Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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12 mars 2005

Esther Lamandier

Classé dans : Musique — Miklos @ 4:50

La soprano Esther Lamandier est une très grande interprète des psalmodies, cantiques, chants liturgiques et traditionnels antiques : psaumes bibliques (décryptées – ou réinventés – par Suzanne Haïk-Vantoura), chants des Eglises syriaques, cantigues de Sainte Marie, chants araméens, romances séfarades (judéo-espagnoles)… Elle nous les livre avec un art consommé, d’une voix magnifique et envoûtante, en s’accompagnant d’instruments anciens. Elle est aussi dédicataire d’œuvres contemporaines, telle Planctus pour voix et orgue, de Philippe Hersant. Animatrice liturgique à l’église Notre Dame à Versailles et à l’église Saint Merry à Paris, elle enseigne aussi son art. Son prochain stage aura lieu du 26 au 30 juillet 2005, à l’abbaye de Sylvanès, et concernera les chants des Églises d’Orient et l’Église Syriaque. D’autres formations et stages (par exemple : yoga du souffle et du son) sont détaillés sur son site.

La romance séfarade qui suit est originaire des Balkans (l’une des régions où s’étaient réfugiés les juifs après leur expulsion d’Espagne en 1492). Elle est extraite de son très beau disque Romances séfarades et chants araméens, édité par Alienor (label qu’elle a créé) et distribué par Harmonia Mundi (le son étant compressé ici, il y est quelque peu étouffé – le disque restitue, lui, la clarté lumineuse de la voix de Lamandier).

- Hija mia, mi querida, aman,
No te eches a la mar,
Que la mar ’sta en fortuna.
Mira que te va llevar.

- Que me lleve
y que me traiga, aman,
Siete funtas de hondor.
Que m’engluta pexe preto
Para salvar del amor.

- Oh ma fille adorée, pitié,
Ne te jette pas à la mer,
Car la mer est déchaînée.
Pour sûr elle va t’emporter.

- Qu’elle m’emporte
ou m’engloutisse, pitié,
Au plus profond des eaux.
Et que m’avale un poisson noir
Pour échapper à l’amour.

11 mars 2005

Sasha Argov

Classé dans : Musique — Miklos @ 23:10


השמלה הסגולה
חיים חפר/סשה ארגוב

 
הבוקר יבוא
הבוקר יבוא
אנחנו לא נישן את כל הלילה לפניו
נשב ליד הכביש על שפת התעלה
נרכב על משאית ברוח הלילית
נראה את הגבעות מתעוררות באור סגול
ביתך יהיה צוחק וקיץ בחלון
כשאנחנו נצא ביחד
 
את תלבשי את השמלה הסגולה
ושתי עיניך מוצפות באור כהה
את תשלחי חיוך אל כל עובר ושב
וסיגלית פתאום תפרח בשערך
את תזמרי לך שיר שאת מיליו שכחת
את תצחקי פתאום ולא תדעי מדוע
כשאנחנו נצא ביחד
 
הבוקר יבוא
הבוקר יבוא
אנחנו לא נישן את כל הלילה לפניו
נרוץ את כל החוף נשתה את כל העיר
נשיר באוטובוס שירים משוגעים
נשב מאה שעות על הגדר שמול ביתך
וככה זה יחזור וכך יהיה תמיד
כך יהיה כשנצא ביחד

Sasha (Alexander) Argov, décédé en 1995 à l’âge de 81 ans, a été sans conteste le plus grand compositeur de chansons populaires israéliennes (iplus d’un millier), en général sur de très beaux textes (poésies, chansons) et qui ont été interprétées par les meilleurs chanteurs du pays ; son style si particulièrement aimable intègre à ses racines russes diverses influences méditerranéennes.

10 mars 2005

Musique populaire, grande musique

Classé dans : Musique — Miklos @ 22:42

On a parfois tendance à opposer trop facilement la « grande » musique (ou « musique sérieuse » ou encore « classique ») à la musique populaire, en oubliant que les meilleurs compositeurs se sont souvent inspirés explicitement des airs connus à leur époque, tels Händel utilisant une mélodie sicilienne pour cornemuse dans son aria He Shall Feed His Flock du Messie, Mozart avec ses Variations sur « Ah, vous dirai-je maman ? » (K. 265), Mahler pour ses citations de Frère Jacques (dans le troisième mouvement de la première symphonie) ou Bizet utilisant le chant provençal La Marche des rois dans sa suite de l’Arlésienne.

