Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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21 janvier 2008

Chaque homme dans sa nuit

Classé dans : Photographie — Miklos @ 0:39

Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière.
La seconde âme en nous se greffe à la première ;
Toujours la même tige avec une autre fleur.
J’ai connu le combat, le labeur, la douleur,
Les faux amis, ces nœuds qui deviennent couleuvres;
J’ai porté deuils sur deuils ; j’ai mis œuvres sur œuvres…

— Victor Hugo, Les Contemplations, tome second, livre cinquième.

20 janvier 2008

Des levées de rideau qui dévoilent

Classé dans : Photographie, Théâtre — Miklos @ 17:42

« Les femmes absolument belles n’ont de pudeur que juste ce qu’il faut pour faire valoir leur beauté. » — Rivarol


Affiches sur un mur

Ce n’est plus un théâtre qui décoiffe (regardez leurs têtes). Ce n’est qu’un théâtre qui dénude (regardez leurs corps). Quel dén(o)ûment…

Scène de la vie parisienne

Classé dans : Actualité — Miklos @ 17:12

Où : une rue étroite à sens unique au cœur de Paris. Quand : 2h30, la nuit de samedi à dimanche. Quoi : le bruit d’un choc de ferraille et de sirènes hurlant à mort.

Tableau : une petite voiture rouge, arrêtée au milieu de la rue. Cinq mètres à l’arrière, une camionnette de police gyrophare allumé et l’avant défoncé. De chaque côté de la voiture rouge, un policier, genoux légèrement pliés et bras tendus, un pistolet à la main pointé vers l’intérieur de la voiture. La scène est figée, comme si les protagonistes n’étaient que des figurines en cire de chez Madame Tussaud représentant le Scotland Yard à la poursuite de Jack l’Éventreur.

Tableau : deux jeunes gens à plat ventre sur la chaussée, mains menottées au dos. À côté de l’un, un policier, le pied sur son dos. À côté de l’autre, une policière, même pose. Immobiles, tels David devant la dépouille de Goliath. Aux fenêtres et sur les balcons, des spectateurs silencieux.

La scène s’anime : des camionnettes et des voitures de police arrivent de toutes les directions : deux remontent la rue en sens interdit et se placent devant la voiture rouge vidée de ses occupants, trois ou quatre s’alignent derrière la première camionnette. Une nuée de policiers remplit la rue illuminée par la multitude de gyrophares. Ils se serrent la main, bavardent, regardent la voiture devant et derrière, examinent sa vignette. Un policier ramasse la plaque d’immatriculation arrière et la dépose dans une camionnette, que vont bientôt rejoindre les deux individus menottés sous une escorte aussi importante que celle d’un chef d’État.

Bientôt, les véhicules se retirent. L’un tourne à droite à contresens, la sirène rageuse, d’autres font marche arrière. Il ne reste plus que la voiture rouge, comme abandonnée. Arrive alors un camion de dépannage, qui l’enlève comme un fétu de paille. Les tâches d’huile au sol recouvertes de sable, le silence rétabli, les fenêtres fermées, la nuit retombe sur la rue comme si de rien n’était. Rideau.

Paillotes corses à Paris

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 13:36

« Terrasse, subst. fém. Plate-forme en plein air (…) espace découvert attenant à un édifice (…). » — Trésor de la langue française.

« Vous m’avez fait entendre le silence des libres et larges vastitudes ; peu à peu, dans les volutes mauves de la cigarette qui console, s’estompaient les grisailles de la vie quotidienne, et à bord du “Rêve” nous cinglions à pleines voiles vers l’Idéal. » — Paul Capronnier, Voyage en Extrême-Orient, 1898.

Il ne s’agit pas, en cette saison de frimas, du Paris-plage qui se construit, éphémère et estival, le long de la Seine, mais d’un phénomène parti pour être durable et qui s’étend sur toute la capitale, et sans doute la France entière. On aurait pu croire que l’application de la loi sur le tabac en aurait définitivement dispersé les volutes des cafés et des restaurants. Que nenni ! Ces éta­blis­sements, dont les terrasses, auparavant, répondaient à la définition du dictionnaire, les ont vu se couvrir et se fermer de parois, être aménagées comme à l’intérieur (chauf­fage y compris) et équipées de cendriers en sus. Non contents d’avoir trouvé comment contourner la loi – sport français bien connu – leurs patrons ont encore agrandi ces annexes, qui dépassent parfois en surface celle du bâtiment d’origine. Quant à ces quelques non-fumeurs qui veulent se désaltérer ou se restaurer dans l’espace qui leur est réservé, ils doivent traverser la vastitude1 de ces nouvelles paillotes et se frayer un passage à travers les denses volutes qui ne s’évacuent pas, du fait que ces terrasses ne sont pas aérées, mais qui sont aspirées vers l’intérieur, la porte séparant ces deux espaces étant souvent ouverte. Et voici comment une loi est mort-née. C.Q.F.D. et R.I.P.


