Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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15 août 2011

Le cœur de l’Europe

Calendrier pour l’année 1871 (détail). Béguinage d’Anderlecht.

Bruxelles est la capitale d’une Europe qui, à l’image de la Belgique, n’a pas les coutures très solides : ses deux ventricules ne s’accordent pas. Dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, Jules César aurait pu aussi bien écrire Belgium est omnis divisum in partes tres (en comptant la petite région germanophone). Il ne l’a pas fait et a plutôt vanté le courage de ce peuple : Horum omnium fortissimi sunt Belgae. Près de deux millénaires plus tard, un certain Jean Le Mayeur chante la gloire de ce pays :

Je chante ce pays rival de l’Italie,
Par son agriculture et par son industrie ;
Pays à qui l’Anglais doit le plan de ses lois ;
Le Français, son ClovisFils de Childéric, roi des Francs de Tournai, et trois souches de Rois ;
L’Europe, des héros d’une valeur sublimeOn pense évidemment à Tintin et au commissaire Maigret. ;
L’Asie, un conquérant, seul vainqueur à SolymeJérusalem. Il s’agit de Godefroy de Bouillon ;
La terre, le bienfait de mille inventionsLa gaufre et la bière, principalement.,
Transmises de nos bras aux autres nations ;
La mer, sur tous les bords où s’étend le commerce,
L’un des premiers essais des trésors qu’il nous verse.

Jean Le Mayeur, La Gloire Belgique, poème national en dix chants. Louvain, 1830.

On pourra voir ici quelques photos de son palais royal.

2 août 2011

Mais qui porte vraiment la culotte, à Paris ?

Classé dans : Actualité, Histoire, Société — Miklos @ 21:25

Cette femme porte le haut de chausses, porte des chausses, porte la culotte, Elle est plus maîtresse dans sa maison que son mari. — Dictionnaire de l’Académie française, 1835.

Les Parisiennes qui portent la culotte doivent en demander l’autorisation de la police avec raisons médicales à l’appui selon une loi du 26 brumaire de l’an IX (17 novembre 1799) encore en vigueur, nous apprend l’agence Reuters. D’autres pays à la pointe du progrès ont aussi des lois quelque peu curieuses ; ainsi, à Jasper (Alabama), il est interdit à un homme de battre sa femme avec un bâton dont le diamètre est supérieur à celui de son pouce ; à Nogales (Arizona), on ne peut porter des bretelles ; en Californie il faut posséder un permis de chasse pour être autorisé à poser un piège à souris, tandis à Hartford (Connecticut) on n’a pas le droit de dresser un chien, ni – aucun rapport – d’embrasser sa femme un dimanche, alors qu’à Eureka (la si bien nommée, au Nevada), les hommes qui portent moustache ne peuvent embrasser de femmes – ni la leur ni d’autres, non seulement les dimanches mais tous les autres jours de la semaine. Le Massachusetts, à la pointe de la morale (bien qu’il ait interdit la fête de Noël dès 1659), ne permet pas aux couples (même mariés) de dormir nus dans des chambres louées (bed-and-breakfast, par exemple) et exige un certificat médical pour ceux qui voudraient prendre un bain. On pourra se délecter à la lecture d’une liste assez exhaustive de ces ordonnances amé­ri­caines toujours en vigueur.

