Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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4 février 2009

Vœu pieux

Classé dans : Lieux, Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 9:29


Monument aux morts à Gentioux (1920)

«Que maudite soit la guerre
Et celui qui l’a imaginée
Nombreux sont ceux que corps et âmes
La guerre a détruits,
Et cela ne paraît pas encore suffisant. »
Fasse que le droit prenne sa revanche
Et que j’aie menti :
Qu’ainsi soit la volonté de Dieu.

Le poème sur l’incendie de Venise, manuscrit du xvie s.

«À ce moment, la vieille femme s’agita sur le cheval. Elle se mit à chanter, et je pus saisir quelques vers dont voici le sens :

Maudite soit la guerre !
Celui qui l’a voulue,…

— Que dit-elle ? demandai-je au curé.

— Rien, répondit celui-ci ; une vieille chanson.

La vieille continua de chanter : »

Voilà son corps en terre,
Son âme en paradis.

— Elle pense à son fils, continua le curé à voix basse.

Eugène Ducom, « Scènes de la vie des Landes », Revue des deux mondes. Paris, 1860.

Couple avec enfant

Classé dans : Lieux, Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 1:23


Oslo

«Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane»
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu

André Breton, L’union libre (extrait), 1931.

22 janvier 2009

Babararom (le cousin de Babaorum)

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 8:51


Obélisque piazza della Minerva, Rome

« Sur les débris d’un ancien temple dédié à cette déesse [Minerve], on avait bâti une église desservie par les dominicains. Alexandre VII commit au chevalier Bernin le soin d’embellir la place qui est en face de l’église. L’artiste eut l’idée d’y élever un obélisque que l’on avait négligé sous le règne de Sixte-Quint, parce que ce monument égyptien, en granit rose, n’avait que vingt-quatre palmes. Pour que cet obélisque fût encore exhaussé et devînt plus pittoresque, » Bernin le plaça sur le dos d’un éléphant en marbre blanc. (…) L’éléphant n’est pas écrasé par ce poids; seulement il tourne un peu la tête, pour voir quel est le fardeau extraordinaire que l’on a placé sur sa croupe.

Artaud de Montor, Histoire des souverains pontifes romains. Paris, 1851.

« Lorsque Louis XIV voulut terminer le Louvre, il fit venir de Rome Bernin dont la reputation était alors aussi colossale que fut profond le mal opéré par lui dans les arts. On le fêta d’une manière incroyable ; et afin d’exprimer la force du génie qu’on lui reconnaissait, on le surnomma l’éléphant. Très heureusement le projet français de Perrault fut préféré à celui de Bernin ; mais ce dernier reçut tant de marques d’honeur du public et du roi, » il fut si flatté du sens attaché au surnom d’éléphant decerné par la plus brillante cour de l’univers, qu’il voulut en perpétuer le souvenir à Rome. Voilà pourquoi il plaça sur le dos d’un éléphant l’obélisque de la Minerve.

Mgr J.F.O. Juquet, Souvenirs de l’expédition française à Rome. Rome, 1849.

« En 1795, Thibaudeau lance un nouveau concours de projets pour la place des Victoires [à Paris]. Jean-Nicolas Sobre en est le lauréat. Influencé par les illustrations de l’Hypnetotomachia Poliphili (1499), par l’œuvre du Bernin à l’église de la Minerve, à Rome, ainsi que par la symbolique maçonnique, il envisage de dresser place des Victoires un obélisque reposant sur des éléphants. Dans le dessin, la face antérieure est chargée » d’attributs : couronne, palmes, triangle mystique, serpents et coupe d’Esculape, aigle, casques. En haut apparaissent les tables de la Loi, le tout est surmonté de piques et du bonnet phrygien. (…) Dictés par la réalité historique, d’autres projets sont encore examinés.

Isabelle Dubois et al., Place des Victoires. Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2003.

21 janvier 2009

« Que personne ne dise : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau. » (Cervantes, Don Quichotte)

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 23:29


Fontaine de Trevi à Rome (gravure de l’ouvrage de Nibby, vid. inf.)

