Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 janvier 2008

It was good while it lasted

Classé dans : Médias — Miklos @ 17:16

“I no longer love your mouth
I no longer love your eyes (…)
Your mouth. Your eyes.
The way you hold your pens and pencils.
I no longer love it.”

Laurie Anderson, “Sweaters”

“Adiós muchachos, compañeros de mi vida,
barra querida de aquellos tiempos.
Me toca a mi hoy emprender la retirada
debo alejarme de mi buena muchachada.”

— Carlos Gardel
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Dear International Herald Tribune,

I have been a long-time reader of the IHT – probably for well over twenty years: I must have started buying it daily in 1985, upon my arrival in France. While I was living in the US, there was a plethora of good newspapers in English, and I happened to enjoy measuring up to the NYT crossword puzzles – which, to my delight, were also available in your newspaper. Prior to that blessed period, I used to read the Jerusalem Post, which was then almost as good reading as Haaretz (which is as good as ever, now as then) but not quite; besides, that was before it started inexorably veering to the right and sliding down, and anyway, its crosswords were too British for my taste.

The IHT had other virtues which made its reading a pleasure: good articles from a variety of sources: a few but good local journalists, and many features from the NYT and from its partner in the venture, the Washington Post – in the blessed times that it was run by Katharine Graham; now that she is dead and that it is said to be turning neocon (yet it prominently publishes today George McGovern’s call to impeach Bush and Cheney), you kicked them out of the partnership. You’re thus becoming a closer but still quite pale clone of the NYT. Too bad you didn’t bring in the Los Angeles Times in lieu of the WP. I guess I was too hooked to kick the habit then.

But the last straw was thrown at me a few days ago, when the owner of my regular newsstand told me that, starting tomorrow, the price of a single issue would increase from 2.20€ to 2.50€. This is the combined costs of Le Monde (usually too arrogant for me, but quite good crosswords, albeit in French) and of Libé (the only left-leaning daily left in France)! This raise, together with the new weekend supplement, shows you’re increasingly catering to the upper crust and the jet set. I am not part of either, so it is time for us to part.

The internet is everywhere. I could just read online any one of the infinitely-many identical copies of any article of interest which multiply like swarms of locusts from newspaper to newspaper. Yet I find I still need a paper copy, something to hold in my hands, which has a finite size, which I can read while walking on the streets or stand in the métro, start and finish, tear parts of to file away, to pass on to a friend or to wrap something in. Or even to write on. As to the crosswords, rather than do them online, I’ll buy the books of collected puzzles the NYT publishes: fifty or more for the new cost of a couple of IHT issues, that’s quite a good deal, isn’t it. So:

“Dear Amigo… Dear Pardner…
Listen. I just want to say thanks. So… thanks. Thanks for all the presents. Thanks for introducing me to the Chief. (…)
Oh and uh… thanks for letting me autograph your cast.
Hug + kisses
Oh yeah. P.S.
I… I feel like – feel like – I am – in a burning building –
And I gotta go.”

— Laurie Anderson, United States

5 janvier 2008

Une brève histoire d’amour (variante)

Classé dans : Humour, Récits — Miklos @ 1:49

« Don Juan, Don Juan
Ton nom sonne comme une menace
À chaque femme que tu enlaces
Don Juan. »
— Félix Gray

— « Je suis régisseur dans la danse », se présenta Roméo modestement.
— « Ah, que j’aime la danse, surtout contemporaine ! Ces dernières années, j’ai particulièrement été impressionné par les Ballets C de la B, tu vois qui c’est ?
— Non », répliqua Roméo.
— « Cherkaoui, Augustijnen, Platel… ?
— « Non. Tu sais, je travaille surtout à Bruxelles », répondit-il comme en s’excusant.
— « Mais ils sont belges ! J’apprécie beaucoup ce qui s’y fait, j’ai vu à plusieurs reprises l’extraordinaire Viviane de Muynck.
— Ça me dit vaguement quelque chose », marmona-t-il. Passant soudain du coq à l’âne, il demanda : « Qu’aimes-tu en musique ?
— Tant de choses… entre la musique élisabéthaine et le minimalisme, j’y trouve mon compte.
— Moi j’aime surtout les cantates de Bach », affirma-t-il simplement.
— Il y a de quoi ! Ma préférée est sans doute la BWV 106, Actus Tragicus. Et toi ?
— Celle que je préfère, c’est La Passion », répondit-il passionnément.
— « Mais… ce n’est pas une cantate, ça… et laquelle des Passions tu préfères ?
— Je ne me souviens plus des noms. » Et il se mit à l’embrasser fougueusement comme il savait si bien le faire, ce qui eut pour effet de lui clore le bec tout en lui ouvrant la bouche.

