Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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9 août 2009

Ce n’est pas parce qu’on le montre à la télé que c’est forcément vrai…

Classé dans : Médias, Nature, Sciences, techniques — Miklos @ 12:49

Kea intelligence test (see blog item for bibliographical reference)

La chaîne Planète rediffusait ce matin Les perroquets voyous de Nouvelle-Zélande, un captivant documentaire animalier à propos du Nestor notabilis, plus connu sous le nom commun de kea et dont l’unique habitat est la région des alpes de Nouvelle-Zélande.

Le reportage s’attardait sur les aspects curieux et attachants de ce perroquet : « marié » pour la vie, nichant plutôt dans des terriers que dans des arbres, mais surtout possédant une intelligence remarquable : on les voyait – en accéléré, ce qui est plus rapide et amusant – réussir – parfois seuls, parfois en s’entraidant (ce qui dénote une capacité sociale élevée) – des tests consistant à manipuler des mécanismes de verrouillage complexes leur permettant d’accéder finalement à une quelconque friandise.

L’une de ces expériences consistait à faire remonter un tube le long d’une perche pour l’en séparer, puis de démantibuler cette partie dans laquelle était dissimulée la récompense. La longueur de la perche nécessitait de leur part une opération complexe : y grimper tout en remontant, avec leur bec, le tube. Le film laissait comprendre qu’ils avaient compris comment s’y prendre, et, mieux encore, comment un congénère qui les observait savait alors s’y prendre, sans même expérimenter de son côté : il avait appris par imitation.

Or si l’on est pour le moins aussi curieux que le kea, on trouvera facilement le rapport des chercheurs qui ont effectué cette expérience. On y lit entre autres : “Only one naive bird managed to remove a tube twice in 25 half-hour sessions and disappeared after success” – en d’autres termes qu’un seul des sujets non entraînés a su trouver par lui-même comment procéder (et avec un taux de succès assez limité), et comme il a disparu après, il n’a pas pu être observé par d’autres keas. En conséquence, “another bird was trained to solve the task and to provide demonstrations for others” – il a fallu entraîner un autre oiseau à apprendre à résoudre le test pour pouvoir être observé par les autres. Mais attendez : il s’avère surtout que “free-living keas showed little improvement in their attempts to solve a tube-lifting task despite persistent interest in exploring and manipulating the apparatus” – en d’autres termes, qu’ils n’ont pas réellement démontré une capacité d’apprentissage par observation (par contre, leur curiosité n’est pas mise en cause, ni, d’ailleurs, à reproduire le test une fois qu’ils ont finalement appris à le faire).

C’est exactement le contraire de ce que Planète voulait nous faire comprendre par ses judicieux montages et commentaires. Comme quoi, il ne doit pas suffire de voir pour croire. Surtout si c’est à la télé.

Les murs ont des oreilles, ou, une ingénieuse invention

Classé dans : Cinéma, vidéo, Humour, Sciences, techniques — Miklos @ 7:55

« Ni la crainte du despotisme, ni celle de l’enfer, ne peuvent étouffer les mille voix du passé qui s’élèvent de toutes parts. Non, non, elles parlent trop haut, ces voix terribles, pour que celle d’un prêtre leur impose silence ! Elles parlent à nos âmes dans le sommeil, par la bouche des spectres qui se lèvent pour nous avertir ; elles parlent à nos oreilles par tous les bruits de la nature ; elles sortent même du tronc des arbres, comme autrefois celle des dieux, dans les bois sacrés, pour nous raconter les crimes, les malheurs et les exploits de nos pères. »

— George Sand, Consuelo, 1845.