1 Comme le montre la citation en exergue, ce mot n’a pas été inventé lors de la dernière campagne présidentielle.

Beaucoup de déhanchements pour rien

Classé dans : Danse, Musique — Miklos @ 1:55

« J’ai les hanches
Qui s’démanchent
L’épigastre
Qui s’encastre
L’abdomen
Qui s’démène
J’ai l’thorax
Qui s’désaxe
La poitrine
Qui s’débine
Les épaules
Qui se frôlent…
 »
— Géo Koger (1932)

Zeitung, le dernier spectacle de danse (intitulé « concept ») d’Anne Teresa De Keersmaeker et de sa troupe Rosas au Théâtre de la Ville était long comme un jour de carême. La scène est dépouillée : coulisses et cintres à nu, aucun décor à l’exception d’un vieux fauteuil en cuir et de quelques chaises près des murs. Au fond à gauche, un piano de concert. Un homme d’un certain âge, trapu et en jeans, déambule non loin de l’instrument – un technicien de scène, peut-être. Quelques individus, pour la plupart jeunes, se tiennent sur les côtés ; habillés de façon décontractée, pieds nus en jeans ou petite robe – à l’exception d’une jeune femme en chaussures élégantes à talons hauts.


Henri de Toulouse-Lautrec : silhouette de Valentin le Désossé
Quand le silence s’établit dans la salle et permet enfin d’entendre clairement les toux rauques qui ponctueront le spectacle, ils commencent à évoluer sur scène, le plus souvent seuls ou à deux ; ils marchent – parfois uniquement pour traverser l’espace d’un bout à l’autre –, s’arrêtent, se groupent ou se séparent, se déhanchent, bougent la tête ou la nuque, se désarticulent, d’une façon qui aurait fait honneur à Valentin le Désossé. Après un moment, la musique commence : Bach principalement au piano alterne avec Webern enregistré : musiques abstraites qui vont à l’essentiel et qui sauvent le spectacle. L’homme qu’on prenait pour un technicien est le pianiste Alain Franco, un excellent musicien qui a, entre autres, dirigé l’ensemble Ictus, mais c’est surtout le piano lui-même qui est le héros de la soirée : ce n’est pas un Steinway comme on en voit souvent sur scène, mais un glorieux Bösendorfer, une très grande marque de pianos (qui vient d’être rachetée par Yamaha… encore une marque qui perd son indépendance) au son inégalé.

Si je n’étais venu que pour un tel concert, j’en serais sorti enchanté, littéralement. Mais il y avait les danseurs… Ceux-ci continuaient leurs mouvements minimalistes, souvent déconnectés (du moins pour ce que j’en percevais) de la musique, à l’exception de quelques beaux moments plus animés où ils dansaient, à trois ou quatre, en accord avec elle. À plusieurs reprises, on aurait pu croire que le spectacle allait se terminer : quand les danseurs avaient tous disparu de la scène et des coulisses, ou quand ils se mirent à rouler le tapis au sol, ou à ranger les chaises. Ce fut finalement le cas, 1h45 plus tard. Si ce langage est supposé être à la danse classique ce que celui de Webern est à la musique classique, cela ne m’a pas convaincu : ce n’était plus de la danse (tel que je l’entends), tandis que Webern est (encore) de la musique. Ou peut-être mes oreilles sont plus ouvertes à une certaine modernité que ne le sont mes yeux (comme, à l’inverse, certains considèrent que Webern n’est que du bruit). Spectacle trop retenu, déconstruit et long, à l’opposé – ce qui est d’autant plus décevant – de celui qu’elle avait donné en 2005 et qui nous avait tant plu.

On a tout de même apprécié particulièrement quelques danseurs : Fumiyo Ikeda (et pas uniquement pour ses hauts talons), une autre danseuse élégante aux longs cheveux blonds, et un danseur dont la grâce sensuelle et masculine tranchait avec l’aspect et les mouvements quelque peu anguleux de ses collègues.

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