Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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30 avril 2011

Aimez-vous Sinopov, ou, comment s’appelle déjà le compositeur du Lac des cygnes ?

Classé dans : Histoire, Langue, Musique — Miklos @ 0:07


Tchaïkovski en 1859 (source). Fond d’écran : manuscrit de la réduction pour piano de son opéra L’Enchanteresse (source).
Cliquer pour agrandir.

— Que l’on aime ou non ce tube, vous pensez savoir répondre à cette question doigts dans le nez ? Sortez-en donc un ou deux, et écrivez ici votre réponse sans vous tromper dans l’orthographe : ________________. Plus difficile, hein ?

— …

— Raté. La réponse est évidemment Чайковский.

— Vous y allez fort, vous ! Je n’ai pas ces lettres sur mon clavier… !

— Admettons. Eh bien, VIAF, le répertoire international des référentiels communs à une vingtaine de bibliothèques nationales, en répertorie plus de cinquante, dont voici celles qui n’utilisent que les lettres latines ou leurs dérivées :

Čai­kov­skij, Čai­kov­skis, Čaj­kov­ski, Caj­kov­skij, Čaj­kov­skij, Chai­kov­skiii, Chai­kov­skiï, Chai­kov­sky, Chaĭ­kov­ski, Chaĭ­kov­skiĭ, Chaǐ­kov­skii, Chay­kov­skii, Chaï­kov­skiï, Ciai­kov­ski, Ciai­kov­skij, Ciai­kov­skji, Ciai­kov­sky, Ciai­kow­ski, Csaj­kovszkij, Czaj­kow­ski, Tchai­kof­sky, Tchai­kov­ski, Tchai­kov­skiĭ, Tchai­kov­skij, Tchai­kov­sky, Tchai­kow­ski, Tchai­kow­sky, Tchaï­kov­ski, Tchaï­kov­sky, Tchaï­kow­sky, Tchai̋­kov­ski, Tchai̋­kov­sky, Tchaï­kov­ski, Tchaï­kov­sky, Tciai­kow­ski, Tjaj­kov­skij, Tschaij­kow­skij, Tschai­kou­sky, Tschai­kov­sky, Tschai­kow­sk, Tschai­kow­ski, Tschai­kow­skij, Tschai­kow­sky, Tschai̋­kow­sky, Tschaj­kov­skij, Tschaj­kov­sky, Tschaj­kow­ski, Tschaj­kow­skij, Tshai­kov­skij, Tsjai­kof­ski, Tsjai­kov­sky, Tsjai­kow­ski, Tsjaï­kov­skiej

Il se peut qu’une lettre ne s’affiche pas chez vous : il s’agit du i double accent aigu, que l’on trouve en hongrois.

— Difficile de se tromper, avec tous ces choix, j’aime bien celui qui se termine par trois i. On peut en rajouter ? Et dites, pourquoi me demandez-vous si j’aime Sinopov ? Et qui est-ce, d’abord ?

— Il s’agit du même ; c’est le nom sous lequel il avait composé en 1878 une Marche Skobelev (je vous fais grâce du nom en russe et de ses variantes latines), qu’il ne voulait pas qu’on lui attribue, ne la tenant pas en estime. Il s’agissait d’une commande de Jurgenson, éditeur musical et ami du compositeur à l’occasion de la guerre russo-turque de 1877-1878 (source). Mikhaïl Skobelev était un général de l’armée tsariste très estimé, qui mourut quatre ans plus tard d’une crise cardiaque (il n’avait que 38 ans) dans la chambre d’hôtel d’une… heu… cocotte (à l’instar d’une autre célébrité, un certain président Félix Faure en 1899). Elle lui avait fait sans doute atteindre le septième ciel (et y rester) plus rapidement que sa femme dont il était séparé, la princesse Gagarine. Je ne peux vous dire si le premier explorateur des cieux, Youri Gagarine, lui est apparenté, mais c’est pour sûr un nom prémonitoire.

28 avril 2011

« Ce cœur qui haïssait la guerre » — Robert Desnos

Classé dans : Histoire, Littérature, Photographie — Miklos @ 23:37


Le veilleur du Pont-au-Change

« … Desnos qui, tous les témoignages sont là-dessus d’accord, parle pour tous du fond de la nuit ». — Julien Gracq, « Spectre du ‘Poisson soluble’ », Préférences. José Corti, Paris, 1961.