Rudolph Clausius (1822-1888) était un célèbre mathématicien et physicien allemand, et l’un des pères de la thermodynamique. Dans un de ses cours, il explique ainsi la nature du son : « [Un corps sonore produit musique, voix ou bruit en mettant] en mouvement l’air qui l’entoure, et en y produisant des vibrations qui se propagent à l’état d’ondes que nous percevons ensuite comme son. Inversement, les ondes qui se propagent dans l’air peuvent mettre en vibration un corps qu’elles viennent heurter. (…) Lorsque, dans l’air qu’on joue, se présentent des sons qui sont en rapport harmonique avec les sons que peut rendre un certain corps, celui-ci, entraîné par une espèce de sympathie, semble éprouver l’envie de mêler sa voix à la symphonie générale. (…) Lorsque le son principal aura cessé de résonner, on entendra encore distinctement le corps répéter le même son. »

Parmi ces « corps qu’elles viennent heurter », il y a, bien entendu, nos oreilles ; mais si l’on se trouve dans une pièce ou une salle, il y a aussi les murs de ces lieux. Or ces derniers ne font pas que réfracter les sons qui les frappent : de récents instruments de micromesure ont pu mettre en évidence les déformations occasionnées dans leur matière par ce choc et par l’absorption partielle des ondes sonores. Pour simplifier, on peut dire que ces parois, pour peu qu’elles ne soient pas indéformables (auquel cas elles renverraient parfaitement le son qui les frappe sans en être affectées) prennent alors la forme des sillons d’un disque vynile ; la matière conserve cette déformation (ce qui est tout de même plus facile à constater que la mémoire de cette déformation, cf. la théorie de la mémoire de l’eau de Benveniste, récemment ravivée par Montagnier).

Il suffit alors de pouvoir la lire pour restaurer, à nos oreilles, les musiques, les voix, les cris et les chuchotements dont ces murs ont été les témoins, finalement pas si muets que ça. Et même en stéréo (en relevant les tracés sur les murs à deux endroits différents de l’église). Imaginez pouvoir enfin écouter le concert d’inauguration que Bach avait donné à l’orgue de l’église d’Armstradt, ou l’apostrophe de Bonaparte à ses soldats du haut d’une pyramide (dont la pierre garde encore la trace) !

La réalisation est simple : elle se base sur un principe similaire à celui des techniques visuelles d’extraction du son des disques en vinyl, développées indépendamment par la Phonothèque nationale suisse, et par le laboratoire de physique américain Lawrence Berkeley, et qui permet de reproduire le son enregistré sur ces disques en en photographiant la surface. Dans les détails, il y a évidemment des différences : un disque n’est « fait » que pour enregistrer une seule œuvre, tandis que les murs d’une église, d’une salle de concert ou d’une pièce ont entendu, au fil du temps, un nombre important d’œuvres, de voix, de bruits qui s’y superposent. C’est là que se rajoutent des techniques d’archéologie sonore et de séparation des sources que l’on utilise surtout en astrophysique pour distinguer les bruits en provenance de la Galaxie.

C’est ainsi que la science met, de nouveau, à mal une idée reçue : verba volant, scripta manent. Tout en en confirmant une autre : les murs ont des oreilles. Caveat locutor !

L’art précède souvent la science, et les artistes, de Vinci à Verne, imaginent ce que les ingénieurs inventeront plus tard. C’est ainsi que la scénographie que Peter Greenaway a réalisée pour l’une des salles de la – splendide – Venaria Reale à Turin illustre de façon magique ce principe que nous venons de décrire : sur ses murs, on y voit des personnages du XVIIIe siècle évoluer en chuchotant, on entend le bruissement de leurs voix, les mots et les noms qu’ils se glissent insidieusement les uns aux autres : c’est la rumeur, ce bruit qui se perpétue bien après que ses sujets aient disparus et qui ne s’éteint pas, inscrit à jamais sur les parois de ce salon…

6 août 2009

« Those Magnificent Men in Their Flying Machines »

Classé dans : Actualité, Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 0:22

Leonardo da Vinci's flying machineLes deux récentes catastrophes impliquant des Airbus ont fait, à juste titre, la une des médias. Ce qu’on sait moins, c’est que des inci­dents quoti­diens, parfois sans autre désa­grément qu’un retour forcé à la case départ suivi d’un retard de plusieurs heures, parfois avec d’autres inci­dences rela­ti­vement mineures (ou du moins : sans perte de vie, dans la plupart des cas), affecte quotidiennement toute la flotte aérienne.