«Rome est bien belle pendant le silence de la nuit ; il semble alors qu’elle n’est habitée que par ses illustres ombres. Corinne, en revenant de chez une femme de ses amies, oppressée par la douleur, descendit de sa voiture et se reposa quelques instans près de la fontaine de Trévi, devant cette source abondante qui tombe en cascade au milieu de Rome, et semble comme la vie de ce tranquille séjour. Lorsque pendant quelques jours cette cascade s’arrête, on dirait que Rome est frappée de stupeur. C’est le bruit des voitures que l’on a besoin d’entendre dans les autres villes ; à Rome, c’est le murmure de cette fontaine immense » qui semble comme l’accompagnement nécessaire à l’existence rêveuse qu’on y mène : l’image de Corinne se peignit dans cette onde si pure, qu’elle porte depuis plusieurs siècles le nom de l’eau virginale.

Madame de Staël, Corinne, ou l’Italie. Bruxelles, 1820.

«L’eau de cette fontaine est l’eau Vergine qu’Agrippa, gendre d’Auguste, fit conduire à Rome pour l’usage de ses thermes, qui étaient derrière le Panthéon : elle se nomma eau Vergine parce que une jeune fille en montra la source à des soldats altérés. (…)

Pie IV, après avoir fait restaurer l’aqueduc de l’eau Vergine, fit construire son grand émissaire d’un côté de la façade principale du palais Poli ; et comme l’eau tombait par trois bouches dans le bassin au dessous, on l’appela in Trivio, d’où dériva ensuite le nom de Trevi, qu’elle porte aujourd’hui. Urbain VIII fit transporter le principal émissaire de l’eau Vergine dans l’endroit où on le voit aujourd’hui, et le décora d’une façade très-simple. Clément XII en changea entièrement la forme, et lui donna ce caractère de magnificence qui brille dans les autres édifices de Rome : il la fit ériger sur les dessins de Nicolas Salvi, en la faisant décorer de statues et de bas-reliefs en stuc ; mais ensuite le pontife Clément XIII les fit exécuter en marbre pour rendre ce monument plus somptueux. (…)

Au devant de la grande niche, somptueusement décorée de colonnes et d’ornemens, on voit la statue colossale de l’Océan, qui, en majestueux maintien, tenant le sceptre en main, semble sortir de son palais royal sur une très-grande coquille formée à guise d’un char tiré par des chevaux marins guidés par deux Tritons ; cet ouvrage est de Pierre Bracci. (…)

Mais ce qui rend vraiment admirable cette magnifique fontaine, d’une invention pittoresque, est la grande quantité d’eau qui jaillit et dégorge en différentes manières à travers de grandioses masses de rochers, » et surtout cette prodigieuse masse d’eau qui sort au dessous de la statue de l’Océan et qui, écumant comme un torrent impétueux, tombe par trois fois de conque en conque et se précipite enfin dans un immense bassin de marbre qui est au dessous.

Antoine Nibby, Itinéraire de Rome et de ses environs d’après celui de M[ariano] Vasi. Rome, 1857.


Fontaine de Trevi à Rome (statue de l’Océan, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)


Fontaine de Trevi à Rome (Triton, détail)

16 janvier 2009

Panorama express de la sculpture classique à Rome

Classé dans : Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:39


Place d’Espagne


Quartier Saint-Jean-de-Latran


Fontaine de Trevi

«Dégoûtés des arts du dessin par l’effet des mauvaises statues et des croûtes sur lesquelles nous sommes tombés ce matin et qui nous ont empoisonnés, nous sommes descendus du mont Quirinal à la rue du Cours, en passant devant la fontaine de Trevi et une petite église bâtie par le cardinal Mazarin. M. Agostino Mauni nous disait ce matin que, près le palais Sciarra, on a trouvé le pavé de la Rome antique à vingt-trois palmes au-dessous du pavé actuel.

Madame de Staël dit que, lorsque les eaux de la fontaine de Trevi cessent de jouer par suite de quelque réparation, il se fait comme un grand silence dans tout Rome.» Si cette phrase se trouve dans Corinne, elle suffirait à elle seule pour me faire prendre en guignon toute une littérature. On ne peut donc obtenir d’effet sur le public, en France, que par une plate exagération !

Stendhal, Promenades dans Rome, 1er mai 1828.

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