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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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16 mai 2011

Une brève histoire du tourne-page de musique en brevets, en images et en films documentaires

Classé dans : Histoire, Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 19:22


Victor Borge (US)


Sonate pour tourne-page et piano


Concerto pour tourne-page

Enfin ! Le grand cerveau du scientifique distingué donne au monde un simple tourne feuillet de musique automatique.

Appuyez le pied gauche (A) sur la pédale (B), ce qui abaissera la poignée (C) sur la pompe à air (D). La pression de l’air active le sifflet (E). Le poisson doré (F) croit que c’est l’heure du repas et commence à manger le ver (G). La tension sur l’élastique (H) dégage la clenche (I), en conséquence de quoi la planchette (J) s’abaisse, laissant le poids (K) sans support. Il est normal que le porte-chapeau (L) se détende soudainement, et le gant de boxe (M) frappe le punching ball (N) que perce un poinçon (O). L’air qui s’en échappe frappe une voile (P) fixée à la page de musique (Q), qui tourne délicatement et révèle le jaillissement suivant de musique aigre ou douce.

Rube Goldberg (US), s.d.


Tourne-page de journal pour le petit déjeuner, inspiré des inventions de Rube Goldberg.


Tourne-page à musique activé par le genou (US), 1932


Tourne-page à pédale (US), 1923.


Joseph de Boodt (France), 1864


Tourne-page à musique magnétique, Druce et Co. (US), 1854


Alexandre-Parfait-Fortuné Lépine (France), 1853


Ramsay (Royaume Uni), 1834


Miklos.

11 mai 2011

Entre passé et futur, ces hommes imperturbables

Classé dans : Architecture, Histoire, Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 22:52

Il y a pourtant encore des hommes, imperturbables admirateurs du passé, soit par défaut de lumières ou par défaut de sincérité, qui ne cessent de réclamer l’ancien état des choses avec tous ses accessoires : s’il leur faut désigner avec précision cet âge d’or, ils ne s’entendent plus…

Abbé de Montgaillard, Histoire de France depuis la fin du règne de Louis XVI jusqu’à l’année 1825. Paris, 1827.

Si c’est le fait que l’homme s’insère dans le monde qui brise le courant indifférent du changement éternel en lui attribuant un but, à savoir l’homme lui-même, l’être qui l’affronte, et si, de par cette insertion, le flot indifférent du temps s’article en ce qui est derrière l’homme, le passé, ce qui se trouve devant, le futur, et lui-même, le présent de lutte, il s’ensuite que sa présence détourne le cours du temps de sa direction originale ou (si l’on pose un mouvement cyclique) de sa non-direction ultime. Sans l’homme n’existe pas la différence entre passé et futur, mais seulement l’éternel changement.

Inocent-Mária Szaniszló, Les réflexions théologiques sur les pensées d’Hannah Arendt. Lit Verlag, Vienne, 2005.

9 Ce qui a été, sera, et ce qui a été fait, sera fait, et n’y a rien de nouveau sous le soleil. 10 Il y a telle chose qu’on montre comme nouvelle, laquelle toutefois a déjà été au temps passé, qui a été devant nous. 11 Il n’est mémoire des passés ; et même de ceux qui sont à venir, il n’en sera mémoire vers ceux qui seront après.

Ecclésiaste, ch. I. Trad. Sébastien Castellion.

30 avril 2011

Aimez-vous Sinopov, ou, comment s’appelle déjà le compositeur du Lac des cygnes ?

Classé dans : Histoire, Langue, Musique — Miklos @ 0:07


Tchaïkovski en 1859 (source). Fond d’écran : manuscrit de la réduction pour piano de son opéra L’Enchanteresse (source).
Cliquer pour agrandir.

— Que l’on aime ou non ce tube, vous pensez savoir répondre à cette question doigts dans le nez ? Sortez-en donc un ou deux, et écrivez ici votre réponse sans vous tromper dans l’orthographe : ________________. Plus difficile, hein ?

— …

— Raté. La réponse est évidemment Чайковский.

— Vous y allez fort, vous ! Je n’ai pas ces lettres sur mon clavier… !

— Admettons. Eh bien, VIAF, le répertoire international des référentiels communs à une vingtaine de bibliothèques nationales, en répertorie plus de cinquante, dont voici celles qui n’utilisent que les lettres latines ou leurs dérivées :