La morale de cette histoire, la rirette, la rirette, c’est qu’il ne suffit pas de porter un bel air, il faut aussi connaître les bonnes paroles. Ou sinon, comme l’a si bien résumé Jacques Schmitt : « Et malgré tout ça, la sauce ne prend pas. ».

4 janvier 2008

Une brève histoire d’amour (pas celle de Kieslowski)

Classé dans : Humour, Récits — Miklos @ 7:44

« Lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince… » — Chanson populaire

« Gal, amant de la Reine, alla, tour magnanime
Galamment de l’arène à la tour Magne à Nîmes. »

— Victor Hugo

« Allô ! allô ! . . . . . . . . . . Je ne dis pas que tu mentes. Je dis : si tu mentais, et que je le sache. Si, par exemple, tu n’étais pas chez toi et que tu me dises . . . . . . . . . . » — Jean Cocteau, La Voix humaine

— Lundi soir, Tomek (appelons-le Tomek) avait un rendez-vous galant. Ne trouvant plus d’omnibus sur la ligne Clichy-Opéra à cette heure tardive, il ne s’y rendit pas.

— Mardi, Tomek rencontra son obscur objet du désir. Passons dis­crè­tement sur la danse des sept voiles suivie des longs moments langoureux que constitua cette découverte mutuelle, dont on dira seulement que, si les protagonistes y perdirent la tête plus d’une fois, ils la retrouvèrent à la fin. Redescendu de son septième ciel, Tomek déclara fougueusement son enchantement en des termes profondément poétiques : « J’aime tes grosses cuisses ! ». Les yeux dans les yeux, il exprima tendrement le souhait de reprendre date, ce qui fut fait pour le lendemain.

— Mercredi, Tomek parcourut le Gradus ad Parnassum plus rapi­dement : il commençait à en connaître le chemin et les portes s’en­trou­vraient plus facilement sur son passage. Il fut pratique : « On se revoit demain ? »

— Jeudi, Tomek envoya un pneumatique : « Je suis retenu ce soir. On reste en contact ? »

La morale de cette pré-histoire : l’homme du néant détale.

3 janvier 2008

Membert languit, Membert se meurt… Qu’a Membert ?

Classé dans : Humour, Littérature — Miklos @ 8:37

Dans son anthologie Humour 1900, Jean-Claude Carrière fait remonter l’art du calembour « à la plus haute antiquité ». Pour preuve, il cite « ce jeu de mots en bas latin : Ave ave aves esse aves, qui peut se traduire par : Salut grand-père ; désires-tu manger des oiseaux ? ». Il continue :

C’est sous le Consulat qu’il commit, dans des cercles encore limités, ses premiers ravages1. Un peu plus tard, le romantisme naissant le servit. Les bouleversements et l’enrichissement du vocabulaire, la révolution de la prosodie, le mélange des genres, tout favorisait son entrée furtive dans les plus nobles pièces, quelquefois même à l’insu de l’auteur. C’est ainsi qu’on trouve dans un roman de Ponson du Terrail (…) cette phrase surprenante : « En voyant le lit vide, il le devint. »

Même si Victor Hugo le méprisait (le définissant comme « la fiente de l’esprit qui vole »), il n’a pas manqué d’en produire un lot non négligeable :

« Vaurien, tu viens de prendre la taille à ma femme !
— Moi, monsieur ! Fouillez-moi ! »

ou encore :

C’est une effroyable et admirable chose qu’un incendie vu à brûle-pourpoint.

et enfin le célèbre

O Veuillot, face immonde encor plus que sinistre,
Laid à faire avorter une femme, vraiment !
Quand on te qualifie et qu’on t’appelle cuistre
        istre est un ornement.

