Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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22 janvier 2009

Babararom (le cousin de Babaorum)

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 8:51


Obélisque piazza della Minerva, Rome

« Sur les débris d’un ancien temple dédié à cette déesse [Minerve], on avait bâti une église desservie par les dominicains. Alexandre VII commit au chevalier Bernin le soin d’embellir la place qui est en face de l’église. L’artiste eut l’idée d’y élever un obélisque que l’on avait négligé sous le règne de Sixte-Quint, parce que ce monument égyptien, en granit rose, n’avait que vingt-quatre palmes. Pour que cet obélisque fût encore exhaussé et devînt plus pittoresque, » Bernin le plaça sur le dos d’un éléphant en marbre blanc. (…) L’éléphant n’est pas écrasé par ce poids; seulement il tourne un peu la tête, pour voir quel est le fardeau extraordinaire que l’on a placé sur sa croupe.

Artaud de Montor, Histoire des souverains pontifes romains. Paris, 1851.

« Lorsque Louis XIV voulut terminer le Louvre, il fit venir de Rome Bernin dont la reputation était alors aussi colossale que fut profond le mal opéré par lui dans les arts. On le fêta d’une manière incroyable ; et afin d’exprimer la force du génie qu’on lui reconnaissait, on le surnomma l’éléphant. Très heureusement le projet français de Perrault fut préféré à celui de Bernin ; mais ce dernier reçut tant de marques d’honeur du public et du roi, » il fut si flatté du sens attaché au surnom d’éléphant decerné par la plus brillante cour de l’univers, qu’il voulut en perpétuer le souvenir à Rome. Voilà pourquoi il plaça sur le dos d’un éléphant l’obélisque de la Minerve.

Mgr J.F.O. Juquet, Souvenirs de l’expédition française à Rome. Rome, 1849.

« En 1795, Thibaudeau lance un nouveau concours de projets pour la place des Victoires [à Paris]. Jean-Nicolas Sobre en est le lauréat. Influencé par les illustrations de l’Hypnetotomachia Poliphili (1499), par l’œuvre du Bernin à l’église de la Minerve, à Rome, ainsi que par la symbolique maçonnique, il envisage de dresser place des Victoires un obélisque reposant sur des éléphants. Dans le dessin, la face antérieure est chargée » d’attributs : couronne, palmes, triangle mystique, serpents et coupe d’Esculape, aigle, casques. En haut apparaissent les tables de la Loi, le tout est surmonté de piques et du bonnet phrygien. (…) Dictés par la réalité historique, d’autres projets sont encore examinés.

Isabelle Dubois et al., Place des Victoires. Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2003.

21 janvier 2009

« Que personne ne dise : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau. » (Cervantes, Don Quichotte)

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 23:29


Fontaine de Trevi à Rome (gravure de l’ouvrage de Nibby, vid. inf.)

«Rome est bien belle pendant le silence de la nuit ; il semble alors qu’elle n’est habitée que par ses illustres ombres. Corinne, en revenant de chez une femme de ses amies, oppressée par la douleur, descendit de sa voiture et se reposa quelques instans près de la fontaine de Trévi, devant cette source abondante qui tombe en cascade au milieu de Rome, et semble comme la vie de ce tranquille séjour. Lorsque pendant quelques jours cette cascade s’arrête, on dirait que Rome est frappée de stupeur. C’est le bruit des voitures que l’on a besoin d’entendre dans les autres villes ; à Rome, c’est le murmure de cette fontaine immense » qui semble comme l’accompagnement nécessaire à l’existence rêveuse qu’on y mène : l’image de Corinne se peignit dans cette onde si pure, qu’elle porte depuis plusieurs siècles le nom de l’eau virginale.

Madame de Staël, Corinne, ou l’Italie. Bruxelles, 1820.