La liste ci-dessous est le résultat d’une recherche en ligne non exaustive de récents incidents impliquant des Airbus (les sites spécialisés, tels que crash-aerien.com, montrent bien que les autres constructeurs aériens sont aussi affectés de pannes ou de problèmes – turbulences, par exemple – de tous ordres). La date est (en général) celle de l’incident (ou de son annonce, si elle ne spécifie pas la date précise), et la source de l’information est indiquée entre parenthèses.

5.8.2009

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne indienne Air India/Indian Airlines a été contraint de se poser en urgence sur l’aéroport international de Mumbai (Inde) suite à des problèmes hydrauliques quelques instants avant l’atterrissage. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320-200 de la compagnie australienne Tiger Airways opérait un vol entre Melbourne et MacKay (Australie) et était en vol quand soudainement les pilotes ont été confrontés au déclenchement de nombreuses alarmes de dysfonctionnements de l’avion. L’équipage a immédiatement pris la décision de se dérouter vers l’aéroport de Canberra sur lequel l’appareil a pu se poser quelques minutes plus tard en toute sécurité. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A319 de la compagnie aérienne EasyJet a été pris dans de sévères turbulences lors de son vol. Trois personnes, un passager et deux membres d’équipage ont été blessées. (crash-aerien.com)

· Le réacteur d’un Airbus A320 de la compagnie espagnole Vueling, devant assurer le vol Paris Orly-Alicante, s’enflamme à Orly. C’est en évacuant les lieux que huit passagers se sont très légèrement blessés. (France Info)

4.8.2009

· Un Airbus A330-300 de la compagnie aérienne malaisienne Malaysia Airlines a dû faire un arrêt-décollage brutal quelques secondes avant son envol de l’aéroport international de Kuala-Lumpur (Malaisie) suite à un problème hydraulique au moment de la course d’envol. Les passagers ont été débarqués et transférés ultérieurement sur un autre appareil, également un Airbus A330 qui a décollé quelques instants plus tard. Moins de 20 minutes après le départ, un des deux réacteurs de l’appareil a fait entendre des bruits étranges, obligeant les pilotes à le couper et à faire demi-tour afin de se reposer en urgence à Kuala Lumpur. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne américaine JetBlue Airways a été contraint de faire demi-tour et de se reposer en urgence sur l’aéroport international de Orlando (Floride) après qu’une surchauffe d’un des deux réacteurs de l’appareil ait obligé les pilotes à le couper. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne canadienne Air Canada a été contraint de demander un atterrissage d’urgence sur l’aéroport international de calgary (Canada) suite à des problèmes de déploiement de volets quelques instants avant l’atterrissage. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320-211 de la compagnie aérienne italienne Windjet, qui devait effectuer la liaison entre l’aéroport international de Parme et l’aéroport international de Palerme (Italie) avec une centaine de personnes à bord, a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport de Parme après avoir heurté un vol de mouettes après le décollage. (crash-aerien.com)

2.8.2009

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne charter néerlandaise Amsterdam Airlines a fait une sortie de taxiway sans gravité sur l’aéroport international de Maastricht (Pays-Bas) après que les pilotes aient perdu le contrôle de la direction suite à un problème technique. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A330-200 loué par la compagnie aérienne koweitienne Kuweit Airways a été contraint de faire demi-tour et de se reposer en urgence sur l’aéroport international de Dhaka (Bangladesh) après qu’un des deux réacteurs de l’appareil ait développé un problème technique quelques instants après son décollage. (crash-aerien.com)

1.8.2009

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne tchèque CSA assurant la liaison entre Larnaca et Prague a dû faire demi-tour peu après son décollage samedi après-midi. Il a été victime d’un court-circuit sur un ordinateur de bord, a-t-on appris auprès de la compagnie. (Swissinfo)