Quelques autres perles d’époque (la belle, et celle d’après) :

Les trop grandes pompes d’une religion servent à l’éteindre. (Xavier Forneret)

Une jolie danseuse disait en montrant ses jambes : « C’est avec ça que je nourris papa et maman… Aussi, ils appellent mes mollets des pattes alimentaires. » (Aurélien Scholl)

Tirer un Chinois par la queue ne constitue pas le moins du monde un attentat aux mœurs. (Jules Jouy)

Voici l’été : épousez une femme ombrageuse. (Id.)

Quant au titre de cet article, il provient de l’adorable Franc-Nohain2, à qui l’on doit de délicieux textes – prose, poèmes, théâtre – tels que Jaboune ou le livret de la pétillante Heure espagnole de Maurice Ravel.
 


1 C’est aller un peu vite en besogne : et le « Et le désir s’accroît quand l’effet se recule » de Corneille, alors ? Sans oublier Shakespeare, dont le « mender of soles/souls » qui ouvre Julius Caesar est une bonne raison pour apprendre l’anglais afin d’en goûter l’humour.

2 Qui a donc anticipé de plusieurs décennies et probablement inspiré l’Ami Caouette de Serge Gainsbourg.

2 janvier 2008

Le temps suspendu

Classé dans : Littérature — Miklos @ 23:19

« Se voiler la face, vivre d’illusions, refuser le temps qui passe ou de voir les inégalités, c’est vivre moins qu’une pierre. » — Hafid Aggoune

« Quand nos mains se tiennent, j’oublie tout le reste
J’ai l’impression même que le temps s’arrête. »
— Michel Jourdan, Le temps qu’il nous reste (musique : Pintucci, Di Barr, Masini)

« Le temps passe si vite… », comme le chante si tendrement Mouloudji dans une belle chanson mise en musique par Van Parys. Ceux qui le ressentent s’en aperçoivent surtout au passage de ces pierres numéraires que sont les anniversaires, les changements de saison ou d’année, moments mélancoliques pour eux, fêtes pour d’autres. Il n’est pas étonnant que certains s’évertuent à le ralentir – mais pour mesurer sa vitesse de passage et dire qu’il passe si vite ou parfois trop lentement, encore faudrait-il qu’il y ait un « autre » temps servant à mesurer la progression du nôtre (certains en sont convaincus). D’autres tentent de l’arrêter — à l’instar d’un auteur anonyme de la dÉsencyclopédie qui en donne une recette pleine de bon sens : « pour arrêter le temps, il n’y a qu’une seule façon de procéder : courir très vite, de manière à aller exactement à la même vitesse que le temps ». Il y en a même qui œuvrent à ressusciter les cadavres dont son chemin est parsemé.

C’est dans l’art que le temps se fige ou s’étire à souhait comme l’avaient illustré si merveilleusement la Garry Stewart Australian Dance Theater et la photographe Lois Greenfield. Qui ne connaît les montres molles de Dali ou celles accumulées par Arman devant la gare Saint-Lazare ou dans des boîtes ? Quant à Marcel Aymé1, il réussit là où Fonacon échoue misérablement : éviter de passer au mois suivant (Fonacon essaie de n’empêcher que le changement d’année).

32 juin. — Il faut bien convenir que le temps a des per­spec­ti­ves encore inconnues. Quel casse-tête ! Hier matin, j’entre dans une boutique acheter un journal. Il portait la date du 31 juin.

— Tiens, dis-je, le mois a trente et un jours ?

La marchande, que je connais depuis des années, me regarde d’un air incompréhensif. Je jette un coup d’œil sur les titres du journal, et je lis :

« M. Churchill se rendrait à New York entre le 39 et le 45 juin. » 2

quantièmes oh combien symboliques pour un conte de guerre publié en 1943 ! Encore un paradoxe temporel ?


1 Dont certains prétendent à tort qu’il « manque d’amour » et qu’il « reste un peu à l’écart » : n’en perçoivent-ils pas la sensibilité et l’empathie profondément pudiques — il suffit de lire « En attendant » ou « La Légende poldève » (tous deux dans Le Passe-muraille) — qui, blessée et indignée, se manifeste par une froide ironie tournée à l’encontre des infâmes personnages de La Tête des autres
2 « La Carte », in Le Passe-muraille.

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