Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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20 juillet 2013

Glissez, mortels, n’appuyez pas, ou à l’inverse, Tatillonnez un peu

Classé dans : Histoire, Langue, Littérature, Musique, Philosophie, Photographie — Miklos @ 15:35


Titus Tatillon et Barnard Bordel. Street art.

Comme l’indique le Trésor de la langue française, le mot tatillon a fait son apparition en français à la fin du XVIIe siècle dans une comédie d’Évariste Gherardi, Le Retour de la foire de Bezons (la prochaine édition se tiendra le 22 septembre, inscriptions ici) :

Il y qualifie une femme… Et même si un siècle plus tard c’est un couple – Monsieur et Madame Tatillon – qui sont les protagonistes d’une pièce de Louis-Benoît Picard intitulée Les Tracasseries, la définition que donne L’Improvisateur français du terme tatillonnage – que l’on peut lire ci-dessous – attribue cette qualité au beau sexe.

À ce propos, la lecture des nombreux volumes de L’Improvisateur français est particulièrement délectable : cet ouvrage est une sorte de dictionnaire où les termes choisis sont parfois définis et toujours illustrés d’anecdotes fort amusantes. Son auteur en est Louis Sallentin, « curé d’un village de Beauvoisis avant la Révolution, qui, ayant donné sa démission en 1793, vint à Paris, où il s’occupa de littérature ; son œuvre principale est l’Improvisateur français. »

Cette dernière information provient d’une autre source délectable, la Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique de 1884, périodique publié par G. d’Heylli toutes les deux semaines, à l’article consacré à la source de l’expression « Glissez, mortels, n’appuyez pas », et qu’il donne comme étant de la plume du poète Roy – il s’agit de Pierre-Charles Roy (1683-1764) – et non pas, comme l’aurait affirmé Alain Finkielkraut dans un dialogue avec Fabrice Luchini, de celle de Jean de La Fontaine. Comme quoi, pour être philosophe on n’en est pas moins humain, et errare humanum est. C’est, on le concède, moins pire que d’attribuer à Noé l’historiquement (et tristement, vu la circonstance) célèbre « Après moi le déluge ».

On finira avec un choix de définitions de mots apparentés au sujet de cette rubrique.

Tate-poule. [Rei domestica nimius exactor.] Sobriquet qu’on donne à un idiot qui s’amuse aux petits soins du ménage. — Pierre Richelet, Nouveau dictionnaire français. Amsterdam, 1709.

Tâter. [Delibare, gustare.] Éprouver, essayer. (Le monde est bien méchant de vouloir tant de mal à cette pauvre fille pour avoir un peu tâté avant son mariage des plaisirs de l’amour.) . — Richelet, op. cit.

Tâtez-y. Nom qu’on a donné à ces petites croix, ou à ces petits cœurs d’or ou de vermeil doré qui pendent sur la gorge des filles. — Richelet, op. cit.

Tâteur, euse, adj. [Praegustator.] Qui tâte. Les femmes n’aiment point les tâteurs. Vous ne conclurez point avec cet homme, c’est un tâteur perpétuel. [Anceps & dubius.] — Richelet, op. cit.

Tatillonnage. Ce n’est point par le défaut d’idées que les femmes pèchent ordi­nairement ; c’est plutôt par la multi­plicité de leurs pensées, dont la succession rapide leur cause néces­sai­rement un peu d’embarras et de confusion. De là ces discours vivement commencés et subi­tement interrompus ; cette activité puéri­lement infatigable, qui voltigeant sur tous les détails, ne s’arrête jamais à l’ensemble ; qui tourbillonne autour du but sans l’atteindre ; qui parle de tout, ne dit rien; regarde tout, ne voit rien; arrange tout, ne met ordre à rien; commence tout, ne finit rien ; qui va, revient, retouche, brouille, brise, bouleverse ; delà en un mot, ce que vulgairement on appelle tatillonnage.

