Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 août 2009

Qu’y a-t-il de commun entre Bernadette Soubirous, Iô Kuruda et Valéry Giscard d’Estaing ?

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques — Miklos @ 17:04

Ce sont trois des (dizaines, centaines ou plus de) milliers de pages de blogs où sévit depuis 2004 « nina » la tornade, qui y dépose, parfois à plusieurs voire nombreuses reprises (deux fois aujourd’hui, chez nous, à partir du réseau Orange, du côté d’Avignon), un commentaire identique, quel que soit le billet, à propos d’« un petit problème du genre détail » qu’elle est « en train de régler » avec le président de la République. S’il renouvelle son mandat, il y a des chances pour que cette épidémie devienne une pandémie mondiale, d’autant plus qu’elle a déjà traversé l’Atlantique. Agents d’Orange, avez-vous un vaccin ? Il serait grand temps…

27 août 2009

De quelques bibliothèques numériques

Classé dans : Actualité, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 12:58

Quelques grands projets visent à mettre en ligne le patrimoine culturel français, européen ou mondial. Un petit tableau tente de mettre en regard quelques-unes des caractéristiques de quatre d’entre eux (pour autant que l’on puisse comparer). Les chiffres, quand il y en a, sont ceux qui sont affichés ou annoncés sur leurs sites respectifs.

Ces quatre projets n’ont pas été choisis au hasard : ils concernent tous, directement ou non, le patrimoine écrit français et font l’objet de l’intérêt actuel (qui est en général passager…) des médias :

· Gallica, mis en œuvre par la Bibliothèque nationale de France, et qui comprend une partie croissante de ses fonds numérisés ;

· Culture.FR, portail des collections patrimoniales françaises, mis en place par le ministère de la culture et de la communication ; il permet de localiser des documents détenus par les bases qu’il indexe (et donc d’y accéder via ces bases directement), d’une part, et a vocation de fournir les informations qu’il a collectées à Europeana ;

· Europeana, portail de la culture en Europe, projet en cours soutenu par l’Union européenne ; à l’instar du portail français, il est destiné à permettre de localiser des documents détenus par les bases qu’il indexe ;

· Google Books, qui comprend des livres numérisés provenant de grands fonds internationaux (principalement : bibliothèques) ; ce n’est pas un portail : les documents numériques sont stockés dans leur système.

Ce ne sont pas les seuls projets de ce genre : la Bibliothèque numérique mondiale est un projet culturellement et techniquement ambitieux porté par la Bibliothèque du Congrès. Il qui ne semble pas viser, a contrario, une exhaustivité ou une volumétrie aussi importante que ces quatre projets. Il est intéressant de trouver parmi leurs donateurs Google et Microsoft…

On n’insistera jamais trop sur la différence fondamentale – même si elle n’est pas directement visible pour l’utilisateur – entre une bibliothèque numérique au sens strict du terme et un portail : la première détient les documents que son moteur référence : elle peut donc en assurer un référencement, une présentation et un contrôle d’accès uniformes, et, le cas échéant, en indexer aussi les contenus (textuels, mais pourquoi pas image, vidéo ou musique).

Un portail s’apparente à un moteur de recherche : il ne détient pas de documents, mais uniquement les informations concernant des documents – qui peuvent être très sommaires (titre et auteur, par exemple) ou détaillés, allant jusqu’à l’indexation du contenu de ces documents, ce qui nécessite de sa part de les récupérer temporairement pour en extraire ce type d’information (ou, ce qui est moins commun, que le détenteur la lui fournisse). Le contenu n’étant pas stocké « dans » le portail, le lecteur n’est pas assuré d’y avoir toujours accès, même s’il y a trouvé une mention (c’est le même cas pour un moteur de recherche, qui peut répondre à une requête en indiquant un site, mais que, lorsqu’on clique pour y accéder, on s’aperçoit que le site a disparu ou n’est pas accessible ou a changé).

Autre détail qui ne manque pas d’importance, dans le contexte actuel : le fait qu’une bibliothèque numérique (comme Gallica, Google ou la Bibliothèque numérique mondiale) soit accessible sur l’internet n’implique pas forcément que ses documents soient référencés (ou indexés) par tel ou tel moteur de recherche ; et, s’ils le sont, que leur contenu (le texte du livre, par exemple) y soit aussi indexé, en sus des informations les concernant (titre, auteur…). C’est ainsi que les contenus des livres de Google Books sont indexés dans le moteur de recherche de Google – mais pas ailleurs… Ceci a pour conséquence de « forcer » l’internaute qui recherche des ouvrages à aller interroger soit le moteur Google, soit Google Books.