23 avril 2011

Place des Victoires

Classé dans : Architecture, Arts et beaux-arts, Histoire, Photographie, Sculpture — Miklos @ 18:06

Place des Victoires aujourd’hui (autres vues ici)

La place des Victoires telle que nous la connaissons aujourd’hui n’avait pas le même aspect lors de son inauguration : un imposant monument doré à la gloire de Louis XIV et de la Paix de Nimègue s’élevait en son centre (mis à bas à la révolution française et remplacé en 1822 par la statue équestre que l’on connaît, œuvre de Bosio ; certains éléments en sont conservés au musée du Louvre) ; d’autre part, sa forme a été gravement altérée au XIXe siècle par la percée de la rue Étienne-Marcel et le changement apporté à la partie droite de la rue Vide-Gousset.

Voici comment se présentait la place un siècle auparavant :

Les noms de rues neuves, et de Petits-Champs que portent plusieurs rues de ce quartier, dénotent qu’il en a été un des derniers habités ; en effet, j’ai ouï dire en 1715 au Commissaire la Mare, auteur du Traité de la Police, qu’il n’y avait pas encore cent ans qu’au milieu du terrain qu’occupe aujourd’hui la Place des Victoires, il y avait un moulin à Vent.

(…)

Ici finit la rue neuve des petits-Champs par une espèce de patte-d’oie, formée par les rues neuves des petits Pères, de la Feuillade et de la Vrillère. La rue neuve des petits Pères s’est longtemps nommée la rue Vide-gousset : nom qu’on lui avait donné de sa situation dans un quartier peu habité, et où l’on courait grand risque d’être volé, lorsqu’on y passait de nuit. Comme cette rue est le long de la grand-cour des Augustins déchaussés, dits petits-Pères, on lui a donné le nom de ces Religieux, et on a restreint celui de la rue Vide-gousset au petit bout de rue qui va du coin de celle du Mail à la Place des Victoires. (…)

C’est ici l’ouvrage de la reconnaissance de François vicomte d’Aubusson de la Feuillade, pair et maréchal de France, colonel des Gardes françaises, et gouverneur de Dauphiné, pour toutes les faveurs et toutes les grâces qu’il avait reçues de Louis le Grand. Jamais particulier n’avait encore entrepris de consacrer à la gloire de son prince un monument aussi magnifique, ni une si grande dépense. Dans cette vue, le maréchal duc de la Feuillade acheta en 1684 l’Hôtel de Senneterre, et le fit abattre pour y ouvrir cette place ; mais comme cet emplacement ne suffisait pas, il engagea le Corps de Ville à acheter l’Hôtel d’Emery, et plusieurs autres maisons qui furent toutes renversées pour ce dessein.

Malgré le renversement de tant de maisons, cette place n’est pas d’une grande étendue ; mais six rues qui y viennent aboutir la dégagent beaucoup et semblent la rendre plus grande qu’elle n’est en effet. Sa figure est un ovale irrégulier, qui a quarante toises de diamètre. Les bâtiments qui règnent au pourtour sont d’une même symétrie, et ornés de pilastres d’ordre ionique, soutenus sur des arcades chargées de refends.

Du milieu de cette place s’élève un monument qui a trente-cinq pieds de hauteur, vingt-deux pour le piédestal qui est de marbre blanc-veiné, et treize pour la figure de Louis le Grand. La statue de ce prince, et celle de la Victoire, font ici un groupe d’autant plus brillant qu’il est de bronze doré. La première est vêtue du grand habit dont on se sert à la cérémonie du sacre, habillement qui est particulier à nos rois, et qui les distingue des autres rois. Elle foule aux pieds le chien cerbère, qui par ses trois têtes désigne ici la triple alliance formée pour lors par les ennemis de la France. Derrière cette statue est celle de la Victoire, ayant un pied posé sur un globe, et le reste du corps en l’air. Elle met d’une main une couronne de laurier sur la tête du roi, et de l’autre tient un faisceau de palmes et de branches d’olivier. Sur le plinthe, et sous les pieds du roi, est cette inscription en lettres d’or : viro immortali. Derrière ces deux figures on voit un bouclier, un faisceau d’armes, une masse d’Hercule et une peau de lion. Toutes ces choses forment un groupe de treize pieds de hauteur d’un seul jet, dans lequel il est entré environ trente milliers de métal.

