parmi le peuple ; ouvrage dans lequel on a réuni les expressions prover­biales, figurées et triviales ; les sobriquets, termes ironiques et facétieux ; les barba­rismes, solé­cismes ; et géné­ra­lement les locutions basses et vicieuses que l’on doit rejeter de la bonne conversation. Paris, 1808.

Aujourd’hui, le pataquès se distingue du calembour (à ne pas confondre avec le calambour) en cela qu’il est en général involontaire et dénote une négligence ou une méconnaissance de la langue.

C’est dans la catégorie de l’involontaire qu’on classera ce « liaisons » venu fort mal-t-à propos dans Le Monde :

Il ne s’agit d’évidence pas de ligatures des petites artères, mais de lésions… Quand on se trompe dans les mots qui dénotent les maux, ça fait mal aux muscles risorius.

5 décembre 2011

Gare au poison !

Classé dans : Actualité, Littérature, Médias, Politique — Miklos @ 21:32

Les mœurs des Sarkoy, habitants de la planète Sarkovy, sont décrites dans deux nouvelles de Jack Vance, Star King (1963-4) et Palace of Love (1967). Ils se distinguent principalement par leur maîtrise de l’art de l’empoisonnement. Comme l’explique le texte ci-dessous, ils empoisonnent parce qu’ils ont toujours empoisonné : c’est ce qu’ils font, tout simplement.

« Tous les mauvais sujets de Paris connaissent la Fillon. La Fillon est une femme de cinq pieds dix pouces, qui eut des formes admirables, une figure ravissante. Dès l’âge de quinze ans, cette beauté modèle pensa que la nature ne l’avait pas pourvue de si rares trésors pour les enfouir ; elle les prodigua. (…)Mais il y a beau temps que les quinze ans de la Fillon se sont envolés. Maintenant elle n’a plus que la joie de l’intrigue dont elle a fait deux parts : la galanterie et l’observation. Ainsi fournit-elle des renseignements précieux à la police (…) »

Gaston Leroux, La double vie de Théophraste Longuet. 1903.

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