Marivaux incapable, par son propre génie, de s’élever au-dessus, même de s’asseoir à côté de ceux qui l’avaient précédé dans la carrière dramatique, chercha à se former une route nouvelle. Il est le premier qui ait mis sur le théâtre l’esprit à la place de la nature et du sentiment, ‘et qui ait substitué la tracasserie à l’intrigue. Une célèbre actrice de la comédie italienne, mademoiselle Silvia, contribua beaucoup par ses talents à faire goûter le genre que M. de Marivaux avait adopté. On a dit que personne n’entendait mieux que cette actrice l’art du tatillonnage, ou du marivaudage. — Sallentin, L’Improvisateur français. Paris, 1806.

Tâtiner. [Substentare.] Terme populaire. C’est tâter plusieurs fois.

On dit proverbialement. Ce sont des enfants de la messe de minuit qui cherchent Dieu à tâtons. — Richelet, op. cit.

Tâtonner. [Dubio passu incedere.] Marcher dans un lieu obscur en tâtonnant avec les pieds pour se conduire plus sûrement. Balancer pour se déterminer à quelque chose. Il y a longtemps qu’il tâtonne pour se marier. Il tâtonnera tant, qu’il laissera échapper l’occasion. [In incertum investigare.] — Richelet, op. cit.

16 juillet 2013

« Entre Blanc et Sauvage, le plus sauvage des deux n’est pas celui que l’on pense » (Jean-Louis Bory, Des yeux pour voir, 1971)

Classé dans : Histoire, Littérature, Philosophie, Politique, Société — Miklos @ 21:47


Illustration (détail) de Mémoires de l’Amérique septentrionale,
ou la suite des voyages de Mr le Baron de Lahontan
, 1704. (
source)
Cliquer pour agrandir

On juge mieux de certains faits et de certains principes quand on les voit en dehors du cadre où ils se meuvent habituellement sous nos yeux ; le changement du point d’optique terrifie parfois le regard ! — Maurice Joly, Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, « Simple avertissement ». Bruxelles, 1864.

Si le dialogue est un genre littéraire fort ancien – on pense évidemment à ceux de Platon, le dialogue entre des morts remonte au moins à Lucien de Samosate (125-180 après J.-C.), qui a fait ainsi converser Diogène et Pollux, Charon et Ménippe, Alexandre et Philippe, Ajax et Agamemnon, et bien d’autres personnages et dieux de l’Antiquité, parfois à trois, à quatre voire à bien plus de prota­gonistes. C’est ainsi que des personnages réels et imaginaires qui « savent » qu’ils sont morts peuvent se rencontrer outre-tombe au-delà des siècles qui les séparaient et des classes sociales ou politiques auxquelles ils appartenaient de leur vivant, principalement afin de confronter les idées qu’ils représentent ou qu’on leur prête ou de fournir un nouveau regard sur leurs actes.

Si l’on connaît aussi un recueil de Dialogues des morts de Fontenelle (1683) – qui y fait se rencontrer par exemple Socrate et Montaigne – et un autre de Fénelon (1712) où l’on voit Achille discourir avec Homère, Alexandre avec Diogène ou Platon et Aristote –, si Lucien, Érasme et Rabelais se rencontrent ad patres sous la plume de Voltaire, le XIXe siècle a produit le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, ou la politique de Machiavel au XIXe siècle de Maurice Joly, pamphlet politique écrit à l’encontre du coup d’État de Napoléon III et publié anonymement à Bruxelles en 1864. Ce texte prémonitoire à certains égards, qu’on a eu le grand plaisir de voir au monté au théâtre il y a quelques années (et que l’on peut aussi écouter ici), a eu le triste sort d’être plagié par l’infâme pamphlet antisémite Les Protocoles des Sages de Sion, texte qui n’a de cesse d’être instrumentalisé depuis sa fabrication au début du XXe siècle jusqu’à nos jours.