Čai­kov­skij, Čai­kov­skis, Čaj­kov­ski, Caj­kov­skij, Čaj­kov­skij, Chai­kov­skiii, Chai­kov­skiï, Chai­kov­sky, Chaĭ­kov­ski, Chaĭ­kov­skiĭ, Chaǐ­kov­skii, Chay­kov­skii, Chaï­kov­skiï, Ciai­kov­ski, Ciai­kov­skij, Ciai­kov­skji, Ciai­kov­sky, Ciai­kow­ski, Csaj­kovszkij, Czaj­kow­ski, Tchai­kof­sky, Tchai­kov­ski, Tchai­kov­skiĭ, Tchai­kov­skij, Tchai­kov­sky, Tchai­kow­ski, Tchai­kow­sky, Tchaï­kov­ski, Tchaï­kov­sky, Tchaï­kow­sky, Tchai̋­kov­ski, Tchai̋­kov­sky, Tchaï­kov­ski, Tchaï­kov­sky, Tciai­kow­ski, Tjaj­kov­skij, Tschaij­kow­skij, Tschai­kou­sky, Tschai­kov­sky, Tschai­kow­sk, Tschai­kow­ski, Tschai­kow­skij, Tschai­kow­sky, Tschai̋­kow­sky, Tschaj­kov­skij, Tschaj­kov­sky, Tschaj­kow­ski, Tschaj­kow­skij, Tshai­kov­skij, Tsjai­kof­ski, Tsjai­kov­sky, Tsjai­kow­ski, Tsjaï­kov­skiej

Il se peut qu’une lettre ne s’affiche pas chez vous : il s’agit du i double accent aigu, que l’on trouve en hongrois.

— Difficile de se tromper, avec tous ces choix, j’aime bien celui qui se termine par trois i. On peut en rajouter ? Et dites, pourquoi me demandez-vous si j’aime Sinopov ? Et qui est-ce, d’abord ?

— Il s’agit du même ; c’est le nom sous lequel il avait composé en 1878 une Marche Skobelev (je vous fais grâce du nom en russe et de ses variantes latines), qu’il ne voulait pas qu’on lui attribue, ne la tenant pas en estime. Il s’agissait d’une commande de Jurgenson, éditeur musical et ami du compositeur à l’occasion de la guerre russo-turque de 1877-1878 (source). Mikhaïl Skobelev était un général de l’armée tsariste très estimé, qui mourut quatre ans plus tard d’une crise cardiaque (il n’avait que 38 ans) dans la chambre d’hôtel d’une… heu… cocotte (à l’instar d’une autre célébrité, un certain président Félix Faure en 1899). Elle lui avait fait sans doute atteindre le septième ciel (et y rester) plus rapidement que sa femme dont il était séparé, la princesse Gagarine. Je ne peux vous dire si le premier explorateur des cieux, Youri Gagarine, lui est apparenté, mais c’est pour sûr un nom prémonitoire.

28 avril 2011

« Ce cœur qui haïssait la guerre » — Robert Desnos

Classé dans : Histoire, Littérature, Photographie — Miklos @ 23:37


Le veilleur du Pont-au-Change

« … Desnos qui, tous les témoignages sont là-dessus d’accord, parle pour tous du fond de la nuit ». — Julien Gracq, « Spectre du ‘Poisson soluble’ », Préférences. José Corti, Paris, 1961.

23 avril 2011

Place des Victoires

Classé dans : Architecture, Arts et beaux-arts, Histoire, Photographie, Sculpture — Miklos @ 18:06

Place des Victoires aujourd’hui (autres vues ici)

La place des Victoires telle que nous la connaissons aujourd’hui n’avait pas le même aspect lors de son inauguration : un imposant monument doré à la gloire de Louis XIV et de la Paix de Nimègue s’élevait en son centre (mis à bas à la révolution française et remplacé en 1822 par la statue équestre que l’on connaît, œuvre de Bosio ; certains éléments en sont conservés au musée du Louvre) ; d’autre part, sa forme a été gravement altérée au XIXe siècle par la percée de la rue Étienne-Marcel et le changement apporté à la partie droite de la rue Vide-Gousset.

Voici comment se présentait la place un siècle auparavant :

Les noms de rues neuves, et de Petits-Champs que portent plusieurs rues de ce quartier, dénotent qu’il en a été un des derniers habités ; en effet, j’ai ouï dire en 1715 au Commissaire la Mare, auteur du Traité de la Police, qu’il n’y avait pas encore cent ans qu’au milieu du terrain qu’occupe aujourd’hui la Place des Victoires, il y avait un moulin à Vent.

(…)

Ici finit la rue neuve des petits-Champs par une espèce de patte-d’oie, formée par les rues neuves des petits Pères, de la Feuillade et de la Vrillère. La rue neuve des petits Pères s’est longtemps nommée la rue Vide-gousset : nom qu’on lui avait donné de sa situation dans un quartier peu habité, et où l’on courait grand risque d’être volé, lorsqu’on y passait de nuit. Comme cette rue est le long de la grand-cour des Augustins déchaussés, dits petits-Pères, on lui a donné le nom de ces Religieux, et on a restreint celui de la rue Vide-gousset au petit bout de rue qui va du coin de celle du Mail à la Place des Victoires. (…)

C’est ici l’ouvrage de la reconnaissance de François vicomte d’Aubusson de la Feuillade, pair et maréchal de France, colonel des Gardes françaises, et gouverneur de Dauphiné, pour toutes les faveurs et toutes les grâces qu’il avait reçues de Louis le Grand. Jamais particulier n’avait encore entrepris de consacrer à la gloire de son prince un monument aussi magnifique, ni une si grande dépense. Dans cette vue, le maréchal duc de la Feuillade acheta en 1684 l’Hôtel de Senneterre, et le fit abattre pour y ouvrir cette place ; mais comme cet emplacement ne suffisait pas, il engagea le Corps de Ville à acheter l’Hôtel d’Emery, et plusieurs autres maisons qui furent toutes renversées pour ce dessein.