Les compositeurs du xxe s. se sont intéressés encore plus explicitement à ce fonds si riche : Béla Bartok (1881-1945) et Zoltán Kodály (1882-1967) parcourent ensemble les campagnes hongroises, puis celles de Transylvanie et de Roumanie, à la recherche des traditions les plus anciennes de la musique paysanne, qu’ils intégreront chacun à sa façon si particulière, dans leurs œuvres. Francis Poulenc (1899-1963), ainsi que les autres membres du « Groupe des six » (parmi lesquels se trouve Milhaud, aussi inspiré par la musique brésilienne dans ses Saudades do Brasil que par le jazz dans Le Bœuf sur le toit si enlevé — très bel enregistrement de Bernstein chez EMI), se prononce en faveur du style populaire et plein d’esprit du music-hall, tandis que Leonard Bernstein (1918-1990) mêle le jazz, la musique populaire, le choral religieux, les songs, l’opéra italien, la pop music…

Plus loin de nous, le compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos (1889-1959) alliera la musique populaire de son pays à son intérêt pour Jean-Sébastien Bach dans ses Bachianas Brasileiras, utilisant des thèmes de style brésilien à une forme empruntée à Bach, allant jusqu’à attribuer deux titres à chacun des morceaux, l’un baroque l’autre brésilien. Il en existe un coffret (EMI, « Villa-Lobos par lui-même ») où le compositeur y dirige cette œuvre (ainsi que Descobrimento do Brasil, Invocação em defesa da Patria, Chôros, Momoprecoce, Concerto n° 5 et Symphonie n° 4 — ainsi qu’un texte où Villa-Lobos parle, « Qu’est-ce qu’un Chôros ? »), et dans lequel la célébrissime Bachiana n° 5, popularisée par Bidu Sayão, y est interprétée par la magnifique et regrettée Victoria de Los Angeles. Un très beau disque, et pas uniquement pour ce tube (splendide).

En évoquant la mémoire de la grande cantatrice, on ne peut passer sous silence son interprétation si sensuelle des très beaux Chants d’Auvergne de Joseph Canteloube (1879-1957), disponible chez EMI. Même si l’enregistrement n’a pas été fait dans sa prime jeunesse, le sens musical et la fraîcheur de l’artiste ne peuvent laisser insensible (il doit en exister aussi un splendide enregistrement par la soprano israélienne Netanya Davrath).

Enfin, s’il y en a qui trouvent trop ardues certaines des œuvres du compositeur italien Luciano Berio (1925-2003), qu’ils écoutent ses Folk Songs dans l’interprétation de la regrettée Cathy Berberian (1925-1983), sa première femme dans l’enregistrement que Berio dirige. Berberian avait une voix d’une étendue, d’une agilité et d’une variété de timbres et de styles remarquables, pouvant passer du madrigal le plus délicat au chant napolitain populaire, mais elle possédait surtout intelligence et humour, culture musicale et fantaisie : tout ceci se reflète dans le disque magnifiCathy : the many voices of Cathy Berberian, où elle passe de Monteverdi à Debussy, Gershwin, Cage et Bussotti, pour finir par Stripsody, mot-valise combinant Comic Strip a — bande dessinée — et Rhapsody, forme musicale assez libre : c’est en effet une bd musicale très drôle qu’elle a composée, et qu’il faut suivre en regardant la « partition » (ce que l’on peut faire à la médiathèque de l’Ircam — et peut-être ailleurs). Thérapie par la musique et le sourire assurée.

Ballade du temps jadis

Classé dans : Littérature — Miklos @ 7:58

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
 
Avec le temps qu’arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n’aille à terre
Avec pauvreté qui m’atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d’hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière
 
Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m’était à venir
M’est avenu
 
Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m’évente
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Rutebeuf (1230-1285)

8 mars 2005

Un jour tu verras…

Classé dans : Musique — Miklos @ 22:44

Un jour tu verras
On se rencontrera
Quelque part, n’importe où
Guidés par le hasard

Nous nous regarderons
Et nous nous sourirons
Et la main dans la main
Par les rues nous irons

Le temps passe si vite
Le soir cachera bien
Nos cœurs, ces deux voleurs
Qui gardent leurs bonheurs

Puis nous arriverons
Sur une place grise
Où les pavés seront doux
A nos âmes grises

Il y aura un bal
Très pauvre et tres banal
Sous un ciel plein de brume
Et de mélancolie

Un aveugle jouera
De l’orgue de barbarie
Cet air pour nous sera
Le plus beau, le plus joli

Puis je t’inviterai
Ta taille je prendrai
Nous danserons tranquille
Loin des gens de la ville

Nous danserons l’amour
Les yeux au fond des yeux
Vers une fin du monde
Vers une nuit profonde

Un jour tu verras
On se rencontrera
Quelque part, n’importe où
Guidés par le hasard

Nous nous regarderons
Et nous nous sourirons
Et la main dans la main
Par les rues nous irons

Paroles : Mouloudji
Musique : Georges Van Parys
(1954)

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