Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

25 juillet 2014

À vouloir être le premier à tout prix…

Classé dans : Actualité, Médias — Miklos @ 16:20


JT de France 2, le 25/7/2014 à 13h17.

France 2 a consacré 22 minutes de son journal télévisé de 13 heures à la (nouvelle…) catastrophe aérienne qui endeuille nombre de familles et d’amis de ses victimes françaises.

Commencé – et terminé – par la diffusion « d’images exclusives qui viennent de nous parvenir », et agrémenté de « directs du palais de l’Élysée », le journal n’a consacré que cinq secondes à la présentation du numéro d’urgence d’une cellule téléphonique mise en place par le Quai d’Orsay, numéro que le présentateur a encore plus rapidement énoncé, en trois secondes

Quelle personne dans un état normal aurait pu soit mémoriser le numéro pour le noter plus tard, soit avoir le temps d’aller chercher stylo et papier pour le noter ? La question est encore plus pertinente pour celles qui en auraient vraiment besoin, les proches des voyageurs, rongés par l’inquiétude ou le désespoir ? Ne parlons pas de tous ceux qui n’ont pas regardé l’écran à cet instant.

Pourquoi ne pas avoir affiché ce numéro dans un sous-titrage qui serait resté présent durant toute la séquence consacrée à cette triste actualité, pourquoi ne pas l’avoir rappelé à la fin du journal télévisé, quitte à ne pas remontrer les « images exclusives » des restes de l’appareil, rediffusion qui apparaît surtout comme un faire-valoir de la chaîne ? L’attitude compatissante du présentateur durant la séquence (soit dit en passant, la capacité des présentateurs à changer instan­ta­nément d’expression pour refléter les émotions des séquences successives du JT est absolument sidérante) ne pallie pas ce manque d’attention à ceux qui auraient eu besoin d’infor­mations concrètes et utiles.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que cette chaîne (il m’arrive rarement d’en regarder d’autres) agit ainsi dans des cas semblables.


À vouloir être le premier à tout prix…

22 juillet 2014

« Tous les costumes sont décents, honni soit qui s’en scandalise ! »


La mode à Paris. Cliquer pour agrandir.

Cet amusant poème démontre s’il le fallait que non seulement les tenues incroyables ou merveilleuses ne datent pas d’aujourd’hui ou d’hier, mais aussi que les mœurs culturelles, médiatiques et politiques n’ont pas beaucoup changé depuis 1797, date de sa parution.

L’auteur, (Jean-)Armand Charlemagne, n’a pas mérité de la Wikipedia en français, bien qu’il figure dans l’Encyclopedia Britannica, avec laquelle elle s’autocompare favorablement. Pourtant, c’était un personnage intéressant : s’étant d’abord destiné à l’Église, il devient clerc de notaire, puis soldat, et participe à la guerre d’indépendance des États-Unis. De retour en France, il se lance dans l’écriture : pièces de théâtre, poèmes, romances…

Ses Poésies fugitives, recueil où l’on trouve entre autres le texte ci-dessous, comprend des textes empreints d’une fine critique ironique des travers de ses contemporains et d’une modernité qui se débarrasse sans distinction aucune des acquis du passé. On ne résiste au plaisir de citer la fin d’un autre de ses poèmes, dont l’actualité ne manque de nous faire sourire (ou pleurer, c’est selon) : « Or, puisque tout va de travers, / Sans être vain je m’apprécie, / Et j’ai fait d’assez mauvais vers / Pour être de l’académie. »

«Mon Dieu ! laissons nos jeunes gens
S’habiller à leur fantaisie.
La mode passe ; elle varie,
Inconstante comme le temps.

Chaque peuplade a sa marotte :
Dans le pays des Eskimaux
On a sous le bras sa culotte,
Comme nous avions nos chapeaux ;
Il se peut faire qu’on y vienne.
À propos de culotte, eh mais !
Il n’est pas sûr que désormais
Chacun de nous garde la sienne.

Aux moyens de vivre exigus
Qui restent à maint pauvre diable,
Dont on sabra les revenus,
Il me paraît presque incroyable
Qu’ils soient encore un peu- vêtus.

Liberté ! voilà ma devise.
Tous les costumes sont décents.
Honni soit qui s’en scandalise.
Pourquoi porterions-nous des gants ?
Ces dames vont bien sans chemise.

Parlons un peu de notre temps.
D’honneur, il est inconcevable.
On voit de si drôles de gens,
De si drôles d’événements,
Que notre siècle est incroyable.

Arrière ces faits désastreux,
Que l’on ne pourra jamais croire,
Ces noms, atrocement fameux,
Qui feront frémir nos neveux,
Et l’opprobre de notre histoire.

