Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 août 2009

« Those Magnificent Men in Their Flying Machines »

Classé dans : Actualité, Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 0:22

Leonardo da Vinci's flying machineLes deux récentes catastrophes impliquant des Airbus ont fait, à juste titre, la une des médias. Ce qu’on sait moins, c’est que des inci­dents quoti­diens, parfois sans autre désa­grément qu’un retour forcé à la case départ suivi d’un retard de plusieurs heures, parfois avec d’autres inci­dences rela­ti­vement mineures (ou du moins : sans perte de vie, dans la plupart des cas), affecte quotidiennement toute la flotte aérienne.

La liste ci-dessous est le résultat d’une recherche en ligne non exaustive de récents incidents impliquant des Airbus (les sites spécialisés, tels que crash-aerien.com, montrent bien que les autres constructeurs aériens sont aussi affectés de pannes ou de problèmes – turbulences, par exemple – de tous ordres). La date est (en général) celle de l’incident (ou de son annonce, si elle ne spécifie pas la date précise), et la source de l’information est indiquée entre parenthèses.

5.8.2009

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne indienne Air India/Indian Airlines a été contraint de se poser en urgence sur l’aéroport international de Mumbai (Inde) suite à des problèmes hydrauliques quelques instants avant l’atterrissage. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320-200 de la compagnie australienne Tiger Airways opérait un vol entre Melbourne et MacKay (Australie) et était en vol quand soudainement les pilotes ont été confrontés au déclenchement de nombreuses alarmes de dysfonctionnements de l’avion. L’équipage a immédiatement pris la décision de se dérouter vers l’aéroport de Canberra sur lequel l’appareil a pu se poser quelques minutes plus tard en toute sécurité. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A319 de la compagnie aérienne EasyJet a été pris dans de sévères turbulences lors de son vol. Trois personnes, un passager et deux membres d’équipage ont été blessées. (crash-aerien.com)

· Le réacteur d’un Airbus A320 de la compagnie espagnole Vueling, devant assurer le vol Paris Orly-Alicante, s’enflamme à Orly. C’est en évacuant les lieux que huit passagers se sont très légèrement blessés. (France Info)

4.8.2009

· Un Airbus A330-300 de la compagnie aérienne malaisienne Malaysia Airlines a dû faire un arrêt-décollage brutal quelques secondes avant son envol de l’aéroport international de Kuala-Lumpur (Malaisie) suite à un problème hydraulique au moment de la course d’envol. Les passagers ont été débarqués et transférés ultérieurement sur un autre appareil, également un Airbus A330 qui a décollé quelques instants plus tard. Moins de 20 minutes après le départ, un des deux réacteurs de l’appareil a fait entendre des bruits étranges, obligeant les pilotes à le couper et à faire demi-tour afin de se reposer en urgence à Kuala Lumpur. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne américaine JetBlue Airways a été contraint de faire demi-tour et de se reposer en urgence sur l’aéroport international de Orlando (Floride) après qu’une surchauffe d’un des deux réacteurs de l’appareil ait obligé les pilotes à le couper. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne canadienne Air Canada a été contraint de demander un atterrissage d’urgence sur l’aéroport international de calgary (Canada) suite à des problèmes de déploiement de volets quelques instants avant l’atterrissage. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320-211 de la compagnie aérienne italienne Windjet, qui devait effectuer la liaison entre l’aéroport international de Parme et l’aéroport international de Palerme (Italie) avec une centaine de personnes à bord, a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport de Parme après avoir heurté un vol de mouettes après le décollage. (crash-aerien.com)

2.8.2009

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne charter néerlandaise Amsterdam Airlines a fait une sortie de taxiway sans gravité sur l’aéroport international de Maastricht (Pays-Bas) après que les pilotes aient perdu le contrôle de la direction suite à un problème technique. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A330-200 loué par la compagnie aérienne koweitienne Kuweit Airways a été contraint de faire demi-tour et de se reposer en urgence sur l’aéroport international de Dhaka (Bangladesh) après qu’un des deux réacteurs de l’appareil ait développé un problème technique quelques instants après son décollage. (crash-aerien.com)