26 août 2009

Words to avoid in your blog so as not be treated like s**t by this Pakistani company

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Économie — Miklos @ 19:25

According to Griffin’s The Panjab Chiefs (1865), Sialkot is one of the most ancient towns in the Panjab. It is said to have been founded about 3400 B.C. I had never heard of it – have you? – until, that is, the spam I found today in my blog.

It appeared in the guise of a comment to my Brief history of the glove, and consisted of a promotional message for a group of companies specializing in all kinds of apparel, established in Sialkot (but with offices in NYC as well). It was posted from the Pakistan Telecommunication Company Limited network.

Spam is, in and of itself, an act of blatant disrespect. But what distinguishes this one is the assurance that “You are also guaranteed to enjoy the high value services and excrement care in every medium detail from us”. For a fleeting moment, I wondered if it was an indication they were into organic apparel, made from animal or human dejections, but I rejected this hypothesis.

A quick search on the internet reveals several instructive things. For one thing, there are over 4,200 spams to-date with this identical message. Or almost: the city is the same, the name of the company and its phone numbers may vary. Its web site is totally broken.

The sites which are spammed (and which have left this comment along – there may be many more which have not validated it or which have deleted it after the fact) are those which mention such items as regular or boxing gloves, coats and jackets. They usually belong to the garment industry or sport associations, but not only, as ours. One of the most amusing places we’ve found it is on the web site of the Centre for European Politics, attached to an item entitled The Gloves are off – Germany’s Grand Coalition. Will this German coalition decide to order leather garments from the Sialkotic coprophilous company?

Now you know which words you shouldn’t use in your blog unless you plan to enjoy their special kind of care. Darn, I just did it. I wonder if they will get me again.

Dear Reader, I hope that you will be keeping well (as they write).

23 août 2009

De l’utilité de voies ferrées souterraines

Classé dans : Photographie, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 19:47

Londres a l’insigne honneur d’être la première ville à avoir mis en service un métro en 1863. Paris n’eut droit à ce mode de transport urbain métro en 1900. Pourtant, dès 1856, Louis Le Hir, « docteur en droit, avocat », avait publié un ouvrage intitulé Réseau des voies ferrées sous Paris. Transports généraux dans Paris par un réseau de voies ferrées souterraines desservant les principaux quartiers et les mettant en communication avec les gares des Chemins de fer et par un service complémentaire de voitures à cheval. À part le cheval (on y reviendra peut-être un jour, qui sait), ne dirait-on pas une description contemporaine du réseau RATP-RER ?

Voici comment Le Hir résume son projet très détaillé – comprenant prix et devis –, qui avait fait l’objet d’une étude détaillée par « quelques hommes de cœur » et de métier (à l’instar de Mondot de Lagorce, ancien ingénieur en chef des ponts et chaussées), convaincus par l’utilité et par la faisabilité de ce projet :

En résumé, les auteurs du projet de réseau de voies ferrées sous Paris, sans demande de subvention, ni de secours, ni de privilège quelconque, sollicitent la permission d’exécuter, à leurs frais, risques et périls, un réseau de plus de 25 kilomètres de développement de voies ferrées, que MM. les ingénieurs du service municipal ont reconnu et ont déclaré ne pouvoir nuire ni aux établissements existants, ni à leurs services, ni à leurs projets ;

Qui ne portera nulle part la plus légère perturbation dans les industries actuelles ;

Qui ne compromettra pas plus la solidité des maisons que ne le ferait la construction du plus simple égout ;

Qui reliera entre elles et avec les ports de la rivière et du canal, ainsi qu’avec les Halles centrales et les principaux centres d’activité commerciale, toutes les gares des grandes lignes de chemins de fer aboutissant à la capitale ;

Qui, tout en désencombrant les voies publiques actuelles de ce qui les dégrade le plus et nuit le plus à leur agrément, le jour et la nuit, donnera les moyens de transporter avec célérité, à des prix excessivement modiques, les hommes et les choses.