Le texte que l’on lira ci-dessous a été publié sans mention d’auteur dans le Journal étranger de Juillet 1760 (dans lequel Diderot publiera un texte deux ans plus tard). Il s’agit en fait de la traduction en français de l’un des Dialogues of the Dead de George Lyttelton (1709-1773), qui fait se rencontrer d’autres auteurs de dialogues, à l’instar de Platon et Fénelon ou Lucien et Rabelais, mais aussi Fernando Cortés et William Penn, Louis XIV et Pierre le Grand, le Duc de Guise et Machiavel…

Dialogue entre Mercure, un Duelliste anglais et un Sauvage de l’Amérique septentrionale [par George Lyttelton]

L’Anglais. La barque de Caron est à l’autre bord ; Mercure, en attendant qu’elle reparte, permettez-moi de causer avec ce Sauvage que vous avez amené ici en même temps que moi. Je n’en ai jamais vu aucun de cette espèce, et je suis curieux de savoir quelle sorte d’animal ce peut être. Il a le regard bien farouche… Je vous prie, Monsieur, quel est votre nom ? J’entends que vous parlez Anglais.

Le Sauvage. Oui, j’ai appris cette langue dans mon enfance, et j’ai été élevé dans la nouvelle York : mais dès que j’ai eu l’âge de raison, je suis revenu au milieu de mes compatriotes, les braves Mohawks ; et ayant été trompé par un de ces Anglais, à qui j’achetais du rhum, je n’ai pas voulu avoir désormais rien à démêler avec eux. Cependant j’ai pris la hache avec ma nation, pour les secourir dans la guerre qu’ils ont eue avec la France, et j’ai eté tué dans un combat ; mais j’ai eu le plaisir, en mourant, de voir mes amis victorieux, et avant que d’être tué, j’avais enlevé la chevelure à sept hommes, à trois femmes, et à deux enfants. Dans une autre guerre, j’avais fait encore de plus grands exploits, et ma valeur m’avait fait donner le nom d’Ours sanguinaire.

L’Anglais. Monsieur l’Ours sanguinaire, je vous respecte fort, et je suis votre très humble serviteur. Mon nom à moi est Tom Pushwell. Je suis gentilhomme de naissance, joueur, et galant homme de profession. J’ai tué plusieurs hommes avec honneur en combat singulier ; mais je ne conçois pas comment on peut couper la gorge aux femmes et aux enfants.

Le Sauvage. C’est notre manière de faire la guerre ; chaque nation a ses usages. Ton air chagrin, et la plaie que j’aperçois à ton sein, me font présumer que tu as été tué, comme moi, en allant enlever des chevelures ; mais comment ton ennemi a-t-il laissé la tienne ?

L’Anglais. J’ai été tué en duel. Un de mes amis m’avait prêté de l’argent : au bout de deux ou trois ans il s’avisa de me le redemander ; je fus piqué de cet affront, et je lui envoyai un cartel. Nous nous donnâmes rendez-vous à Hyde Park ; mon adversaire ne savait pas faire des armes, et j’étais le plus adroit tireur qu’il y eût en Angleterre. Je lui fis d’abord deux ou trois blessures ; mais il se précipita à la fin sur moi avec tant d’impétuosité, qu’il brouilla mon jeu, et me donna un coup d’épée tout au travers des poumons. Je mourus le lendemain comme un homme d’honneur, sans laisser échapper le moindre signe de repentir ; et mon adversaire me suivra bientôt, car son chirurgien a déclaré que ses blessures étaient mortelles. On dit que sa femme est morte de douleur, et il a sept enfants qui vont mourir de faim ; ainsi je suis bien vengé, et c’est ce qui me console. Pour moi je n’ai point de femme, j’ai toujours détesté le mariage ; ma maîtresse cherchera à se pourvoir, et mes bâtards seront placés à l’Hôpital des Enfants-Trouvés.

Le Sauvage. Mercure, je ne veux point entrer dans la barque avec cet homme-là. Massacrer son compatriote, son ami ! Non, je ne veux point entrer dans la barque avec lui ; je passerai la rivière à la nage.

Mercure. Passer le Styx à la nage ! Cela ne se fait pas ; c’est contre les lois de l’Empire de Pluton. Entrez dans la barque, et soyez tranquille.

Le Sauvage. Ne me parlez point de lois, je suis Sauvage, et je ne les connais pas ; c’est à cet Anglais qu’il faut parler de lois. Il y a des lois dans son pays, mais il ne paraît pas qu’il les respecte fort, car assurément les lois ne permettent pas de tuer son compatriote, son ami, parce qu’il redemande l’argent qu’il a prêté. Je sais que la nation anglaise est une nation barbare ; mais elle n’est pas assez féroce pour permettre de semblables atrocités.

