Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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14 mai 2005

De la beauté des mathématiques (et de certains mathématiciens)

Classé dans : Sciences, techniques — Miklos @ 7:58

« L’expression de Weierstrass1, que le véritable mathé­maticien est poète, peut paraître au grand public singu­liè­rement étrange. Il en est pourtant ainsi. L’ex­pres­sion n’im­plique pas seule­ment qu’il faut au mathé­ma­ticien, de même qu’au poète, de l’ima­gi­na­tion et de l’intui­tion. Ceci est vrai pour toutes les sciences, nulle part toute­fois au même degré que dans les mathé­matiques. Mais l’expres­sion a aussi une signi­fication d’une portée plus grande. Les meilleurs travaux d’Abel2 sont de véri­tables poè­mes lyri­ques d’une beauté sublime, où la perfection de la forme laisse trans­pa­raître la pro­fon­deur de la pensée, en même temps qu’elle remplit l’ima­gination de tableaux de rêve tirés d’un monde d’idées écarté, plus élevé au-dessus de la banalité de la vie et plus directement émané de l’âme même que tout ce qu’a pu produire aucun poète au sens ordinaire du mot. Il ne faut pas oublier, en effet, à quel point la langue mathématique, faite pour les besoins de pensée les plus hauts de l’humanité, est supérieure à notre langue ordinaire. Il ne faut pas oublier non plus que la pensée intérieure y est plus complètement et plus clairement exprimée que dans aucun autre domaine humain. »

Magnus Gösta Mittag-Leffler3,
Niels Henrik Abel (1907)


1 Mathématicien allemand né à Ostenfelde en 1815 et mort à Berlin en 1897. Il fait partie des rénovateurs de l’analyse au XIXème siècle. Il a ainsi construit le corps des nombres réels et étudié les fonctions analytiques. Le théorème qui porte son nom énonce que: « Toute application continue d’un intervalle fermé [a, b] de R dans R est la limite d’une suite de polynômes qui converge uniformément sur [a, b]. »
2 Mathématicien norvégien né sur l’île de Finnoy en 1802 et mort à Arendal en 1829. Il démontre l’irrésolubilité par radicaux de l’équation du 5ème degré. Il est aussi le fondateur de la théorie des intégrales elliptiques.
3 Mathématicien suédois né à Stockholm en 1846 et mort dans la même ville en 1927. Élève de Charles Hermitte à Paris et de Weierstrass à Berlin, il généralise un théorème de ce dernier aux fonctions méromorphes.

17 avril 2005

Il est terrible…

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Sciences, techniques — Miklos @ 7:59

 

 
Jacques Prévert : « La Grasse matinée », in Paroles
dit par Serge Reggiani

17 mars 2005

Ordo Mundi

Classé dans : Humour, Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 8:43

Une nouvelle guerre de religion modifie subrepticement notre monde contemporain. J’en suis convaincu depuis longtemps, et lorsque j’évoque cette idée, je m’aperçois qu’elle recueille aussitôt un consensus.

Ceci n’a pu vous échapper, le monde est aujourd’hui divisé en deux : d’un côté les partisans du Macintosh de l’autre ceux du PC sous MS-Dos. Eh bien, je suis intimement persuadé que le Mac est catholique et le Dos protestant. Je dirais même plus. Le Mac est catholique contre-réformateur, empreint de la ratio studiorum des Jésuites. Il est convivial, amical, conciliant, il explique pas à pas au fidèle la marche à suivre pour atteindre, sinon le royaume des cieux, du moins l’instant final de l’impression du document. Il est catéchistique, l’essence de la révélation est résolu en formules compréhensibles, et en icônes somptueuses. Tout le monde a droit au salut.

Le Dos est protestant, voire carrément calviniste. Il prévoit une libre interprétation des Écritures, requiert des décisions tourmentées, impose une herméneutique subtile, garantit que le salut n’est pas à la portée de tous. Faire marcher le système nécessite un ensemble d’actes personnels interprétatifs du logiciel: seul, loin de la communauté baroque des joyeux drilles, l’utilisateur est enfermé dans son obsession intérieure.

On m’objectera que l’arrivée de Windows a rapproché l’univers du Dos de la tolérance contre-réformatrice du Mac. Rien de plus exact. Windows constitue un schisme de type anglican, de somptueuses cérémonies au sein des cathédrales, mais toujours la possibilité de revenir au Dos afin de modifier un tas de choses en se fondant sur d’étranges décisions : tout compte fait, les femmes et les gay pourront accéder au sacerdoce.