J’aime bien mieux, pour ma santé,
M’amuser de nos ridicules,
Qui, pour avoir plus de gaîté,
Pourront, chez la postérité,
Trouver encor des incrédules.

Quelle est cette grecque aux gros bras ?
L’arc qui nuança sa parure
Rehausse fort peu ses appâts,
Et chacun murmure tout bas,
J’ai vu, je crois, cette figure.
Mais elle parle : Au premier mot,
On dit : eh ! c’est madame AngotPersonnage de l’opéra-comique Madame Angot, ou, La poissarde parvenue du citoyen Maillot (Antoine-François Ève).  !
Elle singe la financière,
Elle se respecte, et feignit
De ne pas voir monsieur son frère
Dans le laquais qui la servit.
Feu son époux, ex-misérable,
À la Bourse très lestement,
S’enrichit incroyablement,
Avec un honneur incroyable.

Plaisant séjour que ce Paris !
Je suis badaud, moi : tout m’étonne,
Et sur tout ce qui m’environne,
Je porte des yeux éblouis,
Et plus je vois, plus je soupçonne
Qu’il est des vertus, des talents,
Et des mérites éminents
Dont ne s’était douté personne ;
Des incroyables probités
Chez les enfants de la fortune,
Des incroyables vérités
Dans les discours la tribune,
Une incroyable honnêteté,
Dans les bureaux de nos puissances,
Une incroyable netteté
Dans nos travaux sur les finances.
Une incroyable utilité,
Dans mille lois de circonstance,
Une incroyable égalité,
Une incroyable liberté,
D’un bout à l’autre de la France.

Nos plans pour réformer l’État,
Sont d’une incroyable évidence,
Et quelques membres du Sénat,
D’une incroyable intelligence.
On ne rencontre qu’orateurs,
D’une faconde incomparable,
Que jouvenceaux littérateurs
D’une modestie impayable,
Et l’institut a des auteurs
D’une renommée incroyable.

Des poètes en madrigaux,
Fameux, comme il n’est pas possible,
Se partagent dans leurs journaux
Une gloire incompréhensible,
S’encensent décadairement,
Et sont, avec cette tactique,
À l’auréole académique
Parvenus incroyablement.

Des drames, juges admirables,
Par des amis qui les ont lus,
Ont dans des feuilles charitables,
De grands succès, plus qu’incroyables
Pour le public qui les a vus.

Des journaux de date nouvelle
Ont d’innombrables souscripteurs,
Et l’on compte à la Sentinelle,
Comme on n’en a pas, des lecteurs.

Honneur aux puissants de la terre!
On craint ceux que l’on n’aime guère ;
Regimber contre l’aiguillon,
Serait un peu trop téméraire ;
Saint Paul le dit ; la chose est claire ;
Toujours le plus fort a raison,
Et cet argument nécessaire
Se démontré à coups de canon.

Mais qu’un petit rimeur tragique,
Et qui vit réduire aux abois
Sa Melpomène léthargique,
Régente notre République
Comme jadis il fit les Rois ;
Et que ce bredouilleur sournois,
Criblé de honte et d’épigrammes,
Se venge en proposant des lois
Aussi barbares que ses drames :
Qu’un tel fat soit de notre sort
Le régulateur et le maître ;
C’est incroyable, c’est trop fort ;
Mais cela ne laisse pas d’être.

Amen, amen, ne parlons plus,
De ses accès d’espièglerie,
Et prions Dieu qu’il les oublie,
Comme on a fait Caïus Gracchus,
Et les vers sur la calomnie.
Aussi bien pour nous égayer,
Il est des choses plus piquantes, ;
Et des scènes intéressantes
Bien plus qu’icelles de Chénier.

À voir nos bals, nos bigarrures,
Nos cent mille caricatures,
Le scandale de nos gaîtés,
Et le sel de nos épigrammes,
Et la décence de nos dames,
Et le trafic de nos beautés,
Nos courtisanes respectables,
Les cuisines de nos rentiers
Qu’on paye en billets impayables,
Et nos ex-laquais financiers
Dans des whiskies inexcusables ;
Et nous, au sein de tout cela,
Sur le cratère de l’Etna,
Faisant les beaux, les agréables,
Sans boussole et sans almanach
Dansant gaiement sur le tillac,
Quand des forbans coupent les câbles
De notre nef en désarroi,
Prête d’aller à tous les diables……
À voir enfin ce que je vois»,
Mes chers concitoyens, ma foi,
Nous sommes tous bien incroyables.

Jean-Armand Charlemagne (1753-1838), Le monde incroyable, ou, Les hommes et les choses, 1797.