Mercure. Tu as raison contre lui : mais comment se peut-il que tu sois aussi blessé du meurtre, toi qui a massacré des femmes dans le sommeil, et des enfants au berceau ?

Le Sauv. Je n’ai tué que mes ennemis ; mais je n’ai jamais tué mes compatriotes, je n’ai jamais tué mon ami ! Mercure, prends ma pelisse, et mets-la dans la barque ; mais que ce meurtrier se garde bien de s’asseoir dessus, ou même de la toucher ; car si cela lui arrive, je le brûlerai au feu que j’aperçois là bas… Adieu je vais traverser à la nage.

Mercure. Un coup de mon caducée va te priver de tes forces… Nage maintenant, si tu le peux.

Le Sauv. Quel enchantement !… Rends-moi mes forces, Mercure, et je t’obéirai.

Mercure. J’y consens ; mais sois tranquille, et fais ce que je te dis.

L’Ang. Mercure, livre-le entre mes mains, j’en prendrai soin. Monsieur le Sauvage, avez-vous peur que ma compagnie ne vous déshonore ? Sachez que j’ai toujours vécu dans la meilleure compagnie d’Angleterre.

Le Sauv. Je sais que tu es un faquin. Ne pas payer tes dettes ! Tuer ton ami, parce qu’il te demande l’argent que tu lui dois ! Eloigne toi de ma vue, infâme, ou je te jette dans le Styx.

Mercure. Arrête. Point de violences, je te l’ordonne. Parle-lui tranquillement, ou bien…

Le Sauv. Je t’obéis, Mercure… Eh bien ! mon brave assassin, quel était donc le mérite qui te faisait recevoir dans la bonne compagnie ? Qu’y faisais-tu ?

L’Ang. Je jouais, comme je vous ai déjà dit. D’ailleurs je tenais une bonne table… Je mangeais aussi bien que le plus grand gourmand de France ou d’Angleterre.

Le Sauv. As-tu jamais mangé une jambe ou une épaule de Français ? C’est ce qui s’appelle un excellent mets. J’en ai mangé vingt de ces Français : ma table était toujours bien servie. Ma femme était la meilleure cuisinière, pour accommoder la chair humaine, qu’il y eût dans toute l’Amérique. Je ne pense pas que, pour manger, tu prétendes entrer en comparaison avec moi.

L’Ang. Je dansais encore très joliment.

Le Sauv. Je veux danser avec toi ; je danserais un jour entier sans me lasser. J’exécutais la Danse de guerre avec plus de légèreté et de vigueur qu’aucun homme de ma nation. Que nous te voyions danser… Mais tu restes immobile comme un rocher. Mercure t’a-t-il frappé de sa verge magique ? Ou crains-tu de nous laisser voir ta maladresse ? Ah ! s’il me laissait faire, je t’enseignerais à danser d’une manière que tu n’as jamais apprise… Que faisais-tu encore, impudent faquin ?

L’Ang. Ô ciel ! faut-il endurer cet affront ! mais que peux-je faire avec ce barbare ? Je n’ai ni épée ni pistolet, et son ombre me paraît deux fais plus robuste que la mienne.

Mercure. Il faut répondre à ses questions ; c’est toi qui as désiré d’avoir une conversation avec lui. Il n’est pas bien élevé, mais il te dira des vérités qu’il faut que tu écoutes ici ; il eût été à souhaiter pour toi que tu les eusses entendues là-haut…. Mais réponds : il te demandait ce que tu faisais encore.

L’Ang. Je chantais fort agréablement.

Le Sauv. Eh bien ! chantez-nous un peu la Chanson de la mort, ou le cri de guerre… Le drôle est muet ! C’est un imposteur, Mercure, il ne nous dit que des mensonges.

L’Ang. Un démenti ! à moi !… Hélas ! il ne m’est pas permis de m’en venger : quelle honte pour la famille des Pushwells ! Ah ! c’est bien ici un véritable enfer.