Après un usufruit de 90 ans, la Compagnie abandonnerait à la ville la propriété de ses galeries, de ses 47 gares et stations et de leurs dépendances, cet ensemble formant un monument dont la valeur matérielle est estimée aujourd’hui à 40 millions.

En réalité, le projet est de la plus grande simplicité : au point de vue de l’art actuel des constructions, son exécution est exempte à la fois de tous dangers, de toutes difficultés matérielles, et ne réclame, de la part d’un ingénieur expérimenté, que des soins et de la prudence.

Sa réalisation donnera le moyen de faire des économies de tous les jours; et sera appréciée à toute sa valeur par les ouvriers, par les commerçants et par tous ceux qui auront à faire faire dans Paris des transports ou des commissions, ou qui recevront ou expédieront des articles de roulage.

Une idée ingénieuse et particulièrement novatrice qui n’a pas été exploitée jusqu’ici, celle du transport « des hommes et des choses » : ce service devait aussi servir au fret dans Paris (et aussi, de nuit, au transport hors de Paris « de ses vidanges, de ses immondices et de ses boues »… ). Peut-être que la RATP… ?

Les six lignes qu’il propose correspondent peu ou prou à certaines de celles qu’on connaît aujourd’hui (ou du moins à un tronçon), y compris à la ligne 14 (qui était sa ligne 4) :

lre ligne : les boulevarts (de la Madeleine à la Bastille), avec embranchement sur l’entrepôt des Marais.

2e ligne : du chemin de fer de Rouen aux Halles, par la rue de Londres, la rue de la Chaussée-d’Antin, le boulevart des Italiens et la rue Montmartre.

3e ligne : du bassin de la Villette aux Halles, par la rue La-fayette et les boulevarts de Strasbourg et de Sébastopol, avec embranchement sur les gares des chemins de fer de Strasbourg et du Nord.

4e ligne : de Bercy à la place de la Concorde et à la Madeleine, par les rues de Lyon , Saint-Antoine et de Rivoli (passage sous le canal Saint-Martin). Cette ligne sera mise facilement en communication avec les ports de la Seine.

5e ligne : des Halles à la barrière d’Enfer (chemin de fer de Sceaux), en suivant le boulevart de Sébastopol dans son prolongement (passage sous la Seine).

6e ligne : du chemin de fer d’Orléans au chemin de fer de l’Ouest. Cette ligne passe sous le boulevart de l’Hôpital, le Jardin des Plantes; elle suit la rue de Jussieu, la rue des Ecoles, la rue de Vaugirard et la rue de Rennes.

avec vingt-deux gares et vingt-cinq stations. Le tarif maximum était aussi fixé, pendant quatre-vingt-dix-neuf ans, à 10 centimes pour les voyageurs de 1re classe, à 5 centimes pour ceux de 2e classe ; à 4 francs par tonne de camionnage (contre 4 ou 5 francs par les modes de transports en surface à l’époque)… Ce qui serait fort apprécié par ceux qui sont « poussés par la cherté des loyers aux extrémités de Paris et hors Paris », selon l’auteur du rapport. Et par nos contemporains.

22 août 2009

De Sisyphe à Baudelaire

Classé dans : Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 18:41

Dans la page que la Wikipedia française en français consacre à Sisyphe, on lit qu’il « fut une source d’inspiration non seulement pour de nombreux écrivains, mais également pour les (sic) autres artistes ». Suit une liste – courte – qui mentionne deux peintres – Polygnote et Franz von Stuck (vous connaissez, vous ?) – un sculpteur – Jules Desbois (vous connaissez, vous ?) – , une manga, une bande dessinée, l’essai de Camus (impossible de le rater, celui-là) et une mention dans un vers de Baudelaire.

Cet article ne cite aucun des grands textes de l’antiquité qui en parlent – Homère ou Platon (le dialogue de Socrate et d’un certain Sisyphe), Sénèque et Horace, par exemple. Des peintres, l’article passe sous silence le Titien auquel on doit un magnifique Sisyphe (au Prado), ainsi qu’Ether Schwabacher (élève d’Arshile Gorky et dont l’œuvre est exposée dans les grands musées américains). Pas si nombreux que cela, les « nombreux » écrivains et artistes qui s’en seraient inspiré, mais tout de même…

En littérature, on en trouve quelques-uns dont la notoriété (ou son manque) égale celle des « autres artistes » cités dans l’article. En voici deux dont la proximité du prénom de l’un avec le nom de l’autre n’est qu’une amusante coïncidence.