1.8.2009

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne tchèque CSA assurant la liaison entre Larnaca et Prague a dû faire demi-tour peu après son décollage samedi après-midi. Il a été victime d’un court-circuit sur un ordinateur de bord, a-t-on appris auprès de la compagnie. (Swissinfo)

· Un Airbus A319 de la compagnie aérienne kazakhe Air Astana a été contraint de faire demi-tour et de se reposer en urgence sur l’aéroport international de Alamaty (Kazakhstan) suite à des problèmes hydrauliques ayant affecté le système de freinage. Il n’y a pas eu de blessés. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A319 de la compagnie aérienne Frontier Airlines a été contraint de faire demi-tour et de retourner aux parkings de l’aéroport international de Fort Lauderdale (Floride) suite à la découverte d’une fuite lors du roulage. (crash-aerien.com)

31.7.2009

· Un Airbus A330-200 de la compagnie aérienne française Air France, qui devait effectuer la liaison entre l’aéroport international Roissy-Charles de Gaulle de Paris et l’aéroport international de Douala (Cameroun) avec 184 passagers à bord, a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport international Roissy de Paris (France) suite à des problèmes de conditionnement d’air et l’apparition de fumée à l’intérieur de la cabine passagers. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A330-200 de la compagnie aérienne chypriote Cyprus Airways assurant un vol vers Paris a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport international de Larnaca (Chypre) suite à des problèmes techniques sur le système hydraulique. (Xinhua)

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne chypriote Cyprus Airways assurant un vol vers Zürich a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport international de Larnaca (Chypre) suite à des problèmes techniques sur le système de climatisation. (Xinhua)

30.7.2009

· Un A340-300 de la compagnie aérienne Emirates, qui devait effectuer la liaison entre l’aéroport international de Dubaï et l’aéroport international Jomo Kenyatta de Nairobi (Kenya), a été victime de problèmes techniques quelques instants avant son décollage de l’aéroport international de Dubaï (Emirats Arabes Unis) laissant ses passagers dans une cabine surchauffée. Après deux heures et demi sans climatisation à bord, deux enfants se sont évanouis et ont du être évacués par les services de santé. Les autres passagers ont alors commencé à récriminer et l’équipage a du se résoudre à les faire débarquer. (crash-aerien.com)

29.7.2009

· Les autorités congolaises ont cloué au sol l’Airbus A330 de la compagnie Air France après que celui-ci ait heurté un bâtiment lors des manoeuvres sur le tarmac après son atterrissage le 29 juillet dernier à l’aéroport Brazzaville. Si aucun dommage humain n’a été déclaré, l’appareil, lui, a subi une fissure. (Gabon Eco)

21.7.2009

· L’Airbus A340 assurant le vol Boston-Paris revient se poser à l’aéroport après 23 minutes de vol, en raison d’un problème technique sur un moteur. (France Info)

13.7.2009

· Un Airbus A 320 de la compagnie Air France assurant le vol Rome – Paris Charles de Gaulle aurait subi un nouvel incident de sonde Pitot le 13 juillet dernier. Cet incident n’a pas mis la vie des passagers du vol en danger. (crash-aerien.com)

8.7.2009

· Une Moscovite raconte dans un article paru sur le site Infox.ru traduit par Agoravox, comment, le 8 juillet dernier, elle a aidé les pilotes d’un Airbus à faire atterrir un avion à Moscou. Les pilotes français et le contrôleur aérien russe n’arrivaient pas à se comprendre en anglais. (Le Quotidien du tourisme)

30.6.2009

· Un airbus A310-300 de Yemenia Airways s’écrase au large des Îles Comores : 152 victimes. (Le Point)