«L’eau de cette fontaine est l’eau Vergine qu’Agrippa, gendre d’Auguste, fit conduire à Rome pour l’usage de ses thermes, qui étaient derrière le Panthéon : elle se nomma eau Vergine parce que une jeune fille en montra la source à des soldats altérés. (…)

Pie IV, après avoir fait restaurer l’aqueduc de l’eau Vergine, fit construire son grand émissaire d’un côté de la façade principale du palais Poli ; et comme l’eau tombait par trois bouches dans le bassin au dessous, on l’appela in Trivio, d’où dériva ensuite le nom de Trevi, qu’elle porte aujourd’hui. Urbain VIII fit transporter le principal émissaire de l’eau Vergine dans l’endroit où on le voit aujourd’hui, et le décora d’une façade très-simple. Clément XII en changea entièrement la forme, et lui donna ce caractère de magnificence qui brille dans les autres édifices de Rome : il la fit ériger sur les dessins de Nicolas Salvi, en la faisant décorer de statues et de bas-reliefs en stuc ; mais ensuite le pontife Clément XIII les fit exécuter en marbre pour rendre ce monument plus somptueux. (…)

Au devant de la grande niche, somptueusement décorée de colonnes et d’ornemens, on voit la statue colossale de l’Océan, qui, en majestueux maintien, tenant le sceptre en main, semble sortir de son palais royal sur une très-grande coquille formée à guise d’un char tiré par des chevaux marins guidés par deux Tritons ; cet ouvrage est de Pierre Bracci. (…)

Mais ce qui rend vraiment admirable cette magnifique fontaine, d’une invention pittoresque, est la grande quantité d’eau qui jaillit et dégorge en différentes manières à travers de grandioses masses de rochers, » et surtout cette prodigieuse masse d’eau qui sort au dessous de la statue de l’Océan et qui, écumant comme un torrent impétueux, tombe par trois fois de conque en conque et se précipite enfin dans un immense bassin de marbre qui est au dessous.

Antoine Nibby, Itinéraire de Rome et de ses environs d’après celui de M[ariano] Vasi. Rome, 1857.


Fontaine de Trevi à Rome (statue de l’Océan, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)

16 janvier 2009

Panorama express de la sculpture classique à Rome

Classé dans : Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:39


Place d’Espagne


Quartier Saint-Jean-de-Latran


Fontaine de Trevi

«Dégoûtés des arts du dessin par l’effet des mauvaises statues et des croûtes sur lesquelles nous sommes tombés ce matin et qui nous ont empoisonnés, nous sommes descendus du mont Quirinal à la rue du Cours, en passant devant la fontaine de Trevi et une petite église bâtie par le cardinal Mazarin. M. Agostino Mauni nous disait ce matin que, près le palais Sciarra, on a trouvé le pavé de la Rome antique à vingt-trois palmes au-dessous du pavé actuel.

Madame de Staël dit que, lorsque les eaux de la fontaine de Trevi cessent de jouer par suite de quelque réparation, il se fait comme un grand silence dans tout Rome.» Si cette phrase se trouve dans Corinne, elle suffirait à elle seule pour me faire prendre en guignon toute une littérature. On ne peut donc obtenir d’effet sur le public, en France, que par une plate exagération !

Stendhal, Promenades dans Rome, 1er mai 1828.

15 janvier 2009

Regards voilés à Rome

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 1:20


Igor Mitoraj : St. Jean le Baptiste, 2006. Église Sainte-Marie-des-Anges

«Entrons maintenant [dans Rome] ; heureux ceux qui n’en sortent plus ! car cette ville ne peut être abandonnée qu’avec regrets et larmes, tous les voyageurs l’ont déjà dit. C’est là que l’artiste surtout, l’homme de poésie et de sentiment, aime à fonder son tabernacle ; Raphaël songeait au bonheur calme et serein que Rome seule peut donner, lorsqu’il peignit la Transfiguration. » Michel-Ange mit en œuvre d’architecture la théorie, du Thabor ; il bâtit à Rome trois tentes, Sainte-Marie-des-Anges, le Capitole, le dôme du Vatican ; une pour lui, une pour Virgile, une pour Dieu.