· Un Airbus A319 de la compagnie aérienne kazakhe Air Astana a été contraint de faire demi-tour et de se reposer en urgence sur l’aéroport international de Alamaty (Kazakhstan) suite à des problèmes hydrauliques ayant affecté le système de freinage. Il n’y a pas eu de blessés. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A319 de la compagnie aérienne Frontier Airlines a été contraint de faire demi-tour et de retourner aux parkings de l’aéroport international de Fort Lauderdale (Floride) suite à la découverte d’une fuite lors du roulage. (crash-aerien.com)

31.7.2009

· Un Airbus A330-200 de la compagnie aérienne française Air France, qui devait effectuer la liaison entre l’aéroport international Roissy-Charles de Gaulle de Paris et l’aéroport international de Douala (Cameroun) avec 184 passagers à bord, a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport international Roissy de Paris (France) suite à des problèmes de conditionnement d’air et l’apparition de fumée à l’intérieur de la cabine passagers. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A330-200 de la compagnie aérienne chypriote Cyprus Airways assurant un vol vers Paris a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport international de Larnaca (Chypre) suite à des problèmes techniques sur le système hydraulique. (Xinhua)

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne chypriote Cyprus Airways assurant un vol vers Zürich a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport international de Larnaca (Chypre) suite à des problèmes techniques sur le système de climatisation. (Xinhua)

30.7.2009

· Un A340-300 de la compagnie aérienne Emirates, qui devait effectuer la liaison entre l’aéroport international de Dubaï et l’aéroport international Jomo Kenyatta de Nairobi (Kenya), a été victime de problèmes techniques quelques instants avant son décollage de l’aéroport international de Dubaï (Emirats Arabes Unis) laissant ses passagers dans une cabine surchauffée. Après deux heures et demi sans climatisation à bord, deux enfants se sont évanouis et ont du être évacués par les services de santé. Les autres passagers ont alors commencé à récriminer et l’équipage a du se résoudre à les faire débarquer. (crash-aerien.com)

29.7.2009

· Les autorités congolaises ont cloué au sol l’Airbus A330 de la compagnie Air France après que celui-ci ait heurté un bâtiment lors des manoeuvres sur le tarmac après son atterrissage le 29 juillet dernier à l’aéroport Brazzaville. Si aucun dommage humain n’a été déclaré, l’appareil, lui, a subi une fissure. (Gabon Eco)

21.7.2009

· L’Airbus A340 assurant le vol Boston-Paris revient se poser à l’aéroport après 23 minutes de vol, en raison d’un problème technique sur un moteur. (France Info)

13.7.2009

· Un Airbus A 320 de la compagnie Air France assurant le vol Rome – Paris Charles de Gaulle aurait subi un nouvel incident de sonde Pitot le 13 juillet dernier. Cet incident n’a pas mis la vie des passagers du vol en danger. (crash-aerien.com)

8.7.2009

· Une Moscovite raconte dans un article paru sur le site Infox.ru traduit par Agoravox, comment, le 8 juillet dernier, elle a aidé les pilotes d’un Airbus à faire atterrir un avion à Moscou. Les pilotes français et le contrôleur aérien russe n’arrivaient pas à se comprendre en anglais. (Le Quotidien du tourisme)

30.6.2009

· Un airbus A310-300 de Yemenia Airways s’écrase au large des Îles Comores : 152 victimes. (Le Point)

1.6.2009

· Un Airbus A30 assurant le vol AF447 Rio-Paris s’abîme en mer. Il fait 228 morts. (LaDepeche.fr)

15.1.2009

· Un avion Airbus A320 de la compagnie aérienne US Airways transportant 155 personnes s’est abîmé dans la rivière Hudson, devant Manhattan, près de l’aéroport de New York La Guardia, jeudi après-midi. Les 155 personnes qui se trouvaient à bord ont toutes survécu. (20 minutes)

27.11.2008

· Un Airbus A320 néo-zélandais, avec 7 personnes à bord (et non cinq comme indiqué dans un premier temps), qui était en phase d’atterrissage à Perpignan, s’est abîmé jeudi en mer Méditerranée, au large du Canet-en-Roussillon. À 20h, deux corps sans vie avaient été repêchés, les cinq autres étant toujours portés disparus. (LCI)

