Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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31 mars 2012

Les chiffres ne mentent pas…

Classé dans : Langue, Musique, Philosophie, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 0:16

“There are three intellectual pursuits, and, so far as I am aware, only three, in which human beings have performed major feats before the age of puberty. They are music, mathematics, and chess.” — George Steiner, “A Death of Kings”, in Extraterritorial. 1971.

… mais la Wikipedia ? ou plutôt, les Wikipedias (car il est toujours éclairant d’en comparer les versions) ?

L’une – celle en langue anglaise – la qualifie de « mathematician » (ce que l’intéressée réfute) et la fait naître en 1930, l’autre de « professeur de mathématiques » née en 1932. Amazon en langue anglaise se contente de copier l’information de la Wikipedia correspondante,

Pour départager, au lieu de jeter des dés (dont le coup jamais n’abolira jamais le hasard), on consulte un site de l’inspection de l’éducation nationale – ils doivent savoir, eux – où l’on trouve un document qui nous informe que :

Ce qui suscite quelques réactions distinctes, selon son propre domaine de compétence :

1. Si l’on est matheux, on posera le problème suivant : dans quelle base 1930 = 1932 = 193x pour x > 5 ?

2. Si l’on est observateur des technologies de la communication, on se souviendra que la question de la valeur scientifique des contenus de la Wikipedia avait déjà été soulevée en 2004 et que le volume croissant de ses contenus n’est pas forcément corrélé à leur qualité.

3. Si l’on est fan de science-fiction, on dira que la vérité est ailleurs.

4. Si l’on est curieux, on demandera : mais quel est donc l’âge du capitaine ?

À ce propos, ma mère m’avait appris que, quand on est bien éduqué, on ne demande jamais l’âge d’une dame. En fait, ça ne s’était pas passé exactement comme ça. J’avais dix ou onze ans, je revenais d’une leçon de piano et je lui rapportais que ma professeure de piano m’avait lancé – sans doute lorsque j’avais voulu lui faire croire que j’avais de bonnes raisons de ne pas avoir travaillé mes gammes – « Et je ne suis pas née d’hier ! ». Maman me dit alors, pince-sans-rire, « J’espère que tu ne lui as pas répondu : ça se voit, mademoiselle. » Car à cette époque les profs de piano étaient… comment dire… des vieilles filles que l’on appelait poliment « Mademoiselle ». Ce qu’on ne fera jamais plus, jeunes ou vieilles filles, rassurez-vous.

Pour en revenir à Stella Baruk, qu’on a eu le grand plaisir de voir et d’écouter à une récente rencontre organisée par la médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild, à l’occasion de la projection du documentaire de Camille Guichard « Il n’y a pas de troubles en mathématiques, il n’y a que des enfants troublés » (disponible en DVD) : cette grande dame n’est pas seulement une grande pédagogue qui s’évertue à comprendre et à corriger les mécanismes de l’échec en mathématiques, mais elle est aussi musicalement douée : elle chante fort bien – belle voix, bien posée – et a de surcroît fait du violon et du piano.

Mathématiques, musique, échecs… on ne peut s’empêcher de penser à ce qu’a dit George Steiner dans un essai où il essaie de déterminer ce qu’il y a de commun à ces trois domaines où peuvent exceller des enfants :

They tell us […] of man’s unique capacity to “build against the world,” to devise forms that are zany, totally useless, austerely frivolous. Such forms are irresponsible to reality, and therefore inviolate, as is nothing else, to the banal authority of death.

Mais ce sont aussi des domaines qui permettent d’exercer à l’infini raison et logique et d’y construire des systèmes éminemment complexes et cohérents qui obéissent à des lois ou à des règles qui elles-mêmes peuvent être choisies indépendamment (ou non) de toute « réalité » physique.

Et peut-être donc indépendamment aussi du langage commun, ce qui ferait qu’enfants et autistes peuvent y exceller tout en ne sachant pas encore ou ne pouvant communiquer « normalement ». Et c’est d’autant plus désolant de voir des enfants troublés – par la communication inadéquate de leurs instituteurs – là où ils pourraient exceller.

Et pour répondre finalement à la question qui vous taraude, on dira simplement que Stella Baruk est née en français.

30 mars 2012

Les promesses de Free

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques — Miklos @ 1:55

La page d’accueil du webmailSite permettant d’accéder à sa boîte de courrier électronique par le Web et sans avoir à passer par une application du genre Outlook, Thunderbird, etc. « traditionnel » de Free encourage à demander la migration à sa « nouvelle » plate-forme (guillemets parce que mise en service voilà de nombreux mois) en ces termes :

On l’a demandée voici plus de quatre jours (une centaine d’heures), et on n’y accède toujours pas. On a donc posé la question au support, et voici la réponse :

La demande est enregistrée, et, vous receverez un mail lorsque ca sera traité… d’ici quelques semaines/mois… tout depend du materiel.