Joseph Méry, « Italie. — Sienne. — Radicoffani. — Aquapendente. — Rome », in Revue de Paris, tome VIII. Bruxelles, 1835.


Le Nil (détail). Fontaine du Bernin, place Navone

«Le Bernin, pour exprimer l’inutilité des tentatives faites de tous temps» pour trouver les sources du Nil, lui a couvert la tête d’un voile ; idée que Lucain avoit rendue dans ces vers : Arcanum natura caput non protulit ulli,
Nec licuit populis parvum te, Nile, videre.

Antoine-Nicolas Dézallier d’Argenville, Vie des fameux sculpteurs, depuis la renaissance des arts, avec la description de leurs ouvrages. Paris, 1787.

«On prétend que le voile qui couvre la tête du Nil, au lieu d’être une allusion au mystère de sa source, » est une épigramme de Bernin contre son rival implacable, le Borromini. Cette figure se- cache la tête pour ne pas voir la façade de l’église de Sainte-Agnès, le moins bizarre toutefois des ouvrages du Borromini.

Augustin Joseph du Pays, Itinéraire descriptif, historique et artistique de l’Italie et de la Sicile. Paris, 1855.

«Nous vîmes immédiatement au-dessous de nous le Nil, semblable à un ruisseau qui à peine aurait eu assez d’eau pour faire tourner un moulin. Je ne pouvais cependant me rassasier de contempler ce fleuve si près de sa source. Je me rappelais tous les passages des auteurs anciens d’après lesquels il semblait que cette source devait rester éternellement cachée. Les vers du poète me revinrent surtout dans la mémoire, » et je jouis, pour la première fois, du triomphe que je devais à une intrépidité fécondée par la Providence et qui m’élevait au-dessus d’une foule d’hommes puissants et savants qui, dès la plus haute antiquité, ont tenté vainement l’entreprise dans laquelle j’eus le bonheur de réussir. »

James Bruce, Voyage aux sources du Nil (1769-1770). Karthala Éditions, 2004.

14 janvier 2009

Souvenirs de Naples et de Rome

Classé dans : Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:54


Au premier plan : Hercule Farnèse, musée archéologique de Naples.
En arrière-plan, partie d’une publicité D&G sur un mur de Rome.

«Le plus bel Hercule connu est l’Hercule en repos que l’on appelle l’Hercule Farnèse, parce qu’il était autrefois à Rome dans la collection Farnèse actuellement à Naples. Il tient derrière son dos les pommes d’or du jardin des Hespérides et s’appuie sur sa massue. » Sur la base se lit : ΓΛΥΚΩΝ ΑΘΗΝΑΙΟΣ ΕΠΟΙΕΙ (œuvre de Glycon). C’est une imitation d’un Hercule de Lysippe (Maffei, Raccolta di statue, XLIX). Соmр. l’Hercule posé sur sa massue (Morell, Méd. du Roi, XIV).

Biographie universelle, ancienne et moderne. Partie mythologique, t. 54. Paris, 1832.

«L’Hercule offre l’emblème de la force, calme, en repos. Ce colosse, du sculpteur athénien Glycon, avait d’abord été trouvé, privé de ses jambes, dans les thermes de Caracalla : Michel-Ange fut chargé par Paul III Farnèse de les remplacer ; mais à peine, malgré sa résistance, en eut-il achevé le modèle, qu’il le brisa à coups de marteau, en s’écriant que jamais il ne voudrait ni ne pourrait faire un doigt d’une telle statue. Guillaume de la Porta, alors le plus renommé après lui des sculpteurs, fut chargé du travail, et il y obtint l’approbation universelle ; mais les véritables jambes ayant été retrouvées dans un puits, » à trois milles de la place où le corps avait été découvert, elles lui furent restituées, le prince Borghèse, qui les possédait, les ayant cédées généreusement au roi de Naples. Il ne manque aujourd’hui au fils d’Alcmène que la main gauche.

M. Valery, Voyages historiques et littéraires en Italie pendant les années 1826, 1827 et 1828 ; ou L’Indicateur italien. Bruxelles, 1835.

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