Naturellement, catholicisme et protestantisme des deux systèmes n’ont rien à voir avec les positions culturelles et religieuses des usagers. J’ai découvert l’autre jour que Franco Fortini, poète sévère et tourmenté, ennemi déclaré de la société du spectacle, est un adepte du Mac. Cela dit, il est légitime de se demander si à la longue, au fil du temps, l’emploi d’un système plutôt que d’un autre ne cause pas de profondes modifications intérieures. Peut-on vraiment être à la fois adepte du Dos et catholique traditionaliste ? Par ailleurs, Céline aurait-il écrit avec Word, WordPerfect, ou WordStar ? Enfin, Descartes aurait-il programmé en Pascal ?

Et le langage machine, qui décide de notre destin en sous-main, et pour n’importe quel environnement ? Eh bien, cela relève de l’Ancien Testament, du Talmud et la Cabale. Ah, encore et toujours le lobby juif !

Umberto Eco : Comment voyager avec un saumon (extrait), Grasset (1994)

22 février 2005

À propos de la fusion des archives nationales du Canada et de la Bibliothèque nationale du Canada en 2004

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 16:15

J’ai retrouvé récemment – pas plus tard que ce weekend – un texte que j’avais envoyé à biblio-fr en 1999, et dans lequel j’écrivais :

[...] avec ces nouvelles technologies, qui permettent de mettre à disposition du public des archives numérisées, la distinction devient plus floue (entre « bibliothèque numérique » et « archives numériques »). [...] Sur la question des contenus, il faudrait parler alors non seulement des fonds mais des « archives » (mémoire, richesse patrimoniale), et se demander si un des apports intéressants des nouvelles technologies ne serait pas celui qui mènerait vers une plus grande convergence entre ces deux concepts [...] Seule cette convergence peut faire de cette mémoire une mémoire active, la rendant accessible et mise dans le contexte avec la création intellectuelle permanente.

Je ne peux me retenir de citer ici une des réactions que ce texte avait entraînée :

La notion de fonds est différente dans les archives et dans les bibliothèques et il n’y a pas lieu de les rapprocher, encore moins de les confondre. [...] Les archives sont d’abords établies pour des raisons d’authenticité, de preuve, de fonctionnement. Ce n’est pas l’archiviste qui les constitue : s’il le faisait celà, il serait un véritable faussaire : il fabriquerait des preuves, tout simplement. En celà, les métiers d’archivistes et de bibliothécaires sont irréductiblement opposés. [...] On n’est pas dans « Fondation » ou la confusion est partout présente au fil de chaque tome.

L’annonce venant du Canada marque bien l’évolution pragmatique d’une vision rigoriste (et idéaliste), et de la mutation des techniques, voire des métiers, qui permettent de dépasser une compartimentalisation parfois extrême, dont bien de bibliothèques font encore les frais (pour des raisons historiquement compréhensibles mais qui demandent à être revues) ; ainsi, faut-il classer enregistrements sonores et partitions musicales en des lieux distincts, qui empêchent l’écoute des uns en lisant les autres ? Et ne serait-il pas plus utile, pour le chercheur comme pour le lecteur, de réunir les archives d’un compositeur – les traces de sa vie – avec les traces de sa création ? Ce ne sont que des exemples, et bien d’autres domaines bénéficieraient de tels rapprochements, virtuels s’il le faut – et les archives ne se limitent pas à l’écrit, quid des archives sonores ?

[publié à l'origine dans Biblio-FR à la suite d’un article qui rapportait cette fusion]

30 janvier 2005

[Traçabilité]

Classé dans : Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 20:05

Dès qu’il y a connexion, il y a possibilité de traçabilité entre le poste qui se connecte et le serveur, en interne comme en externe (via des logs TCP/IP, des logs de cache, etc., pour ceux qui connaissent la techique). Le numéro IP (qui apparaît aussi dans les mails) permet de remonter souvent à l’auteur…

Pour ceux qui étudient l’évolution de la technique (et plus généralement de systèmes formels), ce qui arrive est inévitable : le développement du numérique et de la massification imposent une traçabilité accrue, et à la clé l’identification de l’individu, comme mode de contrôle de « la machine » et de ses rouages. C’est aberrant quand on pense qu’il y a 60 ans on tatouait déjà des individus…

(Texte publié originalement dans un forum et recopié ici verbatim sans les commentaires outrés qu’il a suscités).

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