1.6.2009

· Un Airbus A30 assurant le vol AF447 Rio-Paris s’abîme en mer. Il fait 228 morts. (LaDepeche.fr)

15.1.2009

· Un avion Airbus A320 de la compagnie aérienne US Airways transportant 155 personnes s’est abîmé dans la rivière Hudson, devant Manhattan, près de l’aéroport de New York La Guardia, jeudi après-midi. Les 155 personnes qui se trouvaient à bord ont toutes survécu. (20 minutes)

27.11.2008

· Un Airbus A320 néo-zélandais, avec 7 personnes à bord (et non cinq comme indiqué dans un premier temps), qui était en phase d’atterrissage à Perpignan, s’est abîmé jeudi en mer Méditerranée, au large du Canet-en-Roussillon. À 20h, deux corps sans vie avaient été repêchés, les cinq autres étant toujours portés disparus. (LCI)

30.5.2008

· Au moins deux personnes (cinq, selon AirSafe.com) sont mortes vendredi lorsqu’un Airbus A320-233 de la compagnie aérienne centraméricaine TACA est sorti de la piste vendredi en atterrissant à l’aéroport de la capitale hondurienne, selon la presse hondurienne. (air-valid.com)

30 juillet 2009

Facebook, Google et la publicité de mauvais goût

Classé dans : Actualité, Publicité, Sciences, techniques, Société, Économie — Miklos @ 13:48

Déjà que la publicité omniprésente sur le web a un côté mortifère – n’encourage-t-elle pas une consommation à outrance, et par conséquent une gabegie de ressources que l’on sait (ce n’est pas trop tôt, mais est-ce trop tard ?) limitées ? – voilà qu’elle donne dans l’explicitement macabre.

Google et Facebook se targuent d’in­sé­rer dans les pages Web une publi­cité contex­tuelle per­ti­nente, choisie par leurs logiciels respectifs (est-ce le même ?) en fonction du contenu de la page affichée à l’écran et des infor­mations qu’ils détiennent sur l’internaute : au minimum, le pays dans lequel il se trouve et éven­tuellement sa langue, mais aussi, s’il possède un compte chez ces fournisseurs, d’autres détails qu’il aura pu fournir volontairement ou non (par exemple : l’historique de ses navi­gations sur l’internet…).

Et voici que, depuis quelques jours, une publicité de fort mauvais goût a fait son apparition sur l’internet. Elle se retrouve avec une fréquence croissante et notoirement plus élevée que les autres (Facebook l’assène parfois trois fois dans la même page, comme le montre la copie d’écran ci-contre) dans des pages qui n’ont aucun, mais réellement aucun, rapport avec son propos : « Quand vas-tu mourir ? Fait (sic) le test de la mort et découvre quand tu vas mourir. » (avec quelques variantes). Il suffit d’un clic pour être transporté vers un site qui propose : « Répondez à 10 questions et découvrez combien de temps il vous reste à vivre ! » En très petites lettres, sont indiqués les coûts des services SMS néces­saires à l’utilisation du « ser­vice » (avec la mention « Mineurs deman­dez l’accord de vos parents »1) : ce site est en fait le produit d’une compagnie portugaise de télécoms – TIM WE – Serviços de Telecomunicações Móveis e Afins, S.A. – qui ne lésine pas sur les moyens d’encourager l’utilisation de services payants à l’intention des plus jeunes (à l’instar de Natta, un autre de ses services de téléchargements pour mobiles) dont on se doute bien qu’ils n’obéiront pas à l’injonction de demander l’accord de papa-maman. Ce « test de la mort » est diffusé aussi en d’autres langues sur l’internet.