Cela ne rappelle-t-il pas d’autres promesses, bien plus fracassantes (pour ses clients), de Free :

Tiens, en voilà encore une, de promesse, à ce sujet : « Free Mobile promet un retour à la normale d’ici 15 jours. » Si c’est le même facteur multiplicatif de l’échelle temporelle que celui de la promesse de la migration à Zimbra (promise : quelques heures ; confirmée : quelques semaines/mois), ce retour à la normale de leur réseau mobile devrait prendre quelques années.

Parole, parole, parole… Mais il y a tout de même un bon côté à ce fracas : les opérateurs des réseaux mobiles (plus) fiables baissent leurs prix. Alors autant rester chez eux…

26 mars 2012

« Condillac dit quelque part qu’il seroit plus aisé de créer un monde que de créer une idée »

Classé dans : Actualité, Littérature, Sciences, techniques, Éducation — Miklos @ 7:24

§104. Nous ne créons pas proprement des idées ; nous ne faisons que combiner, par des compositions & des décompositions, celles que nous recevons par les sens. L’invention consiste à savoir faire des combinaisons neuves. Il y en a de deux espèces : le talent et le génie. — Étienne Bonot de Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines. Ouvrage où l’on réduit à un seul principe tout ce qui concerne l’entendement humain. 4e éd., Paris, 1793.

Ce qui a été, sera, et ce qui a été fait, sera fait, et n’y a rien de nouveau sous le soleil. — Ecclésiaste 1:9. Trad. Sébastien Castellion, 1555.

Le compte-rendu de Loys Bonod, professeur certifié de lettres classiques au lycée Chaptal à Paris, d’une expérience de longue haleine qu’il a menée à l’insu de ses élèves destinée à démontrer leur tendance à céder à la facilité en copiant maladroitement et sans aucun sens critique n’importe quoi n’importe où pourvu que ce soit en ligne plutôt qu’en réfléchissant sérieusement, mérite la lecture : il y décrit comment il a planté méthodiquement et fort intel­li­gemment ses pièges sur le terrain – ce qui illustre, en passant, sa profonde connaissance de l’art du bon référencement (et l’inanité de l’idée reçue que savoirs technique et humaniste sont incompatibles) –, dans lesquels ils sont très majoritairement tombés.

Le plagiat électronique n’est pas un phénomène récent (du moins à l’échelle de l’histoire du Web) : dans un billet publié en 1997 dans la défunte liste de diffusion BIBLIO-FR et retranscrit aussi ici, je signalais un article du Chicago TribunePatrice M. Jones, “Internet Term Papers Write New Chapter On Plagiarism”, Chicago Tribune, 8 décembre 1997. (article qui, lui, n’est plus en ligne à l’adresse indiquée dans ce billet tandis que ce quotidien est toujours en vie, mais que l’on peut trouver pour le moment) qui parlait de ce phénomène en université et des stratégies d’évi­tement utilisées par les professeurs, et relatais ensuite mon expé­rience person­nelle dans ce domaine (non comme plagiaire, je précise).

Quant au plagiat, il est sans doute aussi vieux que le monde, comme le dit si joliment Charles Nodier dans son Histoire du Roi de Bohême et de ses sept châteaux (dont la curieuse chro­nologie place Salomon après Job) :

Une idée nouvelle, grand Dieu ! il n’en restoit pas une dans la circulation du temps de Salomon — et Salomon n’a fait que le dire d’après Job.

Et vous voulez que moi, plagiaire des plagiaires de Sterne —

Qui fut plagiaire de Swift —

Qui fut plagiaire de Wilkins —

Qui fut plagiaire de Cyrano .—

Qui fut plagiaire de Reboul —

Qui fut plagiaire de Guillaume des Autels —

Qui fut plagiaire de Rabelais —

Qui fut plagiaire de Morus —

Qui fut plagiaire d’Érasme —

Qui fut plagiaire de Lucien — ou de Lucius de Patras — ou d’Apulée — car on ne sait lequel des trois a été volé par les deux autres, et je ne me suis jamais soucié de le savoir…

Vous voudriez, je le répète, que j’inventasse la forme et le fond d’un livre ! le ciel me soit en aide ! Condillac dit quelque part qu’il seroit plus aisé de créer un monde que de créer une idée.

Ce que Giraudoux a plagié à son tour, en faisant dire succinctement à Robineau (dans Siegfried) : « Le plagiat est la base de toutes les littératures, excepté de la première, qui d’ailleurs est inconnue. ».

Il va sans dire que nous applaudissons des deux mains (tout en écrivant ces quelques mots) ce type-là de « plagiat ».

20 mars 2012

Trophées du Salon du Livre 2012

Jean-Claude Beaune (éd.), La mesure. Instruments et philosophes. Actes du colloque qui s’est tenu au Centre d’analyse des formes et systèmes de la faculté de philosophie de l’université Jean-Moulin-Lyon III les 28 et 29 septembre 1993. Champ Vallon, 1994. [De la mesure en toute chose, ce qui est d’autant plus pertinent à l’ére du numérique.]