Sur les quatre corps avancés du soubassement qui sert d’empâtement au piédestal, on a placé autant d’esclaves qui sont aussi de bronze, et ont douze pieds de proportion. Ils sont enchaînés au piédestal par de grosses chaînes ; leurs vêtements, et les diverses espèces d’armes qui sont auprès d’eux, font connaître les différentes nations dont la France a triomphé sous le règne de Louis le Grand. Tous ces ouvrages, de même que les quatre bas reliefs qui remplissent les faces du piédestal, et les deux qui sont sur les faces du grand soubassement, sont de bronze, et dessinés très correctement. La corniche du piédestal est soutenue et ornée par huit consoles aussi de bronze, et a aux quatre faces des armes de France, entourées de palmes et de lauriers. L’espace qui est au pourtour de ce monument jusqu’à neuf pieds de distance, est pavé de marbre, et entouré d’une grille de fer haute de six pieds.

Quatre grands fanaux ornées de sculpture éclairaient autrefois cette place pendant la nuit. Ils étaient élevés chacun sur trois colonnes doriques de marbre veiné, disposées en triangle : et dont les bas-reliefs étaient chargés de plusieurs inscriptions sur les actions les plus mémorables de Louis XIV. On les a démolis en 1718.

C’est Martin Vanden-Bogaer, connu sous le nom de des Jardins, sculpteur de l’Académie royale, qui a donné les desseins, et qui a conduit la fonte de ce superbe monument.

Le piédestal est enrichi de bas-reliefs dont les sujets sont expliqués par des inscriptions latines et françaises de la composition de François Séraphin Regnier des Marais, secrétaire perpétuel de l’Académie française. (…)

La dédicace de ce riche monument se fit le 28 de mars de ladite année 1686. Ce jour-là le maréchal duc de la Feuillade, à cheval et à la tête du régiment des Gardes françaises dont il était colonel, fit trois fois le tour de cette statue en présence du gouverneur de Paris et du corps de ville. M. de Bullion, prévôt de Paris, prétendit devoir assister à cette cérémonie à la tête du Châtelet, et marcher à la gauche du gouverneur ; mais le roi ayant appris qu’en 1639, lorsque la statue de Louis XIII fut élevée dans la place Royale, le prévôt de Paris ni le Châtelet n’y avaient point assisté, il décida contre eux, et ils ne s’y trouvèrent point.

Jean-Aimar Piganiol de La Force, Description historique de la ville de Paris et de ses environs. Paris, 1765.

16 avril 2011

Du progrès aux U.S.A. et en France

En France : La Chaise, Père La Chaise, chaise d’affaires, chaise à bascule, La Chaise-Beaudouin, chaise berçante, chaise à bras, basse chaise, chaise de chanoine, chaise de chœur, chaise de commodité, chaise à crémaillère, chaise curule, Deux-Chaises, La Chaise-Dieu, chaise à dos, chaise de fer, la chaise Gild-Holm-’Ur , haute chaise, chaise longue, chaise marine, chaise de moulin à vent, chaises musicales, chaise de particulier, chaise percée, chaise de place, chaise pontificale, chaise à porteurs , chaise de poste, chaise de roue, chaise roulante, chaise de salon, chaise à vertugadin, Chaize-le-Vicomte.

8 février 2011

Mais où vont nos impôts ?

Classé dans : Histoire, Littérature, Musique, Société — Miklos @ 1:37

L’air préféré d’Albertine – avant sa disparition, dont nous avons eu une magnifique interprétation par Jean-Laurent Cochet – était Le Biniou, « chanson bretonne (immense succès) », composée en 1856 par Émile Durand (1830-1903) sur des paroles d’Hippolyte Guérin. Ce qui, écrit Émile Bedriomo, signale son manque de profondeur ; il poursuit en citant Proust qui tient à se dissocier de goûts aussi déplorables : « Entendre du Wagner quinze jours avec elle qui s’en soucie comme un poisson d’une pomme, ce serait gai ! ».