Quant à Google, ils ont inséré cette publicité dans le synopsis du film Signore & signori tirée de l’excellente Internet Movie Database, faisant suite à une autre publicité, celle de l’Église de Scientologie… Aucun rapport avec le film, évidemment :

Google l’a aussi inséré dans une page d’un blog consacrée à la biblio­thé­co­nomie :

Si, en si peu de temps, on en a trouvé un nombre non négligeable, il est plausible d’en conclure que sa diffusion sur l’internet est vraiment virale. On rappellera pour conclure l’affirmation des fondateurs de Google (que nous citons régulièrement) :

Currently, the predominant business model for commercial search engines is advertising. The goals of the advertising business model do not always correspond to providing quality search to users. (…) For this type of reason and historical experience with other media, we expect that advertising funded search engines will be inherently biased towards the advertisers and away from the needs of the consumers. (…) we believe the issue of advertising causes enough mixed incentives that it is crucial to have a competitive search engine that is transparent and in the academic realm.”

Sergey Brin and Lawrence Page, “The Anatomy of a Large-Scale Hypertextual Web Search Engine”, 1998.


1 Comme on l’a constaté en écrivant ce billet, on n’est pas les seuls à se ques­tionner sur la pertinence de la présence d’une telle publicité non seulement dans le contexte de la page où elle apparaît, mais dans celui des réseaux sociaux dans lesquelles se trouvent ces pages, qui drainent ados comme adultes.

14 juillet 2009

Life in Hell: la galanterie française n’est plus ce qu’elle était

Classé dans : Histoire, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 12:05

Surcouf alors

«Nous suivons aussitôt notre capi­taine, et nous arrivons en quelques minutes devant les cabines occu­pées par les Anglaises : ces dames, effrayées du tumulte qui s’est rapproché d’elles, demandent grâce et merci.

Surcouf les rassure, leur présente ses respectueux hommages avec tout le savoir-vivre d’un marquis de l’ancien régime, s’excuse auprès d’elles du débraillé de sa toilette, s’inquiète de leurs besoins, et ne les quitte qu’en les voyant redevenues calmes et tranquilles. Toutefois, quoique pas un homme de notre équipage n’ait certes songé à abuser de la position de ces passagères, Surcouf place, pour surcroît de précaution, des sentinelles aux portes des cabinets qu’elles occupent, en leur donnant pour consigne de tirer sur le premier qui voudrait pénétrer chez les Anglaises. (…)

Ces arrangements conclus et terminés, Surcouf, mû par un sentiment» de grandeur et de désintéressement partagé par son équipage, laissa emporter aux Anglais, sans vouloir les visiter, toutes les caisses qu’ils déclarèrent être leur propriété et ne point appartenir à la cargaison.

Lous Garneray, Voyages, aventures et combats. Souvenirs de ma vie maritime. Bruxelles, 1851.

Surcouf aujourd’hui

Les magasins Surcouf sont « exceptionnellement ouverts » le mardi 14 juillet, exception plus économique que culturelle. Akbar et Jeff se rendent avenue Daumesnil pour y acheter un disque dur. Le magasin est sans dessus dessous : beaucoup de vide entouré de clôtures, là où il y avait une profusion de rayonnages surchargés de biens de consommation ; le rayon soldes fait partie de cette désertification, il n’a que quelques bacs en périphérie garnies de clés USB et autres gadgets qu’on trouve aussi bien ailleurs. Il est vrai que Surcouf accuse des pertes depuis quatre ans (dont 10 millions d’euros en perte d’exploitation en 2008), et vient d’être racheté par Hugues Mulliez.

Les compères se dirigent vers le rayon disques durs, situé à l’étage. Ils y montent. Ils aperçoivent de loin des étagères qui semblent garnies, mais l’accès est barré, deux employés s’y affairant. Quand Akbar leur demande comment y accéder pour choisir un disque, l’un d’eux lui demande quel modèle l’intéresse. Akbar répond qu’il n’en sait rien, il voudrait justement regarder l’offre et choisir. L’employé lui répond que c’est impossible. Akbar rétorque qu’ils sont venus spécialement aujourd’hui, mais si c’est pour trouver un magasin vide et inaccessible, à quoi bon annoncer cette ouverture « exceptionnelle » ?