Malgré le renversement de tant de maisons, cette place n’est pas d’une grande étendue ; mais six rues qui y viennent aboutir la dégagent beaucoup et semblent la rendre plus grande qu’elle n’est en effet. Sa figure est un ovale irrégulier, qui a quarante toises de diamètre. Les bâtiments qui règnent au pourtour sont d’une même symétrie, et ornés de pilastres d’ordre ionique, soutenus sur des arcades chargées de refends.

Du milieu de cette place s’élève un monument qui a trente-cinq pieds de hauteur, vingt-deux pour le piédestal qui est de marbre blanc-veiné, et treize pour la figure de Louis le Grand. La statue de ce prince, et celle de la Victoire, font ici un groupe d’autant plus brillant qu’il est de bronze doré. La première est vêtue du grand habit dont on se sert à la cérémonie du sacre, habillement qui est particulier à nos rois, et qui les distingue des autres rois. Elle foule aux pieds le chien cerbère, qui par ses trois têtes désigne ici la triple alliance formée pour lors par les ennemis de la France. Derrière cette statue est celle de la Victoire, ayant un pied posé sur un globe, et le reste du corps en l’air. Elle met d’une main une couronne de laurier sur la tête du roi, et de l’autre tient un faisceau de palmes et de branches d’olivier. Sur le plinthe, et sous les pieds du roi, est cette inscription en lettres d’or : viro immortali. Derrière ces deux figures on voit un bouclier, un faisceau d’armes, une masse d’Hercule et une peau de lion. Toutes ces choses forment un groupe de treize pieds de hauteur d’un seul jet, dans lequel il est entré environ trente milliers de métal.

Sur les quatre corps avancés du soubassement qui sert d’empâtement au piédestal, on a placé autant d’esclaves qui sont aussi de bronze, et ont douze pieds de proportion. Ils sont enchaînés au piédestal par de grosses chaînes ; leurs vêtements, et les diverses espèces d’armes qui sont auprès d’eux, font connaître les différentes nations dont la France a triomphé sous le règne de Louis le Grand. Tous ces ouvrages, de même que les quatre bas reliefs qui remplissent les faces du piédestal, et les deux qui sont sur les faces du grand soubassement, sont de bronze, et dessinés très correctement. La corniche du piédestal est soutenue et ornée par huit consoles aussi de bronze, et a aux quatre faces des armes de France, entourées de palmes et de lauriers. L’espace qui est au pourtour de ce monument jusqu’à neuf pieds de distance, est pavé de marbre, et entouré d’une grille de fer haute de six pieds.

Quatre grands fanaux ornées de sculpture éclairaient autrefois cette place pendant la nuit. Ils étaient élevés chacun sur trois colonnes doriques de marbre veiné, disposées en triangle : et dont les bas-reliefs étaient chargés de plusieurs inscriptions sur les actions les plus mémorables de Louis XIV. On les a démolis en 1718.

C’est Martin Vanden-Bogaer, connu sous le nom de des Jardins, sculpteur de l’Académie royale, qui a donné les desseins, et qui a conduit la fonte de ce superbe monument.

Le piédestal est enrichi de bas-reliefs dont les sujets sont expliqués par des inscriptions latines et françaises de la composition de François Séraphin Regnier des Marais, secrétaire perpétuel de l’Académie française. (…)

La dédicace de ce riche monument se fit le 28 de mars de ladite année 1686. Ce jour-là le maréchal duc de la Feuillade, à cheval et à la tête du régiment des Gardes françaises dont il était colonel, fit trois fois le tour de cette statue en présence du gouverneur de Paris et du corps de ville. M. de Bullion, prévôt de Paris, prétendit devoir assister à cette cérémonie à la tête du Châtelet, et marcher à la gauche du gouverneur ; mais le roi ayant appris qu’en 1639, lorsque la statue de Louis XIII fut élevée dans la place Royale, le prévôt de Paris ni le Châtelet n’y avaient point assisté, il décida contre eux, et ils ne s’y trouvèrent point.

Jean-Aimar Piganiol de La Force, Description historique de la ville de Paris et de ses environs. Paris, 1765.

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