Mais revenons aux femmes empantalonnées. Cette loi parisienne et inique mettait fin à un trop bref âge d’or, de quelques années à peine, où les femmes s’étaient délectées à porter des falzars. Dans son ouvrage La Française du Siècle. Modes Mœurs Usages (1886), Octave Uzanne décrit, dans son premier chapitre (« Nymphes et Merveilleuses »), l’effet libératoire qu’a eu sur la société la sortie de la Terreur au lendemain du 9 Thermidor. « Logiquement, on peut dire que la frontière du XVIIIe siècle est franchie et qu’une ère nouvelle commence avec toutes les transformations de mœurs, de langage, de costumes qui marquent l’évolution normale de la France vers un nouveau Régime. (…) Aussi n’est-il point étonnant de voir en tous lieux renaître le plaisir, les jeux, l’allégresse après une si longue contrainte ; la confusion est partout ; on sent qu’on vit dans l’interrègne de la morale ; on s’étourdit, on s’oublie, on se grise, on s’abandonne, on se donne avec facilité et sans prendre garde aux moyens. La femme, principalement, a conscience qu’elle vient de reconquérir ses droits les plus charmants. » Et il cite Lous-Sébastien Mercier1 qui parle de façon assez coquine de l’accoutrement extravagant de certaines Merveilleuses (et, en passant, nous informe de la façon originale qu’avait le comte d’Artois de se culotter et de se déculotter) :

« Quel bruit se fait entendre ? Quelle est cette femme que les applaudissements précèdent ? Approchons, voyons. La foule se presse autour d’elle. Est-elle nue ? Je doute. Approchons de plus près ; ceci mérite mes crayons : je vois son léger pantalon, comparable à la fameuse culotte de peau de Mgr le comte d’Artois, que quatre grands laquais soulevaient en l’air pour le faire tomber dans le vêtement, de manière qu’il ne formât aucun pli, lequel, ainsi emboîté tout le jour, il fallait déculotter le soir en le soulevant de la même manière et encore avec plus d’efforts ; le pantalon féminin, dis-je, très serré, quoique de soie, surpasse peut-être encore la fameuse culotte par sa collure parfaite ; il est garni d’espèces de bracelets. Le justaucorps est échancré savamment et sous une gaze artistement peinte palpitent les réservoirs de la maternité. Une chemise de linon clair laisse apercevoir et les jambes et les cuisses, qui sont embrassés par des cercles en or et diamantés. Une cohue de jeunes gens l’environne avec le langage d’une joie dissolue. Encore une hardiesse de Merveilleuse, et l’on pourrait contempler parmi nous les antiques danses des filles de Laconie : il reste si peu à faire tomber que je ne sais si la pudeur véritable ne gagnerait pas à l’enlèvement de ce voile transparent. Le pantalon couleur de chair, strictement appliqué sur la peau, irrite l’imagination et ne laisse voir qu’en beau les formes et les appas les plus clandestins ;… et voilà les beaux jours qui succèdent à ceux de Robespierre ! »

Pantalon, dit-il ? Collant couleur chair carrément coquin ! Culotées, ces charmantes créatures. Pas étonnant que les prémices du « nouveau Régime » qu’évoque Uzanne, le Premier Empire, se soient accompagnées d’un retour à l’ordre moral dont cette interdiction est l’une des manifestations (mais qui, comme on peut le voir dans l’illustration ci-dessous, ne semble pas avoir eu un effet immédiat).

La sénatrice Maryvonne Blondin – qui siège à Paris (en pantalon ?) mais représente le Finistère – a déposé une proposition de loi demandant l’abrogation de ce texte. Jusqu’ici, la préfecture de police avait résisté à ces efforts qui remontent à 1887. Mais est-ce vraiment nécessaire ? Certains observateurs notent un retour actuel vers la pudeur : « De nos jours, nous constatons que les corps se rhabillent un peu plus. Notamment chez les plus jeunes, avec le délaissement du slip de bain pour les shorts. » constate le sociologue Jean-Didier Urbain, et ce n’est pas que pour se protéger du soleil (la différence entre slip et short est négligeable, sur ce point). De là à ce que les femmes acceptent de revenir, d’elles-mêmes, à la jupe, à la robe, voire au niqab… pardon, une autre loi en vigueur l’interdit.


1 Auteur – très prolifique – entre autres du Tableau de Paris avant la Révolution française et du Nouveau Paris (en 1798), ainsi que d’une utopie, L’an deux mille quatre cent quarante, rêve s’il en fût jamais, que nous avions déjà évoquée.