En désespoir de cause, Jeff achète une clé USB. La caissière, toute mignonne, bavarde avec son collègue, tout mignon. Pas un mot – bonjour, s’il vous plaît, merci ou au revoir – pour nos compères ; elle se saisit de la clé, encaisse, tend les tickets de caisse comme un robot, bien pire qu’au BHV (qui, depuis un certain temps, a civilisé ses employés, lui).

Jeff propose de se rendre au magasin situé boulevard Haussmann. Même chamboulement, mais le personnel est poli et efficace, et le disque dur – un bon Seagate – a séduit Jeff. Du coup, Akbar y achète quelques bricoles.

Si Hugues Mulliez « veut lancer un nouveau concept à bas prix », ce serait peut-être celui de la politesse à tous les étages : ça ne coûte pas cher, et ça rapporte beaucoup.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

15 juin 2009

Timeline de compositeurs contemporains

Classé dans : Histoire, Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 11:21

Si la fenêtre est vide, essayer de cliquer sur List (une liste de noms devrait s’afficher), puis sur Timeline. Si cela ne marche pas, essayer View in Dipity (le service Dipity est très instable, surtout dans son affichage dans IE8)
• Cliquer sur un compositeur pour voir les détails d’étal civil ; cliquer sur son nom, dans la fenêtre qui s’affiche, pour accéder à sa biographie en ligne.
• Pour se déplacer, utiliser la souris ou les flèches du clavier.
• Pour zoomer, cliquer sur un « + » pour voir plus en détails, ou utiliser la réglette de gauche pour changer l’échelle – du jour au siècle.
• Pour voir un carroussel, cliquer sur « flipbook ».
• Pour voir la répartition géographique des lieux de naissance et de décès, cliquer sur « map ».
• La visualisation plein-écran est possible, ainsi que l’import de cette visualisation dans votre navigateur ; cliquer sur « view in Dipity ».

4 juin 2009

Sic transit

Classé dans : Livre, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 2:32

« Qui bene amat, bene castigat. » — Proverbe latin

« Ceux qui méritent le plus d’être loués supportent le mieux d’être critiqués. » — Alexander Pope

Je viens d’apprendre – indirectement, c’est symptomatique – la fermeture de la liste de diffusion Biblio-FR. Cette liste avait été créée en 1993 par Hervé Le Crosnier à l’intention de « bibliothécaires et documentalistes francophones, et toute personne intéressée par la diffusion électronique de l’information documentaire ».

J’avais découvert cette liste peu après sa création (ses archives contiennent un message que j’y avais envoyé en janvier 1994), et il m’arrivait d’y faire part d’informations qui me semblaient intéressantes pour ses membres. Mais son utilité pour moi s’est surtout révélée lorsque j’ai été chargé, en 1995, du projet de constitution d’une médiathèque ; elle devait réunir les fonds d’une bibliothèque existante, équipée d’un petit progiciel basé sur des formats propriétaires, avec un fonds, qu’il me fallait constituer, d’archives physiques et numériques.

Si je m’étais rapidement fait une opinion sur les usages et les interfaces – une bibliothèque hybride, physique et numérique, utilisant les technologies émergentes du Web pour interface – je n’étais ni bibliothécaire ni documentaliste ni archiviste ; il me fallait donc trouver comment me renseigner (en quelques semaines !) pour me faire mon opinion sur les options, les standards, les solutions, les tendances, du moins en ce qui concernait la bibliothéconomie, métier que, jusque là, je n’avais vu que de l’extérieur, même si, par curiosité et, entre autres, par fréquentation de Biblio-FR et la réalisation d’autres projets, j’en connaissais certains aspects.

Biblio-FR fut l’une de mes trois sources d’information primaires et primordiales, du fait de la présence de professionnels disposés à partager avec générosité leur expérience et à répondre avec compétence, patience et indulgence aux questions de l’outsider que j’étais. Je retrouve dans ses archives un écho à mon message à la liste à ce sujet (cité dans une des réponses en juillet 1995 ; le message d’origine est absent des archives, ainsi que la réponse qu’Hervé Le Crosnier y avait apporté et que j’aurais aimé relire) :

Bonjour,
 
Pour un projet en cours, je recherche un logiciel de bibliothèque qui :
- permette la gestion du catalogue de la bibliothèque (saisie, interrogation) ;
- gère la circulation (emprunts) ;
- permette d’accéder au « matériau » lui-même s’il est accessible sur informatique (livre, image ou son numérisé) ;
- de préférence, tourne sous Unix ;
- de préférence, possède une interface Z39.50.
 
Où dois-je commencer à regarder ? Recommendations ?
 
Merci d’avance

C’était alors une petite « communauté virtuelle » – la réussite de la constitution d’une telle communauté n’est pas à attribuer à l’outil, mais principalement à son créateur et animateur – et les réponses utiles ne tardèrent pas à arriver1 : Biblio-FR m’a rendu là un service inestimable, qui manifeste l’esprit d’entraide et de collaboration amicale au-delà des contraintes institutionnelles et matérielles que j’ai trouvé dans la communauté réelle sur laquelle la liste s’adosse.

Une fois le projet abouti (en 1996), je n’ai pas quitté ce forum. Le contenu des messages m’intéressait souvent, et leur volume était gérable même s’il était en croissance constante : 43 messages (regroupés, comprenant chacun un ou plusieurs messages « source », mais en nombre raisonnable) en septembre 1994, 60 messages à la même période un an plus tard, pour en arriver à plus de 300 messages mensuels ces derniers temps (l’un d’eux contenant lui-même 43 messages…), diffusés avec des retards croissants. L’intérêt des contenus n’a pas crû avec le volume. J’ai exprimé ailleurs ma frustration à l’égard de cette saturation, qui m’a menée à me désabonner de la liste, et à la consulter de plus en plus rarement.

Biblio-FR, ouverte à tous, a été victime non pas uniquement de son succès, mais du phénomène général lié à la banalisation des technologies de la communication et à leur adoption par un nombre croissant d’utilisateurs pour des usages personnels et plus uniquement professionnel, notamment du fait de l’émergence du Web qui a permis de mettre en œuvre des modes d’accès bien plus conviviaux et abordables pour des « non initiés », de la baisse des coûts du matériel informatique et de la connectivité à l’internet, de la croissance des débits, puis, actuellement, de la convergence informatique – téléphonie.

Cette banalisation s’accompagne évidemment d’une croissance des messages et des informations auxquels l’utilisateur de ces technologies est directement exposé, volontairement ou non, autant de la part de contacts personnels ou professionnels que des spams. Nos boîtes aux lettres se remplissent à une vitesse bien plus grande qu’auparavant, et, de ce fait, il est plus difficile d’accorder son attention à chaque message (et il arrive à chacun de ne pas en remarquer de significatifs). Les téléphones portables sonnent à tout bout de champ – même en plein concert – quand bien même il est possible de les éteindre et de consulter ultérieurement leur messagerie vocale ou la liste des SMS reçus.

Non seulement le malheureux utilisateur est potentiellement en ligne directe de tout autre utilisateur (de l’internet, de la téléphonie…), mais comme il est beaucoup plus facile et presque gratuit d’envoyer un message ou d’appeler un correspondant, on le fait sans discrimination, là où, auparavant, on réfléchissait sur la méthode la plus adaptée à communiquer – lettre, télégramme, téléphone… – en fonction de l’importance du message, de son coût et de son temps de transmission. Le fonctionnement par impulsion et par envie, dans l’immédiat, sont les caractéristiques d’une société de consommation et d’innovation technologique qui s’emballe (jusqu’à ce que les ressources, qu’elle suppose, dans sa logique de fonctionnement basée sur la « création destructrice », infinies, s’épuisent finalement).

Biblio-FR se retrouve englouti dans ce tsunami qui a rendu ce médium difficilement utilisable, c’est-à-dire lisible. De débats, il s’est transformé en un immense dazibao, un mur d’un Jacques Villeglé, où les affiches se recouvrent les unes les autres avec une telle rapidité que leur contenu n’en est plus perceptible, que la masse noie l’essence. Le plus ciblé côtoie le plus banal, l’information la plus objective alterne avec l’opinion parfois virulente, et la couverture des sujets est si vaste du fait de l’évolution des métiers qu’il est probable que chaque lecteur n’est intéressé que par une partie infime des messages – pour certains d’une grande richesse –, le reste étant, pour lui, du bruit. Et ce bruit devient assourdissant.

La modération – bénévole – aurait peut-être pu en laisser passer moins pour tenter de préserver un volume raisonnable et donner à la liste une orientation plus ciblée (par exemple, débats plutôt qu’annonces), mais c’était de toute façon mission impossible : elle a dû faire face à un nombre croissant de messages à traiter et a elle-même saturé. L’outil – liste de diffusion modérée – n’est plus adapté à ses usages actuels.

Face à cette surcharge informationnelle, de nouveaux outils émergent. Il s’agit, pour faire bref, de plateformes plus spécialisées à certains types de communication combinant commentaires, annotations et débats (par exemple : blogs) et de constitution collaborative de contenus (par exemple : wikis) et fournissant des méthodes pour leur organisation sémantique (thématisation, indexation, taggage… préétablis, libres, automatisés…) et temporelle (discerner une information à valeur temporelle courte – news – ou longue – document de référence, par exemple), des principes variés de recherche de l’information et de « navigation » mais aussi de dispositifs permettant le choix et l’organisation personnels de sources d’informations par les usagers : fils RSS, interfaces à la netvibes… Mais l’outil ne (se) suffit pas : il lui faut aussi le médiateur, et c’est un équilibre complexe entre les deux qui en conditionne le succès.

La disparition de Biblio-FR pourrait encourager le développement de services utilisant une ou plusieurs de ces technologies. Si on y gagnera dans le ciblage, on y perdra une caractéristique essentielle de Biblio-FR : elle était la référence première pour tout ce qui touchait de près ou de loin les bibliothèques (physiques puis numériques), elle était l’usuel qu’on consultait en cas de besoin. Cette fragmentation est-elle inévitable ? Elle s’est aussi produite dans d’autres domaines – d’où la nécessité croissante de passer par des moteurs de recherche généralistes, puis, plus récemment, par des moteurs spécialisés (ou portails). Le portail sera-t-il l’avatar de Biblio-FR ?

Le futur est la chose qu’il est le plus difficile de prévoir ou de prédire ; je ne peux que parler avec certitude du passé, et en particulier de celui que j’ai connu : Biblio-FR m’a été extrêmement utile, et je suis donc très reconnaissant que cette liste ait existé. Elle m’a aussi poussé à réfléchir, suscité des réflexions et la nécessité de leur formulation, et pour cela aussi, j’en suis reconnaissant. Je devine aussi l’immense travail, sans doute rarement gratifiant, que ses organisateurs, Hervé Le Crosnier, puis Sara Aubry, ont fourni bénévolement pour faire fonctionner cette liste qui devenait de plus en plus pesante, je leur en suis d’autant plus reconnaissant.


1 Maintenant, un tel message sur la liste aurait suscité des réactions virulentes et son auteur assimilé à « ceux qui jettent une bouteille à la mer faute d’une formation professionnelle idoine » – pour reprendre une expression de Bertrand Calenge dans un récent billet critiquant l’évolution de la liste – contribuant ainsi à son bruit et à son inutilité. Autres temps, autres mœurs.

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