Cette chanson avait effectivement eu un grand succès, au vu de la renommée de ses interprètes successifs sur une longue période – Jules Lefort (« le baryton favori des concerts et des salons » dans les années 1860 qui l’avait lancée), Adolphe Maréchal (ténor lyrique belge) en 1898, [Albert-Désiré] Vaguet (« ténor de l’opéra ») après 1916… Les Mémoires de la société d’histoire et d’archéologie de Bretagne (vol. 82) indiquent que « la lithographie suggestive [de la couverture], réalisée par L. Denis d’après Bertrand, qui montre un jeune berger jouant du biniou avec à ses côtés une chèvre, a sa part de responsabilité dans le succès foudroyant et durable que rencontra cette œuvre. »

C’est en 1900 qu’est inaugurée la première ligne de métro parisien, Porte de Vincennes à Porte Maillot. Dans les années qui précéderont la Première guerre, s’ouvriront plus de 92 km de voies dont les travaux à ciel ouvert ne devaient manquer de causer de sérieux problèmes pour les parisiens. Le rapport avec le tube de Durand ? C’est à cette époque (on en trouve mention dans l’Apiculteur de 1913), que le chansonnier Paul Weil (1865-?, connu aussi sous le nom de Paul Briand) écrit Le Paveur du Métro sur l’air du Biniou, lui donnant ainsi une nouvelle jeunesse. Elle sera diffusée le 30 août 1929 à 20h45 (autant être précis) à la T.S.F. (comme on disait alors), sur Paris-P.T.T. (458 m., 0 kw 500), interprétée par La Houppa (dont le chapeau n’est pas sans rappeler celui de la mère légitime des Miss France), qui en profitera pour chanter aussi Elle bavardait chez la concierge et Le mariage démocratique, lors du Septième Gala rétrospectif des vieux succès français, organisé par la Chambre syndicale des Éditeurs de chansons.

Les paroles de cette nouvelle version méritent d’être citées, tant l’on y voit que les heures de travail et son efficacité, les grèves, les syndicats, les syndicats… étaient autant d’actualité il y a un siècle qu’ils le sont aujourd’hui.

On construit sous ma fenêtre
Une gare du métro
La lign’ neuf ou dix peut-être
Je n’sais plus quel numéro !
Je regard’ pour me distraire
Les travaux qui ne vont guère ;
Mais ce qui fait mon bonheur,
C’est d’contempler le paveur.

Ce paveur qui rigole
Creuse un petit trou
Pour mettr’ de la boue :
Les passants y dégringolent,
Mais qu’ils s’cass’ le cou,
L’ paveur s’en fout.

Le matin quand il arrive
L’ paveur crache dans ses mains,
Il n’a pas beaucoup d’salive,
Il r’tir’ trois pavés et geint ;
Mais neuf heur’ sonn’nt à l’horloge,
Alors le paveur déloge,
Et plantant un drapeau vert
Chez l’troquet va tuer l’ver,

Pendant qu’il boit sa fiole,
Sur ses trois pavés un cam’lot debout
Chant’ les chansons de Mayol.. e
Mais buvant son coup
L’ paveur s’en fout.

Quant il a liché sa goutte
L’ paveur sort de chez l’ chand d’ vins
Il voit l’ camelot, il l’écoute,
Il chante même au refrain
Puis quand l’ camelot se r’tire
Le paveur baille et s’étire,
Comme c’est l’heur’ de déjeûner
Il replac’ les trois pavés.

Et pendant qu’il digère
Passe un inspecteur galonné partout,
Il inspecte les trois pierres,
Puis son camp il fout
Je ne sais où.

Ainsi trois fois la journée,
Je vois depuis dix-huit mois
Ma rue pavée, dépavée,
J’ voudrais bien que ça change
Ça peut vous paraître étrange,
Le pavé de grès parfois
Fait place au pavé de bois.

Quand c’est l’ bois qu’on hasarde,
Il y a trois paveurs pour ce travail fou,
L’un prend les bouts d’ bois, les r’garde
Le deuxième itou
L’ troisième s’en fout.

Mais l’ paveur s’est mis en grève
Veut la r’traite à vingt-cinq ans ;
Il dit ce métier me crève
L’ Syndicat prend tout mon temps.
Je lui dis : bon fonctionnaire
Bouchez l’ trou qu’ vous v’nez d’ refaire,
Il me répond : Et ta sœur
Est-c’ qu’elle soign’ra mes douleurs ?

Les douleurs sont des folles
Mais vous contribuable êt’s encore plus fou,
Vous voudriez ma parole
Qu’on travaill’ pour vous,
Ah ! c’qu’on s’en fout.

Paul Weil

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