Le poète Ponce-Denis Écouchard-Lebrun (1729-1807), dit « le Pindare français » (un de ses contemporains n’écrit-il pas : « Le Brun, digne héritier de la lyre immortelle… Toi qui nous rends Horace et Tyrtée et Pindare… »), a laissé une ode, Contre Sisyphe. Contre, parce que « des timides Vertus son Audace se joue », et « son or contagieux diffame ce qu’il touche. »

Charles Pierre, comte Gaspard de Pons (1798-1860) est un poète (et militaire) aujourd’hui oublié, mais qui a entretenu une correspondance avec certains de ses collègues et amis en littérature toujours présents dans notre patrimoine littéraire, à l’instar de Balzac ou de Vigny qui le présenta à Hugo, dont il devint ami. Ce dernier écrit d’ailleurs, à son propos, « Les compositions de Gaspard de Pons, ou se trouvent des vers saillants, sont comme ces tableaux chinois, à couleurs vives, mais sans ombres. » (Carnets, 1820-1821). Dans Le Rocher de Sisyphe (1835), de Pons écrit :

Malgré le poids du Temps sous lequel je fléchis
Et son immensité qu’à pas lents je franchis,
A ses rêves mon cœur se livre sans défense,
Et parfois je sens poindre une seconde enfance
Sous mes cheveux, déjà légèrement blanchis.
 
Ainsi de l’avenir l’obscur hiéroglyphe
Fait briller à ma vue un prestige divin ;
Je souris et je roule en vain
Le fatal rocher de Sisyphe,
Jusqu’au sommet du mont d’où l’homme épouvanté
Qui s’élevait au ciel, à la félicité
Par ses vœux et ses espérances,
Retombe dans l’éternité,
Dans l’éternité des souffrances.

Baudelaire n’évoque lui aussi le rocher de Sisyphe – dans Le Guignon (Les Fleurs du mal, 1855), dont Mallarmé reprendra le titre en 1862 – que comme métaphore, celle du long et dur labeur qu’est la vie du poète :

Pour soulever un poids si lourd,
Sisyphe, il faudrait ton courage !
Bien qu’on ait du cœur à l’ouvrage,
L’Art est long et le Temps est court.

Peut-être faut-il voir aussi ici dans le choix du personnage (et non pas de son sort, cette fois) l’affinité d’un transgresseur – Baudelaire, dont les Fleurs du mal le feront condamner pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs – à un autre – Sisyphe, puni pour avoir défié les dieux.

Quant à l’article que la Wikipedia consacre à Baudelaire, on peut y lire que c’était un « écrivain majeur de l’histoire de la poésie mondiale ». On ne s’attardera pas sur le style de l’article souvent lourd ou naïf (« il a aussi extrait la beauté de l’horreur », « … comme le postule si bien le titre de son Recueil [sic] Les Fleurs du Mal », « Les Fleurs du Mal, 1.861 edition, une édition illustrée », etc.) selon la main du rédacteur, examinons simplement quelques-uns des faits qui y sont mentionnés.

Le lecteur apprend tout d’abord que la mère du poète s’appelle « Caroline Archenbaut-Defayis (Dufaÿs ou Dufays, par corruption) », et, quelques lignes plus loin, « Caroline Archimbaut-Dufays ». Sans doute une corruption de la main qui a rajouté cette mention…

Passons au père, dont l’article donne pour date de naissance 1769, et précise qu’à la naissance de son fils il « est alors sexagénaire ». Or le petit Charles étant né en 1821, et 1821-1769=52, le papa était plutôt un jeune quinqua. Notre lecteur court consulter la page le concernant, et y lit qu’il était en fait né en 1759… Que fait-on, on prend la moyenne ?

Pour conclure, citons Baudelaire : « La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de défaillance, s’assimiler à la science ou à la morale ; elle n’a pas la Vérité pour objet, elle n’a qu’Elle-même » (in Sur Edgar Poe). Et la Wikipedia, alors, qu’a-t-elle pour objet ?

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