30.5.2008

· Au moins deux personnes (cinq, selon AirSafe.com) sont mortes vendredi lorsqu’un Airbus A320-233 de la compagnie aérienne centraméricaine TACA est sorti de la piste vendredi en atterrissant à l’aéroport de la capitale hondurienne, selon la presse hondurienne. (air-valid.com)

30 juillet 2009

Facebook, Google et la publicité de mauvais goût

Classé dans : Actualité, Publicité, Sciences, techniques, Société, Économie — Miklos @ 13:48

Déjà que la publicité omniprésente sur le web a un côté mortifère – n’encourage-t-elle pas une consommation à outrance, et par conséquent une gabegie de ressources que l’on sait (ce n’est pas trop tôt, mais est-ce trop tard ?) limitées ? – voilà qu’elle donne dans l’explicitement macabre.

Google et Facebook se targuent d’in­sé­rer dans les pages Web une publi­cité contex­tuelle per­ti­nente, choisie par leurs logiciels respectifs (est-ce le même ?) en fonction du contenu de la page affichée à l’écran et des infor­mations qu’ils détiennent sur l’internaute : au minimum, le pays dans lequel il se trouve et éven­tuellement sa langue, mais aussi, s’il possède un compte chez ces fournisseurs, d’autres détails qu’il aura pu fournir volontairement ou non (par exemple : l’historique de ses navi­gations sur l’internet…).

Et voici que, depuis quelques jours, une publicité de fort mauvais goût a fait son apparition sur l’internet. Elle se retrouve avec une fréquence croissante et notoirement plus élevée que les autres (Facebook l’assène parfois trois fois dans la même page, comme le montre la copie d’écran ci-contre) dans des pages qui n’ont aucun, mais réellement aucun, rapport avec son propos : « Quand vas-tu mourir ? Fait (sic) le test de la mort et découvre quand tu vas mourir. » (avec quelques variantes). Il suffit d’un clic pour être transporté vers un site qui propose : « Répondez à 10 questions et découvrez combien de temps il vous reste à vivre ! » En très petites lettres, sont indiqués les coûts des services SMS néces­saires à l’utilisation du « ser­vice » (avec la mention « Mineurs deman­dez l’accord de vos parents »1) : ce site est en fait le produit d’une compagnie portugaise de télécoms – TIM WE – Serviços de Telecomunicações Móveis e Afins, S.A. – qui ne lésine pas sur les moyens d’encourager l’utilisation de services payants à l’intention des plus jeunes (à l’instar de Natta, un autre de ses services de téléchargements pour mobiles) dont on se doute bien qu’ils n’obéiront pas à l’injonction de demander l’accord de papa-maman. Ce « test de la mort » est diffusé aussi en d’autres langues sur l’internet.

Quant à Google, ils ont inséré cette publicité dans le synopsis du film Signore & signori tirée de l’excellente Internet Movie Database, faisant suite à une autre publicité, celle de l’Église de Scientologie… Aucun rapport avec le film, évidemment :

Google l’a aussi inséré dans une page d’un blog consacrée à la biblio­thé­co­nomie :

Si, en si peu de temps, on en a trouvé un nombre non négligeable, il est plausible d’en conclure que sa diffusion sur l’internet est vraiment virale. On rappellera pour conclure l’affirmation des fondateurs de Google (que nous citons régulièrement) :

Currently, the predominant business model for commercial search engines is advertising. The goals of the advertising business model do not always correspond to providing quality search to users. (…) For this type of reason and historical experience with other media, we expect that advertising funded search engines will be inherently biased towards the advertisers and away from the needs of the consumers. (…) we believe the issue of advertising causes enough mixed incentives that it is crucial to have a competitive search engine that is transparent and in the academic realm.”

Sergey Brin and Lawrence Page, “The Anatomy of a Large-Scale Hypertextual Web Search Engine”, 1998.