Pierre Benoît, Le Roi lépreux. Avec une préface d’Adrien Goetz. Le Livre de Poche n° 174, 2012. [Je me souviens de la délectation et des émois avec lesquels j’avais dévoré L’Atlantide, n° 151 dans le Livre de Poche, et que j’avais lu dans l’édition de 1963 que je possède encore.]

Patrick Boman et Christian Laucou, La typographie cent règles. Le Polygraphe, éditeur, 2005. [J’aurais préféré un bon, gros, traité bien structuré, mais à défaut, j’y trouve tout de même mon compte.]

Victor Dallet et Serge Guérin, Le Chocolat. Histoire anecdotes et recettes. Les Éditions du Coq à l’Âne, 2005. [Fait par un chocolatier, il ne parle pas beaucoup de la concurrence, et surtout pas de Bonnat, le chocolat français que je préfère.]

Régis Debray, Un mythe contemporain : le dialogue des civilisations. CNRS Éditions, 2007. [Petit opuscule intéressant qui m’a fourni une citation pour mon introduction à la table ronde La Bibliothèque dans le nuage au Salon du Livre.]

Denis Diderot, Regrets sur ma vielle robe de chambre, ou, Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune, suivi de la Satire contre le luxe. Éditions de l’éclat, 2011. [Les éditions de l’éclat méritent bien leur nom : discrète, c’est une maison de grande qualité, qui diffuse des livres qui rayonnent. Et ce qui ne dépare pas : la non moins grande civilité de Michel Valensi, son directeur.]

Pierre Duplan, Le langage des images. Atelier Perrouseaux éditeur, 2010. [Analyse au scalpel de l’image, de ses composantes, de sa grammaire et de ses usages.]

Antoine Germa, Benjamin Lellouch et Évelyne Patlagean, Les Juifs dans l’histoire. Champ Vallon, 2011. [Plus de 2300 ans en 900 pages, ça fait combien à la page ?]

Jean-Noël Jeanneney, L’État blessé. Flammarion, 2012. [À la veille d’une échéance électorale, lecture critique et salutaire des cinq années qui se terminent. Dédicace : « Pour Michel Fingerhut, bon compagnon dans les bons combats, en chaleureuse amitié ! Jean-Noël Jeanneney. 18 mars 2012 »]

Serge Lehman, Le Haut-Lieu et autres espaces inhabitables. Denoël, 2008. [Un ailleurs juste à portée de la main.]

Franck Médioni (éd.), Le goût de l’humour juif. Mercure de France, 2012. [Vous connaissez l’histoire de ces trois mères qui discutent des qualités respectives de leur fils… ?]

Jean-Noël Mouret (éd.), Le goût des villes imaginaires. Mercure de France, 2011. [Les imaginations de Poe, Tzara, Borges, Perec ou Le Corbusier… !]

Étienne Pédron, Chansons socialistes. Les Éditions Raison et Passions, 2011. [Ah, si le parti socialiste chantait ainsi ! Il n’y a plus qu’un Mélanchon pour porter ce type de protestation, et il ne le fait même pas en chantant…]

Georges Perec, Les mots croisés. Précédé de considérations de l’auteur sur l’art et la manière de croiser les mots. P.O.L., 2009. [Après ceux de Tristan Bernard, voici ceux de Georges Perec.]

Francis Poulenc, Journal de mes mélodies. Grasset, 1964. [Et dire que l’auteur de ces mélodies si délicates aimait les camionneurs !]

Jorge Semprún, Une tombe au creux des nuages. Essais sur l’Europe d’hier et d’aujourdhui. Climats, 2010. [L’essai qui donne son nom à l’ouvrage est disponible en ligne avec l’aimable autorisation de l’éditeur]

Victor Serge, L’extermination des Juifs de Varsovie et autres textes sur l’antisémitisme. Joseph K., 2011. [D’origine russe, apatride dans sa Belgique natale et en France, traité quasiment comme un juif par la préfecture pétainiste sans pour autant « avoir l’honneur » de l’être, comme il l’a dit lui-même, ses écrits tentaient d’alerter ses contemporains sur le sort tragique qui les frappait.]

Dominique Wolton, Informer n’est pas communiquer. CNRS Éditions, 2007. [La dimension anthropologique de la communication

14 février 2012

Ça bouge, au Monde

Classé dans : Actualité, Médias, Publicité, Sciences, techniques — Miklos @ 1:57

Voici comment s’affichait aujourd’hui la page d’accueil du Monde, un journal qui bouge. Ou du moins, c’est une publicité d’IBM qui y bouge au point de tout recouvrir, tel ce beau nuage que nous supplions de nous emporter tous vers ce pays si doux, si doux, mais qui, pour le moment, avale tel Moloch toutes nos données et a parfois du mal à les recracher.

Mais il n’y pas que cela qui change au Monde : les blogs y ont encore subi une métamorphose malgré eux qui en affecte la mise en page (pas en mieux) sans même en avoir prévenu les auteurs. Ce n’est pas la première (2007) ni la deuxième fois (2010). Et si ça ne vous plaît pas, vous n’avez qu’à aller voir ailleurs, personne ne vous oblige à utiliser ce service gratuit (et réservé aux abonnés).

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