21 juillet 2011

Une question d’identité(s)

Classé dans : Actualité, Histoire, Politique, Racisme, Société — Miklos @ 10:32

Le moi, devant autrui, est infiniment responsable. — Emmanuel Levinas, Éthique et infini.

On pouvait lire cette information hier :

Dix élus de banlieue d’origine maghrébine viennent de rentrer des États-Unis convaincus qu’il faut relancer le débat sur ce mode de recensement [ethnique] des populations encore proscrit en France. (…) Aux États-Unis, le recensement détaille déjà de 116 à 130 catégories, les Latinos ayant été récemment divisés en deux. En Grande-Bretagne, les communautés répertoriées sont passées en vingt ans de 14 à 29, avec désormais trois sortes de Blancs (Britanniques, Irlandais, autres Blancs), les Gallois réclamant leur propre catégorie. Chacun, au nom de son particularisme, s’estime en droit de revendiquer un comptage à part, pour mieux faire avancer sa cause. (Le Figaro, 20/7/2011).

Lorsque l’on consulte la liste des races (sic) selon la nomenclature américaine, il y a de quoi être sidéré : appartenance à une seule race (six choix), à deux, trois, quatre, cinq, voire six… On se demande à combien de générations il faut remonter, et selon quoi on se détermine soi-même : si une de ses bisaïeules afro-américaines a été violée par un blanc dont l’un des parents venait de Hawaï, se définit-on comme triracial de type “White ; Black or African American ; Native Hawaiian and Other Pacific Islander” ? Et encore, cela dépend si on a plus ou moins de 18 ans.

Ceci rappelle évidemment une autre classification, moins bien détaillée il est vrai mais très « précise », celle des lois de Nuremberg de sinistre mémoire et de tragique conséquence, et dont l’article 5 déterminait ainsi l’appartenance à la « race juive » (absente de la classification américaine actuelle) :

• toute personne ayant trois grands-parents juifs ;

• toute personne ayant deux grands-parents juifs et faisant partie de la communauté juive au 15 septembre 1935, ou ayant rejoint cette communauté après cette date ;

• toute personne mariée à un juif ou une juive au 15 septembre 1935, ou toute personne se mariant avec un juif ou une juive après cette date ;

• toute personne née le/après le 15 septembre 1935 d’un mariage ou d’une relation hors mariage avec un juif ou une juive.

Dans le cas en question, ces élus, poursuit l’article cité ci-dessus, « ont pourtant le sentiment qu’une meilleure évaluation du poids respectif des communautés permettrait de corriger ce qu’ils considèrent comme des “discriminations” ». Que des bonnes intentions. Mais, on le sait, l’enfer en est pavé. Et d’autre part, il est évident qu’ils voient midi à leur porte : les discriminations ne se font pas uniquement selon « l’origine » perçue ou réelle d’une personne, au faciès ou au nom, mais sur tellement d’autres critères (perçus ou réels eux aussi) : âge, genre, orientation sexuelle, classe sociale, apparence physique, handicaps…

Faudra-t-il ainsi se faire ficher sous toutes ses coutures ? Certains le font déjà chez Google ou Facebook, mais ce n’est pas une raison pour l’étendre à tous. Et une fois qu’on aura déterminé tous ces paramètres au goût du jour, cela changera-t-il le fond des choses, celui de ce comportement « humain », trop humain, qui fait rejeter instinctivement, par une sorte de peur viscérale et animale, celui qu’on perçoit comme autre ? On en a vu récemment des débordements qu’on aurait crus absents chez certaines personnes d’apparence civilisée, mais non : cette civilisation n’est sans doute qu’un vernis de surface. Le travail de fond, permanent, reste toujours à faire, Sisyphe.