Mercure. Caron, je remets entre vos mains ces deux Sauvages… Minos jugera jusqu’à quel point le barbare du Mohawk doit excuser ses horribles actions. Mais pour cet Anglais, quelle raison donnera-t-il ? La coutume du duel ? C’est tout au plus une mauvaise excuse, et encore ne peut-il pas en colorer son crime. Le motif qui lui a fait plonger son épée dans le sein de son ami, n’est pas le motif de l’honneur : c’est l’esprit des furies, d’Alecton elle-même. C’est à elle qu’il faut renvoyer ce meurtrier ; car elle a déjà longtemps habité dans son cœur inhumain.

Le Sauv. S’il faut le punir, on n’a qu’à me l’adresser ; je connais mieux que personne l’art de tourmenter. Reçois d’abord ce coup de pied, Monsieur le beau danseur, et entre dans la barque, si tu ne veux en recevoir un second. Ah ! qu’il me tarde de te voir condamné !

L’Ang. Ô mon honneur, mon honneur, de quel opprobre êtes-vous couvert !

Lord Lyttelton, [trad. de] « Dialogue VI. Mercury – An English Duellist – A North American Savage », in Dialogues of the Dead.

14 juillet 2013

De l’interdiction de nourrir les pigeons à Paris

Classé dans : Cuisine, Histoire, Santé, Société — Miklos @ 18:29


L’homme aux pigeons (devant le Centre Pompidou, 2008)

Le Traité de la police de Nicolas Delamare (ou de La Mare), publié en quatre volumes au début du XVIIIe siècle, bien qu’inachevé, comprend une somme considérable d’informations de grand intérêt sur « l’histoire administrative, le passé économique, les mœurs et cou­tu­mes d’autrefois, l’évolution de l’agglomération pari­sienne ». (P.M. Bondois, 1935)

Nous citerons d’abord un extrait du livre quatrième (« De la santé »), titre II (« Que la salubrité de l’air contribue à la santé »), chapitre III (« Qu’il ne faut élever dans les villes aucuns des bestiaux qui causent de l’infection ») qui montre bien que la plaie des pigeons – sans doute la onzième de celles d’Égypte – n’est pas récente et préoccupait la maréchaussée autant alors qu’aujourd’hui. En passant, nous apprendrons l’étymologie du nom de la rue aux ours et verrons que les lois de salubrité n’avaient rien d’absolu, et étaient en fait modulables selon le statut social des habitants des divers quartiers (comme quoi, on nettoie mieux le 16e arrondissement que le 18e).

De tous les animaux domestiques, il n’y en a point dont l’infection des excréments soit plus capable de corrompre l’air que les porcs, les pigeons, les lapins, les oies et les canes. La Coutume d’Étampes article 185 y comprend les bêtes à laine : elle porte, qu’il n’est loisible à personne faisant sa demeure en cette ville, d’y tenir bêtes à laine, porcs, oies ou canes ;à peine de confiscation et d’amende arbitraire. Et l’article 192 défend d’y nourrir des pigeons privés, à peine de cent sols parisis d’amende. La Coutume de Nivernois chapitre dix, article dix-huit, fait défendre de nourrir dans la ville de Nevers aucuns pourceaux, truies, boucs, chèvres, cochons, chevreaux, et autres bêtes semblables, et ordonne que ces défenses auront pareillement lieu dans les autres villes de la province.

Saint Louis par une ordonnance du vendredi d’après la Toussaints 1291 défendit de nourrir aucuns porcs au-dedans des murs de la Ville de Paris.

Le Prévôt de Paris par une ordonnance du samedi d’après la Chandeleur 1348 et une autre ordonnance du trente janvier 1350 fit défenses de nourrir dans la ville aucuns pourceaux, à peine de soixante sous d’amende : enjoignit aux sergents de les tuer où ils les trouveraient ; ordonna qu’ils en auraient la tête pour leur salaire, et que le reste du corps serait porté à l’Hôtel-Dieu, à la charge d’en payer le port.

Charles V, par des lettres patentes du vingt-neuvième Août 1368 défendit expressément à toutes personnes de nourrir des pigeons dans la ville, faubourgs et banlieue de Paris.

Une ordonnance du Prévot de Paris du 4 Avril 1502 sur le réquisitoire des avocats et procureur du Roi, fait défenses à toutes personnes de nourrir des pigeons, des oisons, des lapins, ni des porcs dans la ville et faubourgs de Paris, à peine de confiscation et d’amende arbitraire, dont le dénonciateur aura le tiers.

Les oies étaient en ce temps d’un si grand usage à Paris, que les rôtisseurs ne faisaient presque point alors d’autre débit ; c’est de-là qu’ils se trouvent nommés dans les anciennes ordonnances oyers, et non pas rôtisseurs, et que le quartier où ils demeuraient en plus grand nombre prit le nom de rue aux oyers, que l’on nomme aujourd’hui par corruption rue aux ours. Plusieurs pauvres gens des faubourgs ou des extrémités de la ville élevaient de ces volailles, et en faisaient commerce sous le titre de poulaillers. Ils donnèrent leur requête au Prévôt de Paris, pour avoir la liberté de continuer leur commerce dans ces lieux exposés au grand air : ce magistrat commit un commissaire pour y faire une descente en la présence du Procureur du Roi, et sur le rapport de cet officier il rendit la sentence que voici :

« À tous ceux qui ces présentes lettres verront, Gabriel baron et seigneur d’Allègre, Saint-Just, Meillau, Torzet, Saint Dyer et de Pussol, conseiller, chambellan du Roi notre Sire, et garde de la prévôté de Paris, salut, savoir faisons ; que vue la requête à nous faite et présentée par les Maîtres poullaillers de la ville de Paris, par laquelle ils auraient requis leur être permis de pouvoir faire nourrir des oisons ès rues du Verbois en cette dite ville de Paris, rue des Fontaines, et autres lieux de ladite Ville les plus convenables, ainsi que d’ancienneté, et mêmement depuis neuf ans auraient eu congé et pouvoir de ce faire. Sur laquelle eussions ordonné dès le trentième jour de Mai dernier passé, que les lieux seraient visités par le premier Examinateur de par le Roi notredit Seigneur audit Châtelet de Paris, qui en ferait son procès verbal, pour ce fait en être ordonné comme de raison : vu aussi le procès verbal fait en vertu de ladite requête par notre aimé Maître Etienne Migot, Examinateur audit Châtelet ; par lequel Nous est apparu ledit Examinateur, en la présence du Procureur du Roi notredit Seigneur audit Châtelet, avoir visité, et soi être transporté en ladite rue du Verbois, outre les églises du Temple et de saint Martin des champs à Paris, et trouvé icelle rue être détournée de gens, et à l’écart, à laquelle n’habite que menues et simples gens, comme poullaillers, vignerons et non gens d’état ; ne maisons d’apparence, où il y a grands jardins et lieux vagues, et qui aboutit sur les murs et anciens égouts de cettedite Ville de Paris, et comme lieu champêtre. Vu aussi certain congé donné de nous le mercredi second jour de Mai mil cinq cent et quinze, auxdits poulaillers, de faire les nourritures dont il est question : nous pour considération de ce que dit est auxdits Maîtres poulaillers, avons permis et permettons, oy sur ce ledit Procureur du Roi audit Châtelet, de pouvoir nourrir telle quantité d’oisons que bon leur semblera ; pourvu que sous ombre de ce, ne soit fait chose préjudiciable, et de pouvoir révoquer cette présente permission, où il serait trouvé ci-après être au préjudice d’aucuns et de la chose publique. En témoin de ce nous avons fait mettre à ces présentes le scel de ladite Prévôté de Paris. Ce fut fait le jeudi dix-huitième jour de Juin l’an mil cinq cent vingt-trois. Ainsi signé, A. Lormier. »

Ceux qui avaient obtenu cette permission en abusèrent, d’autres se joignirent à eux, la Ville se trouva remplie de volaille ; leur infection jointe à celle des immondices dont le nettoyement avait été beaucoup négligé, causèrent plusieurs maladies. François I y pourvut par un édit du mois de Novembre 1539. […]

Il faut probablement pondérer l’option de Delamare, selon laquelle les rôtisseurs ne faisaient commerce quasiment que d’oies : dans ses Règlemens sur les arts et métiers de Paris rédigés au XIIIe siècle, et connus sous le nom du livre des métiers d’Étienne Boileau (1837), Georges Bernard Depping écrit, à propos de « l’ordenance du mestier des oyers de la ville de Paris » :

Quoiqu’ils fussent appelés alors oyers, et que la rue aux Oues eût été nommée d’après les oyers qui l’habitaient, ce qui ferait supposer qu’ils rôtissaient principalement des volailles, on voit par les articles du statut qu’ils apprêtaient toutes les viandes, et même la charcuterie.

Pour conclure et revenir à nos moutons pigeons, on ne sait si les oyers proposaient les mets dont on voit ci-dessous des recettes tirées du Cuisinier royal et bourgeois, qui apprend à ordonner toute sorte de repas, et la meilleure manière des ragoûts les plus à la mode et les plus exquis, ouvrage très utile dans les familles, et singulièrement nécessaire à tous Maîtres d’Hôtels, et Écuyers de Cuisine, publié à Paris en 1693. Si chaque parisien mettait la main au plat, peut-être pourrait-on finalement éradiquer la plaie en question ?

13 juillet 2013

Старый барабанщик

Classé dans : Histoire, Langue, Musique, Politique — Miklos @ 19:16

Старый барабанщик,
Старый барабанщик,
Старый барабанщик
Крепко спал.
Он проснулся,
Перевернулся,
Три копейки потерял.

Старый барабанщик,
Старый барабанщик,
Старый барабанщик
Крепко спал.
Он проснулся,
Перевернулся,
Спотыкнулся и упал.

Старый барабанщик,
Старый барабанщик,
Старый барабанщик
Крепко спал.
Он проснулся,
Перевернулся,
Встал и снова заиграл.

Старый барабанщик,
Старый барабанщик,
Старый барабанщик
Крепко спал.
Он проснулся,
Перевернулся,
Встрепенулся и сказал:
Старый барабанщик,
Старый барабанщик

Couvrez ce pied que je ne saurais voir

Classé dans : Histoire, Langue — Miklos @ 18:05


Le Raisonneur n° 28, décembre 2009 (
source)

Le Grand dictionnaire de l’Académie françoise (ce titre le date, ditez-vous ? on rétorquera que chez les Immortels le temps ne fait rien à l’affaire), publié en 1696 à Amsterdam (« suivant la copie de Paris », précise l’édition en question), écrit à l’article Estaler :

Estaler, sign. fig. Estendre, desployer, monstrer avec ostentation. Ceste Damoiselle estale ses belles jupes, estale ses charmes.

Sans même attendre l’explic(it)ation promise en 2009 par Philippe, on peut en déduire que l’expression pied d’es­tale signifie dans ce contexte « croche-pied ostentatoire qu’une femme faisait à sa voisine et concur­rente afin qu’elle s’étalât », acte d’autant plus répré­hensible qu’une dame de bonne famille n’aurait jamais osé montrer sa cheville, à moins, évi­demment, de s’y prendre à la tombée de la nuit, au noir (mais une dame de bonne famille ne sortait jamais seule à la tombée de la nuit). Au-delà du contexte en question, on imagine que l’expression décrit ce si French cancan qu’on retrouve toujours avec plaisir dans La Vie parisienne au son du joyeux refrain « sa robe fait frou-frou frou-frou, ses petits pieds font toc-toc-toc ».

À ne pas confondre, donc, avec le piédestal, sur lequel on peut trouver indif­fé­remment des colonnes, des statues, des hommes politiques russes, de petits hommes politiques français, des sportifs et en général toute personne qu’on veut hausser au regard des autres pour quelque raison que ce soit. On écrivait autrefois pedestal, comme l’atteste par exemple ce court passage tiré de la description rhapsodique de « La magnifique, superbe, & triumphante entree du roy Henry second, faite en la noble & antique cité de Lyon » (in Mémoires de l’histoire de Lyon par Guillaume Paradin de Cuyseaulx, publiées en 1571) et où l’on voit d’ailleurs que des « Dames, damoiselles, Bourgeoises, & belles jeunes filles » représentant « toute la beauté du monde » estalaient leurs charmes aux yeux du roy :

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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