15 juillet 2014

Paris, Île de France en Chine

Classé dans : Actualité, Langue, Médias — Miklos @ 10:58


Cliquer pour agrandir.

Notre Tour Eiffel nationale, on le sait, n’a de cesse de faire des émules – ou plutôt des copistes – qui en font des répliques de toute taille, depuis celles de quelques centimètres de haut que l’on peut difficilement résister à acheter aux nuées de vendeurs à la sauvette qui pullulent entre les pieds de l’original jusqu’aux plus grandes, le pompon revenant à celle de Las Vegas (50 % de la taille de la vieille dame).

Mais on ne peut passer sous silence une de celles que les Chinois ont construites en Chine, bien qu’elle ne fasse que 108 m. de haut, puisqu’ils l’ont érigée dans un quartier de maisons haussmanniennes. La source de cette information (intéressantes photos à l’appui) qui date de 2012 indique que ce « projet urbain » s’intitule Tiandu Cheng dans la province du Zhejiang.

On sera ravi d’apprendre que les Chinois ont probablement changé depuis et le nom de la ville et celui de la province en « Paris, Île de France », en parcourant le fil des informations quotidiennes de Google de ce matin, qui situe « Paris, Île de France » aussi en Chine.

Les Chinois font fort : s’il y a plus d’une vingtaine de villes nommées Paris aux États-Unis (dont deux rien qu’au Wisconsin) – sans parler des variantes New Paris (trois), South Paris, West Paris et j’en passe –, on n’a pas encore trouvé d’Île de France en Amérique.

Il y a fort à parier que cela ne saurait tarder.

18 juin 2014

Fâché avec les romains, il risque de fâcher les Espagnols

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Histoire, Médias, Politique — Miklos @ 8:44

Lors de l’ouverture du journal télévisé de France 2 à 20 heures, hier, le journaliste David Pujadas annonce l’« avènement du prince Felipe Quatre en Espagne », tandis que l’écran affiche au même moment et en grand (d’Espagne) « Felipe VI ». Il le répètera plus tard, pour fina­lement se corriger (on lui a sans doute glissé subrepticement dans l’oreillette qu’il s’était planté).

Le « vrai » Felipe IV (fils de Marguerite d’Autriche et décédé en 1665) est surtout connu comme mécène des arts, promouvant la création littéraire, artistique et théâtrale – on n’en attend pas moins de son lointain successeur – mais piètre politique : rébellion de la Couronne d’Aragon, soulèvement du Principat de Catalogne, indé­pendance des Provinces-Unies…

Il semble que Pujadas soit fâché avec les chiffres romains, et qu’il risque ainsi de créer un incident diplomatique entre la France et la Couronne espagnole. Ce Barcelonais d’origine soutient-il donc ainsi indirectement les revendications d’indé­pendance catalanes ?

Quoi qu’il en soit, il est curieux que cette confusion entre « IV » et « VI » vienne dans la foulée de celle de La Tribune entre « 4 » et « 6 », quelques heures plus tôt. Non seulement on a de plus en plus de mal à compter sur les journalistes, mais voilà que les journalistes ont de plus en plus de mal à compter.

17 juin 2014

Internet ? No future, selon La Tribune

Classé dans : Actualité, Musique, Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 17:20


Cliquer pour agrandir.

Un article de La Tribune nous parle doctement de « l’exlosion » [sic] du nombre d’objets connectés à l’Internet depuis l’ordinateur de votre banque via votre smart phone et jusqu’à votre frigo sans oublier le tatouage de votre chien et l’adresse de ce blog, ce qui a nécessité l’invention d’une nouvelle méthode (appelée IPv6« Internet Protocole version 6 », la 6e version de ce système d’identification, l’actuelle étant IP.) d’identification de l’adresse – unique – de chacun de ces objets sur le réseau.

Et voilà que cet article nous laisse entendre que ce standard, qui « peut fournir plus d’adresses IP qu’il n’y a d’étoiles dans l’univers – le volume d’adresses étant d’environ 3 trillions de trillions de trillions d’adresses » est déjà épuisé en Europe ; en d’autres termes, il n’y aurait plus d’adresses de disponibles, en conséquence de quoi on ne peut rajouter au réseau de nouveaux objets supposés y être connectés. Quant à l’Asie, la situation y serait réellement paradoxale : l’Internet y a très faiblement pénétré et IPv6 y a pourtant explosé. En plein vol !

Comme quoi, il y aurait plus d’objets connectés à l’Internet sur Terre que d’étoiles dans l’univers ? Poétique, finalement. On ne peut qu’entonner le célèbre Cantique des étoiles que tout scout du siècle dernier connaissait par cœur :

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos