Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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22 juillet 2014

« Tous les costumes sont décents, honni soit qui s’en scandalise ! »


La mode à Paris. Cliquer pour agrandir.

Cet amusant poème démontre s’il le fallait que non seulement les tenues incroyables ou merveilleuses ne datent pas d’aujourd’hui ou d’hier, mais aussi que les mœurs culturelles, médiatiques et politiques n’ont pas beaucoup changé depuis 1797, date de sa parution.

L’auteur, (Jean-)Armand Charlemagne, n’a pas mérité de la Wikipedia en français, bien qu’il figure dans l’Encyclopedia Britannica, avec laquelle elle s’autocompare favorablement. Pourtant, c’était un personnage intéressant : s’étant d’abord destiné à l’Église, il devient clerc de notaire, puis soldat, et participe à la guerre d’indépendance des États-Unis. De retour en France, il se lance dans l’écriture : pièces de théâtre, poèmes, romances…

Ses Poésies fugitives, recueil où l’on trouve entre autres le texte ci-dessous, comprend des textes empreints d’une fine critique ironique des travers de ses contemporains et d’une modernité qui se débarrasse sans distinction aucune des acquis du passé. On ne résiste au plaisir de citer la fin d’un autre de ses poèmes, dont l’actualité ne manque de nous faire sourire (ou pleurer, c’est selon) : « Or, puisque tout va de travers, / Sans être vain je m’apprécie, / Et j’ai fait d’assez mauvais vers / Pour être de l’académie. »

«Mon Dieu ! laissons nos jeunes gens
S’habiller à leur fantaisie.
La mode passe ; elle varie,
Inconstante comme le temps.

Chaque peuplade a sa marotte :
Dans le pays des Eskimaux
On a sous le bras sa culotte,
Comme nous avions nos chapeaux ;
Il se peut faire qu’on y vienne.
À propos de culotte, eh mais !
Il n’est pas sûr que désormais
Chacun de nous garde la sienne.

Aux moyens de vivre exigus
Qui restent à maint pauvre diable,
Dont on sabra les revenus,
Il me paraît presque incroyable
Qu’ils soient encore un peu- vêtus.

Liberté ! voilà ma devise.
Tous les costumes sont décents.
Honni soit qui s’en scandalise.
Pourquoi porterions-nous des gants ?
Ces dames vont bien sans chemise.

Parlons un peu de notre temps.
D’honneur, il est inconcevable.
On voit de si drôles de gens,
De si drôles d’événements,
Que notre siècle est incroyable.

Arrière ces faits désastreux,
Que l’on ne pourra jamais croire,
Ces noms, atrocement fameux,
Qui feront frémir nos neveux,
Et l’opprobre de notre histoire.

J’aime bien mieux, pour ma santé,
M’amuser de nos ridicules,
Qui, pour avoir plus de gaîté,
Pourront, chez la postérité,
Trouver encor des incrédules.

Quelle est cette grecque aux gros bras ?
L’arc qui nuança sa parure
Rehausse fort peu ses appâts,
Et chacun murmure tout bas,
J’ai vu, je crois, cette figure.
Mais elle parle : Au premier mot,
On dit : eh ! c’est madame AngotPersonnage de l’opéra-comique Madame Angot, ou, La poissarde parvenue du citoyen Maillot (Antoine-François Ève).  !
Elle singe la financière,
Elle se respecte, et feignit
De ne pas voir monsieur son frère
Dans le laquais qui la servit.
Feu son époux, ex-misérable,
À la Bourse très lestement,
S’enrichit incroyablement,
Avec un honneur incroyable.

Plaisant séjour que ce Paris !
Je suis badaud, moi : tout m’étonne,
Et sur tout ce qui m’environne,
Je porte des yeux éblouis,
Et plus je vois, plus je soupçonne
Qu’il est des vertus, des talents,
Et des mérites éminents
Dont ne s’était douté personne ;
Des incroyables probités
Chez les enfants de la fortune,
Des incroyables vérités
Dans les discours la tribune,
Une incroyable honnêteté,
Dans les bureaux de nos puissances,
Une incroyable netteté
Dans nos travaux sur les finances.
Une incroyable utilité,
Dans mille lois de circonstance,
Une incroyable égalité,
Une incroyable liberté,
D’un bout à l’autre de la France.

Nos plans pour réformer l’État,
Sont d’une incroyable évidence,
Et quelques membres du Sénat,
D’une incroyable intelligence.
On ne rencontre qu’orateurs,
D’une faconde incomparable,
Que jouvenceaux littérateurs
D’une modestie impayable,
Et l’institut a des auteurs
D’une renommée incroyable.

Des poètes en madrigaux,
Fameux, comme il n’est pas possible,
Se partagent dans leurs journaux
Une gloire incompréhensible,
S’encensent décadairement,
Et sont, avec cette tactique,
À l’auréole académique
Parvenus incroyablement.

Des drames, juges admirables,
Par des amis qui les ont lus,
Ont dans des feuilles charitables,
De grands succès, plus qu’incroyables
Pour le public qui les a vus.

Des journaux de date nouvelle
Ont d’innombrables souscripteurs,
Et l’on compte à la Sentinelle,
Comme on n’en a pas, des lecteurs.

Honneur aux puissants de la terre!
On craint ceux que l’on n’aime guère ;
Regimber contre l’aiguillon,
Serait un peu trop téméraire ;
Saint Paul le dit ; la chose est claire ;
Toujours le plus fort a raison,
Et cet argument nécessaire
Se démontré à coups de canon.

Mais qu’un petit rimeur tragique,
Et qui vit réduire aux abois
Sa Melpomène léthargique,
Régente notre République
Comme jadis il fit les Rois ;
Et que ce bredouilleur sournois,
Criblé de honte et d’épigrammes,
Se venge en proposant des lois
Aussi barbares que ses drames :
Qu’un tel fat soit de notre sort
Le régulateur et le maître ;
C’est incroyable, c’est trop fort ;
Mais cela ne laisse pas d’être.

Amen, amen, ne parlons plus,
De ses accès d’espièglerie,
Et prions Dieu qu’il les oublie,
Comme on a fait Caïus Gracchus,
Et les vers sur la calomnie.
Aussi bien pour nous égayer,
Il est des choses plus piquantes, ;
Et des scènes intéressantes
Bien plus qu’icelles de Chénier.

À voir nos bals, nos bigarrures,
Nos cent mille caricatures,
Le scandale de nos gaîtés,
Et le sel de nos épigrammes,
Et la décence de nos dames,
Et le trafic de nos beautés,
Nos courtisanes respectables,
Les cuisines de nos rentiers
Qu’on paye en billets impayables,
Et nos ex-laquais financiers
Dans des whiskies inexcusables ;
Et nous, au sein de tout cela,
Sur le cratère de l’Etna,
Faisant les beaux, les agréables,
Sans boussole et sans almanach
Dansant gaiement sur le tillac,
Quand des forbans coupent les câbles
De notre nef en désarroi,
Prête d’aller à tous les diables……
À voir enfin ce que je vois»,
Mes chers concitoyens, ma foi,
Nous sommes tous bien incroyables.

Jean-Armand Charlemagne (1753-1838), Le monde incroyable, ou, Les hommes et les choses, 1797.

1 juillet 2014

« Discret est le spasmophile… »

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 0:34


Street art rue Saint-Martin. Cliquer pour agrandir.

On remarquera le mot « Remind » inscrit dans une des boucles de la chevelure du personnage dont le visage n’est pas sans rappeler celui d’Alfred de Vigny.

30 juin 2014

Sens interdits

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 14:45


Sens interdits. Cliquer pour agrandir.

Le taggeur ne croyait pas si bien dire ; voici une vidéo que Toto a récemment filmée à Tel-Aviv :

Rond-point à Tel-Aviv, par Toto

On remarquera les sourires des protagonistes et l’impassibilité, voire l’indifférence, des passant(e)s, à se demander si ce genre de performance est monnaie courante dans cette ville réputée pour son ouverture.

14 mai 2014

Question de vocabulaire


Cliquer pour agrandir.

Voici comment s’exprime la presse – titres et premiers mots des articles respectifs – à propos des bouleversements au musée Picasso, qui, d’ailleurs, n’ont rien de récents, puisque la crise, affectant autant le projet de réouverture tant retardé que l’atmosphère sociale exécrable, était connue depuis 2012.

Tournures actives ou passives, sujet explicite (le ministère, la ministre, la directrice…) ou indéfini (il est mis un terme), verbes choisis (débarquer, démettre, écarter, écourter le mandat, limoger, mettre fin au mandat – voire finalement mettre fin , mettre un terme au mandat, perdre la partie, perdre la présidence, relever de ses fonctions, remercier, révoquer – il ne manque que virer), on appréciera (Le Figaro se distingue par trois versions différentes, Le Nouvel Observateur par deux). Il aurait été intéressant de connaître la source de l’information (AFP, AP, Reuters ?) pour voir à quel point les rédactions ont fait preuve d’imagination ou non.

Sur le fond, on peut se demander pourquoi le ministère de tutelle a attendu jusqu’à maintenant pour mettre les pieds dans le plat après de longs atermoiements : ne serait-ce qu’une affaire de gros sous (que la dite directrice avait su faire rapporter par son Picasso Tour international pour financer le projet de rénovation, qui, soit dit en passant, est passé de 35 à 52 millions, et a pris un retard consi­dérable), finalement ? Ou (ex) soutiens du côté du Palais ?

La directrice du Musée Picasso écartée au nom de « l’apaisement » (Boursorama, 13/5/2014)

La directrice du Musée Picasso, à Paris, a été révoquée mardi par le ministère de la Culture, une décision rarissime censée mettre fin à un feuilleton de quelque cinq années où les péripéties d’une rénovation contestée l’ont disputé aux attaques contre une figure controversée du monde des arts.

Musée Picasso : Anne Baldassari débarquée (Europe 1, 13/5/2014)

Le ministère de la Culture a mis fin au mandat de la directrice, contestée pour sa gestion de l’établissement.

Musée Picasso : Anne Baldassari perd la partie (Le Figaro, 13/5/2014)

Après des mois de bras de fer, le ministère de la Culture a limogé la présidente de l’établissement. (sous-titre de la photo)

Après plusieurs mois de crise et de tensions, le ministère de la Culture a mis fin mardi au mandat d’Anne Baldassari, la présidente du Musée Picasso.

Anne Baldassari perd la présidence du Musée Picasso

Anne Baldassari perd la présidence du Musée Picasso (Le Figaro, 13/5/2014)

Le ministère de la Culture a écourté le mandat de la présidente du musée en raison du « climat de travail extrêmement dégradé » dans l’établissement.

La présidente du musée Picasso Anne Baldassari, débarquée par le ministère de la Culture (Le Figaro, 13/5/2014)

Le ministère de la Culture a mis fin au mandat d’Anne Baldassari, la présidente du musée Picasso, en raison du « climat de travail extrêmement dégradé » dans l’établissement, a-t-il annoncé aujourd’hui dans un communiqué.

Anne Baldassari débarquée du musée Picasso (Libération, 13/5/2014)

La ministre de la Culture a démis ce mardi de ses fonctions la présidente de l’établissement, contestée en interne pour sa gestion et son autoritarisme alors que la réouverture du musée a encore été repoussée.

Un petit Guernica à la direction du musée Picasso

En débarquant Anne Baldassari, la présidente du musée Picasso, la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, met sur la place publique une crise qui écorne l’image du gouvernement et hypothèque l’avenir d’un établissement public de premier ordre. (sous-titre de l’article)

La présidente du musée Picasso, Anne Baldassari, a été relevée de ses fonctions ce matin par la ministre de la culture, Aurélie Filippetti.

Fin de mandat pour Anne Baldassari, présidente du Musée Picasso (Le Monde, 13/5/2014)

Le ministère de la culture a finalement mis fin au mandat d’Anne Baldassari, la présidente du musée Picasso, en raison du « climat de travail extrêmement dégradé » dans l’établissement, a-t-il annoncé mardi dans un communiqué.

Musée Picasso : Filippetti met fin au mandat de la présidente (Le Nouvel Observateur, 13/5/2014)

Anne Baldassari a été démise de ses fonctions par la ministre de la Culture. (sous-titre de la photo)

En début d’après-midi le ministère de la Culture et de la communication a publié un communiqué annonçant que, tenant compte des conclusions du rapport de l’Igac (Inspection générale des affaires culturelles) faisant apparaître « un climat de travail extrêmement dégradé, une profonde souffrance au travail, et une atmosphère anxiogène mettant en danger les agents », il est « mis un terme au mandat d’Anne Baldassari, la présidente de ce musée ».

Musée Picasso: la présidente Anne Baldassari limogée (Le Nouvel Observateur, 13/5/2014)

La présidente du musée Picasso à Paris, Anne Baldassari, a été limogée mardi en raison du climat social très dégradé qui régnait dans l’établissement fermé depuis cinq ans pour travaux.

Musée Picasso : la présidente remerciée par Aurélie Filippetti (Le Parisien, 13/5/2014)

Le ministère de la Culture a mis fin ce mardi au mandat d’Anne Baldassari, la présidente du musée Picasso.

Anne Baldassari, présidente du musée Picasso, démise de ses fonctions (Télérama, 13/5/2014)

Pour répondre à la crise qui secoue actuellement le musée Picasso dont la réouverture, prévue en juin, a été repoussée au mois de septembre, la ministre de la Culture et de la Communication, a décidé de mettre un terme au mandat d’Anne Baldassari la présidente dudit musée.

6 mars 2014

Le silence est partout

Classé dans : Cinéma, vidéo, Histoire, Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:56


Hopape (street art). Autres photos ici.
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URSS, 1941. USA, 1943.
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À gauche : Laurel et Hardy conscrits (The Flying Deuces), 1939.
À droite : Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs), 1991.
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À gauche : Ludivine Cissé, Six lances, dix cibles. (source)
À droite : François Bel, Les six lances du colonel Tramble
(qui rappelleront à certains ce célèbre roman).
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À gauche : École de Fra Bartolomeo, Saint Dominique.
À droite : Hopape (détail).
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