1 Comme on l’a constaté en écrivant ce billet, on n’est pas les seuls à se ques­tionner sur la pertinence de la présence d’une telle publicité non seulement dans le contexte de la page où elle apparaît, mais dans celui des réseaux sociaux dans lesquelles se trouvent ces pages, qui drainent ados comme adultes.

14 juillet 2009

Life in Hell: la galanterie française n’est plus ce qu’elle était

Classé dans : Histoire, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 12:05

Surcouf alors

«Nous suivons aussitôt notre capi­taine, et nous arrivons en quelques minutes devant les cabines occu­pées par les Anglaises : ces dames, effrayées du tumulte qui s’est rapproché d’elles, demandent grâce et merci.

Surcouf les rassure, leur présente ses respectueux hommages avec tout le savoir-vivre d’un marquis de l’ancien régime, s’excuse auprès d’elles du débraillé de sa toilette, s’inquiète de leurs besoins, et ne les quitte qu’en les voyant redevenues calmes et tranquilles. Toutefois, quoique pas un homme de notre équipage n’ait certes songé à abuser de la position de ces passagères, Surcouf place, pour surcroît de précaution, des sentinelles aux portes des cabinets qu’elles occupent, en leur donnant pour consigne de tirer sur le premier qui voudrait pénétrer chez les Anglaises. (…)

Ces arrangements conclus et terminés, Surcouf, mû par un sentiment» de grandeur et de désintéressement partagé par son équipage, laissa emporter aux Anglais, sans vouloir les visiter, toutes les caisses qu’ils déclarèrent être leur propriété et ne point appartenir à la cargaison.

Lous Garneray, Voyages, aventures et combats. Souvenirs de ma vie maritime. Bruxelles, 1851.

Surcouf aujourd’hui

Les magasins Surcouf sont « exceptionnellement ouverts » le mardi 14 juillet, exception plus économique que culturelle. Akbar et Jeff se rendent avenue Daumesnil pour y acheter un disque dur. Le magasin est sans dessus dessous : beaucoup de vide entouré de clôtures, là où il y avait une profusion de rayonnages surchargés de biens de consommation ; le rayon soldes fait partie de cette désertification, il n’a que quelques bacs en périphérie garnies de clés USB et autres gadgets qu’on trouve aussi bien ailleurs. Il est vrai que Surcouf accuse des pertes depuis quatre ans (dont 10 millions d’euros en perte d’exploitation en 2008), et vient d’être racheté par Hugues Mulliez.

Les compères se dirigent vers le rayon disques durs, situé à l’étage. Ils y montent. Ils aperçoivent de loin des étagères qui semblent garnies, mais l’accès est barré, deux employés s’y affairant. Quand Akbar leur demande comment y accéder pour choisir un disque, l’un d’eux lui demande quel modèle l’intéresse. Akbar répond qu’il n’en sait rien, il voudrait justement regarder l’offre et choisir. L’employé lui répond que c’est impossible. Akbar rétorque qu’ils sont venus spécialement aujourd’hui, mais si c’est pour trouver un magasin vide et inaccessible, à quoi bon annoncer cette ouverture « exceptionnelle » ?

En désespoir de cause, Jeff achète une clé USB. La caissière, toute mignonne, bavarde avec son collègue, tout mignon. Pas un mot – bonjour, s’il vous plaît, merci ou au revoir – pour nos compères ; elle se saisit de la clé, encaisse, tend les tickets de caisse comme un robot, bien pire qu’au BHV (qui, depuis un certain temps, a civilisé ses employés, lui).

Jeff propose de se rendre au magasin situé boulevard Haussmann. Même chamboulement, mais le personnel est poli et efficace, et le disque dur – un bon Seagate – a séduit Jeff. Du coup, Akbar y achète quelques bricoles.

Si Hugues Mulliez « veut lancer un nouveau concept à bas prix », ce serait peut-être celui de la politesse à tous les étages : ça ne coûte pas cher, et ça rapporte beaucoup.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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