16 juillet 2011

Chère Eva Joly

Classé dans : Actualité, Histoire, Politique, Société — Miklos @ 22:42

Nous avons un point en commun, la binationalité. Mais avec une différence : je suis né sur le territoire français, tandis que vous avez choisi de l’acquérir et de vivre ici, comme ma mère l’avait d’ailleurs fait quelque trente ans avant vous. Quelle autre preuve faut-il de votre attachement à ce pays ?

Le fait d’être né ici ne garantit en rien une « bonne » citoyenneté, ni la connaissance de l’histoire de ce pays (à part le « 1515 Marignan », et encore…), ni le respect de ses lois. Si vous avez pu atteindre la magistrature, et ainsi vu bien plus que d’autres les turpitudes de nos concitoyens, qu’est-ce qui peut vous empêcher de briguer la magistrature suprême ?

Lorsque je pense à l’histoire relativement récente de ce pays, je me dis d’ailleurs que cette nationalité acquise n’est pas forcément égale – non pas en devoirs mais en droits – à celle de ceux dont les ancêtres remontent à une immigration ou une invasion moins récente : ma mère, venue dans le pays de la liberté et espérant y trouver l’égalité en en acquérant la nationalité, a dû se cacher pendant la guerre pour éviter d’être raflée et déportée par ceux dont elle était devenue concitoyenne.

Quant à l’armée française, nous connaissons aussi son histoire avec ses hauts et ses bas. Si la plupart de ses membres sont citoyens français, l’inverse n’est évidemment pas vrai : la plupart des citoyens français ne sont pas soldats, ne l’ont jamais été et ne le seront jamais (on l’espère), avec la suspension du service national par un président français. Pourquoi ne comprend-on pas votre proposition comme une façon d’élargir ce moment de la fête nationale – qui, contrairement au 11 novembre par exemple, ne marque pas un événement militaire en soi – qu’est le défilé à tous les Français ? on peut rêver d’y voir ainsi enfants, adultes et personnes âgées, des représentants des provinces, des métiers, des écoles, de l’armée… que sais-je –, qui passeraient du rôle de spectateurs à celui d’acteurs. Diffusé sur les principales chaînes, ne monterait-il pas une image plus variée, plus inclusive, de cette France qui pense surtout à se déchirer ?

Une autre différence dans nos parcours : j’ai été officier de carrière pendant un certain nombre d’années. Mon livret militaire français indique que j’ai effectué mon service national en vertu de l’accord entre ces deux pays dont je détiens les nationalités. Eh bien, ce pays-là a supprimé le défilé militaire de sa fête nationale en 1973, ce qui n’a pas terni l’image de son armée. Si votre proposition est acceptée, ce ne sera pas le premier changement dans la longue histoire de l’armée française : son ouverture aux femmes, la suppression de la conscription, la fermeture de nombreuses bases… Ce n’est pas une trahison de l’histoire, mais une prise d’acte de l’évolution du rôle de l’armée et de sa place dans la société : s’imaginerait-on vivre sous l’Ancien régime, par exemple, en parlant françois et en étant tiré au sort pour servir dans les milices (provinciales, pas celles de sinistre mémoire, mais pourtant bien françaises) ?

La France – une certaine France – est crispée sur son arrière-garde. Être femme, être binationale, être magistrat (et non pas avocat comme certains impétrants) lui fait confronter misogynie et xénophobie, « culture ancienne » et culture tout court. S’il n’y avait que cela, ce serait déjà une bonne raison pour être candidate. Quelle que soit l’issue de cette campagne, vous aurez contribué à faire bouger les choses, à l’instar d’un Barack Obama aux États-Unis. C’est un honneur pour la France.

24 juin 2011

De quelques portables novateurs

Classé dans : Histoire, Sciences, techniques — Miklos @ 23:21


Imprimante personnelle portable (1850)


Chaîne hydro-électrique guérisseuse portable (1851)


Colon portable (1910)


Clavier électrique portable (1959)

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